Kamalashila (sanskrit : Kamalaśīla) (floruit 713-763) est un philosophe indien bouddhiste. Originaire de la célèbre université indienne de Nâlandâ, il est le disciple de Shantarakshita et de Padmasambhava, qui introduisit au Tibet l'enseignement MadhyamakaNotice d'autorité de la BNF.. Il accompagne Shantarakshita (725–788)James Blumenthal : "Śāntarakṣita", The Stanford Encyclopedia of Philosophy, édition 2008, Edward N. Zalta. Page consultée le 4 septembre 2012. au Tibet à la demande de Trisong Detsen.

La tibétologue Eva Dargyay présente une lignée de transmission et de traduction de Śīla, Sutrayana ainsi que des six Pāramitā (vus principalement au travers des enseignements Mahayana de Nāgārjuna), depuis l'Inde vers le Tibet (Pandit, dans le contexte de cette citation, désigne en sanskrit un érudit) :

Histoire de l'enseignement Une danse Cham raconte l'histoire du Concile de Lhasa liée aux enseignements du Chöd. Au cours de cette danse sacrée, le moine chan Moheyan est généralement dépeint comme corpulent, que les enfants s'amusent à piquerOn trouvera ici deux représentations de Moheyan.. Le chöd est un produit à la fois des transmissions tant indienne que chinoise dans l'HimalayaPour une discussion sur le lien Dunhuang entre le Bouddhisme chinois et indien, consulter Sam van Schaik et Jacob Dalton, Where Chan and Tantra Meet: Buddhist Syncretism in Dunhuang" in Whitfield, The Silk Road: Trade, Travel, War and Faith. London: British Library Press. pp61–71, 2004, Susan (ed)..

En simplifiant, la transmission tantrique indienne peut être qualifiée de « graduelle » (en tibétain : rim gyis ‘jug pa; en chinois : tun-wu) par opposition à la transmission chinoise Ch'an qualifiée, elle, de « directe» (en tibétain : cig car gyi ‘jug pa; en chinois : chien-wu)Sam van Schaik : The Great Perfection and the Chinese Monk: rNyingmapa defences of Hwashang Mahāyāna in the Eighteenth Century. Page consultée le 14 janvier 2007. Il faut souligner que cette claire dichotomie entre ces deux approches du Dharma est valable uniquement dans le contexte historique du grand débat entre Kamalaśīla et Moheyan, organisé par Trisong Detsen, et qu'elle reste ouverte à la dialectique. Ce débat, appelé « Conseil de Samyé » par Giuseppe Tucci, est plus connu sous le nom de « Concile de Lhasa ». D'après la tradition tibétaine, l'écho de ces deux ans de débat parviendra jusqu'au monastère de Samyé, situé à quelque 120 km de Lhasa.

Selon les traditions orthodoxes de la culture traditionnelle tibétaine, Kamalaśīla, un mahapandita et disciple éduqué à Nâlandâ, défend durant cette rencontre l'approche « graduelle » de l'éveil. Cependant, le maître chinois Moheyan, en tant que maître de la transe et de la méditation, défend l'éveil « subit » de l'esprit originel à travers le nirodha de la pensée discursive, la cessation des idées. L'historicité de ce débat a été remise en question par Tucci et Heissig en 1970 Eva Dargyay : The Rise of Esoteric Buddhism in Tibet (1977-1998). Seconde édition révisée, Vol. 32 p.74, note 21. , Gomez en 1983 Luis Gomez : The Direct and Gradual Approaches of Zen Master Mahāyāna: Fragments of the Teachings of Moheyan, Gimello, Robert M. and Peter N. Gregory (édition), Studies in Chan and Hua-yen. Honolulu: University of Hawaii Press: 393–434. et Ruegg en 1992 D. Seyfort Ruegg : Buddha-nature, Mind and the Problem of Gradualism in a Comparative Perspective: On the Transmission and Reception of Buddhism in India and Tibet. London: School of Oriental and African Studies., ce qui ne diminue pas son importance dans l'émergence et la définition des traditions religieuses et culturelles du Tibet Sam van Schaik : The Great Perfection and the Chinese Monk: rNyingmapa defences of Hwashang Mahāyāna in the Eighteenth Century., 2007.page consultée le 10 septembre 2012..

Kamalaśīla, qui était doté d'un physique avantageux et de talents oratoires, remporte ce débat, bien qu'on relève des divergences à ce sujet entre les sources primaires et des comptes-rendus secondaires.

