Les Onze bagatelles, opus 119 sont un ensemble de pièces pour piano composées par Ludwig van Beethoven à plusieurs époques.
Composition Tout au long de sa vie, Ludwig van Beethoven a composé des petites pièces qu'il appelait des (), qu'il gardait de côté dans une chemise, en attendant de pouvoir les publier.. L'histoire de la composition des Onze bagatelles est complexe et les imprécisions dans la correspondance de Beethoven (près de 16 lettres) rendent difficile son établissement. On peut néanmoins établir le schéma suivant :
(esquisses) & automne 1822 : bagatelles à 5 & automne 1822 : bagatelle fin 1820 - : bagatelles à 11
Bagatelles à 11 En 1820, Friedrich StarkeFriedrich Starke (1774-1835), corniste, éditeur viennois et ami de longue date de Beethoven. distrait Beethoven de la composition de sa Missa solemnis. Vers le , Carl Joseph BernardCarl Joseph Bernard (1780-1850), écrivain arrivé à Vienne en 1800, devenu éditeur de la Wiener Zeitung en 1819. Sa première relation connue avec Beethoven date de 1814 en tant qu'auteur du patriotique Chor auf die verbündeten Fürsten (WoO 95). Il fut en contact étroit avec Beethoven dans les années suivantes et écrit pour lui le texte d'un oratorio, Der Sieg des Kreuzes, que Beethoven ne mit jamais en musique. écrit dans un cahier de conversation que Starke veut une petite pièce de Beethoven et quelques brefs détails biographiques pour une méthode de piano qu'il publie et à laquelle plusieurs autres compositeurs en vue contribuent. Cette requête insignifiante a des répercussions profondes qui affectent une sonate pour piano de Beethoven et deux séries de bagatelles.
La petite pièce fut dûment écrite un mois ou deux après pour Franz OlivaFranz Oliva (1786-1848), employé de banque qui, vers 1810, succéda à Gleichenstein en tant que secrétaire bénévole principal de Beethoven jusqu'en 1820 lorsqu'il déménagea à Saint-Pétersbourg. qui lui demande le : Cependant, Beethoven avait reçu la commande de nouvelles sonates pour piano de la part de l'éditeur berlinois Adolf Schlesinger. Avant qu'il ne puisse dire s'il acceptait cette commande, Oliva propose de donner un départ éclatant à la composition de ces sonates : . Il est clair qu'il reprend cette suggestion d'Oliva car son cahier d'esquisses révèle que le premier mouvement de la sonate opus 109 fut élaboré séparément en mars-, avant la commande de Schlesinger, et il doit s'agir de cette petite pièce à l'intention de Starke..
Après avoir préparé l'édition des 25 Mélodies écossaises, opus 108 et de la sonate opus 109 pour Schlesinger, Beethoven se souvient de sa promesse à Starke et compose cinq bagatelles (opus 119 à 11) pour sa méthode de piano qui est publiée à Vienne en 1821 dans la Wiener Piano-Forte-SchuleFriedrich Starke, Wiener Piano-Forte-Schule, 3 vols. (Vol. I, Vienne: Bey dem Verfasser, 1819 ; Vol. II, Vienne: Sprenger, 1819 ; Vol. III, vienne: Bermann, 1821).. La date exacte de leur composition est confuse : la partition autographe est datée du , bien que les esquisses apparaissent immédiatement après les dernières esquisses de l'opus 109 fin 1820. L'explication tient sans doute au fait que, d'une part, le jour du Nouvel An est un jour traditionnel pour l'échange de cadeaux et que, d'autre part, Beethoven refusait obstinément toute rétribution de son ami Starke. Cependant, Starke refuse d'accepter quelque chose d'une telle valeur sans rétribution. Dès lors, la solution pour Beethoven est de présenter ces bagatelles à Starke en tant que cadeau de Nouvel An et Starke lui a sans doute rendu la pareille d'une façon ou d'une autre. Les bagatelles à 11 ont donc certainement été composées durant la deuxième moitié de 1820 et sans doute avant la mi-octobre.
