Joachim du Bellay (Prononcé (« Jo-a-chin ») selon Léon Warnant dans son Dictionnaire de la Prononciation française, et non (« Jo-a-kin »), (« Yo-a-kin ») ni (« Jo-a-kime »). Voir aussi Grammaire des grammaires, ou Analyse raisonnée des meilleurs traités sur la langue française, Charles-Pierre Girault-Duvivier, J.-P. Meline, Bruxelles, 1833 ; ainsi que Grammaire des dames, ou nouveau traité d'orthographe françoise, Louis Barthélemy, Barde, Manget & Compagnie, Genève, 1783.Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API.), ou Joachim Du BellayOrthographe que l'on rencontre dans certaines sources (notamment dans l'édition Poésie/Gallimard des Regrets) et qui correspond aux conventions typographiques françaises de Wikipédia. Très souvent, le prénom est omis., est un poète français, né vers 1522 à Liré en Anjou et mort le à Paris.

Sa rencontre avec Pierre de Ronsard fut à l'origine de la formation de la Pléiade (d'abord appelée "Brigade"), groupe de poètes pour lequel du Bellay rédigea un manifeste, La Défense et illustration de la langue française.

Son œuvre la plus célèbre, Les Regrets, est un recueil de sonnets d'inspiration élégiaque puis satirique et finalement encomiastique, écrit à l'occasion de son voyage à Rome de 1553 à 1557.

Biographie

Famille et formation

Vers 1522La date de naissance de Joachim du Bellay est incertaine : entre 1522 et 1525, voir par exemple : ; ; ., Joachim du Bellay naît à Liré, en Anjou, dans l'actuel département de Maine-et-Loire. Cousin de Jean du Bellay, seigneur de Gonnord, et de Renée Chabot, originaire de Liré., il appartient à la branche aînée de la famille du Bellay. C'est dans le château de la Turmelière que le poète passe les vingt premières années de sa courte vie avant de partir faire des études. Ses parents meurent alors qu'il a moins de . De santé fragile., il est élevé par son frère aîné qui le néglige. Vers 1546, il part faire ses études de droit à l'université de Poitiers où il rencontre Salmon Macrin. En 1547, il fait la connaissance de Jacques Peletier du Mans et de Pierre de Ronsard. Il rejoint ce dernier au collège de Coqueret à Paris.

Fondation de la Pléiade et premières œuvres vignette|gauche|redresse=0.8|Plaque commémorative située impasse Chartière à Paris, qui rappelle la situation du collège de Coqueret, où étudia Joachim du Bellay.

Dans cet établissement, sous l'influence de Jean Dorat, professeur de grec, les deux jeunes hommes décident de former un groupe de poètes qu’ils appellent d'abord la « Brigade ». Leur objectif est de créer des chefs-d'œuvre en français, d'aussi bonne facture que ceux des Latins et des Grecs de l’Antiquité. Ce but s'accorde à la perfection avec celui de François qui souhaite donner des lettres de noblesse au français. Jacques Peletier du Mans approuve leur projet et les accompagne dans leur entreprise. Du Bellay signe en 1549 un manifeste collectif, La Défense et illustration de la langue française. La Brigade se transforme en Pléiade avec l'arrivée de quatre nouveaux membres : Rémy Belleau, Étienne Jodelle, Pontus de Tyard et Jean-Antoine de Baïf. Joachim du Bellay publie dès l'année suivante son premier recueil de sonnets, L'Olive, imitant le style de l'Italien Pétrarque.

Séjour en Italie En 1553, du Bellay quitte la France pour accompagner le cardinal Jean du Bellay, cousin germain de son père, à la cour pontificale de Rome. Il doit pourvoir aux dépenses de la maison du cardinal malgré son peu de moyens financiers. Il attend avec impatience de découvrir Rome et la culture antique mais il est déçu. Chargé de l'intendance de son parent, du Bellay s'ennuie. Loin de jouir d'une liberté qu'il désirait, les intrigues de la cour du pape l'accaparent. Il est en effet mêlé directement aux événements diplomatiques entre la France et l'Italie. Il compose alors Les Regrets — œuvre dans laquelle il critique la vie romaine et exprime son envie de retrouver son Anjou natal — qui est suivie par Les Antiquités de Rome.

Retour en France et maladie En , Joachim tombe malade et souffre de plus en plus de la surdité, le cardinal Jean du Bellay le renvoie en France. De retour en France, le poète loge au cloître Notre-Dame chez son ami Claude de Bize (auquel il s'adresse dans les sonnets 64, 136 et 142 des Regrets). Il doit de plus se débattre dans des difficultés matérielles. En , il fait publier par Fédéric Morel l'Ancien son recueil Les Regrets ainsi que Les Antiquités de Rome. La même année il écrit son poème Épitaphe d'un chat, en souvenir de son chat chartreux, Belaud, pour lequel il avait la plus grande affection et qui lui tenait compagnie lorsqu'il écrivait ou était souffrant..

