La Compagnie française pour le commerce des Indes orientales est une compagnie coloniale française créée sous ce nom par Colbert le , et dont l'objet était de , avec monopole du commerce lointain pour cinquante ans, et notamment de la traite négrière.

Sa création avait pour but de donner à la France un outil de commerce international avec l'Asie et de concurrencer les puissantes Compagnies européennes fondées au , comme la Compagnie anglaise des Indes orientales et surtout la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. L'objectif était de ne plus être dépendant de l'Angleterre et des Provinces-Unies pour avoir accès aux produits indiens, vendus à prix d'or par leur Compagnie et éviter ainsi que les métaux précieux sortent des frontières.

Cependant, la guerre d'usure avec les Néerlandais, la crise spéculative des années 1716–1721, puis le choc frontal avec les Britanniques en Inde la conduiront à sa perte, après seulement un siècle d'existence.

Naissance du nouveau commerce français avec l'Asie

Des initiatives éparses contrées par les Néerlandais À partir de 1600, des expéditions commerciales sont lancées régulièrement vers l'Asie à partir de Saint-Malo ou de Dieppe.

Après la première tentative impulsée par le Dieppois Jean Ango en 1529, restée sans suite, quatre expéditions menées dans les deux premières décennies du vers les îles aux épices des Indes orientales, deux depuis la Bretagne, plus précisément de Saint-Malo (en 1601–1603 et en 1616–1619) et deux de Normandie depuis Rouen et ses relais maritimes de Dieppe et Honfleur (en 1616–1618 et en 1619–1622), sous la direction du Rouennais Augustin de Beaulieu, constituent les seules tentatives françaises d'accéder au commerce des épices dans cette région du monde.

Mais les Français, partis derniers dans cette course aux épices après les Portugais, les Anglais et les Néerlandais, échouent dans leurs tentatives avec trois navires revenus sur neuf envoyés et une seule expédition lucrative (la seconde expédition malouine de 1616–1619).

L'époque de Richelieu et de Mazarin (1624–1660) vignette|Cardinal de Richelieu, par Philippe de Champaigne.

Richelieu arrive au pouvoir en 1624, année de la signature du traité de Compiègne entre la France et les Provinces-Unies (actuels Pays-Bas). Ce traité d'alliance établit la liberté du commerce français vers les « Indes occidentales et orientales », ce qui va permettre un développement de l'activité des Français vers l'Asie, soit dans le domaine de l'évangélisation, soit dans le domaine commercial.

La route terrestre est explorée par le réseau des frères capucins du Père Joseph et c'est un missionnaire, Pacifique de Provins, qui réussit en 1628 à établir des liens officiels entre la France et la Perse, permettant l'ouverture de la route de l'Inde par le golfe Persique.

L'ordonnance royale de 1629, dite code Michau, encourage les Français à créer des compagnies de commerce à l'instar des Néerlandais et des Anglais.

À partir des années 1630, les Français s'intéressent au sud de l'océan Indien et prennent possession de sites et de ports, notamment à Madagascar (Fort-Dauphin) et dans les Mascareignes (île Bourbon (actuelle Réunion), île de France (actuelle île Maurice), île Rodrigues). En , est créée par lettres patentes une Compagnie d'Orient, jouissant d'un monopole de 15 ans sur Madagascar et les îles environnantes.

La première Compagnie des Indes (1664–1719)

Les statuts de Colbert (1664) vignette|gauche|Jean-Baptiste Colbert.

Conçue par Colbert, la compagnie est créée par la Déclaration du Roi portant établissement d'une Compagnie pour le commerce des Indes orientales, signée par Louis XIV le , et par des lettres patentes enregistrées par le Parlement de Paris.

Ses statuts en font une compagnie royale avec un certain nombre de privilèges, en particulier l'exemption de taxes, le monopole de la route maritime à partir du Cap de Bonne-Espérance jusqu'à l'océan Indien, et celui du commerce dans l'hémisphère oriental (étendu lors du système de Law au aux côtes occidentales de l'Afrique : Sénégal, Guinée), une garantie sur le trésor royal et le pouvoir de nommer des ambassadeurs. Elle est dotée d'un capital initial de de livres.

