Spartacus, en , en , est un gladiateur d'origine thrace, qui, avec les esclaves gaulois Crixus, Gannicus, Castus et Œnomaüs, est à l'origine de la troisième guerre servile, le plus important soulèvement d'esclaves contre la République romaine, entre et
On sait peu de choses au sujet de Spartacus en dehors des événements de la guerre. Les récits historiques conservés sont parfois contradictoires et pas toujours fiables. Les sources s'accordent néanmoins pour dire qu'il est un ancien gladiateur et un chef militaire accompli.
La rébellion est l'objet de débats historiques et politiques, et d'une nouvelle popularité à partir de la fin du . Interprétée par certains comme un exemple pour les peuples ou les classes opprimées qui luttent pour leur liberté contre une oligarchie esclavagiste, elle est une source d'inspiration pour certains penseurs politiques (communistes notamment). Elle connaît ensuite une grande postérité dans la littérature, la musique (Camille Saint-Saëns compose en 1863 une ouverture pour la tragédie d’Alphonse Pagès), à la télévision et au cinéma.
L'adaptation cinématographique de Stanley Kubrick, réalisée en 1960, l'a rendue célèbre auprès du grand public. Cette interprétation est néanmoins contredite par les historiens contemporains qui soulignent qu'aucun récit historique ne mentionne que l'objectif des rebelles est de mettre fin à l'esclavage dans la République romaine, et qu'aucune des actions des chefs rebelles n'y semble spécifiquement destinée..
Sources antiques La vie de Spartacus et la guerre qu'il a menée sont connues grâce à plusieurs auteurs antiques. La source la plus proche des faits est l'historien Salluste : il est le seul à avoir pu bénéficier du témoignage direct des acteurs des événements (sauf des esclaves, tous morts). De ses Histoires, qui relatent les événements entre 78 et , il reste des fragments. Les passages de l'Histoire de Rome de Tite-Live relatifs à la période sont perdus. Il n'en reste qu'un résumé.
Plus tardivement, Florus () s'inspire de Salluste et Tite-Live pour donner dans son Abrégé d'histoire romaine une version des événements très défavorable à Spartacus. Plutarque, principalement dans sa Vie de Crassus, est une autre source contemporaine de Florus. Puis Appien, dans ses Guerres civiles, donne une version des événements encore moins favorable que celle de Florus, .
Spartacus est aussi mentionné par Velleius Paterculus (Histoire romaine, , 30), ainsi que par Frontin au (Les Stratagèmes, , 20-22 ; , 34), Eutrope au et Orose au (Contre les païens, , 7, 12).
Vie de Spartacus avant la révolte vignette|Mosaïque représentant un gladiateur thrace, reconnaissable à son sabre et à son bouclier.
Le nom d'origine de Spartacus est inconnu. Les gladiateurs peuvent en effet porter un « nom de scène », mais cet usage n'est attesté qu'à l'époque impériale. Ce nom est cependant bien d'origine thrace : des rois de Thrace s'appellent Spardocos (ou ). Il est en tout cas thrace de naissance libre. Le passage de Plutarque (Vie de Crassus, 8) est ici peu sûr : le terme « Nomadikos » des manuscrits médiévaux a sans doute remplacé par erreur le terme « Maidikos » du texte antique. Il faut donc lire « thrace de la nation des », qui au temps de Spartacus est une peuplade en train de passer sous l'autorité des Romains, mais la lecture « thrace nomade » est aussi possibleOu encore « Thrace de race numide », version difficilement compréhensible.. Sa date de naissance, inconnue, se situe vraisemblablement vers .
Le statut social initial de Spartacus est aussi inconnu : entre simple berger et prince. Mais le fait qu'il combatte à cheval, ainsi que ses capacités de rassembleur et de stratège, inclinent à pencher pour une origine aristocratique. Ils laissent penser qu'il a pu être éduqué dans l'élite d'un État structuré, tel le royaume des Odryses dont les Maides font partie avant de passer sous l'influence romaineAnnuaire de l'Université de Sofia, Faculté d'histoire, volume 77, issue 2, 1985, .
