vignette|Vue de la colline de Saint-Étienne Létang de Berre est une lagune méditerranéenne d'eau saumâtre située à l'ouest de Marseille, dans le département français des Bouches-du-Rhône (région Provence-Alpes-Côte d'Azur). Avec , il s'agit de la plus grande lagune de France et du second plus grand plan d'eau naturel du pays, après la partie française du Léman.

L’étang de Berre est le milieu aquatique central d'un complexe lagunaire beaucoup plus large rassemblant le Grand étang, l’étang de Vaïne, l’étang de Bolmon, le canal du Rove, le canal de Caronte et l’étang de l’Olivier. Tous ces plans d’eau sont en interaction permanente, avec des échanges d’eau libre entre eux. Cet ensemble de lagunes d’une superficie de , représente une des plus grandes zones lagunaires d’Europe.

L’étang de Berre est bordé de grands linéaires de rives naturelles entre lesquelles se trouvent 16 plages surveillées pour la qualité des eaux de baignade (données ARS) et de nombreuses criques sauvages. Outre la baignade, les plages accueillent également de nombreux loisirs nautiques de voiles légères, d’aviron, des sentiers de promenade, de petits ports de plaisance et des clubs équestres. Une partie de son pourtour est parcourue par le sentier de grande randonnée 2013.

L’industrie, installée depuis les années 1930, se limite aujourd’hui à deux sites au niveau de Berre l’Étang et de La Mède (commune de Châteauneuf-les-Martigues), et à la présence de l’aéroport de Marseille-Provence situé sur la commune de Marignane. Ces sites industriels occupent une dizaine de kilomètres du linéaire de la lagune sur un total de plus de .

L’écologie de la lagune connait un renouveau depuis les années 2000 avec des paliers successifs de restauration, permettant aujourd’hui de trouver un nouvel équilibre compatible avec le développement d’un écosystème équilibré. Si la biodiversité est encore relativement pauvre par rapport à un état écologique idéal, elle montre néanmoins un dynamisme très encourageant.

Les actions permettant la restauration de l’écosystème sont portées par de nombreux acteurs locaux institutionnels et associatifs sous la coordination du Gipreb, syndicat mixte chargé de l’étang de Berre.

Géographie thumb|right|Bathymétrie de l'étang de Berre (en provençal).

Créée par la remontée des eaux lors des dernières glaciations, cette petite mer intérieure se compose aujourd'hui de deux sous-ensembles : la lagune principale et celle de l'étang de Vaïne à l'est. Le cordon dunaire du Jaï sépare l'étang de Berre de l'étang de Bolmon au sud-est. Sa superficie totale de en fait la deuxième lagune d'Europe après le Mar Menor, en Espagne.

Hydrographie L'étang de Berre est le réceptacle naturel en eau douce de l'Arc, la Touloubre, la Durançole qui sont trois petits fleuves côtiers. La rivière Cadière transite par l’étang de Bolmon. Le bassin versant naturel de l’étang de Berre s’étend sur .

Depuis 1966, la lagune reçoit les apports d’eau douce du canal EDF dérivant les eaux de la Durance, désormais principale source de son alimentation (80%) en eau douceFiche Débit du canal sur le site Infos.etangdeberre, ce qui a entraîné des modifications très importantes de son écologieFicheCourantologie sur le site Infos.etangdeberre.

L'étang de Berre communique avec la mer Méditerranée par le canal de Caronte, au sud-ouest. Le canal de Marseille au Rhône, qui le relie à l'Estaque, au sud-est, est obstrué depuis 1963 par un éboulement dans le tunnel du Rove.

Climat La température de l'étang de Berre est comprise entre 5 et (moins d'inertie que la mer, ce qui explique une température plus froide en hiver et plus chaude en été). Le vent dominant est le mistral, qui peut y souffler fort.

Le site internet du Gipreb indique en temps réel la température de l'eau, la force et direction du vent ainsi que la salinité de l'eau.

Écologie de la lagune

Les rives de l'étang de Berre ont connu de fortes modifications depuis le début du . L’installation de l’activité aéronautique dès les années 1920 puis l’installation de 2 raffineries dans les années 1930.

