Louis-Napoléon Bonaparte, né le à Paris (France) et mort le à Chislehurst (Royaume-Uni), est un monarque et homme d'État français. Il est à la fois l'unique président de la Deuxième République, le premier chef d'État français élu au suffrage universel masculin le , le premier président de la République française et, après la proclamation de l'Empire le , le dernier monarque du pays en tant qu'empereur des Français sous le nom de .

Troisième fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande et d'Hortense de Beauharnais, il naît prince français et prince de Hollande : neveu de l'Empereur , il est à la fois neveu et petit-fils de l'Impératrice Joséphine de Beauharnais (sa grand-mère maternelle). Exilé après la chute de l'Empire, conspirateur avec son frère aîné pour l'unité italienne, il devient héritier présomptif du trône impérial après les morts successives de son frère aîné Napoléon-Louis en 1831, et de son cousin le duc de Reichstadt (, roi de Rome) en 1832.

Ses premières tentatives de coup d'État, mal préparées (Strasbourg en 1836, Boulogne-sur-Mer en 1840), échouent. Condamné à l'emprisonnement au fort de Ham, dont il s'évade, il est élu représentant du peuple après la révolution française de 1848 puis président de la République. Son coup d'État du 2 décembre 1851 lui permet un an plus tard de restaurer l'Empire en devenant Empereur des Français, mettant ainsi fin à la Deuxième République. Face à l'opposition des républicains, des libéraux tels qu'Adolphe Thiers, de certains monarchistes et des catholiques (après l'unité italienne), il donne à son pouvoir la forme d'un « Empire autoritaire » qui s'atténue après 1859 pour laisser place, progressivement, à un « Empire libéral ».

La philosophie politique qu'il met en place, et qu'il présente dans ses Idées napoléoniennes et dans De l'extinction du paupérisme (1844), est une synthèse d'un bonapartisme mêlé à du romantisme, du libéralisme autoritaire, et du socialisme utopique. Le règne de cet admirateur de la modernité britannique est marqué par un développement industriel, économique et financier sensible, porté par une forte croissance mondiale qu'illustre la transformation de Paris sous l'autorité du préfet Georges Eugène Haussmann.

Sa politique extérieure vise à restaurer la puissance française en Europe et dans le monde. Il rompt l'isolement diplomatique de la France, voulu au congrès de Vienne par trois puissances de la Sainte-Alliance, par son entente avec la Grande-Bretagne lors de la guerre de Crimée, son soutien aux mouvements nationaux (en particulier lors de l'unité italienne contre l'empire d'Autriche), et par ses diverses opérations outre-mer, parfois en coalition avec la Grande-Bretagne, qui permettent l'agrandissement du territoire (Nice, Savoie) et l'expansion coloniale et commerciale. Cette politique provoque cependant l'hostilité du royaume de Prusse et subit un échec au Mexique.

Les tensions avec la Prusse aboutissent au piège de la dépêche d'Ems et à la guerre franco-allemande de 1870, qui scelle la fin du Second Empire. Le , est capturé lors de la bataille de Sedan. Le , la Troisième République est proclamée. part en exil en Angleterre, où il meurt en .

La vive hostilité de Victor Hugo à l'égard de , exprimée dans ses œuvres et sa correspondanceVictor Hugo le qualifiait de par rapport à . Voir Napoléon le petit, Victor Hugo, éd. Jeffs, 1862., les multiples pamphlets et ouvrages critiques de divers auteurs (Henri Rochefort, Maurice Joly) et les articles d'une partie de la presse politique contemporaineLe Siècle, L'Opinion nationale ; il s'agit là d'une liste non exhaustive citée par dans le chapitre « La légende noire ». contribuent à ce que de nombreux historiens qualifient de « légende noire » autour de et du Second Empire. Sur la légende noire, l'historien écrit : , , ..

L'œuvre économique et sociale du Second Empire est mise en valeur par l'historiographie officielle à partir du début du , mais la révision du jugement historique porté sur est plus lente. Après la Seconde Guerre mondiale, des travaux d’historiens vont dans le sens d'une réhabilitation de et marquent une nette rupture historiographique dans la perception de celui qui fut le dernier monarque français et le premier président de la République française , , . L'auteur souligne également l'importance de Louis Girard mais aussi de Thierry Lentz..

Jeunesse Naissance et famille Troisième fils de Louis Bonaparte et de Hortense de Beauharnais, le futur empereur voit le jour rue Cerruti, aujourd'hui rue Laffitte, dans l'hôtel de la reine Hortense (détruit en 1899), à Paris, le , à une heure du matin. Il naît onze mois après le décès, en , de son frère aîné âgé de quatre ans, Napoléon-Charles Bonaparte, victime d'une angine diphtérique.

Le nouveau-né devait être prématuré d'au moins une vingtaine de jours car, neuf mois plus tôt, ses parents étaient séparés par plusieurs centaines de kilomètres depuis le et ne s'étaient retrouvés que le . Ce fait a entraîné de nombreuses rumeurs et hypothèses quant à la filiation du futur empereur. Neuf mois avant la naissance de ce dernier, sa mère Hortense était en voyage dans les Pyrénées, à Cauterets et à Gavarnie, où elle aurait pu avoir une liaison extraconjugale avec Élie Decazes, l'amiral Ver Huell ou son écuyer, le comte Charles-Adam de Bylandt. Dans sa biographie de (2004), Pierre Milza a écrit qu'« aucune de ces hypothèses n'est à rejeter de manière définitive mais aucune […] n'emporte davantage la conviction » et que, pour la plupart des historiens, dont Louis Girard, « l'hypothèse la moins improbable reste celle de la paternité du roi Louis ».. Cependant, d'après les recherches controversées de Gérard Lucotte, Louis-Napoléon n'est pas le neveu biologique en ligne masculine de l'Empereur Napoléon Ier.

