Le stadion () était une course à pied faisant partie des épreuves au programme des concours sportifs et religieux de la Grèce antique, dont les Jeux olympiques antiques. Cette épreuve pédestre se courait sur toute la longueur d'un stade, soit . Or, cette unité de mesure variait d'une cité à l'autre. Aussi, la piste (le dromos) n'avait pas toujours la même longueur : la plus courte se trouvait à Corinthe () tandis que celle d'Olympie était, à l'époque classique, la plus longue, mesurant .
Le stadion était la plus prestigieuse épreuve des Jeux panhelléniques. De à , c'était même l'unique épreuve aux Jeux olympiques. Le nom de son vainqueur fut rapidement utilisé pour désigner l'olympiade et fut un des éléments constitutifs du calendrier grec. Aux Jeux panathénaïques à Athènes, le stadion était l'épreuve la mieux récompensée avec cent amphores d'huile d'olive.
Un coureur de stadion était idéalement grand et mince, avec un buste court, pas trop musclé pour ne pas être ralenti par son poids mais avec de grands bras. Au départ, les concurrents s'alignaient sur une bande de pierre, la balbis, où des « couloirs » (entre sept et vingt-deux en fonction de la taille du stade) étaient matérialisés, par des lettres à l'origine puis de plus en plus, à partir du , par l’hýsplex, un dispositif de départ fait de cordes tendues relâchées par un juge-arbitre, dispositif conçu pour éviter tout départ prématuré. La position de départ réglementaire semble avoir été debout, les bras vers l'avant, le pied gauche un peu avancé et les orteils accrochés dans des rainures creusées dans la balbis. L'arrivée du sprint, six cents pieds plus loin, était elle aussi matérialisée par une balbis.
Stade thumb|left|upright=1.8|alt=photographie couleurs d'un vaste espace en terre battue au pied d'un talus herbeux.|Le stade de Delphes.
L'origine du mot « stadion » serait liée au verbe conjugué (« Je suis debout »), signifiant que les spectateurs n'étaient pas assis, hormis quelques officiels, juges et prêtres. Dès lors, deux interprétations sont proposées. Le plus souvent, il est considéré que « stadion » désignait la distance de que parcouraient les athlètes, puis, par métonymie, le mot fut utilisé pour nommer la course et finalement la structure où celle-ci se déroulait. Pour David Gilman Romano, dans son travail archéologique sur le stade de Corinthe de 1993, « stadion » aurait d'abord signifié le lieu où on se tient debout, pour regarder une course, puis la course elle-même et enfin la distance parcourue.
Le stade (structure) était composé de deux parties : la piste elle-même, le « dromos » et sur au moins un côté un espace pour accueillir les spectateurs (champ, terrasse ou plus souvent talus). L'installation était à l'origine rectangulaire. Peu à peu, l'une des extrémités devint semi-circulaire. Les officiels aux Jeux olympiques, organisateurs appelés agonothètes () et juges appelés hellanodices (), s'installaient dans une tribune alors que les spectateurs prenaient place sur les talus pour suivre l’action de prèsNathalie Roy, « Tous aux Jeux ! Le sport dans l’Antiquité », exposition du 12 mai au au Musée départemental des Antiquités de Rouen..
À l'origine, la majorité des spectateurs n’étaient pas assis. Ce n'est qu'à l'époque hellénistique que les stades commencèrent à disposer de sièges pour le public. Les capacités d'accueil variaient fortement. La petite cité d'Halieis (), en Argolide, avait un stade de ; le stade des Jeux isthmiques, à Isthmia, disposait de à l'époque hellénistique ; Némée ou Olympie pouvaient accueillir jusqu'à , le stade d'Athènes, à l'époque romaine, aurait pu contenir assis. À la fin de la période classique et au début de l'époque hellénistique, un certain nombre de stades (Olympie, Némée et à l'Isthme pour les plus connus) furent déplacés hors des sanctuaires religieux pour être installés un peu plus loin, souvent à un endroit où le relief avec une petite vallée ou une petite butte facilitait la construction de tribunes plus importantes. Olympie, Némée ou Épidaure furent alors aussi équipés d'un tunnel qui abritait juges et athlètes avant leur course. Les stades construits durant l'époque romaine étaient souvent adossés à un théâtre (Sardes, Tralles, Pergame, Rhodes, Dodone ou Athènes). Les stades les plus anciens furent aussi rénovés alors avec des sièges pour l'ensemble des spectateurs : ainsi, Hérode Atticus finança les améliorations du stade d'Athènes et du stade de Delphes. Cependant, la rénovation romaine à Olympie n'amena pas d'installation de tribunes définitives.
