Ba Jin (chinois 巴金, pinyin bā jīn, EFEO Pa Kin, Wade-Giles Pa Chin), ou Li Feigan (李芾甘) de son nom social, né le à Chengdu, province du Sichuan, et mort le à Shanghai, est le nom de plume de l'écrivain chinois Li Yaotang (李尧棠), président du PEN club chinois. Son séjour en France (1927-1928), à Château-Thierry a marqué sa carrière littéraire. Ba Jin a aussi été un espérantophone et anarchiste convaincu. Le romantisme de ses personnages, mêlé à l'attrait pour la révolution, ont marqué la jeunesse de son époque. Famille (家), roman autobiographique, est l'une de ses œuvres importantes.

Biographie Enfance Li Yaotang naît le à Chengdu (Sichuan) dans une famille aisée de mandarinsIl en écrira plus tard la chronique dans son roman Famille. de laquelle il reçoit une éducation confucéenne classique (consulté le 29 juin 2024) (consulté le 29 juin 2024). Vers l'âge de dix ans, il devient orphelin, perdant successivement sa mère en 1914, et son père en 1917.

À l'adolescence, il lit encore des ouvrages classiques comme Le Rêve dans le pavillon rouge. Puis, marqué par une enfance malheureuse dans son milieu, il s'ouvre vers 1920 aux revues porteuses des idées nouvelles de l'époque, telle Nouvelle Jeunesse, et participe aux mouvements de manifestations faisant suite au mouvement du 4 MaiPaul Bady, « Ba Jin », dans André Lévy (dir.), Dictionnaire de la littérature chinoise, Presses universitaires de France, « Quadrige », 2000, .. Il finit ainsi par découvrir l'anarchisme au travers notamment des écrits de Kropotkine et de Leopold Kampf. En 1921, il publie son premier article dans une petite revue anarchiste de Chengdu : « Comment fonder une société véritablement libre et égalitaire » (Banyue [La Quinzaine])Angel Pino, « Ba Jin, sa première œuvre », Réfractions, Dardilly, (« Lectures cosmopolites »), hiver 1998-1999, (avec la traduction du premier texte de Pa Kin : « Comment fonder une société véritablement libre et égalitaire » )..

Études À partir de 1923, alors que Ba Jin part poursuivre ses études à Nankin puis Shanghai, il entame une correspondance épistolaire avec Emma Goldman (dont il dira qu'elle est sa « mère spirituelle »). Il perfectionne son anglais, langue qu'il avait commencé à apprendre chez lui, avec un répétiteur. Il se met également, l'année suivante, à l’espérantoVoir Xu Shanshu, Ba Jin yu shijieyu [Ba Jin et l’espéranto], Pékin, Zhongguo shijieyu chubanshe, 1995.. Il collabore alors à diverses revues anarchistes, par des articles originaux et des traductions.

En 1927, il se rend en France à ses frais pour y poursuivre des études de sciences économiques — qu'il n'entamera même pas — et apprendre le français. Il séjourne à Paris — où il sera mêlé, mais de loin, au débat organisationnel qui agite alors sur place les milieux anarchistesAngel Pino, « Ba Jin et la “Plate-forme d’Archinov” », A contretemps : bulletin de critique bibliographique, , mars 2013, . —, et plus longuement à Château-ThierryAngel Pino, « Ba Jin, la France et Château-Thierry », in ., photo de classe de Bajin au milieu des autres étudiants et des professeurs en 1928.. Ba Jin profite de ce qu'il est en France pour correspondre avec de nombreux anarchistes de par le monde : Emma Goldman, Alexander Berkman ou encore Max NettlauAngel Pino, « Ba Jin et Max Nettlau : un échange de lettres en 1928 à propos de Kropotkine », Le Monde libertaire, Paris, hors série , 19 avril-19 juin 2012, .. C'est en France, aussi, qu'il apprend l'exécution de Sacco et Vanzetti — Vanzetti, qui fut un de ses correspondants étrangers, du fond de sa prison aux États-Unis, et en qui il verra un « maître »Deux nouvelles de Ba Jin évoquent les figures de Sacco et Vanzetti : « Larmes », trad. par Nicole Dulioust et Bernadette Rouis, in Pa Kin, Le Secret de Robespierre, et autres nouvelles, Paris, Mazarine, coll. « Roman », 1980, ; Pa Kin, « La Chaise électrique » [Dianyi] (1932), trad. par Angel Pino, Réfractions, Paris, , mai 2006, .. C'est en France, enfin, qu'il écrit son premier roman, Destruction (Miewang, 1928)Version française : Pa Kin, Destruction, roman, trad. et présenté par Angel Pino et Isabelle Rabut, Paris, Bleu de Chine, 1995., qui paraîtra en Chine au moment où il rentre au pays et pour lequel il s'invente le pseudonyme de Ba Jin (pseudonyme dont il a démenti à plusieurs reprises qu'il fasse, pour le premier caractère, référence à Bakounine). Et c'est le succès inespéré que rencontre ce roman qui l'incitera, presque malgré lui, à embrasser la carrière des lettres.