Bagatelles à 6 Au cours de l’été 1822, l’éditeur de Leipzig Carl Friedrich Peters écrit à Beethoven pour l’inviter à composer, entre autres choses, quelques petites œuvres pour piano. Beethoven, qui est en plein travail sur la Missa solemnis et la Neuvième symphonie ne répond qu'en Lettre de Beethoven à l'éditeur Peters de Leipzig, Vienne, le 15 février 1823. Beethoven avait déjà promis des bagatelles à Peters : (lettre à Carl Friedrich Peters, le 5 juin 1822) ; Lettres de Beethoven. L'intégrale de la correspondance 1787-1827, trad. Jean Chuzeville, Actes Sud 2010. et lui envoie une demi-douzaine de bagatelles connues aujourd'hui comme l'opus 119 à 6. Excepté la , ces bagatelles sont des pièces anciennes datant d'environ 1794-1802, nouvellement révisées.
Romain Rolland estime que les pièces les plus anciennes sont les et 4, . Pour Jean et Brigitte MassinLudwig van Beethoven, Fayard, 1967, ., des esquisses de la Bagatelle se retrouvent dans un cahier de 1802, et elle serait la transcription d'un Lied inédit composé avant 1800.
Romain Rolland voit dans landante-introduction de la Bagatelle , suivi par l'Romain Rolland, Beethoven, les grandes époques créatrices : Le chant de la Résurrection, tome 2, Paris, Éditions du sablier, 1937, ..
Peters, lui, est très déçu et répond le :
Schindler approuve le jugement de Peters :
Publication des 11 Bagatelles Beethoven ne perd pas son temps et expédie les 6 Bagatelles à l'éditeur Antonio Pacini à ParisLettre du ; Lettres de Beethoven. L'intégrale de la correspondance 1787-1827, trad. Jean Chuzeville, Actes Sud 2010. puis à Carl Lissner à Saint-PétersbourgLettre du , où il en demande 20 ducats or, soit le double du prix demandé à Peters ; Lettres de Beethoven. L'intégrale de la correspondance 1787-1827, trad. Jean Chuzeville, Actes Sud 2010. sans succès. Il s'adresse finalement à son ancien élève Ferdinand Ries qui vit à Londres : . Ries vend les désormais 11 Bagatelles à l'éditeur et compositeur londonien Clementi & Co, qui ne se plaint pas qu'elles soient trop faciles ou peu caractéristiques de Beethoven, et les publie sous le titre (). Beethoven exprime à Ries sa satisfaction des qu'il en retireLettre du à Ferdinand Ries ; Lettres de Beethoven. L'intégrale de la correspondance 1787-1827, trad. Jean Chuzeville, Actes Sud 2010. mais cette édition est piratéeAlan Tyson, The Authentic English Éditions of Beethoven, Faber & Faber, Londres, 1963. peu après par Moritz Schlesinger qui les publie à Paris avec de nombreuses erreurs (1823) et Sauer & Leidersdorf recopie cette dernière à Vienne (1824) en ajoutant encore des erreurs, de sorte que Beethoven n'en retire aucun droit sur le continent. Diabelli les publie finalement à Vienne en 1828.
Contrairement à Peters, qui avait si sèchement rejeté les Bagatelles opus 119, certains contemporains de Beethoven ont su apprécier la valeur de ces miniatures, et la première édition allemande de la série a été accueillie par une critique enthousiaste dans l’ de Berlin :
Structure Durée moyenne d'interprétation : 14 minutes.
sol mineur. Allegrettout majeur. Andante con motoré majeur. A l'Allemandela majeur. Andante cantabileut mineur. Risolutosol majeur. Andante — Allegrettout majeur. Allegro, ma non troppout majeur. Moderato cantabilela mineur. Vivace moderatola majeur. Allegramentesi bémol majeur. Andante, ma non troppo Analyse Comparées aux Bagatelles op. 33, ces Bagatelles sont plus aventureuses et variées en termes d'harmonie, de forme, de mètre, de technique et de longueur. On retrouve des techniques utilisées dans les dernières œuvres de Beethoven (les Variations Diabelli, les trois dernières sonates) : ambiguïté du rythme, de la forme, de l'harmonie, changements soudains de mesure, trilles dans différents registres soutenant d'autres voix.
