Le Masque de la mort rouge () est une nouvelle d'Edgar Allan Poe publiée pour la première fois en dans le Graham's Lady's and Gentleman's Magazine sous le titre , avec le sous-titre . Une version révisée est parue le dans le Broadway Journal sous son titre définitif.

La nouvelle se situe dans la tradition du roman gothique et a souvent été analysée comme une allégorie sur l'inéluctabilité de la mort, bien que d'autres interprétations aient été faites.

Traduite en français par Charles Baudelaire, elle fait partie du recueil Nouvelles histoires extraordinaires.

Résumé L'histoire se situe dans une abbaye fortifiée, dans laquelle le prince Prospero s'est enfermé, avec mille de ses courtisans, afin de fuir l'épidémie foudroyante de la « Mort Rouge », terrible fléau qui frappe le pays. Indifférents aux malheurs des populations frappées par la maladie, ils mènent alors une vie parsemée de vices et de plaisirs en toute sécurité derrière les murs de l'abbaye.

Une nuit, Prospero organise un bal masqué dans sept pièces de l'abbaye, décorées et illuminées chacune d'une couleur différente : bleu, pourpre, vert, orange, blanc, violet. La dernière est tapissée de noir et éclairée par une lumière rouge sang. Il inspire une si grande crainte aux invités que rares sont ceux qui osent s'y aventurer. Il s'y trouve une grande horloge d'ébène qui sonne sinistrement à chaque heure ; alors, chacun arrête de parler et l'orchestre cesse de jouer.

Durant la soirée, Prospero remarque une figure dans une robe qui ressemble à un linceul, avec un masque semblable au crâne dépeignant une victime de la Mort Rouge. Se sentant gravement insulté, Prospero exige qu'on lui donne l'identité de l'invité mystérieux et ordonne également que l'on s'empare de l'individu. Mais, comme nul n'ose obéir, il tire un poignard et le poursuit à travers les sept pièces. Quand il arrive dans la septième pièce, le mystérieux personnage se retourne et fait face à Prospero, qui s'effondre, mort. Les courtisans, horrifiés et furieux, se jettent sur l'inconnu et lui arrachent son masque, mais ils découvrent que le costume est vide. Tous comprennent qu'il s'agit de la Mort Rouge elle-même et ils meurent les uns après les autres. Les sols des chambres sont remplis de sang et l'horloge s'arrête de sonner.

Analyse thumb|Illustration d'Aubrey Beardsley (1894-1895).

Dans Le Masque de la mort rouge, Poe adopte plusieurs conventions du roman gothique traditionnel, notamment le cadre de l'intrigue (une abbaye médiévale fortifiée). Les différentes pièces décorées dans une couleur unique ont été vues comme des représentations de l'esprit humain, indiquant différents types de personnalités. La traversé de l'enfilade des chambres par Prospero peut être lu comme une traversé d'état successifs selon une catabase jusqu'à trouver la mort elle-même (ou au moins un psychopompe), l'orgueil humain dont fait preuve le prince le conduit ainsi irrémédiablement vers la mort. Cette fatalité de la nouvelle est un Memento Mori, la mort touchera tous les hommes qu'importe leur rang social; renversement propre à la danse macabre dont tous les éléments sont ici présents (le bal macabre, le contexte de l'épidémie, le surgissement de la mort masquée...). Par ailleurs, la danse macabre est apparue lors de l'épidémie de Peste Noire ravageant l'Europe au XIVe siècle, rappelant le contexte dans lequel le bal de Prospero se tient. Mais le Prince et les aristocrates ont cherché à s'affranchir de la mort et de la maladie, ils baffouent alors l'ordre supérieur et égalitaire de l'épidémie. La Mort apparait comme une figure vengerresse et transcendante remettant les hommes égaux dans le décès. S'extraire de la condition humaine était la recherche du Prince et de ses invités, ils se veulent égaux aux dieux, à Dieu. Et cela peut être vu dans le lieu où se déroule le récit, dans une abbaye, symbole de l'élévation spirituelle, élévation accomplie, par anabase, par la traversé des sept pièces colorées sept étant un nombre associé au divin et à l'ésotérisme, le changement de couleur des pièces également renvoit aux étapes d'élévation recherchée par les mystiques, la traversé en sens inverse par Prospero au moment de l'apparition de la Mort rouge initie ainsi une catabase le faisant chuter de la nature divine usurpée jusqu'à la nature profonde de l'homme, c'est-à-dire la condition mortelle, distinguant l'homme de Dieu. Le rappel temporel de la finitude l'homme propre au Memento Mori étant, de plus, présent dans la chambre de la mort au-travers de l'Horloge d'ébène.