Malgré cela, la lagune recèle aujourd'hui de nombreuses richesses naturelles. La diversité des espaces naturels offre aux oiseaux une multitude de milieux. L'étang de Berre et ses alentours accueillent plus de d'oiseaux sédentaires ou migrateurs.

Des observatoires ornithologiques situés sur les propriétés du Conservatoire du littoral à la Poudrerie de Saint-Chamas et au bord de l'étang de Bolmon permettent leur observation.

L'état écologique de l'étang de Berre est suivi par le Gipreb depuis 1994.. La réduction des pressions sur l’écosystème entamée dès les années 1971 par les acteurs industriels puis poursuivis par les villes riveraines et EDF, conduisent à de lentes améliorations de la qualité des eaux. Ces améliorations se concrétisent à partir de 2010 par une inversion de tendance sur deux paramètres essentiels pour la biodiversité que sont les peuplements de plantes aquatiques lagunaires (zostères) et le peuplement côtier de macrobenthos (espèces animale de plus de peuplant les fonds de la lagune).

Après de nettes améliorations entre 2014 et 2017, l'année 2018 est marquée par une crise anoxique sans précédent à la fin de l'été : près de 93 % de la surface de la lagune est affectée par une disparition de l'oxygène, entraînant de fortes mortalités de la macrofaune benthique, en particulier les palourdes. La note présentée par le Gipreb. sur le sujet décrit un "effet cocktail" : c'est la conjonction de plusieurs phénomènes qui ont conduit à cette crise écologique majeure (fortes pluies et turbinages EDF importants entre février et juin, fortes chaleurs et absence de vent durant l'été, forte stratification en salinité durant l'été, demande en oxygène forte par la macrofaune benthique récemment réapparue).

L’étang de Berre se caractérise aujourd’hui par une immense lagune dont les eaux sont compatibles avec le développement des principales espèces cibles pour ces milieux. Ces espèces de poissons, de mollusques, de crustacés, d’algues ou de plantes marines présentent la particularité de pouvoir tolérer des variations fortes de la salinité et de la température. L’ensemble des peuplements est soumis à une variabilité saisonnière dont une part est naturelle et liée au climat, et l’autre est liée aux activités humaines notamment la production d’énergie hydroélectrique.

Les espèces phares de végétaux sont les zostères qui recouvrent en 2025 contre dans les années 1960, et moins de au début des années 2000. Le peuplement algal est aujourd’hui bien représenté avec des espèces typiques des milieux lagunaires : ulves, gracilaires, codium fragile et bien d’autres.

De nombreux animaux marins sont également présents et objets d’une pêche commerciale ou de loisir : anguilles, loup, muge, daurade pour les poissons, palourdes et crabes bleus pour les mollusques et les crustacés. Des hippocampes, des syngnathes et de nombreuses nudibranches sont également fréquemment observés. Avec un modèle de pêche durable, l'étang de Berre s'inscrit comme premier stock de France de palourdes, attirant ainsi la convoitise de nombreux braconniers.

Réintroduction de la zostère Depuis 2024, une équipe de chercheurs internationaux et d'experts du Gipreb, soutenus aussi par des partenaires privés, réalisent une transplantation d'herbiers de zostères dans la lagune. pour plusieurs années afin de participer à la régénération de la population de zostères, quasiment décimée en 1990 avec une surface estimée à et qui couvre en 2023 une surface d'environ .. Un des objectifs de cette campagne de réintroduction est d'atteindre une population de zostères couvrant , ce qui permettrait d'être en accord avec la Directive Cadre sur l'Eau (DCE).

