Jean-Baptiste Dubois, dit Dossonville, né à Auneau le et mort aux Batignolles le , est un policier français et agent provocateur, membre de la police politique du Comité de sûreté générale de l'an II, stipendié par la Grande-Bretagne jusqu’à son arrestation et sa déportation sous le DirectoireL'étude la plus récente et la plus documentée sur Dossonville est accessible dans Olivier Blanc, Les hommes de Londres, Histoire secrète de la Terreur, Paris, 1989, et 224-227..

Employé par Lord WyndhamArchives nationales, Papiers Hyde de Neuville. pour maintenir le trouble en France en inventant et révélant de fausses conspirations, il fut un infatigable agent d’influence sous la Législative et la Convention, particulièrement sous la Terreur, puis sous le Directoire. Il fut plusieurs fois emprisonné, mais de puissantes protections lui permirent d’échapper à la guillotineUn gros dossier le concernant, conservé aux Archives nationales sous la cote F/7/6318/B, a échappé à G. Lenotre (« Figaro policier » dans Vieilles maisons vieux papiers, 1929), Ernest d’Hauterive et aux rares historiens comme Albert Mathiez et Arnaud de Lestapis à avoir sérieusement étudié la police politique de la Terreur..

Débuts Il commença sa « carrière » sous l’Ancien Régime comme valet de chambre et secrétaire du comte de Salaberry, président de la Chambre des comptes, période durant laquelle il acquit des connaissances financières qui le servirent toute sa vie.

S’étant marié, il s’établit cafetier à Paris en 1786, puis il se mêla aux événements politiques de la Révolution avec des principes politiques difficiles à définir mais plus certainement sans principes autres que pêcher en eaux troubles. Il fut cité dans des affaires aussi obscures que l’ont été l’affaire dite des Chevaliers du poignard, et celle, quelques mois plus tard, de la fusillade du Champ-de-Mars où, en tant qu’officier de paix, il accompagnait le maire Bailly. Il se fit élire officier de paix de la section Bonne-Nouvelle (novembre 1791) avec traitement annuel de , chargé de traquer les contrefacteurs d’assignats dans la section de Bonne Nouvelle. Il émargea ensuite, comme agent provocateur, à la contre-police de Collenot d’Angremont, lui-même secrétaire de l’administration de la garde nationale, et chargé, pour le compte des Tuileries, de mystérieuses missions en Grande-Bretagne, il fut enrôlé par le Foreign Office après le . À son retour, le , il semblait acquis à la monarchie des Bourbons qui, malgré la déclaration de guerre et ses conséquences, croyaient pouvoir se rétablir sur un territoire intact (confiant, Louis XVI l’appelait familièrement « M. de la Loi »).

Agent principal du Comité de sûreté générale Le , douze jours après la prise des Tuileries, Dossonville fut arrêté pour complicité avec Collenot d’Angremont, lui-même exécuté pour ses activités d’embauchage l'Ami du Peuple du 20/2/1791, dossier AN, C202/160/ et les Annales révolutionnaires, 1910, III, 244-245.. Il plaida que s’il avait travaillé pour lui, c’était précisément pour déjouer ses manœuvres contre-révolutionnaires. Et pour preuve de sa bonne foi, il lança des accusations nouvelles contre ses employeurs de la veille, devenus témoins gênantsChronique de Paris du 29 août 1792.. Les jurés déclarèrent qu’ Lorsque M. le président annonça à Dossonville qu’il était acquitté de l’accusation; que, conformément à la loi, son élargissement aurait lieu au bout de vingt-quatre heures, s’il ne survenait point d’autres charges contre lui (il était alors une heure du matin), de vifs applaudissements accueillirent la décision du tribunal en faveur de Dossonville, qui prononça d’une voix très faible : Lui-même s’attendait si peu au jugement rendu en sa faveur et croyait sa mort tellement inévitable, qu’avant de boire un verre de vin, pendant les délibérations, il dit à celui qui le lui donna :

