Nicolas Lémery, ou Lemery dans sa forme internationaleL'indication des accents à l'écrit qui avait commencé à être pris en compte au par Robert Estienne, n'était pas encore systématique aux s (cf. [https://www.academia.edu/702241/Le_lente_naissance_des_accents_orthographiques_en_fran%C3%A7ais La lente naissance des accents orthographiques en français], A. Baroni, Uni. Padova). Dans les premières éditions de ses ouvrages, son nom est orthographié Lemery, sans accent. Par contre, en 1717, Fontenelle, son collègue de l'Académie, orthographiait dans l'Histoire de l'Academie royale des sciences: Lémery avec l'accent aigu, bien qu'il continuât à écrire medecine, remede, conference sans accent. Bien sûr, en anglais il n'y a pas d'accent. , né à Rouen le et mort à Paris le , est un chimiste apothicaire français, contemporain du règne du roi .

Lémery publia une première édition du Cours de chymie en 1675 qui fut constamment rééditée durant toute sa vie et même après sa mort jusqu'en 1757, ainsi que traduit en anglais, allemand, italien, espagnol et latin. Habile expérimentateur, il présente sur près de mille pages dans les dernières rééditions, tout le savoir empirique de la chimie de la fin du . Le Cours de chymie est l'aboutissement d'un genre littéraire, dit des , qui s'est développé en France à partir du succès du Tyrocinium chymicum de Jean Béguin au début du siècle.

Lémery est un empiriste qui toujours essaya de s'en tenir au mieux à l'expérience de laboratoire telle qu'elle pouvait être interprétée avec les hypothèses de la théorie des Cinq principes ou les modèles corpusculaires. La théorie des principes est une tentative de comprendre la structuration de la matière en éléments indécomposables par les seuls moyens de la chimie, pour ne plus à avoir à s'en remettre à la tradition philosophique des Quatre éléments remontant à l'Antiquité.

À l'époque de Lémery, il était cependant devenu clair que la méthodologie de résolution des mixtes en leurs éléments simples (ou principes) ne permettait pas d'atteindre l'objectif cherché. Lémery contourna les insuffisances de l'analyse chimique, en proposant un modèle corpusculaire et mécaniste dit de pointes et pores, d'application certes très restreinte mais qui, allié à des pesées précises des réactifs, permettait de se faire une représentation plus précise d'une réaction chimique, concept en cours de formation mais pas encore complètement abouti.

Sa vie

La famille de Nicolas Lémery est protestante, et appartient à la bourgeoisie de robe de Rouen. Son père, Julien Lémery (1589-), est procureur au Parlement de Normandie et ses deux frères aînés, Louis et Pierre sont respectivement avocat et procureur au parlement de Rouen, son plus jeune frère Thomas s'établit comme marchand dans cette même ville.

Nicolas Lémery nait le à Rouen à l'époque où avait sept ans et Anne d'Autriche était régente. Le jeune Nicolas perd son père alors qu'il avait onze ans. Sa mère se retrouve seule pour élever ses cinq enfants.

Formation 1645-1672

Après des études au collège protestant de Quevilly, Nicolas entre en apprentissage en 1660 chez son oncle maternel Pierre Duchemin, apothicaire-épicier patenté à Rouen. Il y restera six ans en apprentissage.

En 1666, à l'âge de , il quitte sa ville natale et se rend à Paris pour travailler avec le chimiste suisse Christophe Glaser (1615-1672) qui était l'apothicaire ordinaire de et démonstrateur de chimie au Jardin du Roi à Paris. Nicolas Lémery quitte au mois de le laboratoire de Glaser qui est aux dires de Fontenelle : (Hist. de l'Acad., ). Le jeune chimiste trouve vite le maître impérieux, dur et cruel. De plus, l'enseignement mystérieux, presque ésotérique, le rebute.

