Ailleville est une commune française située dans le département de l’Aube, en région Grand Est.
Géographie
Localisée dans la haute vallée de l'Aube (rivière), la commune d'Ailleville compte de nombreux lieux-dits ou écarts figurant au cadastre napoléonien de 1836 : Chèvremont, Grammont, les Grandes-Monnaies, les Hauts d'Ailleville, la côte Jobert, les Briaulauses, la côte de Bretonvau, la Maladière, le Pont-Rouge, les Rigoles, les Longues Royes, Saint-Martin, le Val-des-Vignes ou les Filles-Dieu, le gué de Ternant et le Petit Moscou.
Géologie Le sol est composé de calcaire portlandien associé à des langues de marnes datant du kimméridgien, très propices à la culture de la vigne et, dans une moindre mesure, à la culture céréalière. Le village compte de nombreuses sources au niveau des langues d'argiles du kimméridgien, qui se jettent toutes dans la rivière Aube située en bas du village. Les plus importantes de ces sources sont les petites et grandes briaulauses dont la confluence se situe sur le coteau éponyme, surplombant le village en regard de la Grande rue et du parc du Château.
Hydrographie La commune est dans la région hydrographique « la Seine de sa source au confluent de l'Oise (exclu) » au sein du bassin Seine-Normandie. Elle est drainée par l'Aube, la Bresse et le cours d'eau 01 des Côtelles..
L'Aube, d'une longueur de , prend sa source dans la commune d'Auberive et se jette dans la Seine à Marcilly-sur-Seine, après avoir traversé .
La Bresse, d'une longueur de , prend sa source dans la commune de Colombé-la-Fosse et se jette dans l'Aube sur la commune, après avoir traversé .
vignette|centre|upright=1.2|alt=Carte en couleur présentant le réseau hydrographique de la commune|Réseau hydrographique d'AillevilleLes ruisseaux intermittents sont représentés en traits pointillés..
Climat
Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat des marges montagnardes, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols, etc.) et des données couvrant la période 1971-2000. En 2020, le climat prédominant est classé Cfb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais sans saison sèche. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat océanique altéré et est dans la région climatique Lorraine, plateau de Langres, Morvan, caractérisée par un hiver rude (), des vents modérés et des brouillards fréquents en automne et hiver. Elle est en outre dans la zone H1b au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves.
Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de , avec une amplitude thermique annuelle de . Le cumul annuel moyen de précipitations est de , avec de précipitations en janvier et en juillet. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique installée sur la commune est de et le cumul annuel moyen de précipitations est de . .
Pour afficher une liste d’indicateurs climatiques caractérisant la commune aux horizons 2030, 2050 et 2100 et pouvoir ainsi s'adapter aux changements climatiques, entrer son nom dans Climadiag-commune, un site de Météo-France élaboré à partir des nouvelles projections climatiques de référence DRIAS-2020.
Urbanisme Typologie Au , Ailleville est catégorisée commune rurale à habitat dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à définie par l'Insee en 2022.. Elle est située hors unité urbaine. Par ailleurs, la commune fait partie de l'aire d'attraction de Bar-sur-Aube, dont elle est une commune de la couronneLa notion d'aire d'attraction des villes a remplacé en octobre 2020 l'ancienne notion d'aire urbaine, pour permettre des comparaisons cohérentes avec les autres pays de l'Union européenne.. Cette aire, qui regroupe , est catégorisée dans les aires de moins de ...
Occupation des sols L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires agricoles (71,9 % en 2018), une proportion sensiblement équivalente à celle de 1990 (71,8 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : terres arables (41,9 %), forêts (28,1 %), cultures permanentes (15,3 %), prairies (9,3 %) et zones agricoles hétérogènes (5,4 %).. L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui).. vignette|redresse=1.4|centre|alt=Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.|Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).
Toponymie Le nom de la localité est attesté sous les formes Alivilla en 1152 - 1180 (feoda Campaniæ) ; Aquilevilla en 1170 (cartulaire de l'abbaye de Clairvaux) ; Alleville, Hallanville vers 1222 (livre des vassaux) ; Allevilla en 1238 (cartulaire de l'abbaye de Clairvaux) ; Aquilavilla en 1253 (ch. de Saint-Maclou) ; Ailevilla en 1256-1270 (feoda Campaniæ) ; puis Ailleville en 1306 (ch. de Saint-Maclou)Théophile Boutiot et Émile Socard, Dictionnaire topographique de l’Aube, Paris, 1874, p. 1 (lire en ligne sur DicoTopo) .
Il s'agit d'une formation toponymique médiévale en -ville au sens ancien de « domaine rural », précédé d'un nom de personne selon le cas général. Les anthroponymes associés à -ville étant principalement germaniques, Albert Dauzat propose le nom de personne Agilo/-a que l'on retrouve au cas régime dans Aillianville (Haute-Marne, Allenville vers 1172), mais aussi avec d'autres appellatifs romans comme -villers : Aillevillers (Haute-Sâone, Aillivillaris 1150).
Remarque : l'évolution phonétique de Agilo/-a en Aille- est proche de celle d’aquila « aigle » qui avait donné en ancien français ailleSite du CNRTL : étymologie d’aigle, d'où les latinisations médiévales Aquilevilla de 1170 et Aquilavilla de 1253.
