thumb|right|Représentation sur bois de la . La (approximativement « députation de l'empereur ») était un groupe de du Parlement de Francfort choisi le pour aller proposer la couronne impériale allemande au roi de Prusse de l'époque Frédéric-Guillaume IV afin de réaliser la solution petite-allemande. La proposition, qui eut lieu le , fut refusée par le monarque. Cela entraîna la fin des derniers espoirs des libéraux modérés d'unifier l'Allemagne sous le régime de la monarchie constitutionnelle et, en conséquence, une radicalisation de la révolution de Mars.

Contexte historique

Établissement du Reich allemand

Dans le cadre du Printemps des peuples (1848), la révolution de Mars conduisit rapidement les différents États allemands à devoir réaliser quelques concessions, dont la constitution d'un pré-parlement qui siégea à Francfort-sur-le-Main du au . Ainsi, en collaboration avec le Bundestag de la Confédération germanique, sa principale fonction était de préparer à la création d'une assemblée nationale et de déterminer les modalités de son élection.

Ainsi, le Parlement de Francfort siégea pour la première fois le . Dès le lendemain, lors son discours inaugural, le président du Parlement Heinrich von Gagern définit la rédaction d'une et l'unité allemande comme les deux principales tâches de cette assemblée nationale. Dès lors commencèrent de longs débats et de longues tractations sur la nature du nouvel État, son système politique et sa constitution.

Le , le Parlement adopta une loi instaurant un Pouvoir central provisoire, un gouvernement fédéral provisoire, et la fonction de régent du Reich en attendant la désignation d'un chef d’État allemand. Le lendemain, l'archiduc Jean-Baptiste d'Autriche fut élu à ce poste.

Sélection de la solution petite-allemande

Deux propositions concurrentes étaient rapidement entrées en compétition en vue de réaliser l'unité allemande : une solution grande-allemande, centrée sur l'Autriche, et une solution petite-allemande, centrée sur la Prusse sans l'Autriche. D'abord privilégiée, la solution grande-allemande s'avéra impossible à mettre en œuvre à la suite de la réaffirmation de l'indivisibilité de l'Empire autrichien. Dès lors, l'idée d'une Petite-Allemagne commença à se répandre, incitant le Pouvoir central provisoire à chercher à se rapprocher de la Prusse.

Ainsi, en , deux membres de la fraction Casino (groupe parlementaire de centre-droit libéral, groupe le plus important au Parlement de Francfort), à savoir le président du Parlement Heinrich von Gagern et le sous-secrétaire d'État attaché au ministère de l'Intérieur du Pouvoir central provisoire Friedrich Daniel Bassermann, prirent alors une part très active dans ces négociations politiques avec les autorités prussiennes concernant le projet d'élection impériale. Ils argumentèrent que la monarchie ne pouvait survivre que si elle faisait cause commune avec les libéraux modérés et acceptait le principe d'une monarchie constitutionnelleL'article allemand parle de Bassermann et Hergenhahn..

Par conséquent, le , le ministre-président du Reich à Anton von Schmerling, Autrichien et partisan de la solution grande-allemande, démissionna et fut alors remplacé par Gagern, entérinant la sélection de la solution petite-allemande par les institutions fédérales.

Volontés absolutistes de Frédéric-Guillaume IV de Prusse

Ayant déjà vécu comme une défaite le fait d'avoir dû, après les émeutes à Berlin du , accepter une constitution et la formation d'une assemblée nationale limitant toutes deux son pouvoir, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse ne souhaitait qu'une seule chose : la restauration de son pouvoir absolu de droit divin.

Ainsi, en , en pleine répression contre-révolutionnaire, il dissolut l'Assemblée nationale prussienne et fit débuter des travaux de révision de la Constitution prussienne en vue de limiter les progrès démocratiques initiés par la révolution de Mars. C'est dans ce contexte que fut mis sur pied le conseil privé du Roi composé des deux frères ultra-conservateurs Leopold et Ernst Ludwig von Gerlach (alors proches du futur chancelier Otto von Bismarck), qui voyaient dans la Constitution de Francfort - alors en cours d'élaboration - avant tout une révolution, une usurpation et la déchéance du royaume de Prusse.

