thumb|Les Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie. Peinture d'Ilia Répine de 1880 à 1891Cet épisode a inspiré à Guillaume Apollinaire un poème de son recueil Alcools..
Les CosaquesEn (казак) - pluriel : kazaki (казаки), en (козак) - pluriel : kozaky (козаки), en - pluriel : Kozacy. sont un groupe de populations majoritairement slaves originaire de régions de la steppe pontique situées sur les actuels territoires de l'Ukraine et de la Russie. Ils ont la particularité d'être à l'origine semi-nomades, de vivre de manière autonome et autogérée, et d'assurer leur propre défense grâce à un entraînement militaire systématiqueMichel Heller : Histoire de la Russie et de son Empire, chap. 4; 2015, Éd. Tempus Perrin, .
Étymologie thumb|Portrait d'une femme cosaque, par le peintre russe Grigori Gagarine. L'origine du terme « cosaque » renvoie à une fonction, une catégorie de guerriers initialement irréguliers, plutôt qu'à une ethnie ou un peuple. Dans le Codex Cumanicus, dictionnaire trilingue couman (langue turque), persan et latin, mais aussi glossaire et index thématique servant à décrire les peuples de la steppe pontique de l'époque, les Cosaques (sous la forme ) y sont mentionnés en tant que sentinelles, gardiens ayant pour fonction de défendre les terres slaves des razzias des ennemis tatares. L'étymologie du terme slave « cosaque » (en , kozak ; en , au pluriel ; en , kazak) remonte probablement au turco-mongol , vocable de nombreuses langues de même souche, qui signifie « homme libre », « sans attache », par extension nomade ou mercenaire. Le lien avec le soldat ou le garde indépendant décrit dans le Codex Cumanicus est logique puisque le mercenaire guerroie pour son propre compte. Vassili Radlov, fondateur de la turcologie, définit les Cosaques comme des « hommes libres, indépendants et nomades ».
En revanche, on ne peut pas prouver qu'il y ait un rapport étymologique entre les Cosaques et les Khazars ou les Kazakhs () qui, quoiqu'habitant les mêmes régions, se sont succédé à des siècles d'intervalle .
thumb|Portrait d'un Cosaque zaporogue par Sergueï Vassilkovski, vers 1900.
Historique Origine des Cosaques Dans le Codex Cumanicus, dont la partie lexicale semble avoir été rédigée entre 1292 et 1295 et dont la plus ancienne copie actuellement connue date de 1303, le mot peut désigner aussi bien un « garde de convois » qu'un « pillard des steppes ». Par la suite, la Chronique de Nikon rapporte la présence de bande cosaques dans les environs de Riazan, près de Moscou, dès 1443. Selon la Chronique, cette année-là, le grand-prince de Riazan conclut un accord avec des bandes tatares venues piller le pays. Ils s'installent pour l'hiver, reçoivent des terres à défricher, se convertissent au christianisme (c'est l'origine de certaines familles nobles.) et louent leurs services de mercenaires pour combattre les autres Tatars, qui les considèrent comme renégats. À partir du milieu du , les références à des Cosaques slaves se multiplient : entre Don et Volga à partir de 1470, et en Ukraine actuelle, notamment dans la « Grande Prairie » autour du Dniepr, vers 1490.
Ces premiers Cosaques, mercenaires, brigands ou pirates, longent la Volga et colonisent les rives de ce fleuve alors disputé entre Russes et Tatars, ainsi que, progressivement, celles du Don et du Dniepr. Ils nomadisent à cheval dans les steppes eurasienne et pontique, entre les forêts russes ou polono-lituaniennes au nord et les mers Caspienne et Noire au sud. Selon Iaroslav Lebedynsky, ce mode de vie avait déjà été celui des Toques noires à forte composante petchénègue, des (mi-slaves, mi-turciques), des Volochovènes (mi-slaves, mi-valaques) et des « Polovtses sauvages » convertis au christianisme. C'est pourquoi il qualifie ces communautés de « proto-cosaques ». Pour Mikhaïl W. Ramseier, il faut aussi compter dans cette catégorie les Sevriouki (« ceux du Nord »), des groupes slaves venus du Nord, qui se mélangent à cette époque aux peuples turciques de la steppe. Preuve en est que les premiers Cosaques, turciques au départ, se slavisent rapidement. C'est d'ailleurs en 1468 qu'apparaît près de Moscou le premier chef cosaque à nom slave : Ivan Rouno.
