Sylvia Odio est une exilée cubaine née en 1937 qui vivait à Dallas et qui affirme avoir reçu à son domicile de Dallas, vers la fin septembre 1963, la visite de trois individus, deux Cubains qui se faisaient appeler « Leopoldo » et « Angelo » et un Américain qu'on lui a présenté sous le nom de « Leon Oswald ».
Les deux Cubains se présentèrent comme des membres d’un groupe anti-castriste connu d'Odio et présentèrent Leon Oswald comme un ancien Marine tireur d’élite. Cette visite a été corroborée par la sœur de Sylvia, Annie (17 ans). Lorsque les sœurs Odio ont vu Oswald à la télévision le , elles l'ont immédiatement reconnu comme étant l'Américain amené par les deux Cubains sept semaines auparavant..
Ce témoignage est donc extrêmement important, puisqu’il place Oswald en compagnie de deux membres de la mouvance anti-castriste, ou se présentant comme tels, dans les semaines qui ont précédé l'assassinat du président Kennedy.
Les auteurs « conspirationnistes » considèrent que l’« incident Odio » est la preuve de l'existence d'une conspiration dans cet assassinat.
Détails du témoignage Sylvia et Annie Odio sont deux jeunes exilées, originaires d’une famille aisée de Cuba. Leur père avait soutenu la Révolution, mais a été emprisonné pour s’être opposé par la suite à Fidel Castro. Sylvia a participé à la formation de la JURE, abréviation de Junta Revolutionaria, une organisation opposée au castrisme et située à gauche dans la nébuleuse des adversaires du Lider Maximo. Les Odio sont certes anti-castristes, mais de tendance démocratique.
Un soir de fin , trois hommes se présentent à l’appartement de Sylvia Odio. Annie Odio, sa sœur, va ouvrir la porte et appelle ensuite sa sœur aînée. Les visiteurs sont deux Cubains et un Américain, les deux cubains affirmant être des membres de la JURE dont les noms de guerre sont Leopoldo et Angelo.
Le troisième homme est plus jeune que les deux autres et se trouve être un Américain.
Leopoldo, qui semble être le chef, explique qu’ils viennent de La Nouvelle-Orléans et qu’ils sont des amis du père de Sylvia et des membres de JURE qui travaillent pour le compte du Conseil Révolutionnaire Cubain à lever des fonds alimentant des actions anti-castristes. Ils souhaitent obtenir l’aide de Sylvia Odio pour traduire en anglais des lettres à expédier à des donateurs américains.
Sylvia constate que les hommes ont une bonne connaissance de l’organisation de JURE, ainsi que de certains détails en principe connus des seuls membres de cette organisation, tel que le nom de guerre de son père. Elle refuse cependant de prendre part à leurs projets.
Le lendemain de cette visite, «Leopoldo» recontacte Sylvia par téléphone. Il évoque une nouvelle fois sa demande d’aide et s’enquiert ensuite ce qu’elle a pensé de l'Américain. Après qu’Odio lui répond qu’elle n’a pas vraiment d’avis, Leopoldo lui fait quelques remarques qui l’impressionnent. À le croire, Leon Oswald est un ancien Marine, un tireur d'élite qui serait un apport intéressant pour la cause, si ce n’était qu’on ne savait jamais comment le prendre. Il est un peu fou, il pourrait faire n’importe quoi, comme devenir agent infiltré à Cuba ou partir tuer Castro. Leon disait que les cubains n’avaient pas de tripes et qu’ils auraient dû tuer Kennedy après la Baie des Cochons…
Après cette conversation, Sylvia n’entendra plus jamais parler de Leopoldo.
Le , Sylvia sera victime d’un évanouissement après avoir appris l'assassinat du Président, d’après elle parce qu’elle avait immédiatement songé à cette visite de septembre. Annie, de son côté verra à la télévision une photo d’Oswald et le reconnaîtra, mais sans parvenir à se rappeler où elle l’avait vu. Elle se rendra au chevet de sa sœur, et lui confiera qu’il lui semblait avoir déjà vu Oswald. À ces mots, Sylvia fondra en larmes et lui rappellera la visite des trois hommes. Les deux femmes regarderont la télévision et tomberont d’accord sur le fait qu’Oswald était bien l’Américain qu’elles avaient vu quelques semaines plus tôt.