Relaxé le et sorti de la prison de l'Abbaye, il entra à la Trésorerie nationale pour, officiellement, réduire le trafic de fausse monnaie qui, au fil des mois, prenait de l’ampleur. Pour discréditer la monnaie nationale, des faux assignats furent fabriqués en Grande-Bretagne puis continûment introduits de l’étranger en France et distribués par des royalistes dans les maisons de jeu et ailleurs. Il fut envoyé à Londres par le ministre des finances Clavière du au au prétexte de « surprendre les faussaires d’Angleterre (sic)»Archives nationales, F//7/6318/B.. Le premier Comité de sûreté générale issu de la Convention lui donna à son retour des pouvoirs d’investigation étendus et le chargea de perquisitionner chez les personnes suspectes de faux ou d’usage de faux. Il réussit à identifier et faire arrêter plusieurs faussaires et distributeurs, les fit déférer au Tribunal criminel du département où plusieurs d’entre eux furent condamnés à mort. À dessein, Dossonville fit suspendre l’exécution de quelques-uns et, pour prix d’une grâce, ils se firent indicateurs et devinrent par la suite les instruments de la politique de Terreur du Comité de sûreté générale refondé depuis septembre 1793. Ce sont ces condamnés en sursis, tels que Guillaume Armand, l’ex-comte Dulac ou l’ex-comte de Ferrières-Sauvebœuf qui inventèrent des conspirations chimériques et rédigèrent de fausses dénonciations contre tous ceux que Dossonville et ses employeurs désiraient éliminer.

Le fonctionnement du Comité de sûreté générale chargé de traquer les « suspects » était celui d’une police politique avec les mêmes fins et les mêmes moyens. Beaucoup de contemporains dont Napoléon, plusieurs historiens français ou anglo-saxons, ont soutenu, avec quelque vraisemblance, qu’il y eut, sous la Terreur, une faction désorganisatrice qui, poussant à la répression la plus aveugle au prétexte du salut public et de la guerre, faisait le jeu de la coalition, et de la Grande-Bretagne en particulier. Or, quand on observe le parcours de Dossonville depuis le début de la Révolution, que l’on examine attentivement les dossiers de police le concernant – ils ont à peine été regardés par M. d’Hauterive, biographe de Dossonville, qui voit en lui un aimable Figaro –, on ne peut douter que celui-ci ait été un des espions salariés du gouvernement britannique. Un dossier des Archives nationales conserve encore les reçus de fortes sommes d’argent remises par Lord Wyndham à l’épouse de DossonvilleBibliothèque Thiers, papiers Grasilier..

À la suite d'une fausse manœuvre de sa part – un chantage contre des suspects ayant mal tourné pour lui –, Dossonville fut, à l’initiative du député Alquier, qu’il impliqua plus tard dans le prétendu « complot de l’étranger », incarcéré trois mois entre le et le où, sur intervention de Barère, il reprit du service comme agent secret. Le 18 pluviôse an II, () le Comité de sûreté générale et en particulier Amar et Jagot l’autorisèrent à rechercher non seulement les faux monnayeurs mais tous les « autres ennemis de la fortune et du bonheur public sous quelques dénominations qu’ils existent. »Bibl. Hist. de la Ville de Paris, Ms.177, f°168. Ils lui donnèrent des moyens illimités pour des missions en province et aussi à l’intérieur des prisons où il avait placé quelques-unes de ses créatures, des « moutons ».

Bien plus tard, Dossonville se vanta d’avoir sauvé la vie de quelques nobles qui l’avaient protégé dans son enfance. Il se vanta aussi d’avoir empêché l’incarcération de M. de Toulongeon et de sa femme, fille de Dufort de Cheverny. Dufort lui-même croyait lui devoir la liberté et probablement la vie : Dossonville prétendait avoir caché au fond d’un carton l’ordre d’arrestation le concernant. Peu après, voyant que de Salaberry répondait de travers à son interrogatoire, il déclara qu’elle était folle et il la fit interner dans la maison de santé Montprin, rue Notre-Dame-des-Champs. Cependant, le comte de Salaberry, qui en savait long sur le personnage, fut exécuté.

