Le Donon est le plus méridional des sommets majeurs des Vosges gréseuses. Si l'on considère la partie septentrionale du massif vosgien, c'est également, avec le rocher de Mutzig, l'un des deux sommets de plus de d'altitude. Situé sur le territoire de la commune de Grandfontaine, dans le département français du Bas-Rhin, au nord-ouest de Schirmeck et au sud-est de Sarrebourg, il est riche d'une histoire humaine plusieurs fois millénaire.
Le sommet est accessible par la route du col du Donon, la RD 392, puis par des sentiers du Club vosgien.
Toponymie Les textes les plus anciens mentionnent la forme latine donnum (). Il existe des formes germaniques comme Hohe Donn, Hohe und grosse Thonn.
Le suffixe -dunum signifie à l'origine « citadelle, forteresse, enceinte fortifiée » puis secondairement « colline, mont ».
L'hypothèse dunum est plausible, selon le Glossarium mediae et infimae latinitatis de Du Cange : le mot en langue gauloise, passé en latin médiéval désigne un mont et/ou un col, où peuvent se trouver des édifices vénérés ou des sanctuaires religieuxDéfinition de dunum, dunus, duna selon le sieur du Cange.. Comme la hauteur étudiée distingue le Petit et le Grand Donon, dans le cadre d'un ancien culte solaire conférant une dimension sacrée, il est facile de les associer respectivement au solstice d'hiver et d'été.
On retrouve le suffixe -dunum dans le nom antique de la ville de Lyon – Lugdunum – qui signifierait « la colline ou la forteresse de Lug », principale divinité gauloise.
Géographie Topographie
Le Donon (ou Grand Donon, en ) est, à égalité avec le rocher de Mutzig qui culmine aussi à , le plus élevé des sommets situés sur une crête gréseuse (orientée approximativement sud-ouest/nord-est), prenant naissance au-dessus de Raon-l'Étape et se terminant au Schneeberg (altitude ) qui domine les villages de Wangenbourg et d'EngenthalLe Donon - Images des Vosges du Nord. À l'est du Grand Donon se trouve un autre sommet appelé Petit Donon d'une altitude légèrement inférieure : ; ils sont séparés par un col forestier, le col entre les Donons (altitude de ).
La route départementale 392 (qui relie les vallées de la Plaine et de la Bruche) contourne le massif par l'ouest passant par le col du Donon qui s'élève à du col par la D 393 en direction des vallées des Sarre blanche et rouge.
Le sommet, là où le temple du Donon est érigé, atteint d'altitude. Il domine de près de la vallée de la Bruche, ce qui lui donne une allure de sommet très élevé au profil trapézoïdal, visible des Hautes Vosges, où il a longtemps été identifié comme le sommet des Vosges.
Il est visible depuis de nombreuses villes mosellanes situées à la frontière franco-allemande et, en hiver, les conditions climatiques permettent parfois une vue sur les Alpes suisses de l'Oberland bernois.
Hydrographie
Le réseau hydrographique, c'est-à-dire les sources et rivières qui prennent naissance tout autour du massif du Donon dans un rayon de , sont d'une grande densité ; des cours d'eau partent dans toutes les directions et font tous partie du bassin versant du Rhin.
vers l'ouest, la Plaine et la Vezouze affluents de la rive droite de la MeurtheCelle-ci rejoint la Moselle, confluent du Rhin. ; vers le nord, les Sarre rouge et blanche ; et plus au nord les Zorn jaune et Zorn Blanche ; vers l'est et le sud, des torrents, ruisseaux et rivières affluents de : la Bruche, le ruisseau « le rupt de Framont », le Netzenbach, le Tommelsbach, la Hasel... la Meurthe, le Rabodeau, la Ravine.
Hydrogéologie
Le massif du Donon peut être qualifié de château d'eau naturel. Les eaux qui en sortent proviennent de nappes aquifères issues des principales unités lithostratigraphiques en place : nappes superficielles du complexe volcano-sédimentaire du Dévonien ; complexe hydrogéologique du Permien. T.H. = ; nappe du Trias inférieur inférieur ; nappe du Trias inférieur moyen : T.H. = 2 à ; nappe du Trias inférieur supérieur : T.H. ≤ ; nappe du Trias moyen.
D'une manière générale, ces eaux sont très peu minéralisées (bicarbonate de calcium, sulfate de sodium, silice), avec un pH allant de moyennement à très acide (pH mesuré 4,5 à 6), contenant plus ou moins du fer, les grès vosgiens et permiens étant cimentés par des oxydes ferreux, ou ferriques. Pour ces raisons, ces eaux de source sont qualifiées d'eaux « agressives » : une fois captées, elles demandent à être traitées avant d'être distribuées pour servir à la consommation, essentiellement en remontant le pH aux environs de 7 (neutralisation).
Géologie et géomorphologie
Le massif du Donon et les sommets principaux (Grand Donon, Petit Donon, Kohlberg...), armés de conglomérats, sont ciselés dans la couverture de grès vosgiens triasique, essentiellement au Trias inférieur qui, dans ce secteur, repose sur des roches primaires schisteuses et volcaniques que l'on peut voir en affleurement dans les environs de Grandfontaine, de Raon-lès-Leau et de la haute vallée de la Sarre blanche. Ce sommet, ainsi que les autres de ce secteur, sont des buttes gréseuses résiduelles dues à l'érosion de l'ancienne et épaisse couche de dépôts fluviatiles déposés lors de la fin de l'ère primaire (Permien) et au début de l'ère secondaire (Trias inférieur). Ces dépôts successifs, qui donneront surtout des grès, ont recouvert l'ancienne pénéplaine post-hercynienne, parfois jusqu'à des épaisseurs de plusieurs centaines de mètres.