Comme souvent à cette époque où l'information circulait très peu, quand un étudiant ne trouvait pas l'enseignement qui lui convenait, il partait sur les routes à la recherche de maîtres. C'est ainsi qu'il décide de voyager, passe par Lyon et Genève, et se retrouve en Languedoc, attiré par la grande ville universitaire médicale de Montpellier. Il y passe les années 1668-1672, comme pensionnaire d'Henry Verchant, maître apothicaire protestant dans l'île du Puits des Esquilles au Sixain Sainte Croix. L'été 1670, il est enregistré comme étudiant en pharmacie, au collège de médecine de l'université de Montpellier; il suit des cours sur les simples et l'anatomie. Il donne aux étudiants de Verchant des leçons et des démonstrations qui attirent un public nombreux et même des professeurs de médecine de l'Université de Montpellier.

Apothicaire, chimiste et enseignant du Cours de chymie 1672-1683

De retour à Paris en 1672, il s'empresse de chercher un lieu où pratiquer la chimie et l'enseigner. Pour vivre, il doit tenir une apothicairerie (officine de pharmacie) où il prépare et vend des médicaments. On peut le suivre en quatre lieux différents du quartier Latin (rive gauche), assez proches les uns des autres: l'hôtel de Condé (emplacement du théâtre de l'Odéon), rue Galande, rue Saint-Jacques, puis rue Saint-André-des-Arts.

Le laboratoire de B. Martin, à l'Hôtel de Condé À son arrivée, il se met en relation avec Bernardin Martin, l'apothicaire du Grand Condé, et profite de son laboratoire installé à l'hôtel de Condé dans le quartier de l'Odéon. Il fait découvrir la chimie au prince et aux membres de son entourage tel l'abbé Bourdelot, son médecin.

Le laboratoire de la rue Galande 1674-1683

Nicolas Lémery rêvait depuis longtemps d'avoir son propre laboratoire afin d'être complètement autonome. Il décide alors de racheter le la charge d'apothicaire privilégié d'Antoine Régnier, décédé. Peu de temps après, il ouvre une officine et un laboratoire dans les caves d'une maison à l'enseigne de la Porte dorée située rue Galande près de la place MaubertSuivant Maurice Bouvet (op. cit., 1950), l'emplacement de cette maison, se trouve à gauche en venant de la place Maubert, vers le numéro 59 actuel de la rue Galande, par conséquent dans cette partie de la rue qui a été démolie, puis reconstruite lors du percement de la rue Dante. C'était vers 1672, une des plus belles rues de Paris, chemin obligé de ceux qui se rendaient de l'île de la Cité vers les collèges du quartier Latin (Hillairet, Connaissance du vieux Paris II, 1993). Il peut alors donner libre cours à ses talents d'enseignant et de démonstrateur auprès d'une assemblée nombreuse qui vient assister émerveillée à la révélation des secrets de la chimie jusqu'ici cachés aux profanes. Dans cette dira Fontenelle, (Hist. de l'Acad. ). Dans cette cave, se pressèrent pendant presque dix ans, une foule d'auditeurs de toute condition, de la grande dame à l'étudiant. (Hist. de l'Acad., ). Les étudiants venaient de et prenaient pension chez Lémery ou dans les chambres du quartiers.

Fort de sa réussite, bien installé, il peut dans le calme, rédiger son Cours de Chymie. La première édition est publiée au début de 1675 alors qu'il n'avait pas encore trente ans. Ce fut un succès sans précédent pour un ouvrage de cette sorte. Fontenelle là encore, remarque d'un ton badin (Hist. de l'Acad., ).

Peu de temps après la sortie de la première édition, Lémery se marie en avec Madeleine Bellanger, fille de François Bellanger, bourgeois de Paris et de Marie de La Cour. Rue Galande, le foyer de Nicolas vit surtout de la fabrication de remèdes chimiques mais aussi parfois pour produire des cosmétiques bien plus rémunérateurs: ainsi le magistère de Bismuth, ou blanc de fard, (Hist. de l'Acad., ). Un an plus tard, naissait le premier fils du couple Louis, qui allait succéder à son père dans diverses fonctions. Puis vinrent Jacques en 1678, futur médecin-chimiste, Pierre en 1681 et Jean 1685.