Réunis en bandes (starchines) louant leurs services aux nations limitrophes de la steppe, ces premiers Cosaques se retrouvent bientôt aux côtés des Moscovites, des Lituaniens, des Polonais ou des Moldaves, tout en commerçant avec les colonies génoises de la mer Noire qui leur vendent des armes, et parfois même avec leur ennemi le khanat de Crimée. On les décrit alors comme étant tour à tour mercenaires, garde-frontières, guides de la steppe, protecteurs de marchands ou de diplomates, mais aussi et souvent pillards attaquant les villages et les caravanes de rencontre (et, pour cette raison, s'affrontant aussi entre eux).
Par la suite, ces bandes d'aventuriers accueillent les nombreux fugitifs des États voisins, dont certains arrivent par familles entières pour échapper au servage, aux lourds impôts ou aux guerres. Les bandes devinrent des établissements, puis de vraies communautés, formées de parias, de pauvres, de rebelles ou encore d'esclaves en fuite, aussi bien nordiques ou slaves qu'orientaux. Les Cosaques sont mentionnés dans la région du Don autour de 1520, et sur le Dniepr inférieur (où ils prennent le nom de Zaporogues) en 1550.
Les Cosaques zaporogues
thumb|left|Józef Brandt, Noce cosaque, 1893.
Vers la fin du , des Cosaques s'établissent entre les fleuves Boug et Dniepr, région sous l'autorité formelle du grand-duc de Lituanie (jusqu'en 1569) puis du roi de Pologne. Ils y bénéficient d'une certaine autonomie en échange de la défense des frontières, d'ailleurs floues dans cette région. On trouve là surtout des paysans corvéables fuyant les obligations envers les seigneurs, des pauvres des villes, des aventuriers de toutes sortes et des criminels de droit commun. Pour les jeunes nobles polonais aventureux, « faire le Cosaque » permet d'acquérir rapidement une expérience militaire. Au début, ces réfugiés ou proscrits essaient de devenir, sinon cultivateurs, du moins éleveurs, mais, attaqués par les Tatars qui pillent leurs récoltes et détruisent leurs biens, ils s'organisent rapidement en confréries militaires. Lorsqu'ils ne résident pas dans leurs camps retranchés, les sitchi (nom féminin ; sitch au singulier), ils vivent de chasse, de pêche et de rapines contre les Tatars. La première sitch des Zaporogues se trouve sur l'île de Khortytsia, en aval des rapides du Dniepr, d'où leur nom : signifie « au-delà des tourbillons », en référence aux rapides situés au coude du grand fleuve.
vignette|L'union polono-lituanienne en 1619 : la Pologne en rose-orangé et les Cosaques zaporogues autonomes en rose, au sud-est.
Les Cosaques zaporogues sont principalement issus de la voïvodie de Kiev et de la Biélorussie, avec parfois des groupes arméniens (tcherkessogaïs) ou moldaves (răzeși ou razèches). La plupart étaient orthodoxes, avec une minorité polonaise catholique, un dixième environ. Il est probable, tout au moins au début de la cosaquerie, que des Tatars aussi « passèrent cosaques » en devenant chrétiens et polonais en Podlachie (« Tatars baltiques »). Au début du exista même une troupe de cosaques juifs.
La région est alors giboyeuse et les rivières regorgent de poissons. Dans les eaux du Dniepr certains esturgeons très âgés mesuraient plus de six mètres et pesaient plus d'une tonne. La steppe pontique où ils vivaient constituait une zone-tampon entre les monarchies chrétiennes du nord-ouest et les états musulmans du sud-est. Selon l'expression du géographe russo-ukrainien du A. Zachtchouk : ..