Choquées et effrayées, les deux sœurs décideront de n’en parler à personne. Cependant, elles finiront par lâcher quelques confidences autour d’elles, notamment à l’amie de Sylvia, Lucille Connell, de sorte que l’histoire parviendra à la connaissance du FBI, lequel interrogera Sylvia Odio en . Elle témoignera également devant la Commission Warren en .
Validation du témoignage Corroboration
Le témoignage de Sylvia Odio peut-il être corroboré ? La manière la plus sûre d’en vérifier l’exactitude est de le recouper avec ce que Sylvia aurait dit à d’autres personnes avant l’assassinat.
Outre Annie Odio, Sylvia affirme qu'elle a dit à au moins deux personnes, avant l'assassinat, que trois hommes, dont Oswald, étaient passés chez elle.
Annie Odio Annie Odio ne peut corroborer tous les points clefs de l'histoire de sa sœur parce qu'elle n'a pas entendu l'Américain se présenter sous le nom de «Leon Oswald», ni même la conversation téléphonique du lendemain avec Leopoldo.
C’est cependant elle qui a ouvert la porte aux trois hommes, ce qui lui a permis de voir Oswald, et de le reconnaître le lorsqu'il est apparu à la télévision.
Ce témoignage recoupe donc le fait de la visite, et le fait qu’Oswald était un des visiteurs.
Lucille Connell Lucille Connel était une amie de Sylvia Odio et une des personnes à qui elle parla de la visite après l’assassinat. Interrogée par le FBI, Connell ne se souvenait pas que Sylvia lui en eût parlé avant l’assassinat.
Le père de Sylvia Sylvia écrivit une lettre à son père le , dans laquelle elle mentionnait la visite des trois hommes. Sylvia elle-même ne se souvenait pas vraiment si elle avait signalé la présence de l’Américain, mais avait sans doute mentionné les noms de guerre qui lui avaient été donnés.
Son père répondit en lui disant d’être prudente avec les gens qui se prétendaient ses amis et qu’elle devait lui donner leurs noms complets.
Cet élément recoupe donc le fait de la visite, mais laisse incertain la question de savoir si Sylvia a mentionné l’américain à son père.
Le docteur Burton C. Einspruch Le Dr Einspruch était le psychologue de Sylvia Odio. Son témoignage à la Commission Warren et devant le HSCA doit être analysé avec prudence.
La seule trace connue de ce témoignage n’est autre qu’un résumé émanant d’un mémorandum d’un conseiller de la Commission Warren en date du : « Einspruch a déclaré qu’au cours de sa psychothérapie, Melle Odio lui avait dit qu’elle avait vu Oswald à plus d’une réunion anti-castriste. L’une de ces réunions s’est apparemment tenue chez elle, croyait-il, et la sœur de Melle Odio a également vu Oswald à la maison. Le Dr Einspruch dit que Melle Odio lui a rapporté qu’Oswald avait proféré des commentaires incendiaires sur Cuba. Le terme « incendiaire » émane du Dr Einspruch et il ne peut clairement indiquer ce qu’avait dit Oswald. En fait, j’ai eu l’impression que ces commentaires étaient pro-castristes. »
Faute de transcription exacte du témoignage, les propos exacts d’Einspruch nous sont inconnus. Compte tenu de ses déclarations ultérieures devant le HSCA, il est difficile de comprendre à quoi Einspruch aurait pu faire allusion en parlant de « réunions », mais il s’agit probablement des incidents ayant opposé Oswald aux anti-castristes de La Nouvelle-Orléans, dont Sylvia a dû lui parler au cours de séances de 1964 (un des oncles de Sylvia vivant à La Nouvelle-Orléans les lui avait signalés en février de la même année).
Interrogé dans le cadre de l’enquête du HSCA, Einspruch se souvient qu’avant l’assassinat, Sylvia a mentionné la venue de trois hommes, deux Cubains et un Américain.
