Théodora de Grèce (en grec : / et en allemand : ), princesse de Grèce et de Danemark puis, par son mariage, margravine de Bade, est née le à Tatoï, en Grèce, et morte le à Constance en Allemagne de l'Ouest. Épouse du margrave Berthold, prétendant au trône de Bade, c'est une princesse gréco-allemande.

Deuxième des cinq enfants d'André de Grèce et d'Alice de Battenberg, la princesse Théodora passe une enfance heureuse entre Athènes et Corfou. Ses premières années sont cependant marquées par les guerres balkaniques (1912-1913), la Première Guerre mondiale (1914-1918) et la guerre gréco-turque (1919-1922). Pour la jeune fille et ses proches, ces conflits ont des conséquences dramatiques puisqu'ils aboutissent à leur bannissement en Suisse (entre 1917 et 1920), puis en France et au Royaume-Uni (de 1922 à 1936). Durant leur exil, Théodora et les siens dépendent de la générosité de leur parentèle étrangère, et notamment de Marie Bonaparte (qui leur offre un logement à Saint-Cloud) et d'Edwina Ashley (qui les soutient financièrement).

À la fin des années 1920, la mère de Théodora est frappée d'une crise mystique qui conduit à son internement dans un hôpital psychiatrique suisse. Peu de temps après, en 1931, Théodora épouse le margrave Berthold de Bade, fils du chancelier impérial Max de Bade. Le couple s'installe alors au château de Salem, où Berthold dirige une école avec le pédagogue Kurt Hahn. La princesse y donne naissance à trois enfants : Marguerite (1932), Maximilien (1933) et Louis (1937). Opposés à l'idéologie nazie, Théodora et son époux gardent leurs distances avec le Troisième Reich, ce qui n'empêche pas Berthold de s'engager dans la Wehrmacht au début de la Seconde Guerre mondiale. Ébranlée par le conflit, qui divise sa famille en deux camps ennemis, Théodora s'investit dans la Croix-Rouge allemande et d'autres organisations caritatives.

La défaite de l'Allemagne et son occupation par les Alliés amènent de nouveaux bouleversements dans la vie de Théodora et de Berthold. Préservé des exactions soviétiques, qui causent la mort de plusieurs de ses cousins, le couple subit l'ostracisme de la famille royale britannique au moment du mariage du prince Philippe, petit frère de Théodora, avec Élisabeth du Royaume-Uni (1947). Au fil des années, le couple est néanmoins réintégré dans la vie du gotha européen, comme l'illustre, par exemple, sa participation au couronnement d'Élisabeth II (1953) ou au mariage de Juan Carlos et Sophie (1962). Victime de problèmes cardiaques, Théodora meurt six ans après son mari, en 1969.

Famille

La princesse Théodora est la deuxième fille du prince André de Grèce (1882-1944) et de son épouse la princesse Alice de Battenberg (1885-1969). Par son père, elle est la petite-fille du roi Georges de Grèce (1845-1913) et de la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926) tandis que, par sa mère, elle descend du prince Louis de Battenberg (1854-1921), marquis de Milford Haven, et de la princesse Victoria de Hesse-Darmstadt (1863-1950). Théodora a donc la particularité généalogique d'être à la fois l'arrière petite-fille du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnommé le « beau-père de l'Europe », et l'arrière arrière petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901), connue comme la « grand-mère de l'Europe ».

Théodora a trois sœurs, les princesses Marguerite (1905-1981), Sophie (1914-2001) et Cécile de Grèce (1911-1937), ainsi qu'un frère cadet, le prince Philippe (1921-2021), duc d'Édimbourg et époux de la reine Élisabeth II du Royaume-Uni (1926-2022).

Les 15 et , la princesse épouse, civilement puis religieusement, à Baden-Baden, en Allemagne, le margrave Berthold de Bade (1906-1963), fils du chancelier impérial Max de Bade (1867-1929) et de son épouse la princesse Marie-Louise de Hanovre (1879-1948). De ce mariage naissent trois enfants : Marguerite de Bade (1932-2013), princesse de Bade, qui épouse, en 1957, à Salem, le prince Tomislav de Yougoslavie (1928-2000), dont elle divorce en 1981 ; Maximilien de Bade (1933-2022), margrave de Bade, qui épouse, en 1966, à Salem, l'archiduchesse Valérie de Habsbourg-Toscane (1941) ; Louis de Bade (1937), prince de Bade, qui épouse, en 1967, à Salem, la princesse Anne Marie von Auersperg-Breunner (1943).