Maître chanteur

Depuis 1793, la Terreur donnait lieu à toutes sortes de chantages des agents et administrateurs de police contre les suspects souvent riches, qui préféraient payer de fortes sommes plutôt que d’être arrêtés. Le « mémoire » publié par le comte de Mesnil-Simon et par quelques autres dont les langues se délièrent en l’an III, établissent clairement le chantage dont ils ont été l’objet sous la Terreur. On payait pour neutraliser un ordre d’arrestation, pour obtenir un passeport, un certificat de civisme ou de résidence, et sans garantie, comme beaucoup en firent l’amère expérience.

Le trafic de rançonnement s’exerçait bien entendu dans les prisons parisiennes où, contre argent, plusieurs détenus obtinrent d’être placés dans des maisons de santé. Dossonville ne manqua de profiter de l’aubaine : il avait, dans son portefeuille, des ordres d’arrestation signés par Amar, Vadier ou Jagot qu’il ne mettait pas à exécution si les gens concernés acceptaient un arrangement. Il aurait proposé à l’abbé d’Espagnac, puis au duc de Luynes de s’évader de prison, moyennant livres, quitte à le rattraper trois jours après. Il fit la même offre aux frères Magon de la balue et de La Lande, richissimes banquiers malouins. Il se rendait fréquemment en prison pour consulter Ferrières-Sauvebeuf, qui, ayant vécu dans l’ancienne société des « ci-devants », lui servait d’indicateur sur le niveau de fortune des détenusSur Louis-François de Ferrières-Sauvebeuf, voir Olivier Blanc, « Les indics de la Révolution », L’Histoire, septembre 1982.. il fit encore chanter le banquier Cottin et surtout Marie Babin de Grandmaison, jeune et jolie cantatrice, amie du baron de Batz, détenue de ce fait à la prison Sainte-Pélagie et qu’il fit envoyer à l’échafaud avec sa toute jeune servante de dix-huit ans, témoin de ce chantage. Dans la même fournée, celle dite des « chemises rouges », il amalgama les citoyens Burlandeux, Paumier, Caradec de Kerloury et Egré, qu’il avait inlassablement persécutés lorsqu’ils étaient en prison à la Force, également le comte de Mesnil-Simon et son ami le comte de Sartines. La loi du 22 prairial a ainsi permis à Dossonville et ses employeurs, au prétexte de conspirations imaginaires, d’éliminer à leur gré tous les témoins de leurs forfaits puisque les débats publics avaient été supprimés.

Ses employeurs Élie Lacoste, Amar, Jagot, Voulland et Vadier, principalement, lui ayant demandé de créer des conspirations contre-révolutionnaires, dans le but de se débarrasser pêle-mêle de leurs ennemis politiques et de déjouer les tentatives des royalistes de l’intérieur qui gênaient les plans des coalisés (le gouvernement britannique visait non pas le rétablissement de la monarchie des Bourbons mais la mainmise sur ses colonies et un morcellement du territoire français), Dossonville fut à l'origine du renvoi, devant le Tribunal révolutionnaire, de centaines de personnes. Ces hécatombes qui atteignirent leur apogée en prairial, messidor et thermidor aboutissaient à renforcer la coalition des puissances étrangères dans une même indignation, et d’empêcher la reconnaissance de la République par les états disposés à la neutralité. Ces manœuvres visaient enfin à jeter la discorde au sein de la Convention et par là, à l’avilir.

Dossonville est à l’origine, dès germinal an II, du montage et de la révélation du soi-disant complot de l’étranger, le grand procès truqué du 29 prairial au cours duquel on condamna cinquante quatre personnes - à la tête desquelles Henri Admirat et Cécile Renault -, qui pour certaines ne s’étaient jamais vues et qui allèrent à la mort revêtues de la même chemise rouge des assassins et empoisonneursarticle 4, titre , , Code pénal de 1791. (la « procession des cardinaux » s’amusait Barère qui était probablement, avec son vieil ami Vadier, l’inspirateur de cette tragique mascarade).

Après le 9 thermidor