La machine d'Anticythère, appelée également mécanisme d'Anticythère, est considérée comme le premier calculateur analogique antique permettant de calculer des positions astronomiques. C'est un mécanisme de bronze comprenant des dizaines de roues dentées, solidaires et disposées sur plusieurs plans. Il est garni de nombreuses inscriptions grecques.
On connaît de la machine d'Anticythère un unique exemplaire, dont les fragments ont été trouvés en 1901. dans une épave, près de l'île grecque d'Anticythère, entre Cythère et la Crète. L'épave d'Anticythère était celle d’une galère romaine, longue d'une quarantaine de mètres, qui a été datée comme antérieure à
La machine d'Anticythère est le plus vieux mécanisme à engrenages connu. Ses fragments sont conservés au musée national archéologique d'Athènes.
Histoire Origine et datation de la machine d'Anticythère
En 2010, Giovanni Pastore a daté le mécanisme entre la fin du .. En 2014, deux chercheurs, l'un argentin, Christian Carman, historien des sciences à l'université de Quilmès, et l'autre américain, James Evans, professeur à l'université de Puget Sound de l'État de Washington ont proposé une datation assez ancienne, fondée sur la forme des lettres grecques de l'inscription figurant au dos de la machine, et situent la date de fabrication du mécanisme entre 150 et 100 .... Mais le fait nouveau, selon l'estimation de ces chercheurs, est que le calendrier du mécanisme d'Anticythère aurait été connu dès 205 , c'est-à-dire sept ans seulement après la mort d'ArchimèdeExtrait de , cf. .. Des travaux plus récents des chercheurs Aristeidis Voulgaris, Christophoros Mouratidis et Andreas Vossinakis, publiés le sur le site de l’université Cornell. indiquent que la « mise en service » du mécanisme est précisément datée du 22 ou : Le 23 décembre 178 , jour du solstice d’hiver et début de la nouvelle lune, une éclipse annulaire longue de 12 minutes aurait pu être observée.
L'identité du concepteur est débattue. Il pourrait s'agir de l'une des personnes suivantes : Archimède de Syracuse (287 à ), père de la mécanique statique ; un disciple d'Archimède, évoqué par CicéronCicero, De Re Publica I, 14 (22), texte et traduction ; une traduction est disponible sur le site Itinera Electronica ; Hipparque de Nicée (190 à 120), fondateur de la trigonométrie ; Posidonios de Rhodes (135 à 51), selon les indications de son ami CicéronCicero, De Natura Deorum , 34 (88), Extrait traduit in: Long et Sedley, Les Philosophes hellénistiques, trad. Pierre Pellegrin et Jacques Brunschwig, Paris : Flammarion, coll. GF, 2001, tome Les Stoïciens, 54 L texte et traduction Une traduction est disponible sur le site d’Itinera Electronica.
Le lieu de conception pourrait avoir été soit Rhodes, car l'astronome Hipparque et le savant Posidonios y vivaient, et cette île était un centre intellectuel très important à l'époque, notamment dans le domaine astronomique ; soit Syracuse, car c'est là que vivait Archimède dont des témoignages laissent à penser qu'il avait réalisé (ou fait réaliser) au moins deux autres mécanismes de bronze ayant des fonctions comparables.