Biographie Une enfance marquée par les guerres et l'exil Entre la Grèce et l'étranger

Deuxième fille du prince André de Grèce et de la princesse Alice de Battenberg, la princesse Théodora voit le jour au palais de Tatoï, près d'AthènesRicardo Mateos Sainz de Medrano indique une naissance dans la capitale hellénique , mais Hugo Vickers est plus précis puisqu'il nomme le palais de Tatoï ., le . Au moment de sa naissance, son père est en voyage en Espagne, où il représente la famille royale de Grèce à l'occasion du mariage du roi Alphonse XIII d'Espagne avec la princesse Victoire-Eugénie de Battenberg, cousine d'Alice. Baptisée Théodora en l'honneur de la fameuse impératrice byzantine mais surnommée par sa famille, l'enfant grandit au sein d'un foyer uni, déjà composé d'une petite fille, Marguerite (née en 1905), et qui s'élargit encore avec l'arrivée des princesses Cécile (née en 1911) et Sophie (née en 1914). Avec leur mère, Théodora et ses sœurs communiquent en anglais, mais elles utilisent aussi le français, l'allemand et, bien sûr, le grec avec leurs proches et leurs gouvernantes. C'est d'ailleurs en grec et en anglais que les princesses sont scolarisées en premier lieu.

La petite enfance de Théodora est marquée par l'instabilité que connaît la Grèce au début du . Las des attaques de la presse et de l'opposition, André et Alice trouvent refuge dans les voyages et passent l'essentiel de la période 1907-1908 en dehors des frontières de leur pays. Avec leurs filles, ils séjournent ainsi au Royaume-Uni, en Allemagne, à Malte et en Russie, où ils retrouvent leur nombreuse parentèle : le roi Édouard VII de Grande-Bretagne (oncle d'André), le grand-duc Ernest-Louis de Hesse-Darmstadt (oncle d'Alice), la tsarine Alexandra Féodorovna de Russie (tante d'Alice et cousine d'André), le prince et la princesse de Battenberg (parents d'Alice), etc. C'est à cette époque que Théodora et Marguerite font la connaissance de leurs jeunes oncle et tante maternels, Louis (âgé de ) et Louise de Battenberg (âgée de ), dont ils ne tardent pas à devenir très proches.

En 1909, survient le « coup de Goudi », un putsch militaire organisé contre le gouvernement du roi Georges , grand-père de Théodora. Peu après cet événement, le prince André et ses frères sont contraints à démissionner de l'armée. Préoccupés par l'évolution politique de leur pays, André et Alice trouvent une nouvelle fois refuge à l'étranger et séjournent en Grande-Bretagne, en France et en Hesse. Après avoir un temps envisagé l'exil, le couple revient vivre en Grèce, où naît sa troisième fille. À cette époque, Théodora est décrite par sa grand-mère maternelle comme une petite fille drôle et pleine d'imagination, mais aussi très étourdie.

Des guerres balkaniques à la Première Guerre mondiale

En 1912-1913, la Grèce est engagée dans les guerres balkaniques, qui opposent successivement le pays à l'Empire ottoman et à la Bulgarie. Rappelé dans l'armée, le prince André sert dans l'état-major du diadoque Constantin tandis que la princesse Alice œuvre comme infirmière auprès des soldats blessés. Trop jeunes pour suivre leurs parents, Théodora et ses sœurs passent, quant à elles, la durée du conflit à Athènes, à l'exception d'un bref séjour à Thessalonique en . La Grèce sort des guerres balkaniques considérablement agrandie, mais le conflit aboutit aussi à la disparition de Georges , assassiné en . La mort du roi des Hellènes provoque des changements importants dans la vie de Théodora et de ses proches ; dans son testament, le souverain lègue en effet le palais corfiote de Mon Repos à André. Après des années à vivre dans l'orbite du monarque, dans les palais d'Athènes et de Tatoï, André et les siens accèdent donc finalement à leur propre résidence.