Écrivain En un peu plus de vingt ans, jusqu'en 1949, Ba Jin publiera une vingtaine de romans — parmi lesquels les trois qui forment la trilogie dite du « Torrent » : Famille (Jia, 1933), Printemps (Chun, 1938), Automne (Qiu, 1940)Tous traduits en français : Pa Kin, Famille, trad. par Li Tche-Houa et Jacqueline Alézaïs, Paris, Flammarion-Eibel, « Lettres étrangères », 1979 ; Pa Kin, Printemps, trad. par Edith Simar-Dauverd, Paris, Flammarion, coll. « Aspects de l’Asie », 1982 ; Pa Kin, Automne, trad. par Edith Simar-Dauverd, Paris, Flammarion, coll. « Aspects de l’Asie », 1989 —, et une quinzaine de recueils de nouvelles. Et il se livrera parallèlement à un intense travail de traduction — notamment pour l'édition des Œuvres complètes de Kropotkine (Kelupaotejin quanji). En 1930, il publie le seul véritable ouvrage de théorie qu'on lui connaisse, Du capitalisme à l'anarchisme (Cong zibenzhuyi dao annaqizhuyi), lequel n'est en réalité qu'un démarquage du livre de Berkman, paru en 1929, dont deux versions ont paru simultanément : What is Communist Anarchism ? et Now and After : The ABC of Communist AnarchismAngel Pino, « Ba Jin et Berkman : de la traduction à l’écriture palimpseste », A contretemps : bulletin de critique bibliographique, , mars 2013, ..

En 1934 et 1935, il vit au Japon.

Engagement et propagande En 1937, lorsque les Japonais envahissent la Chine, Ba Jin quitte Shanghai pour Guilin, puis Chongqing, avant de revenir à Shanghai. Il prend part à l’opposition intellectuelle à l’occupant japonais et devient un des dirigeants de l’Association de résistance à l’ennemi des milieux littéraires et artistiques de toute la Chine (.) Il consacre aussi beaucoup de son temps et de son énergie à informer ses compatriotes de la situation en Espagne au même moment, notamment par une série de brochures qui seront éditées par la librairie Pingming, dans le cadre d'une « petite collection de recherches sur la question espagnole » créée spécialement pour la circonstance, et dans laquelle paraîtront des textes de Rudolf Rocker, d'Augustin Souchy, d'Albert Minnig (1911-1968) ou de Carlo Rosselli. Il publie également les versions chinoises de recueils de croquis émanant des services officiels de propagande de la CNT-FAI, des œuvres de Castelao ou de Sim (José Luis Rey Vila).

En 1944, à Guiyang, il épouse Chen Yunzhen (1921-1972) — traductrice connue sous le pseudonyme de Xiao Shan. Ils auront ensemble deux enfants : une fille, Li Xiaolin (née en 1945) ; et un garçon, Li Xiaotang (né en 1950).