Le lendemain de l’assassinat, il lui a parlé au téléphone et elle a lié la visite des trois hommes et l’assassinat « en un genre de manière théâtrale », et lui a, à ce moment-là, parlé de «Leon». Interrogé sur la question de savoir si elle a mentionné alors le nom « Leon Oswald » ou si elle lui a parlé à ce moment-là de ce que Leopoldo aurait dit au sujet de Kennedy qu’il fallait assassiner, Einspruch n’a aucun souvenir de ce point et estime possible que l‘histoire ait «grandi», en d’autres termes, qu'Odio avait pu enjoliver l’histoire par la suite.
Déjà devant la Commission Warren, Einspruch avait affirmé que Sylvia Odio « était encline à l’exagération, mais que tous les faits basiques qu’elle fournissait étaient vrais. Il a déclaré que sa tendance à exagérer est de type émotionnel, un trait propre à de nombreuses personnes d’origine latino-américaine ». Selon lui, Sylvia Odio pouvait faire preuve d’un caractère théâtral, tout à fait commun aux Latino-américains – rien qui veuille dire qu’elle était capable d’inventer une histoire. Einspruch a donc à plusieurs reprises décrit Sylvia Odio comme une personne absolument digne de confiance, mais susceptible, de par son caractère, de se laisser aller à un enjolivement de la situation.
Sa déposition devant le HSCA révèle cependant que la conversation téléphonique du a été brève, et que Sylvia était agitée, bouleversée. La visite des trois hommes n’a, par la suite, pas été abordée dans le détail au cours des séances de psychothérapie. Autant d’éléments de nature à indiquer que l’absence de mention du coup de téléphone de «Leopoldo» ne signifie pas pour autant qu’un tel événement a été inventé.
En tout état de cause, Sylvia Odio a parlé à son psychiatre d’une visite effectuée par trois hommes à son domicile, deux Cubains et un Américain. On ignore si elle lui a également évoqué le fait que l’Américain s’appelait «Leon», ou «Leon Oswald ». On ignore également si elle lui a parlé du coup de fil passé par «Leopoldo». Cependant, elle lui a déclaré, le lendemain de l’attentat de Dallas, avoir reconnu l’Américain, et que cet Américain était Oswald.
Identification de Oswald
Odio a positivement identifié Oswald sur photo lorsque la Commission Warren lui en a présenté.
Ce point a parfois été mis en doute par un examen superficiel de son témoignage.
Ses contempteurs extraient en effet une phrase de sa déposition devant la Commission Warren : « Je pense que cet homme était l'un de ceux qui se trouvaient dans mon appartement. Je ne suis pas sûre de l'image. Il ne ressemblait pas à ça. »
En réalité, la déposition de Sylvia Odio revêt une autre signification : « Eh bien, laissez-moi apporter une précision. Je pense que cet homme était l'un de ceux qui se trouvait dans mon appartement. Je ne suis pas trop sûre de l'image. Il ne ressemblait pas à ça. Il souriait, ce jour-là. Il était beaucoup plus souriant que sur cette image. ».
Sylvia Odio a donc parfaitement reconnu Oswald, mais elle apporte donc une précision sur l'état d'esprit d'Oswald, sur l'expression de son visage, parce que la photo qu’on lui présente est celle d’Oswald juste après son arrestation, entouré de deux policiers. Ce que Sylvia confirme par la suite de sa déposition, lorsqu'on lui présente une photo de Oswald prise au moment où il distribue des tracts pro-castro : « il a l'air plus détendu sur la Pièce à Conviction N° 453-C. Il a l'air plus souriant, comme sur la Pièce à Conviction n° 453-B. »
Lorsqu’on lui présenta d’autres photos, Sylvia Odio reconnut à chaque fois Oswald.
Datation de la visite
La datation de la visite semble, de prime abord, invalider le témoignage de Odio. Elle était certaine que les hommes lui avaient rendu visite avant le mardi, , parce que le elle avait déménagé dans un autre appartement. Sa sœur vivait avec quelques amis américains et était venue le week-end dernier pour l’aider à préparer ses cartons. Selon Odio, sa sœur était arrivée le jeudi précédent, , ou le vendredi, . Au jour où les trois hommes sont venus, Odio et sa sœur avaient « déjà commencé à empaqueter pour le départ », et il y avait des meubles dans le salon. Odio s’est souvenue qu’elle avait travaillé ce jour-là, et comme elle ne travaillait ni le samedi, ni le dimanche, elle a déclaré qu’« il pouvait s’agir du 26 ou du , à coup sûr. »