La paix revenue, André, Alice et leurs filles repartent à l'étranger en . Après un passage en Allemagne, ils séjournent au Royaume-Uni, chez les grands-parents maternels de Théodora. Pour les petites princesses, ce voyage est notamment l'occasion de visiter la cathédrale Saint-Paul et le zoo de Londres avec leurs parents. Rentrée en Grèce le , la famille est ensuite retenue dans le pays par la quatrième grossesse d'Alice puis, surtout, par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. La Grèce ayant proclamé sa neutralité, ce nouveau conflit ne touche d'abord guère Théodora et ses proches: elle et ses sœurs passent ainsi l'été 1914 à Corfou, où elles profitent du soleil et de la mer durant quatre mois.

Les choses changent à mesure que la guerre s'immisce dans la vie du pays. Stationné à Thessalonique avec sa garnison, André est ainsi confronté à l'occupation de la ville par les Alliés en . Peu de temps après, en décembre, l'armée serbe en déroute trouve refuge à Corfou, conduisant Alice et ses filles à abandonner Mon Repos pour la capitale. Au fil des mois, les menaces contre les membres de la dynastie se multiplient. En , un incendie criminel frappe le domaine de Tatoï, alors que le roi s'y trouve avec son épouse et plusieurs de leurs enfants. Surtout, le suivant, la marine française bombarde le palais royal d'Athènes, obligeant Théodora et ses sœurs à se refugier dans les caves avec leur mère.

L'exil suisse

En , le roi Constantin est finalement déposé et chassé de Grèce par les Alliés, qui le remplacent sur le trône par son deuxième fils, le jeune Alexandre . Quinze jours plus tard, la famille de Théodora est à son tour poussée à l'exil afin de soustraire le nouveau monarque de toute influence de ses proches. Contraint à résider en Suisse alémanique, le petit groupe séjourne d'abord dans un hôtel de Saint-Moritz, avant de s'établir à Lucerne, où il vit dans l'incertitude de l'avenir.

L'exil n'est cependant pas la seule source d'inquiétude pour la famille. Avec la chute de l'Empire tsariste en 1917, plusieurs parents de Théodora sont assassinés en Russie. C'est notamment le cas de deux de ses oncles paternels (les grands-ducs Paul Alexandrovitch et Georges Mikhaïlovitch), d'un de ses grands-oncles paternels (le grand-duc Dimitri Constantinovitch) et de deux de ses grands-tantes maternelles (la tsarine Alexandra et la grande-duchesse Élisabeth). Peu de temps après ces événements, la famille grand-ducale de Hesse, à laquelle Théodora est étroitement apparentée par sa mère, est renversée en même temps que toutes les autres dynasties allemandes au cours de l'hiver 1918-1919. La famille exilée connaît des problèmes de santé, plusieurs de ses membres contractant la grippe en 1920.

Début 1919, Théodora retrouve sa grand-mère paternelle, la reine douairière Olga, épargnée par les Bolcheviks grâce à l'intervention de la diplomatie danoise. Dans les mois qui suivent, la petite fille renoue, par ailleurs, avec ses grands-parents maternels, que la guerre a obligés à abandonner le nom de Battenberg pour celui de Mountbatten. Pour l'adolescente, qui forme désormais un tandem avec sa sœur aînée Marguerite, l'exil n'est donc pas uniquement synonyme de tristesse : c'est aussi l'occasion de longues réunions familiales et de promenades en montagne.

Une longue période d'errance Un bref retour en Grèce Le , le roi Alexandre , cousin de Théodora, est mordu par un singe domestique lors d'une promenade à Tatoï. Mal soigné, il contracte une septicémie, qui l'emporte le , sans qu'aucun membre de sa famille ne soit autorisé à se rendre à son chevet. La mort du souverain provoque alors une violente crise institutionnelle en Grèce. Déjà englué, depuis 1919, dans une nouvelle guerre contre la Turquie, le Premier ministre Elefthérios Venizélos perd les élections législatives de . Humilié, l'homme politique crétois se retire à l'étranger tandis qu'un référendum rappelle Constantin sur le trône.