Un récit hagiographique affirme que, immédiatement après son débat avec Moheyan, alors qu'il cheminait de l'Himalaya vers les piémonts indiens, Kamalaśīla mit en œuvre le phowa poussé qu'il était par la compassion, de transférer son courant de pensée afin de réanimer un cadavre atteint par la contagion, et d'éloigner ainsi le risque qu'il présentait pour une communauté des environs. Comme le courant de pensée de Kamalaśīla était engagé ailleurs, un Mahāsiddha du nom de Padampa Sangye trouve le kuten vacant ou la "base physique" de Kamalaśīla. Padampa Sangye n'est pas béni de manière karmique avec une forme corporelle esthétique, et étant à la recherche du corps d'une grande beauté, du corps sain mais vide de Kamalaśīla, il a transféré son courant de pensée dans le corps de Kamalaśīla, qu'il perçoit comme un corps récemment dépourvu de vie. Le courant de pensée de Padampa Sangye à travers le corps de Kamalaśīla poursuit l’ascension vers l'Himalaya et ainsi transmet le Chöd. Le courant de pensée de Kamalaśīla sur l'effort de retourner à son kuten n'était pas réalisable et par nécessité, cette pensée doit avoir recours au corps vacant de Padampa Sangye Khenchen Thrangu et Christoph Klonk et Gaby Hollmann : Chod – The Introduction & A Few Practices, 2006. Page consultée le 16 septembre 2012.. Le courant de pensée de Padampa Sangye se poursuit dans ce corps, et c'est dans ce corps d'une grand beauté que la transmission de Chöd se réalise pour Machig Labdrön, son épouse Machig Labdrön. Page consultée le 16 septembre 2012..

Œuvres On doit à Kamalaśīla plusieurs œuvres, notamment un ouvrage de logique, des ouvrages tantriques, ainsi que des commentaires de la Prajñāpāramita qui contiennent entre autres un commentaire du Sūtra du diamant. Aujourd'hui toutefois, Kamalaśīla est surtout connu pour le , Les étapes de la méditation. Il s'agit d'un ensemble de trois textes, fondamentaux pour la tradition tibétaine, qui s'appuient sur et résument la tradition Yogācāra d'Asanga (le premier texte a été traduit en chinois 廣釋菩提心論).

On en trouve les traductions suivantes :

Les étapes de la méditation, traduit du tibétain par Georges Driessens, Paris, Seuil, 2007, 168 p. [Le texte comprend les trois parties]

Bhāvanākrama I : traduction par Giuseppe Tucci dans Minor Buddhist Texts, II, Rome, Is. M.E.O., 1958. Bhāvanākrama II : Dalaï-La ma, Les étapes de la méditation (Commentraire de Sa Sainteté sur le texte de Kamalashîla), Guy Trédaniel, 2018 . Bhāvanākrama III : trad. Etienne Lamotte dans Paul Demiéville, Le Concile de Lhasa : une controverse sur le quiétisme entre bouddhistes de l'Inde et de la Chine au de l'ère chrétienne, Paris, Collège de France, Institut des hautes études chinoises, 1987 (1953), p. 336-353. Thierry-Marie Courau op, La succession des exercices vers l’éveil bouddhique : une étude des trois Bhāvanākrama de Kamaśīla (~740-795), Paris, Editions du Cerf, 2017, 584 p. Commentary on Difficult Points of the Ornament of the Middle Way (Sanskrit: Madhyamālaṃkāra-pañjika, Wylie: dbu ma rgyan gyi dka' 'grel). Light of the Middle Way (Skt.Madhyamakāloka; Tib. དབུ་མ་གསང་བ་, Wylie: dbu ma snang ba).

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Jean-Pierre Barou, Sylvie Crossman, Tibet, une autre modernité, Paris, Seuil, coll. Points Essais, 2012 (2010) - V. en particulier le chapitre 2. Paul Demiéville, Le Concile de Lhasa: une controverse sur le quiétisme entre bouddhistes de l'Inde et de la Chine au de l'ère chrétienne, Paris, Collège de France, Institut des hautes études chinoises, 1987 (1953), 400 p. Giuseppe Tucci, Walther Heissig, Les religions du Tibet et de la Mongolie, Paris, Payot, 1973 [1970)], 518 p.

Articles connexes Nāgārjuna L'Art de la compassion Gradualisme (bouddhisme)

Liens externes

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