L'imagerie du sang et du temps est associée au domaine corporel alors que l'épidémie peut représenter les attributs typiques de la vie et de la mortalité. Ceci implique que toute l'histoire est une allégorie à propos des vaines tentatives de l'être humain pour conjurer la mort, interprétation qui est communément acceptée. Toutefois, certains analystes de l'œuvre de Poe la contestent et soutiennent que la nouvelle n'est pas allégorique, s'appuyant en cela sur le mépris du didactisme en littérature affiché par Poe. Si l'histoire a vraiment une morale, Poe n'établit pas explicitement quelle est cette morale. La nouvelle pourrait donc aussi traiter du thème de la vengeance, imaginée par Poe d'après ses observations des distinctions des classes sociales et sublimée par ses propres frustrations, où les riches indifférents subissent le sort qu'ils « méritent ». Le narrateur omniscient du récit présente l'arrivée de la Mort Rouge de façon impassible, comme une conséquence logique de la dépravation morale.

Le sang, mis en avant dans l'histoire à travers la couleur rouge, représente à la fois la vie et la mort. La figure masquée, qui n'est jamais explicitement désignée comme la Mort Rouge elle-même mais seulement comme un invité costumé, fait en effet son apparition dans la pièce décorée en bleu, couleur souvent associée avec la naissance. Bien que l'abbaye fortifiée ait pour fonction de préserver ses habitants de l'épidémie, elle est en fait un élément oppressant. Sa conception à la façon d'un labyrinthe et ses fenêtres grandes et étroites deviennent presque burlesques dans la pièce noire, tellement oppressante . De plus, l'abbaye est censée être un espace clos et impénétrable mais l'étranger en costume de Mort Rouge s'y introduit aisément, suggérant que le contrôle est une illusion.

Comme nombre de récits de Poe, Le Masque de la mort rouge peut également être vu de façon autobiographique. De ce point de vue, le prince Prospero représente Poe, un riche jeune homme faisant partie d'une famille distinguée comme l'étaient les parents adoptifs de Poe. Suivant cette interprétation, Poe cherche à se protéger des dangers du monde extérieur, et son portrait de lui-même comme la seule personne voulant se confronter à l'étranger est emblématique de la propension de l'écrivain à se précipiter dans les ennuis.

La maladie appelée « mort Rouge » est fictive. Poe la décrit comme causant avec comme symptôme , et entraînant la mort en une demi-heure. Il est probable que cette maladie soit inspirée par la tuberculose puisque l'épouse de Poe, Virginia, en souffrait au moment où la nouvelle a été écrite. Poe, tout comme le personnage du prince Prospero, tente d'ignorer l'issue fatale de cette maladie, qui a déjà emporté sa mère et son frère. Mais la Mort Rouge peut aussi faire référence au choléra, Poe ayant été témoin d'une épidémie de cette maladie à Baltimore en 1831. D'autres analystes ont suggéré qu'il s'agissait en fait de la peste bubonique (représentant plus particulièrement l'épidémie de peste noire) en se basant sur la fin du récit représentant la « Mort Rouge » dans la pièce noire . Enfin, il a également été suggéré que la Mort Rouge n'est pas une maladie mais quelque chose qui est partagé de façon inhérente par toute l'humanité.

Le nom du Prince, Prospero, peut également être vu, de par son homonynie, comme une réference au personnage de Prospero de William Shakespeare dans La Tempête. Réference renforçant l'aspect baroque que revêt le bal du Prince.

