Le palais de Westminster (en ), également désigné sous le nom de Chambres du Parlement (), est le lieu où siège le Parlement du Royaume-Uni : la Chambre des communes (House of Commons) et la Chambre des lords (House of Lords). Le palais borde la rive nord de la Tamise et se situe au centre de la ville de Londres, dans l'arrondissement de la Cité de Westminster.
Un incendie dévastateur a détruit presque entièrement le palais le , n'épargnant que le Westminster Hall qui remonte à 1097. Le bâtiment actuel date du .
Histoire vignette|gauche|Le palais de Westminster (à droite) se situe au bord de la Tamise, au cœur de Londres.
Résidence royale au Moyen Âge En raison de sa situation privilégiée au bord de la Tamise, le palais de Westminster a revêtu une grande importance stratégique tout au long du Moyen Âge. Des bâtiments ont occupé ce site depuis au moins la période anglo-saxonne : connu alors sous le nom d’île de Thorn (Thorn Ey devenue Thorney Island).
L’endroit pourrait avoir servi pour la première fois de résidence royale à l'époque de la domination danoise, sous Knut le Grand (1016-1035). Mais l’avant-dernier roi saxon d’Angleterre, Édouard le Confesseur, édifia un palais royal sur l’île de Thorney, immédiatement à l’ouest de la cité londonienne et à peu près à la même époque que l’abbaye de Westminster voyait le jour (entre 1045 et 1050).
L’île et ses environs prirent rapidement le nom de Westminster, en contraction des mots anglais West Monastery (« monastère de l’Ouest »). À la suite de l’invasion normande de 1066, Guillaume le Conquérant s’installa dans la tour de Londres, mais lui préféra vite Westminster. Il ne subsiste aujourd’hui aucune trace des bâtiments qui existaient à l’époque des Anglo-Saxons et de Guillaume. Les plus anciennes sections subsistantes du palais, Westminster Hall et le Grand Hall, datent du règne du successeur de Guillaume le Conquérant, le roi Guillaume le Roux. Le palais devint donc la résidence principale des rois d’Angleterre jusqu’à l'incendie de 1512 qui a détruit une partie importante des bâtiments.
vignette|droite|Le palais sur une carte de Londres réalisée en 1746 par John Rocque (détail).
En 1534, le roi s’arrogea le palais de York au détriment de son ancien propriétaire, le cardinal Thomas WolseyAntonia Fraser, The Wives of Henry VIII, New York: Alfred A Knopf, 1992 ., un puissant ministre tombé en disgrâce. Henri rebaptisa l’endroit en palais de Whitehall, et l’utilisa par la suite comme résidence principale. Bien que Westminster reste officiellement un palais royal, il fut dès lors utilisé en tant que siège des deux chambres parlementaires et en tant que tribunal.
vignette|L'ancien palais de Westminster, par Thomas Malton le Jeune (1748 – 1804).
Institutions publiques Beaucoup d’institutions publiques y virent le jour, en même temps qu’évoluait la nature du régime. L’ancêtre du Parlement anglais, par exemple, le Curia Regis (« Conseil royal »), se réunissait à Westminster Hall, sauf lorsqu’il devait suivre le roi dans un autre palais. Quant au Parlement modèle (Model Parliament), le premier parlement officiel d’Angleterre, il fut convoqué au palais par en 1295 .. Depuis lors, le palais a abrité, sauf à de rares exceptions, toutes les sessions parlementaires.
Étant donné son passé de résidence royale, le palais de Westminster ne contenait aucune salle ayant vocation à accueillir les deux chambres : les cérémonies officielles telles que la cérémonie d’ouverture du Parlement se tenaient ainsi dans la (Painted Chamber), et la Chambre des lords se réunissaient dans la . Quant à la Chambre des communes, elle ne disposait d’aucune salle propre, ce qui la contraignait parfois à tenir ses débats à l’abbaye de Westminster, dans la salle capitulaire ou le réfectoire.
Les Communes n’obtinrent un toit permanent que sous le successeur d’Henri VIII, , lorsqu’on leur concéda l’usage de l’ancienne . Le Chantries Act de 1547, passé dans le cadre de la réforme protestante, avait en effet procédé à la dissolution de nombreux ordres religieux tels que celui des chanoines de Saint-Étienne, ce qui permit aux Communes de trouver à se loger. Des aménagements furent ensuite réalisés dans l’ancienne chapelle pour satisfaire aux besoins de la chambre basse.
Il est toujours le lieu d’importantes cérémonies officielles, et tout particulièrement celle chaque année de l’ouverture de la session parlementaire (le ) et reste étroitement associé dans les esprits aux deux chambres parlementaires, comme en témoigne parfois l’utilisation du terme Westminster pour désigner le Parlement.
L'incendie de 1834 vignette|gauche|J. M. W. TurnerIncendie des Chambres du Parlement, 1835Cleveland Museum of Art
Le , la majeure partie du palais disparut en fumée lors d’un incendie : l'incendie du Parlement. Seuls Westminster Hall, la tour des Joyaux, la crypte de la chapelle Saint-Étienne et les cloîtres échappèrent à la destruction. Une commission royale fut désignée afin d’étudier les options s’offrant pour la reconstruction, et parvint à la conclusion que le nouveau palais devrait être reconstruit sur le même site dans un style soit gothique, soit classique. Cette alternative ne fut pas sans provoquer de vifs débats publics. Les partisans du classicisme avancèrent que l’architecture gothique était trop crue, ou en tout cas peu appropriée à un Parlement. Beaucoup cependant, dont Augustus Pugin, soutinrent que le gothique représentait la plus authentique architecture chrétienne, allant jusqu’à comparer par contraste le classicisme avec le paganisme de la Rome et de la Grèce antiques. L’art gothique était considéré par ailleurs comme typiquement national, à l’inverse du classicisme qu’on associait avec la France.