L'article XLII de ses statuts lui attribue des armes, un « écusson de forme ronde, le fond d'azur chargé d'une fleur de lys d'or, enfermé de deux branches, l'une de palme et l'autre d'olivier jointes en haut, et portant une autre fleur de lys d'or », ainsi qu'une devise, « Florebo quocumque ferar » (« je fleurirai partout où je serai portée »).

le commerce, notamment pour concurrencer les produits anglais et néerlandais ; la politique, en contribuant au développement d'une marine nationale et en affirmant la présence française sur les mers ; la culture et la religion : en propageant la civilisation française et en évangélisant les populations non chrétiennes.

Son premier directeur, nommé par Colbert, est François Caron, un huguenot exilé qui a travaillé pendant 30 ans au service de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Le siège de la compagnie est d'abord au Havre, puis à Lorient, port récemment créé, à partir de 1666.

Un enjeu important : Les indiennes de coton

En , il donne à Marseille un statut de port franc. Port franc, le port ne subit aucun droit de douane pour les produits entrants et pour ceux qui repartent à l'étranger. En revanche, les produits revendus en France sont taxés.

Par la suite, la folie des indiennes devient si grande en France qu'une loi en interdit le port, la vente et la fabrication de 1689 à 1759. Le port de ces vêtements peut être puni de la peine des galères et leur vente pouvait conduire à la pendaison. Malgré cela, une contrebande active, en partie alimentée par les marins de la Compagnie des Indes, approvisionne un marché clandestin et les indiennes sont portées par des femmes de tous rangs sociaux.

La Compagnie des Indes reste autorisée à poursuivre dans le royaume le commerce des cotons blancs. Elle peut continuer d'importer des cotons colorés et imprimés à condition de les réexporter hors du royaume de France, principalement vers le marché africain.

Le voyage de Villault de Bellefond (1666–1667)

Un livre publié en 1669, dont la préface est une « épistre » adressée « à Monseigneur Colbert, chevalier », rapporte le voyage de Nicolas Villault de Bellefond le long des côtes de Guinée en 1666–1667, alors qu'il était contrôleur sur un vaisseau de la compagnieLa Harpe, Abrégé de l'histoire intégrale des voyages, sur Wikisource.Relation des costes d'Afrique appelées Guinée, avec la description du pays, mœurs et façons de vivre des habitans, des productions de la terre et des marchandises qu'on en apporte, avec les remarques historiques sur ces costes. Le tout remarqué par le sieur Villault, écuyer, sieur de Bellefond, dans le voyage qu'il y a fait en 1666 et 1667, Paris, Denis Thierry, 1669, Lire en ligne, sur gallica..

Il met en garde contre les conditions climatiques qui rendent l'air si mauvais que peu de Blancs y passent sans y être malades..

Il y soutient la thèse (favorable à la France) selon laquelle des Normands, notamment des Dieppois, se sont installés sur la côte d'Afrique (Guinée…) à partir de 1365 et qu'ils ont été évincés par les Portugais au cours du (Page version texte)., en se fondant sur des documents des archives de Dieppe (qui ont été détruites en 1694). Villault constate que, par la suite, les Portugais ont été surclassés par les AnglaisLe livre de Villault de Bellefond est traduit en anglais en 1670 : cf. Early English Books Online. et les Hollandais, et regrette que les Français, au contraire, n'aient pas pu rétablir leurs anciennes positions.

Les implantations en Inde et dans l'océan Indien

vignette|Vaisseaux français partant pour les Indes en 1699.