Parallèlement, Frédéric-Guillaume IV soutint ouvertement les membres de la fraction Café Milani (groupe parlementaire de la droite conservatrice, protestante et majoritairement prussienne). Pouvant s'appuyer sur la puissance militaire prussienne, ceux-ci désavouaient sans compromis les libéraux modérés, y compris ceux de la fraction Casino.

Dans ce contexte, à la fois romantique et versatile, au-delà des implications politiques qu'auraient eu l'unification, le roi n'était en aucun cas prêt à renoncer à son pouvoir de droit divin. Pour lui, une couronne impériale provenant d'un parlement démocratique n'avait aucune valeur et était incomparable avec le titre d'empereur du Saint-Empire romain germanique. Le , déjà, il écrivit à Joseph von Radowitz :

Cependant, les deux chambres du Parlement prussien (à l'exception notable des membres des radicaux-démocrates), la majorité des ministres, des officiers et des membres de la Cour se montrèrent en faveur de l'acceptation de la couronne impériale sous condition d'un accord avec les autres souverains allemands, d'un droit de véto absolu pour l'empereur (contrairement au droit de véto suspensif comme le prévoira la Constitution de Francfort) et d'une révision du droit électoral. Ainsi, sous la pression de son gouvernement, le roi Frédéric-Guillaume IV déclara le que la Prusse acceptait l'idée d'un empire héréditaire, sans officiellement se prononcer sur sa potentielle élection impériale.

Constitution de Francfort et élection impériale de Frédéric-Guillaume IV de Prusse

Entérinant le choix en faveur de la solution petite-allemande et d'une monarchie constitutionnelle, la Constitution fut votée et approuvée le à une courte majorité (267 voix contre 263). Formée à l'occasion des débats autour du caractère héréditaire de la couronne impériale (adopté la veille afin de favoriser le rapprochement avec le roi de Prusse), la coalition parlementaire, dite , s'était constituée autour de la fraction Casino, avec le soutien des fractions Landsberg et Augsburger Hof (centre-droit libéral) ainsi qu'une partie de la fraction Westendhall (centre-gauche démocratique, mené par Heinrich Simon).

Parallèlement, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse fut officiellement élu empereur le par contre 248, l'opposition étant alors constituée des députés de l'empire d'Autriche, des États du Sud de l'Allemagne et des radicaux-démocrates (favorables à la solution grande-allemande).

Néanmoins, cette situation cachait une réalité bien différente : la majorité des députés appréciaient assez peu le monarque prussien qui, derrière ses discours en faveur de l'unité allemande, émettait d'importantes critiques vis-à-vis du travail réalisé par le Parlement de Francfort.

En outre, le fait que la légitimité de l'empereur ne découlerait plus de Dieu mais d'un parlement revêtait une portée symbolique importante, n'augurant rien de bon concernant l'acceptation de la couronne impériale par le roi Frédéric-Guillaume IV, favorable à une conception absolutiste et divine de la monarchie. thumb|Caricature du refus de la couronne impériale par Frédéric-Guillaume IV, dessin d'Isidor Popper.

Réception de la Kaiserdeputation La Kaiserdeputation fut envoyée le afin de proposer officiellement la couronne impériale au roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse. Informé bien avant leur arrivée par télégraphe, ce dernier reçut la à Berlin le .

Membres de la Kaiserdeputation La était alors composée des membres suivants : Eduard von Simson (président), Ernst Moritz Arndt, , Friedrich Daniel Bassermann, , Hermann von Beckerath, Georg Beseler, Karl Biedermann, , , Friedrich Christoph Dahlmann, , , , Heinrich von Gagern, , Wilhelm Loewe, , Friedrich von Raumer, Theodor Reh, Gabriel Riesser, Maximilian Heinrich Rüder, , , Alexander von Soiron, , , et .