La belle réussite sociale et intellectuelle de Lémery allait être brisée par le raz de marée des passions religieuses soulevée par l'horrible angoisse de la damnation éternelle qui frappa tant d'esprits. Dans ce Grand siècle qui vit l'émergence de la pensée scientifique moderne, la raison apprit à respecter l'expérience, mais dans le même temps, la foi dans diverses croyances sur les voies du salut, déclencha des polémiques passionnelles sur la part à accorder à la grâce divine pour éviter la damnation éternelle en enfer. Les controverses théologiques entre Jansénistes, Jésuites et protestants occupèrent une place de choix dans les débats intellectuels. Le grand mouvement de conversion des réformés lancé par produisit « une saturation de la vie intellectuelle par les problèmes religieux » (Solé, 1997).

Lémery n'a jamais participé à ces grands débats, il n'a donné aucun écrit religieux et n'a jamais manifesté dans son Cours de chymie la moindre préoccupation religieuseLa seule fois où il fait une allusion à Dieu, c'est dans sa critique de la vaine quête du grand œuvre des alchimistes qui affirment dans leurs traités qu'ils (Chap. I). Entre la quête du salut de l'âme et du savoir scientifique, il semble bien que Lémery fit le choix inverse de Pascal qui plaçait son destin eschatologique (soit l'enfer soit le salut) au dessus de tout. En tant que praticien de laboratoire appliqué, chimiste et commerçant, c'était un homme qui hiérarchisait les systèmes de vérité à partir de son ancrage dans le réel.

À partir de 1681, les protestants sont de plus en plus inquiétés dans la pratique de leur religion. Le , un arrêt du conseil du roi ordonna à tous les protestants de se démettre de leur charge dans les deux mois. Nicolas Lémery fut contraint de vendre sa boutique de la rue Galande le à Jean Fradin, maître apothicaire à l'Hôtel-Dieu de Paris, puis il démissionna de sa charge d'apothicaire le au profit de Denis Machuraux. Au début de 1683, le pouvoir royal avait en effet souhaité écarter les protestants de la profession d'apothicaire.

Trois années de persécutions religieuses, 1683-1686

Vers le milieu de l'année 1683 il se rend en Angleterre en espérant que le roi accueillerait favorablement ses propositions de services, mais il comprend rapidement qu'il ne pourra rien entreprendre en Angleterre du fait dit Fontenelle, des (Hist. de l'Acad., ). Au bout de quelques mois il regagne la France et on le retrouve vers la fin de l'année à l'université de Caen où il se fait recevoir docteur en médecine.

De retour à Paris, il vit en exerçant la médecine, mais la révocation de l'édit de Nantes, le , interdit aux protestants l'exercice de la médecine et de la pharmacie. Des amis catholiques constatent la misère où s'enfonce jour après jour la nombreuse famille de Nicolas Lémery. Ils s'engagent à lui trouver une charge digne de son art.

Vivant déjà chichement en exerçant la médecine, la révocation de l'édit de Nantes ne lui laisse le choix qu'entre l'exil dont il vient de voir les risques, la prison ou la conversion. Ne voulant pas mener sa famille à la ruine et à l'enfermement, il abjure sa foi le , avec femme et enfants. L'année précédente, Samuel du Clos, chimiste huguenot fondateur de l'Académie royale des sciences, avait aussi fait ce même choix.

Retour aux travaux de laboratoire, études pharmacologiques 1686-1698

Le laboratoire de la rue Saint-Jacques (1686-1693) Trois mois après l'abjuration de Lémery (le ), pour honorer son retour à la religion catholique, et, eu égard à ses talents, lui accorde de nouvelles lettres patentesaprès l'avoir persécuté, Louis XIV lui accorde la lettre-patente en ces termes : (Paris, Archives Nationales, Registre du Secrétariat du Roi 0 30) qui lui permettent d'ouvrir à la fin de l'année une nouvelle boutique d'apothicaire et un laboratoire de chimie au bas de la rue Saint-Jacques près de la fontaine Saint-Séverinet du carrefour de la rue Galande avec la rue Saint-Jacques, un quartier de libraires imprimeurs.

Ensuite, ainsi que le rapporte son ami Fontenelle .