Comme son autre frère, Napoléon-Louis Bonaparte, puis comme c'est plus tard le cas pour le roi de Rome, Louis-Napoléon reçoit à sa naissance les honneurs militaires par des salves d'artillerie tirées dans toute l'étendue de l'Empire. Son oncle l'Empereur Napoléon étant absent, on ne prénomme l'enfant que le suivant.. Il n'est baptisé que deux ans plus tard, le , à la chapelle du château de Fontainebleau. Son parrain est l'Empereur et sa marraine la nouvelle impératrice, Marie-Louise.

Enfance et éducation Napoléon se conduira en véritable « grand-père » envers les enfants d'Hortense, n'hésitant pas à passer du temps avec eux dès que ses obligations le lui permettaient. Il aimait par exemple à faire rire aux éclats Louis-Napoléon en le saisissant par la tête pour le relever du sol. C'est lors de ces moments passés ensemble que et la Reine Hortense. surnommèrent affectueusement le futur , car celui-ci répondait toujours à tout par « oui-oui »..

En , à la mort de leur grand-mère maternelle, Joséphine, Louis-Napoléon et son frère sont chargés de conduire le deuil lors du transfert de la dépouille à l'église de Rueil-Malmaison..

En exil entre Rome et le château d'Arenenberg vignette|gauche|Le château d'Arenenberg en Suisse. La loi du 12 janvier 1816, bannissant tous les Bonaparte du territoire français et les obligeant à céder leurs biens, contraint l'ex-reine Hortense de Hollande, séparée de corps et de biens avec son mari., à s'exiler en Suisse alémanique où elle achète, en 1817, le château d'Arenenberg, dominant le lac de Constance, dans le canton de Thurgovie.. Elle s'y installe avec Louis-Napoléon tandis que son frère aîné part vivre avec son père à Rome, où celui-ci tente d'obtenir l'annulation de son mariage avec Hortense..

Sans soucis d'ordre matériel, Louis-Napoléon est élevé par sa mère à Arenenberg en été et à Augsbourg en hiver. Son éducation est d'abord prise en charge par quelques professeurs occasionnels mais, en général, il est souvent livré à lui-même et fait de longues escapades dans la campagne suisse. Quand son père s'aperçoit du faible niveau d'éducation de son fils cadet, alors âgé de , il menace Hortense de lui retirer la garde de l'enfant si elle ne reprend pas en main son éducation. Elle fait alors appel à un nouveau précepteur, nommé Philippe Le Bas, fils d'un conventionnel jacobin, tandis qu'un ancien officier de son oncle lui enseigne l'Art de la guerre dans le culte de l'empereur et dans la certitude de son destin dans la dynastie. Soumis à une discipline stricte, ses résultats s'améliorent dans quasiment toutes les matières.. De cette période passée sur la rive helvétique du lac de Constance et de sa scolarité au Gymnasium d'Augsbourg, Louis-Napoléon maîtrisera fort bien l'allemand Johannes Willms, . Frankreichs letzter Kaiser. Beck, Munich 2008..

À partir de 1823, c'est à Rome qu'Hortense et ses fils s'installent, rejoignant Arenenberg en été. Dans cette ville, Louis-Napoléon découvre la politique aux côtés des libéraux italiens autour des thèmes de liberté et de nation..

À la suite des Trois Glorieuses qui renversent en France, Louis-Napoléon et son frère aîné, Napoléon-Louis, espèrent que s’ouvre pour eux une ère nouvelle mais la loi du , votée par la nouvelle assemblée orléaniste qui craint une offensive bonapartiste, impose à nouveau l'interdiction de séjour des Bonaparte dans le royaume..

Les fils Bonaparte sont indignés, ce qui amène la Reine Hortense à partir avec eux pour Rome afin de les éloigner de la France. Ils sont néanmoins rapidement impliqués dans les conspirations des carbonari visant à favoriser la cause de l'unité italienne et à déposséder le pape de son pouvoir séculier.. Les deux frères participent ainsi aux insurrections dans les territoires pontificaux de l'Italie centrale, avant de devoir finalement se replier sur Bologne, où ils se retrouvent encerclés par l'armée autrichienne et les armées pontificales, décidées chacune à leur régler leur sort.. Repliés sur Forlì, les deux frères doivent aussi faire face à une épidémie de rougeole qui emporte de nombreux soldats, déjà affaiblis par leurs blessures. Le , Napoléon-Louis succombe à l'épidémie tandis que Louis-Napoléon subit à son tour les effets de la maladie.. La Reine Hortense parvient à rejoindre son fils, à l'exfiltrer vers la France et à rejoindre Paris., où elle obtient du roi Louis-Philippe une audience le et l'autorisation de rester à Paris plusieurs jours, le temps que Louis-Napoléon se rétablisse, avant de rejoindre l'Angleterre.. Ils gagnent ensuite la Suisse en , après avoir reçu de l'ambassade de France à Londres un sauf-conduit pour traverser le territoire français..

Louis-Napoléon Bonaparte et sa mère visitent l'institut Venel lors de leur séjour à Genève en 1835. Jean-Jacques Challet-Venel , principal artisan de la création de l'Union postale universelle en 1874 à Berne, deviendra peu après directeur du pensionnat Venel à Champel dans l'ancienne commune genevoise de Plainpalais. Le pensionnat a accueilli Napoléon-Jérôme Bonaparte et Charles Félix Jean-Baptiste Camerata-Passionei di Mazzoleni, le fils d'Élisa Napoléone Baciocchi. Joseph Bonaparte, propriétaire du château de Prangins, est alors l'héritier présomptif du trône impérial.