Refus de la couronne impériale A cette occasion, il exprima une première fois son refus au motif qu'il ne pouvait l'accepter .

Raisons officieuses du refus du roi de Prusse

Raisons idéologiques Néanmoins, peu après, Frédéric-Guillaume IV écrivit au roi Ernest-Auguste de Hanovre qu'il ne put pas donner ses véritables raisons devant la députation, avant de continuer en comparant la couronne proposée par le Parlement à « une laisse pour chien qui lierait son porteur à la révolution de Mars ». En outre, il écrivit également à son ambassadeur à Londres Christian Karl Josias Freiherr von Bunsen que, contre la démocratie, seuls les soldats étaient d'une quelconque aide. Il continua :

Raisons diplomatiques Outre par rapport à l'élection impériale de Frédéric-Guillaume IV de Prusse, ce fut surtout le risque de guerre civile qui décida de la décision royale. Souhaitant réaliser pacifiquement l'unité allemande, le monarque prussien n'avait aucun intérêt à provoquer ouvertement l'Autriche (qui se renforçait à la suite de la répression de l'insurrection viennoise d'octobre 1848 et sa victoire lors de la Première Guerre d'indépendance italienne) ou même la Russie (qui soutenait le statu quo instauré par le Congrès de Vienne en 1815).

Conséquences de la Kaiserdeputation

Retrait de l'empire d'Autriche Dès le , entérinant la victoire de la solution petite-allemande, l'empire d'Autriche rappela l'ensemble de ses députés du Parlement de Francfort et cessa toute participation aux institutions impériales.

Éclatement d'une guerre civile et dissolution des institutions impériales Le , la décision prussienne de refuser la couronne impériale est officialisée devant le Parlement de Francfort par la bouche du plénipotentiaire de Prusse auprès du Parlement Ludolf Camphausen. Outre la nécessité de l'accord des souverains allemands pour faire du roi de Prusse l'empereur d'Allemagne, Frédéric-Guillaume IV de Prusse réclamait également des changements précis dans la Constitution (notamment concernant le droit de veto), ce qui était à l'évidence au-delà des capacités de compromis du Parlement, déjà fortement divisé entre les libéraux modérés (désormais discrédités par l'échec de la Kaiserdeputation) et les radicaux-démocrates. Ainsi, le , le Parlement vota le rejet de la proposition prussienne et le déclenchement d'un soulèvement général en Allemagne à une courte majorité de 190 contre 188 voix. Devant l'échec manifeste des travaux du Parlement, le ministre-président du Reich Heinrich von Gagern démissionna le jour même tandis que les députés conservateurs et libéraux modérés se retirèrent du Parlement dans les jours suivants. Seuls les députés radicaux-démocrates continuèrent à siéger, marquant un tournant révolutionnaire net du Parlement.

En réaction à la généralisation de l'insurrection révolutionnaire (entamée dès le ), le Pouvoir central provisoire (en rupture complète avec le Parlement) ordonna le aux troupes fédérales d'entamer les opérations de répression contre-révolutionnaire avec le soutien massif des forces armées prussiennes. Dès ce moment, le Parlement entama un inexorable affaiblissement. Le , progressivement repoussé sur tous les fronts, les insurgés révolutionnaires déménagèrent le Parlement de Francfort vers Stuttgart, ce qui fut considéré par le Pouvoir central provisoire comme une dissolution. Finalement, le désormais parlement-croupion allemand fut à son tour dissous par des soldats du Wurtemberg le tandis que la guerre civile, dernier épisode de la révolution de Mars, s'acheva le , par la prise de la forteresse de Rastatt par les forces fédérales et prussiennes.

Pour terminer, les dernières institutions impériales disparurent le lors de la démission du régent impérial Jean-Baptiste d'Autriche, qui transféra les compétences du Pouvoir central provisoire à une , contrôlée par l'Autriche et la Prusse.

Épilogue