Plutarque ajoute que c'est . Ces quelques mots tracent un portrait élogieux de Spartacus. Ils suggèrent que Spartacus n'est pas seulement un barbare, mais que, en contact avec les Grecs, il a pu recevoir une éducation grecque.
Florus résume cette période de la vie de Spartacus en une phrase : . Appartenant à une population tributaire de Rome, Spartacus sert dans l'armée romaine, dans les troupes auxiliaires. Les Thraces sont notamment réputés comme cavaliers. Cela se passe sans doute entre 87 et , époque où Sylla est présent en Grèce et en Macédoine lors de la guerre contre Mithridate. Soldat de l'armée romaine, Spartacus a ainsi pu la connaître de l'intérieur, en assimiler l'organisation, se former à sa tactique et à sa stratégie. Ensuite il déserte et devient un brigand (latro). D'autres versions laissent penser qu'il aurait plutôt déserté pour se joindre aux rebelles qui se battaient contre les troupes romaines. Il aurait ainsi, selon Appien, été fait « prisonnier de guerre ».
Il est peut-être capturé par des Romains au cours de la campagne de Caius Scribonius Curio en Dardanie en , ou lors d'un raid contre son village par des pirates qui vendent leurs prises sur de grands marchés internationaux, comme celui du port franc de l'île de Délos. Il est conduit à Rome, sans doute en 74, et vendu comme esclave. À Rome, Spartacus est accompagné de son épouse, thrace elle aussi, « devineresse et sujette aux transports inspirés de Dionysos » selon Plutarque (Vie de Crassus, 8). Seul ce passage de Plutarque en fait mention. Le statut de prêtresse de cette épouse pourrait suggérer que Spartacus a bien des origines aristocratiques. Le sort habituel des prisonniers de guerre, qui n'ont en général pas d'utilité particulière dans un cadre domestique, est de travailler dans les mines et les carrières, dans des conditions effroyables. Quelques-uns toutefois sont destinés à la gladiature, ce qui est le cas de Spartacus.
Il est acheté par le laniste Lentulus Batiatus, qui possède une école de gladiateurs (un ludus) à Capoue. Spartacus, par son origine, est vraisemblablement destiné à exercer la spécialité de thrace, bien que Florus en fasse un mirmillon. On ignore si Spartacus a combattu dans l'arène avant de se révolter.
Spartacus et la révolte des esclaves vignette|Esclaves, marbre de Smyrne.
Début de la troisième guerre servile
Le sort de ces « esclaves combattants » étant souvent moins enviable que celui des esclaves domestiques, mais plus que celui de finir dans une mine de sel ou une carrière de pierre, puisqu'ils peuvent être affranchisÉric Teyssier, Spartacus. Entre le mythe et l'histoire, 2012, 346 p.. À l'été , gladiateurs de l'école de Lentulus Batiatus complotent pour retrouver leur liberté, mais sont dénoncés. Prenant les devants, entre 70Appien, Guerres civiles, , 116. et Plutarque, Crassus, 8. réussissent à s'évader sans armes ni vivres. Après s'être emparés de chariots transportant des armes destinées à une autre école de Capoue, et avoir défait la milice de Capoue, ils ne se dispersent pas, mais traversent la Campanie en direction de la baie de Naples. Là, ils sont rejoints par de nombreux travailleurs agricoles des latifundia et se réfugient sur les pentes du Vésuve. Trois hommes sont élus chefs : Spartacus, Crixus et Œnomaüs. Spartacus, parmatus de l’armatura thrace et ses compagnons parviennent à vaincre les quelques gardes régionaux envoyés par la ville de Capoue, et complètent ainsi leur armement. Pour subvenir à ses besoins, la petite armée commence à organiser des razzias sur les exploitations agricoles de la Campanie. Spartacus ne cesse alors d'attirer non seulement des esclaves, mais aussi des petits paysans et des bergers, organisant ainsi une armée et révélant les faiblesses de Rome.