Le creusement des multiples vallées par les nombreux cours d'eau prenant naissance tout autour du Donon a lieu pendant l'ère Tertiaire, essentiellement au Pliocène. Les phénomènes périglaciairesou Modelé périglaciaire : formes affectées par les reliefs dans les régions soumises à de longues périodes de gel alternant avec des dégels. Voir aussi Cryoturbation, Cryoclastie et Solifluxion. pendant le Quaternaire apporteront la touche finale : c'est ce paysage que l'on contemple aujourd'hui, avec sa couverture forestière.
Géologie du socle du Donon
Précambrien (jusqu'à -700 Ma) La portion de continent où se trouve cette région est recouverte par une vaste mer ; sur le fond s'accumulent des quantités de sédiments et des vases marines. Ces couches de sédiments vont peu à peu se transformer en roches (magmatisme, métamorphisme). Les schistes de Villé restent les seuls témoins visibles de ces couches les plus anciennes des Vosges.
Cambrien (-575 à -395 Ma) : Début de l'orogenèse Cadomienne - Début du plissement sous-marin des couches régionales existantes à laquelle s'associe un métamorphisme intense. Certains schistes de Villé se transforment en quartzophyllades porphyroïdes. Leptynites, migmatites, micaschistes, gneiss et mylonites de Lalaye-Lubine. La plupart de ces couches ne sont plus visibles, recouvertes par les dépôts ultérieurs.
Ère primaire (-375 à -345 Ma) : le massif Vosgien prend naissance. Cette très longue orogenèse (hercynienne (appelée encore varisque) dure d'années. Ainsi, approximativement se forment cinq plis parallèles en arc de cercle, du nord au sud de l'Europe actuelle, partant de la Pologne (l'origine se trouvant dans les Monts Tatra, en direction de l'ouest. Ces plissements ont lieu sous la mer qui recouvre toujours le continent. Une activité volcanique importante existe également, d'abord sous-marine, puis continentale. Tout autour, dans les vallées au pied du Donon, on peut trouver des affleurements de ces diverses roches : conglomérats, calcaires, dolomie, grauwackes, phtanites. Les matériaux présents vont être plissés, métamorphisés, et former le Massif vosgien, le Massif armoricain (Bretagne), le Morvan, le Massif central, etc. De ces montagnes imposantes ne restent aujourd'hui que des fragments rabotés, presque aplanis, souvent masqués par des dépôts postérieurs et dégagés ultérieurement par l'érosion.
Vers -345 Ma, au début du Carbonifère, le continent émerge lentement et les reliefs subissent tous les phénomènes dus à l'érosion. Les énormes quantités de débris s'écoulent vers des bassins sous-marins ou continentaux. À l'époque (appelée Carbonifère), la région est sous un climat aride (celui du Soudan actuel), les températures ne descendent pas au-dessous de 20°. Les reliefs sont morcelés entre divers bras de mer aux eaux tièdes. Des bassins sont en formation, ils recevront plus tardivement les débris des immenses forêts composées essentiellement de fougères géantes, équisétacées, ptéridospermées qui, après transformation ultérieure, donneront la houille.
Vers -288 Ma, la phase asturienne est une phase dite « cassante » car les contraintes s'exercent sur des matériaux durs : elles entraînent la formation de failles qui imposeront la direction des futures vallées fluviales. Le volcanisme régional (Nideck) est important, dans la vallée de la Plaine, du Blanc-Rupt, de la Hasel, etc., les couches issues de cette activité volcanique affleurent, participant au socle du Donon : ryolithes, ignimbrites, tufs, etc. Tout au long de cette orogenèse, tous les granites se mettent en place : granites de la Schlucht, du Bilstein, du Champ du Feu, de Senones, de Raon-l'Étape, etc.
Couverture sédimentaire et érosion
La période du Permien (essentiellement le Saxonien et le Thuringien) et celle du Trias (Trias inférieur), celles-ci représentant environ 50 Ma, est essentielle à la mise en place des matériaux dans lesquels le Donon (ainsi que toutes les buttes de ce type) trouvent son origine.
Permien (-280 à -225 Ma) : Saxonien (-250 à -240 Ma) Tandis que l'orogenèse hercynienne entre dans sa phase finale, l'érosion intense du Massif vosgien entraîne le remplissage des bassins situés au pied des reliefs. Là s'accumulent et se forment des grès et des conglomérats (Permien) : couches de ChampenayOn y discerne des couches de grès très fins, qui sont des dépôts deltaïques et lacustres (et des rides éoliennes d'une plage), ce qui montre bien le type de climat sous lequel elles se sont formées. Ces grès (quartzites sont d'une grande dureté et peuvent se polir. Ils sont utilisés en sculpture., de Saint-Dié, de Senones. Le volcanisme (explosif ou à épanchements fluides de natures diverses), notamment celui du Nideck est toujours présent et entraîne la formation d'autres couches : arkoses, tufs, ryolithes, ignimbrites, mélaphyres, etc.
Thuringien (-240 à -225 Ma) Érosion et sédimentation dans les différents bassins, qui lentement s'enfoncent, se poursuivent. Fin de l'orogenèse hercynienne, à la fin de cette période, les hauts reliefs hercyniens de la région ne forment plus qu'une vaste pénéplaine appelée post-hercynienne. De cette période datent des grès fins (couches de Champenay), des grès et des fanglomérats, rudites, arénites, lutites (réunis sous le nom couches de Saint-Dié); dolomies, etc. Le grès de Champenay correspondant à des dépôts deltaïques et lacustres (et des rides éoliennes d'une plage) sous un climat aride.
Ère secondaire (-225 à -65 Ma) Trias (-225 à - -200 Ma)