S'organisant en démocratie directe, les Cosaques élisent leurs chefs militaires (lors d'assemblées générales appelées Rada), dont le plus élevé dans la hiérarchie porte le nom de « otaman » ou « hetman ». C'est lors de ces assemblées qu'ils déterminaient la marche à suivre et l'objectif. Cependant, l'otaman est seul responsable d'un éventuel échec de l'expédition et il a alors une dette envers les participants. thumb|Une colonne de granit unique du , avec laquelle les Cosaques mesuraient le territoire. Trouvé dans le village de Moshoryne, dans la région de Kirovohrad. Certains Cosaques se mettent au service des starostes des confins du roi de Pologne, dont une des tâches était de mettre fin aux razzias tatares dans le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie. Ces Cosaques restaient en ville à disposition des starostes, ne parcourant la steppe que pendant les saisons de chasse et de pêche. D'autres vivaient dans les steppes en permanence. Mais tous les Cosaques restent essentiellement libres et ceux qui veulent organiser des expéditions avec eux doivent les rejoindre. Certains administrateurs domaniaux du roi de Pologne, tel Dmytro Vychnevetsky, deviennent ainsi cosaques.
Brillants cavaliers, les Cosaques forment des trains de chariots qu'ils attachent entre eux lors de la bataille, formant un rempart en forme de triangle, infranchissable par les chevaux. Disposant quelquefois de longues piques sur lesquels s'empalaient les montures ennemies qui essayent de sauter, toujours d'armes à feu et parfois de petits canons, les Cosaques repoussèrent ainsi toutes les attaques des cavaliers tatars. Lorsque l'ennemi avait subi de lourdes pertes après plusieurs assauts, les cavaliers cosaques sortaient de leur camp pour achever le travail à coups de sabres et de haches.
vignette|Tchaïka (, la « mouette » en ukrainien), mahonne de guerre des Cosaques au .
Rapidement, les Cosaques deviennent également d'excellents navigateurs, utilisant des barques à rames. Ils organisaient, en longeant les côtes, des expéditions (essentiellement de pillage), qui les menèrent jusqu'à Constantinople.
Développement de la cosaquerie thumb|Les Cosaques (en vert) aux marges de l'Empire russe au . Par la suite, les Cosaques formèrent d'autres communautés plus à l'est au fur et à mesure que les noblesses, russes et polonaises, investissaient leurs territoires.
Les Cosaques, hormis les Zaporogues, furent récupérés en tant que soldats par l'État lituano-polonais, qui créa en 1581 un registre pour les recenser. Leur inscription sur les registres leur accordait la propriété de la terre des steppes, celle-ci appartenant en principe au roi, contre un service militaire, un statut ressemblant donc à celui de la noblesse. Au temps du roi , il y avait au mieux 500 "Cosaques enregistrés", alors que les troupes cosaques pouvaient atteindre à la fin du siècle.
Le nombre de Cosaques enregistrés augmente à plusieurs reprises, mais est toujours largement inférieur au nombre réel de Cosaques. Les Cosaques non enregistrés devaient en principe devenir serfs sur les domaines de la noblesse polonaise, ce qui fut la cause de révoltes. Au début du , plusieurs milliers de Cosaques sont enregistrés ; environ avant une révolte qui éclata en 1648. Il y avait déjà entre , souvent des paysans qui ne voulaient plus être serfs. Le nombre de Cosaques ne dépassait pas en réalité , y compris ceux qui ne parcouraient les steppes qu'occasionnellement. En 1648, c'est en fait toute la Zaporoguie qui se révolte au nom des libertés cosaques.
Côté russe, les Cosaques également se mirent sous la coupe du gouvernement du tsar. Bien qu'autonomes dans leurs régions, ils collaboraient avec les armées tsaristes contre une solde et des produits en nature (sel, alcool, tissus, poudre, etc.). Les établissements cosaques se multiplièrent sur les frontières de l'Empire russe : le Caucase avec le Kouban et le Terek, puis toute la Sibérie, avec les conquêtes de Ermak Timofeïévitch au-delà de l'Oural pour le compte du tsar Ivan IV le Terrible.
« Troubles cosaques »