thumb|alt=photographie couleurs d'un vaste espace en terre battue au pied d'un talus herbeux.|Le stade de Némée.
Le « dromos » avait une longueur de , mesure déterminée selon la mythologie grecque, par Héraclès, fondateur légendaire des jeux olympiques antiques : cette longueur correspond aux que le héros aurait mis pour séparer la ligne de départ de celle de l'arrivée à l'occasion de la course qu'il organisa pour ses frères ou, selon une autre version, elle correspond à la distance sur laquelle il aurait sprinté sans respirer. Cette unité de mesure variait d'une cité à l'autre. Le pied de Corinthe mesurant , le stade de cette cité était le plus court du monde grec avec . À Olympie, avec un pied de le stade était, à l'époque classique, le plus long avec . Halieis disposait d'un stade de ; Delphes de ; Némée ou ; le stade le plus récent pour les Jeux isthmiques mesurait ; à Épidaure ; sur Délos ; les distances proposées pour le stade d'Athènes divergent : , ou ; il en est de même pour Milet : ou ; la longueur du stade de Priène est estimée à . Pergame possédait le plus long stade de l'époque hellénistique avec . Les stades n'étaient donc pas « standardisés », car il n'y avait pas (il ne pouvait pas y avoir) de prise de temps. Le concept contemporain de « record » n'existait pas. Le plus important était le nom du vainqueur parmi les athlètes ayant concouru le même jour, dans les mêmes conditions. Était aussi important le fait d'être le premier à réaliser quelque-chose : le premier d'une cité à remporter une victoire, le premier à remporter deux (ou plusieurs) victoires de suite, le premier avec le plus de victoires, etc..
Le « dromos » était par contre très peu large, une trentaine de mètres en moyenne. Ses côtés étaient délimités de façon visible soit par une bande continue en pierre soit par une servant aussi à l'évacuation des eaux de pluie.
La ligne de départ (aphésis) était marquée par une bande de pierre ( / ) creusée de deux sillons, écartés d'une douzaine de centimètres, pour caler les orteils. La plus ancienne balbís connue se trouve à Némée et date des environs de 500 av. J.-C. Sa présence est attestée presque partout au . À Corinthe, elle mesurait entre et était constituée de blocs de calcaire recouverts d'un enduit peint en bleu sombre. En fonction des stades, il y avait de la place pour de sept à une vingtaine d'athlètes sur la balbís. À Némée, des petits trous de poteau identifiés par les lettres de l'alphabet grec antique ont été retrouvés, signifiant que des « couloirs », au moins pour les départs, étaient matérialisés. La lettre « Χ » (la de l'alphabet) est la lettre la plus loin dans l'alphabet qui ait été retrouvée, laissant donc supposer qu'il y a pu avoir jusqu'à 22 « couloirs » larges de sur ce stade particulier. Le stade de Corinthe aurait eu dix-sept « couloirs ». Le plus ancien stade avait les positions de départ matérialisées par des lettres peintes en rouge : celles de alpha à pi ont été retrouvées ; les autres ont disparu sous la rénovation hellénistique du stade. Les « couloirs » étaient larges de à . La rénovation du stade de Corinthe, probablement vers le , aurait doté le stade d'un mécanisme de départ : l'hýsplex (). L'hýsplex consistait en une ou deux cordes qui étaient tendues au niveau des genoux et/ou au niveau des hanches des coureurs par des pieux de bois installés à chaque bout de la balbís et entre chaque « couloir » et relâchée par un starter placé derrière les athlètes. Le système fonctionnait de la même façon qu'une catapulte. L'hýsplex la plus ancienne, remontant probablement au , se trouve à Isthmia. Une hýsplex est présente aussi à Némée, Épidaure et Corinthe (et certainement ailleurs) à partir du . La ligne d'arrivée (terma) était elle aussi matérialisée par une balbís, afin de faciliter le travail des juges.