Les numéros 7 à 11, à l'origine écrits pour un recueil pédagogique, présentent une moindre difficulté technique et une plus grande concision des idées musicales.
1. Allegretto Cette Bagatelle en sol mineur est construite sur une forme ABA avec une coda. Plusieurs éditeurs ont édité cette pièce, et on trouve fréquemment des erreurs dans la partition.
Elle se termine ironiquement en sol majeur, la dominante de do mineur ou la tonalité parallèle de sol mineur, ce qui donne un sentiment ambigu de suspension. Cette fin en sol permet d'enchaîner sur la Bagatelle suivante en do majeur.
2. Andante con moto C'est une Bagatelle assez simple en deux parties (AA') avec une courte coda. La main droite joue des accords brisées en croches, et la main gauche joue des motifs en triolets de doubles croches dans le registre grave et aigu, ce qui nécessite un croisement de mains.
3. À l'Allemande C'est une pièce de forme ABA, avec une coda gaie. L'indication à l'Allemande renvoie aux , des danses paysannes. On retrouve cette indication dans sa Sonate et dans son Quatuor (écrit en italien, ). On trouve également dans la Bagatelle l'indication, très rare chez Beethoven, , qui signifie qu'il faut rejouer le début jusqu'au signe de renvoi vers la coda.
4. Andante cantabile Il s'agit d'une courte pièce lyrique de forme AABB. Il s'agit d'une première et simple apparition de la chez Beethoven, un procédé qui voit les durées des notes se raccourcir (croches vers doubles-croches) et le discours s'intensifier.
5. Risoluto Cette Bagatelle est construite en trois parties (AABBC). Elle est basée sur une esquisse de final pour sa sonate pour violon. Le terme Risoluto () suppose une forte énergie rythmique, indiquée par de nombreux accents et appogiatures.
6. Andante — Allegretto Après une introduction Andante, Beethoven écrit une première section Allegretto puis . C'est une indication rare dans les Bagatelles, tout comme leggiermente que l'on trouve à la fin de l'''Andante. L'introduction est à trois temps, et un passage amène à la section suivante à deux temps. Après l'apparition de triolets de croches (diminution rythmique), l'écriture passe à .
7. Allegro, ma non troppo Dans cette Bagatelle, Beethoven utilise une diminution rythmique soutenue par de longues trilles, technique que l'on retrouve également dans le final de la sonate . Dans la Bagatelle, la main droite fait progressivement monter la tension avec une intensification rythmique expressive (croches, doubles croches, triolets, triples croches), pendant que la main gauche maintient une trille sur la tonique. Ce long crescendo se termine par un arpège descendant de do majeur.
Cette technique est également utilisée dans la sixième variation du final de la sonate , qui commence par un thème tranquille en noires répétant des si à la voix supérieure.
Ce motif est exploré en diminution rythmique (croches, triolets, doubles-croches, triples croches…) jusqu'à un moment de suspension avec une trille, cette fois sur la dominante.
On retrouve cette technique dans larietta de sa dernière sonate.
8. Moderato cantabile Dans cette pièce de forme AABB, on trouve une ambiguïté harmonique que l'on retrouve dans les sonates tardives, notamment au passage à la section B, qui débute en si bémol majeur.
9. Vivace moderato C'est une courte pièce de forme ABA sans coda, une sorte de avec deux phrases de huit mesures, elles-mêmes symétriquement divisées en quatre mesures ; ces phrases sont séparées par un passage de quatre mesures sur la dominante. Les phrases se terminent sur des accords brisés, basés sur une progression harmonique originale et répétée quatre fois : I – II – V7 – I.
10. Allegramente Il s'agit de la pièce la plus courte écrite par Beethoven, avec seulement treize mesures. Cette Bagatelle simple est basée sur trois accords en la majeur (sus-tonique, dominante, tonique), joués alternativement par les deux mains. L'harmonie est d'ailleurs ambiguë : le morceau a l'air d'être en mi majeur, et le premier accord de la est perçu comme la sus-tonique ; ce n'est que pendant la courte coda que la tonalité est affirmée.
11. Andante, ma non troppo