En 1836, après l’examen de 97 propositions rivales, la commission royale opta pour l’architecte Charles Barry et son projet de palais en style néogothique. La première pierre fut posée en 1840 ., puis la Chambre des lords fut achevée en 1847 et la Chambre des communes en 1852, date à laquelle Barry reçut le titre de chevalier. La plupart des travaux ont été réalisés avant 1860, mais certains éléments ne furent pas terminés avant la décennie suivante.
La Seconde Guerre mondiale Le fonctionnement normal du palais de Westminster s’est interrompu en 1941, lorsque des bombardiers allemands détruisirent la Chambre des communes .. Sir Giles Gilbert Scott fut désigné comme nouvel architecte, et reconstruisit la chambre basse en restant très fidèle à l’œuvre de Charles Barry. Il acheva son travail en 1950.
Restauration Dans les années 2010, le palais de Westminster est jugé dans un état de grand délabrement, nécessitant une rénovation massive. Les travaux devraient coûter plusieurs milliards de livres, durer sur au moins une décennie et, selon le compromis à définir, imposeraient le déménagement des chambres parlementaires.
Architecture vignette|Le palais de Westminster. Juillet 2009. Du fait de l'incendie, la plus grande partie du bâtiment date du . L’architecte responsable de la reconstruction, Sir Charles Barry, inscrivit le nouveau bâtiment dans le plus pur style néogothique, en référence à l’époque des Tudor.
L’une des attractions les plus célèbres du palais de Westminster est sa tour de l'Horloge (), nommée officiellement « tour Élisabeth » () à l'occasion du jubilé de diamant d'Élisabeth II en 2012, qui abrite Big Ben.
Le palais, immense complexe de plus de mille pièces, contient en plus des salles de la Chambre des lords et de la Chambre des communes, les bureaux des commissions parlementaires, des bibliothèques, des vestibules, des salles à manger, des bars ou même des gymnases.
Style architectural vignette|droite|redresse=2.2|Le palais de Westminster au crépuscule.
Sir Charles Barry a réalisé le nouveau palais de Westminster dans un style gothique dit « perpendiculaire ». C'est une variante de l'art gothique tardif très caractéristique de l'Angleterre, de la fin du , avec des prolongements au dans le style Tudor. Ce style est revenu à la mode au avec le néogothique, car considéré à cette époque comme l'un des styles qui marqua le plus l'histoire architecturale du pays, avec une forte valeur d'identité nationale. Barry lui-même était en réalité un architecte de formation classique, mais fut aidé dans son travail par son confrère Augustus Pugin, rompu aux subtilités du gothique. Westminster Hall, rescapé des flammes, construit au mais doté de la plus merveilleuse charpente en bois de style gothique perpendiculaire du , put ainsi être intégré harmonieusement dans la vision d’ensemble de Barry. Pugin fut toutefois mécontent de l’œuvre finale, en particulier à cause de la structure symétrique voulue par Barry. Il le fit savoir dans une remarque restée célèbre : « Du pur grec, monsieur. Des détails Tudor sur un corps classique » ..
Maçonnerie La pierre utilisée au départ pour la construction, appelée anstone, était une pierre calcaire et magnésienne de couleur sable, extraite au village d’Anston dans le Yorkshire du Sud .. La pierre, cependant, commença très vite à se dégrader en raison de la pollution. Bien que ce défaut soit devenu notoire dès 1849, rien ne fut fait pour y remédier pendant le reste du . Ce n’est qu’au cours des années 1910 que la nécessité de remplacer une partie des pierres s’imposa avec évidence.
En 1928, on eut recours à de la pierre de Clipsham, une pierre calcaire de couleur miel provenant du comté de Rutland. Les travaux furent engagés dans les années 1930 mais durent être interrompus pendant la Seconde Guerre mondiale, pour n’être achevés que dans les années 1950. Dès les années 1960, cependant, des dégâts liés à la pollution réapparurent. Un programme de conservation et de restauration des pierres fut initié pour y remédier en 1981 et se poursuivit jusqu’en 1994..
Les tours vignette|La tour de l'Horloge du palais de Westminster abrite la célèbre cloche Big Ben.
L’actuel palais de Westminster comprend plusieurs tours. La plus grande et la plus carrée, la tour Victoria (Victoria Tower), se situe à l’angle Sud-Ouest de l’édifice et culmine à 98,5 mètres. Elle fut baptisée ainsi en l’honneur du monarque régnant de l’époque, la reine Victoria. La tour abrite le greffe de la Chambre des lords (House of Lords' Record Office), qui en dépit de son nom est utilisé par les deux chambres parlementaires. Son sommet arbore un drapeau, qu’il s’agisse du Royal Standard quand le souverain est présent ou plus généralement de l’Union Jack. C’est en effet au pied de la tour Victoria que se situe l’entrée officielle du souverain dans le palais (la Sovereign’s Entrance to the Palace), utilisée notamment à l’occasion des cérémonies d’ouverture du Parlement ou de tout autre événement impliquant la venue du chef de l’État.
La tour Centrale (Central Tower) domine le milieu du palais. Sa hauteur de en fait la plus petite des trois principales tours du monument. Contrairement à ses voisines, la tour Centrale est surmontée d’une flèche située immédiatement au-dessus du vestibule central, de forme octogonale.