La piste était le plus souvent en argile régulièrement nivelée. Elle était divisée en deux dans le sens de la longueur par une bande de chaux ou de gypse. Une indication marquait aussi des intervalles de plus ou moins cent pieds (un plethron).
Course Origines thumb|alt=Vase noir et rouge, avec des hommes nus courant|Amphore panathénaïque à figures noires, milieu du (Metropolitan Museum of Art MET 1978.11.13), avec la première mention connue du mot « stadion ». On trouve des sources aussi bien archéologiques que littéraires évoquant, en Mésopotamie ou Égypte, depuis le , l'existence d'épreuves athlétiques dans un contexte religieux et dans l'enceinte de temples ou de palais. Ainsi, il existait en Égypte la « course du roi » lors de la fête-Sed, une des mieux connues étant celle réalisée par Djéser à Saqqarah, mais aussi celle de la reine Hatchepsout représentée sur un bas-relief à Karnak. Les liens entre ces traditions athlétiques mésopotamiennes et égyptiennes et celles de Grèce ne sont pas documentés. Cependant, Hérodote décrit au une ambassade venue d'Élis (la cité dont dépendait le sanctuaire d'Olympie) auprès du pharaon pour le consulter sur les moyens d'améliorer l'organisation des Jeux.
Homère évoque un « dromos » pouvant accueillir cinq coureurs lors des jeux des funérailles de Patrocle et un autre, peut-être plus large, lors des fêtes organisées par les Phéaciens en l'honneur d'Ulysse. Une amphore panathénaïque du milieu du , conservée au Metropolitan Museum of Art de New York représente trois hommes en train de courir avec la légende « » sur un vase qui servait à récompenser les vainqueurs de cette course lors des Panathénées : ce serait la plus ancienne mention connue du mot « stadion » puisqu'elle précéderait d'un demi-siècle les premières mentions littéraires. En effet, ce mot se trouve ensuite, en référence à la course et à ses coureurs, chez Simonide, Pindare et Bacchylide (fin du - début du ). Hérodote utilise quant à lui le terme pour évoquer la distance de , six plethra ou .
Coureur type Philostrate d'Athènes, dans son Gymnastikos (Sur la gymnastique) écrit vers 220-225 , décrit la morphologie idéale du coureur de stadion : assez grand et mince, avec un buste court, pas trop musclé pour ne pas être ralenti par son poids mais avec de longs bras qui, semblables à des ailes, entraînent vers l'avant les jambes.
Les coureurs de stadion ne semblent pas avoir été des spécialistes de sprint. Nombre d'entre eux remportaient aussi le pentathlon (disque, javelot, longueur, stade et si nécessaire lutte). Souvent, un athlète réalisait le doublé stadion (un stade) et diaulos (double stade). Le triplé stadion-diaulos-dolichos (course de fond) était exceptionnel : Politès de Céramos le réalisa en 69 Cependant, des vainqueurs du stadion pour garçons se retrouvaient régulièrement vainqueurs du dolichos à l'âge adulte. Par contre, peu de coureurs pouvaient remporter aussi une des épreuves de lutte, hormis lors de « petits » jeux locaux où la concurrence était moindre.
Épreuve-reine des concours antiques Le stadion était la course la plus courte présente lors de la plupart des jeux panhelléniques et considérée comme la plus prestigieuse. Il était aussi la quatrième des cinq épreuves du pentathlon. Aux Jeux olympiques, il fut longtemps la seule épreuve, de 776 à 724 av. J.-C.. En 632 av. J.-C., un stadion des enfants fut ajouté au programme des Jeux olympiques.