Découverte
Peu avant Pâques 1900, deux caïques de pêcheurs d'éponge grecs (au scaphandre) de Symi, l'Euterpe et la Calliope, en route vers l'Afrique du Nord, font escale sur la côte nord-est d'Anticythère, devant s'y abriter à cause d'une tempête au large. Le , profitant d'une accalmie, l'un des plongeurs, Elias Lykopantis (ou Stadiatis), remonte et raconte qu'il a vu des hommes nus et des chevaux : il vient de découvrir par hasard l'épave antique gisant par de fond environMichael Wright, La fabuleuse histoire de la science, documentaire de la BBC, 2011.. Il en remonte un objet de la cargaison, la main d'une statue en bronze . Les pêcheurs ne modifient pas leurs plans pour autant, et ce n'est qu'au retour, à l'automne, qu'ils avertissent les autorités grecques par patriotisme hellénique. Le gouvernement grec dépêche aussitôt sur place des navires de sa marine de guerre, le . Les opérations de renflouement de l'épave durent jusqu'en , et se soldent par la mort accidentelle d'un pêcheur et la paralysie de deux autres (accidents de décompression)Les circonstances de la découverte de l'épave d'Anticythère ont fait l'objet d'une conférence d'H. Vratsanou à la Société de Amis du Conseil national archéologique en février 2007 : le quotidien grec Éleuthérotypia en a donné un long compte-rendu.. De nombreuses statues et statuettes en bronze et en marbre en sont retirées, dont la plus célèbre est un éphèbe, dit éphèbe d'Anticythère, souvent attribué à Euphranor ou à Lysippe (ces découvertes remplissent actuellement trois salles du Musée national archéologique d'Athènes), ainsi que des objets divers (instruments chirurgicaux, lyre en bronze).
On considère que la découverte de la machine à proprement parler date du 17 mai 1902, quand l'archéologue Valérios Stàis.., après l'observation faite par son cousin , l'homme politique Spyridon Stais, s'aperçoit qu'un agglomérat rapporté du site recèle des inscriptions et des engrenages incrustés. Un examen révèle qu'il s'agit d'un mécanisme oxydé, dont il reste trois morceaux importants et plus petits.
En 1976, la Calypso est sur place et l'équipe du commandant Cousteau explore l'épave. Entre autres objets, elle y découvre d'argent et quelques pièces de bronzeconservées au musée d'Athènes frappées à Éphèse et Pergame. On retrouve également dans l'épave des amphores provenant de Rhodes et de l'île de Kos, qui ont pu être datées de la même époque que celle des pièces, ainsi que des verreries et de nombreuses sculptures de bronze et pierre, évoquant un butin.
Le navire, d'une taille considérable avec une capacité d'environ , aurait fait naufrage entre 70 et ..
Premières études et premières hypothèses Le soin et l'adresse avec lesquels cette machine fut réalisée, ainsi que les capacités nécessaires en mécanique et en astronomie remettent en question les connaissances historiques sur les sciences grecques. En effet, aucun objet de même âge et de même complexité n'était connu dans le monde et il faudra attendre près d'un millénaire pour voir apparaître des mécanismes comparables. Dès 1905, le philologue allemand Albert Rehm est le premier à comprendre qu'il s'agit d'un calculateur astronomique.
Seconde moitié du Derek J. de Solla Price, physicien et historien des sciences à l'université Yale, confirme l'hypothèse de Rehm. En utilisant des radiographies aux rayons gamma, il étudie les fragments de la machine et fait apparaître un dispositif extrêmement complexe, comprenant, outre la vingtaine de roues dentées déjà répertoriées, des axes, des tambours, des aiguilles mobiles et trois cadrans gravés d'inscriptions et de signes astronomiques. En 1959, il publie un article préliminaire dans le Scientific American, puis consigne les résultats de ses recherches dans Gears From The Greeks: The Antikythera Mechanism, A Calendar Computer from circa 80 BC, en 1974. Selon Price, la machine fonctionnait à l'aide d'une manivelle et permettait de répondre à des questions d'ordre astronomique. Price découvre en particulier que l'un des mécanismes correspondait à un cycle lunaire ancien utilisé à Babylone.
Par la suite, et font des études plus approfondies et corrigent certaines erreurs de la reconstruction de Price.
Études au Comme il est impossible de démonter le mécanisme fortement corrodé sans l’endommager gravement et que les moyens d'étude classiques, tel que la radiographie, s’avèrent inadaptés, toute nouvelle étude du disque est bloquée ; en 2000, l’astronome de l’université de Cardiff et le mathématicien Tony Freeth ont l’idée d’utiliser un scanner à rayons X.