Représentant du gouvernement chinois Après la fondation de la république populaire de Chine, Ba Jin va pratiquement interrompre son œuvre de fiction, et couper les ponts avec ses correspondants anarchistes à l'étrangerAngel Pino, « Ba Jin et ses correspondants anarchistes à l’étranger : dernières traces (1948-1950) », A contretemps : bulletin de critique bibliographique, , mars 2013, .. Sans pour autant jamais adhérer au parti communiste, il va mettre sa plume au service du nouveau régime. On lui confie plusieurs responsabilités culturelles ou politiques : il devient ainsi vice-président de l’Association des écrivains de Chine (1953) et président de la Fédération shanghaïenne de l’Association des écrivains de Chine (1958) ; et il siège comme député du Sichuan à la première et à la deuxième Assemblée populaire nationale (1954, 1958). Il dirige plusieurs revues, parmi lesquelles la revue Shouhuo (Harvest). Il effectue de nombreux voyages officiels à l’étranger, en Pologne ou en URSS, au Viêt Nam ou en Corée et au Japon.

En 1955, Ba Jin participe à la campagne dirigée contre Hu Feng. Et l'année suivante, lors de la Campagne anti-droitiste qui suit la campagne des Cent Fleurs, il participe aux opérations de dénonciation dirigées contre Ding Ling, Ai Qing ou Feng Xuefeng (1903-1976).

Entre 1958 et 1962 paraissent les 14 volumes des Œuvres de Ba Jin (Ba Jin wenji). Dans une note du volume 10 (1961), Ba Jin répudie son passé anarchisteAngel Pino, « “Le Ciel du fond d’un puits” : le jugement rétrospectif de Ba Jin sur son engagement libertaire », A contretemps : bulletin de critique bibliographique, , mars 2013, ..

Dès le début de la révolution culturelle, comme nombre d'intellectuels chinois, Ba Jin va devenir la cible des critiques et subir toutes sortes de mauvais traitements. Le , à Shanghai, il est soumis à une séance d’accusation publique, et, en , il est envoyé à Fengxian (près de Shanghai), dans une « École du 7 mai pour cadres ». Il ne la quittera qu'en , au moment du décès de sa femme. Ba Jin, qui n'a plus le droit d'écrire, se remet à la traduction. Il se lance dans la traduction de Tourgueniev et de Herzen.

Il est proposé pour le prix Nobel en 1975.

Reconnaissance Après la mort de Mao Zedong, en 1976, Ba Jin retrouve son statut d'antan. Dans son pays, ou bien à l'étranger (où il se rend à plusieurs reprises : en France, en Suède, en Suisse ou au Japon), on le comble d’honneurs. La France, par exemple, le fait commandeur de la Légion d’honneur. Il se remet à écrire, une série de 150 petits essais, qui forment la série dite des Au fil de la plume (Suixianglu), et dans lesquels il revient longuement sur la révolution culturelle, et sur un système politique qui l'a conduit à agir comme il l'a fait lors des campagnes dirigées contre ses collègues Hu Feng, Ding Ling, Ai Qing ou Feng XuefengIl en existe deux choix en français : Pa Kin, Au gré de ma plume, trad. par Pan Ailian, Pékin, Littérature chinoise, coll. « Panda », 1992 ; Pa Kin, Pour un musée de la « Révolution culturelle » (Au fil de la plume), textes choisis, présentés et traduits par Angel Pino, Paris, Bleu de Chine, 1996.. On lui confie de nouveau des fonctions officielles : il sera ainsi président de l’Association des écrivains de Chine (1981) et vice-président de la Conférence consultative politique du peuple chinois (1983).

Au cours des années 1980, il devient vice-président de la . La maison d’édition Sanlian publie en 1988 un recueil des écrits en espéranto de Ba Jin et des traductions vers le chinois, Elektitaj Tradukoj de Bakin. Sa présence est notée aux congrès mondiaux d’espéranto de Stockholm en 1980 et de Pékin en 1986. Il a été élu membre du Comité d’honneur de l'association universelle d'espéranto.