L'armée servile bat alors les cohortes de commandés par le préteur Gaius Claudius Glaber, grâce à une ruse de Spartacus. En effet, selon Florus, ce dernier fuit le volcan où il est assiégé par un versant raide. Et avec l'aide d'échelles faites avec des sarments de vignes, ses hommes surprennent les auxiliaires de Glaber par l'arrièreFlorus, Histoire romaine, , 21.. Spartacus rassemble de plus en plus de combattants, mais Rome ne le considère pas encore comme une menace sérieuse et le sous-estime largement. Les autorités romaines n'envoient d'abord que deux nouvelles légions, dirigées par deux autres préteurs. Les autres légions sont occupées par la révolte de Sertorius en Hispanie, et par le conflit avec Mithridate VI en Orient. Les esclaves rebelles passent l’hiver de à armer, équiper et instruire leurs nouvelles recrues. Ils étendent leur territoire de pillages pour atteindre les villes de Nola, Nuceria, Thurii et MetapontumFlorus, Epitome, 2.8.. Salluste mentionne que les esclaves Spartacus ne parvient pas à empêcher ces excès, malgré ses insistancesSalluste, Histoires, CCCI.. Par la suite, il est conscient de la nécessité d'organiser une armée régulière disciplinée pour affronter les légions romaines.
Défaite et mort de Spartacus vignette|Gravure représentant la chute de Spartacus, par Nicola Sanesi (vue d'artiste).
À ce moment, l'armée des esclaves se divise, ce qui cause la perte de nombreux hommes. Environ (Gaulois et assimilés : Ibères, Celtibères) suivent le gladiateur Crixus en Apulie, tandis que le gros des troupes (Thraces et assimilés : Grecs et orientaux) monte vers le nord par les Apennins. Crixus est tué et ses troupes massacrées lors d'un premier engagement près du mont Gargano. Spartacus, en revanche, vient à bout des légions que dirigent contre lui les consuls Cnaeus Cornelius Lentulus Clodianus et Lucius Gellius Publicola, mettant en déroute dans le Picénum. Pour venger la mort de Crixus, Spartacus organise des jeux mortels dans la vallée des Abruzzes, durant lesquels des prisonniers romains sont contraints de s'entretuer dans un combat de gladiateurs dans un grand cirque de bois construit à cet effet.
Spartacus arrive ensuite dans la plaine du Pô, sans doute vers Modène, et bat les de l'armée de Cassius, proconsul de Gaule cisalpine. Spartacus tue même Longinus, selon Orose. Puis il retourne dans le sud de l'Italie. Il vainc à nouveau les armées consulaires et s'installe dans le petit port de Thurii, où selon plusieurs mythes il aurait créé une république idéale. De là, il commerce avec les peuples de la mer Méditerranée, faisant des réserves d'armes, de bronze et de vivres. Il part ensuite pour le Rhegium.
Pendant ce temps, le Sénat romain confère à Crassus, riche et ambitieux, le commandement d'une armée de quatre légions. Crassus, réclamant et obtenant l’imperium, engage les opérations. Sur ses deniers personnels, il finance une armée supplémentaire composée de six nouvelles légions de vétérans. Il ne cherche pas à engager le combat avec l'armée de Spartacus, dont il se contente de contrecarrer les raids pour l'empêcher de se ravitailler. Mummius, un de ses légats, désobéissant à ses ordres, attaque une partie des troupes de Spartacus avec deux légions, et subit un désastre. Pour faire un exemple et impressionner les esprits, Crassus n'hésite pas à remettre en usage un châtiment qui n'était plus pratiqué : celui de la décimation. Un dixième des soldats du premier rang, principalement responsables de la déroute, sont ainsi fouettés puis mis à mort.