Réseau européen Natura 2000 Natura 2000 est un réseau de sites naturels remarquables dont l'objectif est de contribuer à la préservation de la biodiversité à l'échelle de l'Union Européenne. La richesse écologique autour de l’étang de Berre, particulièrement les marais et zones humides, a permis la désignation de quatre sites Natura 2000 sur et autour de l'étang :

Les « Salines de l’étang de Berre » (zone de protection spéciale ZPS FR9312005), axées sur la préservation des oiseaux des marais salins de Berre l’Etang, et animées par le Gipreb Les « Marais et zones humides liés à l’étang de Berre » (zone spéciale de conservation ZSC FR9301597) concerne un territoire plus vaste sur quatre entités autour de l’étang de Berre. Composé essentiellement de zones humides, le site est animé par le Gipreb : Étang de Bolmon et cordon du Jaï (Marignane, Châteauneuf-les-Martigues), Salines de Berre (Berre l’Étang), Petite Camargue (Saint-Chamas), Parc de la poudrerie (Saint-Chamas, Miramas).

Les « Garrigues de Lançon et chaînes alentour » (ZPS FR9310069) sont situées entre la vallée de la Durance et l’étang de Berre, et sont constituées d’une vaste mosaïque d’habitats (garrigues, zones agricoles, forêts, falaises, etc.) sur 21 communes (Alleins, Aurons, Barben, Berre-l’Étang, Charleval, Cornillon-Confoux, Coudoux, Éguilles, Fare-les-Oliviers, Lamanon, Lambesc, Lançon-Provence, Mallemort, Pélissanne, Rognes, Roque-d’Anthéron, Saint-Cannat, Saint-Chamas, Salon-de-Provence, Ventabren, Vernègues), et sont animées par la métropole Aix-Marseille Provence. Les « Etangs entre Istres et Fos » (ZSC FR9312015) est un secteur enclavé entre sites industriels et agglomération urbaine. Le site est composé d’un ensemble de basses collines, zones humides et parcelles agricoles sur les communes de Fos-sur-Mer, Istres, Port-de-Bouc et de Saint-Mitre-les-Remparts.

Pêche L’étang de Berre offre une grande richesse halieutique. Dès l’époque romaine, les pêcheurs aménageaient déjà les canaux naturels reliant la lagune à la mer (ce qu’on appellera plus tard les « bourdigues ») pour capter les poissons migrateurs. On comptait 9 bourdigues au , surtout dédiées à la pêche du muge poutarguier dans les étangs de Caronte qui séparent l’étang de Berre de la mer. En parallèle de cette technique, la pêche au filet et aux coquillages prospère et nourrit environ 300 patrons pêcheurs et leurs familles au début du . Aujourd’hui, les bourdigues ne sont plus utilisées - il reste 3 vestiges entre l'étang de Bolmon et le Grand étang -, la pêche professionnelles continue de faire vivre des familles et la pêche de loisir est ancrée dans les habitudes locales.

De par la rencontre des eaux douce et salée, sources de richesses naturelles dans lesquelles l’homme a puisé pour vivre, l'étang est nourricier : loups, daurades, muges, anguilles, moules, crabes, coquillages, rapana... En 2025, 60 à 80 licences de pêche professionnelle (patrons-pêcheurs avec navire et pêcheurs à pied de coquillages) sont actives.

La pratique de la pêche de loisir et de la pêche sous-marine sont autorisées.

Un peu d'Histoire left|thumb|Le canal de CaronteCréée par la remontée des eaux lors des dernières glaciations, cette petite mer intérieure est nommée " étang " : ce terme utilisé résulte d'une traduction littérale des termes anciens estanh ou estang.

Le nom existe également dans la langue régionale locale (le provençal) : estang de Berro ou mar de Berro, en graphie mistralienne (dite « phonétique ») ; estanh de Bèrra ou mar de Bèrra, en graphie classique.

De l'Antiquité au début du Les Romains colonisent l'étang de Berre à l'Antiquité, profitant d'une terre fertile et de l'eau douce des rivières. Son nom latin était alors . Les Romains développent alors de petits villages orientés vers le travail de la terre (vigne, olivier, exploitation des salines).

Jusqu’à l’avènement des systèmes d’irrigation issus de la Durance et du Verdon à partir de 1559 et permettant le transfert d’eau depuis la Durance vers le bassin versant de l’étang de Berre, les trois affluents naturels fonctionnent de manière temporaire avec des périodes d’assec lors des sécheresses prolongées.

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