Pour étudier un si petit objet (de quelques centaines de grammes), il faut construire un scanner à rayons X (en fait, un tomographe à la fois de très haute résolution et de pour que le faisceau puisse traverser l'objet dans le sens de la longueur), pesant, avec sa console, plus de huit tonnes. L'appareil, construit par X-Tek SystemsSite de X-Tek Systems., s’avère capable de reconstituer et produire des images tridimensionnelles avec une précision de 50 micromètres.
Pour parachever cette nouvelle expertise scientifique, Edmunds rassemble, à l'automne 2005, une équipe pluridisciplinaire associant des astronomes, des physiciens, des mathématiciens et des paléographes des trois universités les plus concernées, en impliquant les départements suivants : université de Cardiff, école de physique et d’astronomie ; université d’Athènes : section d’astronomie, astrophysique et mécanique (responsable : Pr Xénophon Moussas) ; université Aristote de Thessalonique : section d’astrophysique, astronomie et mécanique du département de physique (responsable : Pr John Seiradakis).
vignette|Schéma du mécanisme. Pour Xénophon Moussas, directeur du laboratoire d'astrophysique de l'université d'Athènes, qui participe aux investigations en cours sur le disque, la machine est plus complexe que les astrolabes connus jusqu'alors qui ne comportent que quelques engrenages et roues à dentsAFP, conférence de presse du .. Avec son équipe, Xénophon Moussas réussit jusqu'en 2006 à déchiffrer caractères , y compris sur les disques à l'intérieur de la machine. Ces textes sont à la fois un mode d'emploi de l'appareil et un traité d'astronomie.
Il est désormais certain qu'il s'agissait d'un calculateur analogique qui décrivait les mouvements solaire, lunaire et des planètes visibles à l’œil nu, sans que l'on puisse à proprement parler d'horloge astronomique car le mécanisme était actionné par une manivelle. Elle servait également à prévoir les éclipses.
Par ailleurs, la forme des caractères, comparée à celles d'autres inscriptions de la même époque, conduit les experts à dater la pièce de la fin du avant notre ère.
L'équipe du projet de recherche communique les résultats des analyses en cours lors d'une conférence internationale à AthènesConférence internationale à Athènes., le et le . La première publication est faite dans la revue scientifique Nature« In search of lost time », Jo Marchant, Nature 2006; 444;534-538..
En 2011, l'entreprise Hublot reproduit la machine d'Anticythère en la miniaturisant à l'échelle d'une montre braceletHublot : La machine d'Anticythère., exposée pour la première fois au musée des Arts et Métiers, à Paris, puis au musée national archéologique d'Athènes.
En 2021, une publication reconstitue un possible mécanisme d'ensemble, à partir de la modélisation cosmologique grecque et des connaissances qu'ils pouvaient avoir sur les approximations fractionnaires des rapports entre cycles planétaires « A Model of the Cosmos in the ancient Greek Antikythera Mechanism », T. Freeth, D. Higgon, A. Dacanalis et al., 12 mars 2021, Scientific Reports 11, 5821 (2021)..
Une étude réalisée par l'université de Glasgow et publiée dans l'Horogical Journal du 27 juin 2024 démontre que la machine, percée de 354 trous, correspondrait au calendrier lunaire grec.
La machine d’Anticythère comprenait : un châssis en bois : ses dimensions étaient proches de ; il comportait deux portes, une à l'avant, et une à l'arrière portant des inscriptions se référant à son fonctionnement et aux cycles présentés ; un mécanisme à engrenages : ont été retrouvés lors de différentes campagnes de recherche, dont une ou plusieurs roues dentées, et des inscriptions ou détails significatifs.
Mécanisme Volume Le mécanisme occupe le volume d'un boîtier haut de , large de et épais de (dimensions d’un livre de taille moyenne).
Engrenages vignette|Modèle reconstruit de la machine par Mogi Vicentini.