Histoire
Elle était placée à la jonction de la voie romaine d'Agrippa qui reliait Boulogne-sur-Mer à Turin en passant par Reims, Châlons-en-Champagne, Langres et Lyon et du chemin protohistorique de l'abreuvoir reliant Villa-Terraris, Ville-sur-Terre au gué de Ternant, « le gué du gué » en champenois représentant le passage sur la rivière Aube et jonction des quatre finages de Proverville, Jaucourt, Montier-en-Isle et Ailleville.
Des vestiges gallo-romains ont été découverts le long de la côte Jobert, célèbre coteau situé au nord-est du village en regard de Bar-sur-Aube. La pile soutenant la croix cistercienne au cœur du village date de la création de la Villa en VI ap. J.-C.. Les invasions de barbares (Vandales principalement) détruisirent une première fois le village avant que les Mérovingiens ne l'investissent.
En effet, des fouilles ont été entreprises il y a une trentaine d'années par MM. Rubaud, Tomasson et Ferry au lieu-dit des Longues-Royes. On retrouva des sarcophages mérovingiens de confession païenne, dont les plus notables sont entreposés aux abords de l'église avec de nombreux objets datant de la fin du . Une vitrine exposée en mairie répertorie quelques exemples de ce patrimoine.
Le village se christianise au début du sous l'impulsion des comtes de Bar-sur-Aube (famille de Crépy-Valois) et des moines bénédictins du monastère du Montier-en-Der. En 1076, le comté de Bar-sur-Aube est donné par saint Simon de Crépy-Valois à son beau-frère, le mari d'Adèle de Bar-sur-Aube, le comte de Champagne Thibaud . Depuis cette date, l'histoire d'Ailleville et celle de la Champagne sont intimement liées.
Sous l'impulsion des comtes, les grandes foires internationales de Champagne furent le centre névralgique du commerce dans le monde occidental. Des visiteurs venus de Flandres, d'Italie, du Saint Empire Romain Germanique et d'Espagne se réunissaient en Champagne toute l'année pour commercer et Ailleville connut en conséquence un essor démographique et surtout urbain... En effet, si les commerçants habitaient durant les foires à Bar-sur-Aube, les habitants de la ville se logeaient dans les villages alentour pour y travailler dans les champs et surtout dans les vignes. Ainsi, notre village se développa du lieu-dit des Longues Royes au lieu-dit des Verdenoises et se dota au tout début du d'une église placée sous le vocable de saint Martin remplaçant une petite église primitive en bois à distance du village, aux abords du château.
En 1215, l'influence cistercienne de la toute proche abbaye de Clairvaux permit le développement d'une communauté de nonnes à l'abbaye du Val des Vignes. Les dames nobles de Jaucourt, Ailleville et Arzillières fondèrent l'abbaye des « Filles Dieu » ou « Notre Dame de Vado de ternant inter Barrum Super Albam et Janicuriam » au gué de Ternant sur le bord de la rivière. Dévasté en 1233 par des crues, le nouveau monastère est reconstruit au lieu-dit Bretonvaux à la jonction de la côte Jobert et du chemin de Courcelanges menant à Bar-sur-Aube, aux abords d'une source. En 1367, Jeanne de Jaucourt, veuve et sans descendant, vend le château de Jaucourt et toutes ses dépendances au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, et à partir de 1378, une bannière en cuivre aux armes de Bourgogne flotte au-dessus de l'abbaye. Le monastère passe sous domination bourguignonne et sous son impulsion devient masculine en 1445. et est profondément remanié (la croix cistercienne de style corinthien située devant l'église en est un exemple). Cependant son influence décline et l'abbaye devient cellier-grange cistercienne en 1681 et est démantelée à la Révolution française en 1789. L'église abbatiale est démolie en 1800 ; les pierres conservées servirent à reconstruire le village à partir de 1815 (pour exemple, une tête de statue de vierge couronnée de l'école Troyenne du fut retrouvée dans un mur de jardin) et une croix de style corinthien fut apposée en face de l'église, comme seul et unique souvenir.
À la Révolution française, en 1789, le village relevait de l'intendance et de la généralité de Châlons, de l'élection de Bar-sur-Aube, du bailliage de Chaumont et de la prévôté de Bar-sur-Aube et la révolution n'eut que peu d'influence sur le village.
L'histoire d'Ailleville aurait été relativement calme s'il n'y avait pas eu la campagne napoléonienne en 1814. En effet, pourchassant l'empereur français et ses troupes, les alliés autrichiens, prussiens et russes arrivèrent à Bar-sur-Aube. L'empereur de Russie logeait chez M. Bérault (7 et 9 rue d’Aube) tandis que l'empereur d'Autriche siégeait à l'hôtel de Surmont (la poste actuelle) et le roi de Prusse au château de Jard. Napoléon s’étant déplacé de Brienne-le-Château vers Saint-Dizier, les états-majors cessèrent leur progression. C'est à ce moment que, dans la nuit du 25 au , les cosaques russes, armés et munis de charrettes, dont les roues étaient recouvertes de linges pour les rendre silencieuses, ont fait irruption dans le village et ont massacré une très grande partie de la population. Ils ont mis le feu au village, ce qui le détruisit en quasi-totalité. Seuls le château, le chœur de l'église et trois maisons ont résisté à l'assaut et aux flammes. Aujourd'hui, seule la partie sud de la maison située au 10 rue de l’Abreuvoir, datant du , a subsisté.