En 1668, le directeur de la Compagnie, François Caron, s'établit en Inde, à Surate (actuel Gujarat), assisté de l'abbé Barthélémy Carré, représentant de Colbert. En 1672, il établit des comptoirs le long de la côte de Malabar, un comptoir à Ceylan, et se rend à Bantam et Batavia. À son retour de voyage il rencontre la flotte royale commandée par Blanquet de La Haye à Surate. Blanquet de La Haye décide de prendre Trincomalee à Ceylan, en est chassé par les Hollandais puis s'empare de Sao Thomé (Méliapour). La France indispose ainsi le sultan de Golconde qui met le siège devant Sao Thomé avec l'aide des Hollandais. La flotte de Blanquet de La Haye est entièrement perdue et ce dernier doit se retirer, quoique avec les honneurs, sur un vaisseau néerlandais. Une loge commerciale française établie à Masulipatnam est détruite, faisant plusieurs victimes.

Caron meurt en 1673 en rentrant en Europe, dans le naufrage de son navire près de Lisbonne. Il est remplacé par François Baron à Surate.

En 1674, François Martin met en place le premier établissement français de l'Inde à Pondichéry dont il a obtenu la concession. Il fortifie la ville en 1686. En 1693, Pondichéry est occupé par les Hollandais jusqu'en 1699. François Martin devient alors le premier gouverneur de Pondichéry jusqu'à sa mort en 1707. La succession est prise par Pierre Dulivier jusqu'en 1708, puis à nouveau entre 1713 et 1715.

Son capital est, en 1664, de 15 millions de livres (dont 3 souscrits par la famille royale). .

Les problèmes et la fin de la première Compagnie des Indes Mais la compagnie souffre de difficultés qui vont la conduire à l'échec. En effet, les décideurs, à Paris, peuvent difficilement comprendre les besoins des comptoirs indiens, ce qui a pour conséquence des décisions inadaptées.

D'autre part, elle est endettée depuis sa création.

Enfin, la guerre de Hollande en désorganise le fonctionnement à partir de 1672. En 1682, la compagnie perd son privilège. Elle obtient cependant le privilège de battre monnaie à Arkât, Surate et Pondichéry, d'où sortent les premières roupies de la Compagnie..

En 1719, elle est absorbée par la compagnie de John Law.

La Compagnie perpétuelle des Indes (1719-1770) La compagnie réorganisée par John Law (1719-1720) vignette|L'hôtel Tubeuf à Paris, siège de la Compagnie des Indes de 1719 à 1769.

En 1717, John Law la réunit avec d'autres sociétés qu'il a contribué à réorganiser, entre autres la Compagnie du Sénégal, la Compagnie de Chine, la Compagnie du Mississippi et la Compagnie de la Louisiane dont il avait obtenu le contrôle en échange d'une dette fiscale contractée par Antoine Crozat. Law crée alors une compagnie de niveau supérieur appelée « Compagnie perpétuelle des Indes », l'équivalent d'une holding d'aujourd'hui, qui est chargée de l'ensemble du trafic maritime colonial français. Cette compagnie adopte le sceau ainsi que les armes de la Compagnie d'Occident, créée deux ans plus tôt, bien qu'elles représentent des autochtones d'Amérique.

Chose curieuse, Law combine la gestion des participations et celle des services fiscaux du royaume. Missionnée pour renégocier la dette publique, puis pour collecter les impôts, la Compagnie perpétuelle émet des actions dont les intérêts sont payables en billets de la Banque générale, qui possède une part importante du capital de la compagnie. En , la Banque générale et la Compagnie perpétuelle fusionnent : l'actionnariat consolidé s'élève à plus d' de livres, du jamais vu. L'argument de John Law est que les richesses coloniales potentielles de la France sont inépuisables et qu'il faut bâtir sur cette manne un nouveau système économique.

Ce montage repose sur la confiance des souscripteurs et la garantie du roi, mais sa structure touchant au gigantisme manque de souplesse. Mais Law va survendre cet Eldorado : bon nombre de bateaux n'arrivant pas au port, « l'or des colonies » ne peut couvrir les millions de titres émis de toute façon en surnombre. Law n'est pas le seul à manipuler ainsi l'opinion, les cours de la Bourse et les financiers : au même moment, les directions des compagnies d'Amsterdam et de Londres usent de pratiques similaires.