Adaptations et influences de la nouvelle Adaptations cinématographiques thumb|Le Fantôme de l'Opéra costumé en Mort Rouge dans le film de 1925.

1964 : Le Masque de la mort rouge (), film de Roger Corman. 1975 : Le masque de la mort rouge (赤死病の仮面), film inachevé de Akira Kurosawa, le film n'a jamais dépassé le stade de la pré-production, mais en 2020, une exposition au Kokuritsu Eiga Ākaibu (Archives nationales du film du Japon) à Tokyo présentera les travaux préliminaires, story-board et design de costume prévu par Kurosawa. 1989 : Le Masque de la mort rouge (), film de Larry Brand. 2005 : Le Masque de la mort rouge, dessin animé de Jean Monset et Timothy Hannem. De plus, plusieurs adaptations du Fantôme de l'Opéra (celles de 1925, 1989 et 2004, ainsi que la comédie musicale de 1986) présente le fantôme dans un costume de la Mort Rouge. Fritz Lang s'est inspiré de la nouvelle pour créer le scénario de La Peste à Florence (1919). Mike Flanagan fait plusieurs références a la nouvelle dans sa série La Chute de la Maison Usher (2023).

Influences littéraires Dans Le Fantôme de l'Opéra (1911), roman de Gaston Leroux, Erik le fantôme se déguise en Mort rouge à l'occasion d'un bal costumé, affichant au grand jour son visage de lépreux à l'insu des invités, qui s'ébahissent devant le réalisme de son soi-disant masque. Stephen King fait quelques références à la nouvelle dans son roman Shining, l'enfant lumière (1977). L'histoire est évoquée dans un passage du roman de Tom Wolfe, Le Bûcher des vanités (1987). Dans les romans de Terry Pratchett, Le Huitième Sortilège (1986) et Masquarade (1995), le personnage de La Mort fait référence au récit. Neil Gaiman mentionne brièvement l'histoire dans son roman Neverwhere (1996), et la première histoire de Nuits éternelles (2003) a été influencée par la nouvelle. Le dernier chapitre du roman Le Corps et le sang d’Eymerich (1999), de Valerio Evangelisti, porte le même titre que la nouvelle et reprend son intrigue. À l'estomac (2005), roman de Chuck Palahniuk, commence par une citation du récit de Poe. Une scène centrale du roman Terreur (2007) de Dan Simmons fait directement allusion à la nouvelle. Dans Chroniques martiennes (1950), Ray Bradbury fait allusion à la Mort Rouge dans Usher II : à la fin de la nouvelle, la Mort Rouge apparaît après qu'aient retenti les douze coups de minuit dans les sept pièces de la Maison Usher.

Adaptations musicales La nouvelle a inspiré plusieurs œuvres musicales dont : Un ballet de Joseph Holbrooke (1913). Le Conte fantastique d'André Caplet, pour harpe et quatuor à cordes (1923). Un ballet de Cyril Scott (1930). , chanson du groupe Stormwitch qui fait partie de leur album (1985). , chanson du groupe Manilla Road qui fait partie de leur album Mystification (1987). , chanson du groupe Crimson Glory qui fait partie de leur album (1988). , instrumental du guitariste Michael Romeo qui fait partie de son album (1994). , chanson du groupe Samael qui fait partie de leur album Ceremony Of Opposites (1994). , chanson d'Eros Ramazzotti qui fait partie de son album Dove c'è musica (1996). chanson du groupe Theatre of Tragedy qui fait partie de leur album Velvet Darkness They Fear (1996). , chanson du groupe Thrice qui fait partie de leur album The Illusion of Safety (2002). , chanson du groupe Nox Arcana qui fait partie de leur album (2007). Le Fantôme du Château, ballet de Igor Piovano et Kathryn Bradney (2008). , chanson de Hana Pestle qui fait partie de son album This Way (2009). Beneath The Mask, chanson du groupe Bell Witch qui fait partie de leur album Longing (2012), utilise un sample du film de Roger Corman (1964). Le Masque de la Mort Rouge, concept album de Corvus Corax (groupe) (2021), avec une lecture du texte de la nouvelle par Alan Simon.

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