Mort et sépulture vignette|150px|Joachim du Bellay.

Du Bellay meurt des suites d'une apoplexie le au de la rue Massillon à Paris, à l'âge de . Il aurait été inhumé en la chapelle Saint-Crépin de la cathédrale Notre-Dame de Paris, . Mais en 1758, on ne retrouva pas le cercueil du neveu auprès de celui de son oncleNathaniel Herzberg, « Joachim Du Bellay était inhumé à Notre-Dame », Le Monde, 19 septembre 2024.

En lors de fouilles menées par l'Inrap après l'incendie de la cathédrale de 2019, une dépouille est découverte dans un sarcophage en plomb. Des analyses scientifiques révèlent des traces de tuberculose osseuse et de méningite chronique sur le squelette. D'après Éric Crubézy, médecin et professeur d'anthropologie à l'université Toulouse-III-Paul-Sabatier.Des précieuses révélations dans les fouilles archéologiques de Notre-Dame, dont la possible sépulture du poète Joachim Du Bellay, ces seuls indices sur l'identité du défunt : il s'agirait de Joachim du Bellay car le poète présentait les symptômes de ces maladies dans les dernières années de sa vie.

Cependant, les études sont encore en cours en 2024 (notamment celles qui pourront préciser l'âge du défunt.) et l'identification formelle d'une dépouille peut prendre plusieurs années. Certains éléments viennent en effet la contredire, comme l'analyse isotopique qui indique que la personne enterrée a vécu .

Œuvres principales La Défense et illustration de la langue française vignette|Première page de la première édition de La Défense et illustration de la langue française (1549). La Défense et illustration de la langue française (La Deffence, et Illustration de la Langue Francoyse, dans l'orthographe originale) est un manifeste littéraire, écrit en 1549 par Joachim du Bellay, qui expose les idées des poètes de la PléiadeUn manifeste éclatant..

Le texte, plaidoyer en faveur de la langue française, paraît dix ans après l'ordonnance de Villers-Cotterêts, qui imposa le français comme langue du droit et de l'administration dans le royaume de France. Du Bellay montre sa reconnaissance envers François , « notre feu bon Roi et père », pour son rôle dans le fleurissement des arts et de la culture. Le roi a en effet créé le Collège des lecteurs royaux. Il a en outre pérennisé une bibliothèque du roi alimentée par le dépôt légal et des achats. Du Bellay souhaite transformer la langue française, « barbare et vulgaire », en une langue élégante et digne. Il considère que la langue française est encore dans l'enfance et qu'il faut la fortifier en la pratiquant et en l'enrichissant par l'invention de nouveaux mots afin de la rendre aussi puissante que le sont le grec et le latin. Avec ses camarades de la Pléiade (alors appelée "Brigade") il envisage donc de l'enrichir afin d'en faire une langue de référence et d'enseignementLa défense et illustration de la langue française - {BnF-Gallica..

L'Olive L'Olive est un recueil de poèmes publié par Joachim du Bellay entre 1549 et 1550Titre original Cinquante Sonnetz à la Louange de l'Olive. Dans cet ouvrage, il célèbre une maîtresse imaginaireQue certains ont présumé être Olive de Sévigné (cf. Poètes du siècle, Bibliothèque de la Pléiade, Nrf Librairie Gallimard, 1953, p. 409.) en s'inspirant de Pétrarque.

Le livre comporte d'abord cinquante sonnets écrits en 1549, suivis d'une Invective et de treize Odes. Mais il en comptera cent quinzeJoachim du Bellay, L'Olive, édition critique par Ernesta Caldarini, Droz, « Textes Littéraires Français » 214, 2002, . lors de sa publication en 1550 chez Corrozet et L'Angelier.

Les Regrets vignette|Ruines du château de Liré, où vécut Joachim du Bellay et qu'il mentionne dans son sonnet Heureux qui, comme Ulysse [...]. Les Regrets est un recueil de poèmes écrit pendant le voyage de du Bellay à Rome de 1553 à 1557 et publié à son retour en 1558 par l'imprimeur Fédéric Morel, l'Ancien sis rue Jean-de-Beauvais à Paris.

Cet ouvrage comprend cent quatre-vingt-onze sonnets, tous en alexandrins. Le choix de ce mètre, plutôt que du décasyllabe, constitue une nouveauté. Contrairement au modèle pétrarquiste, le thème principal n'est pas l'amour d'une femme mais celui du pays natal et la mélancolie due à l'éloignement.

Le lecteur distingue trois tonalités principales, l'élégie (sonnets 6 à 49), la satire (sonnets 50 à 156) et l'éloge (sonnets 156 à 191). Le mythe d'Ulysse en quête du retour dans sa patrie inspire aussi le poète. Revenu en France, du Bellay y retrouve les travers observés à Rome.

Ce recueil contient le sonnet le plus célèbre de son œuvre :

Les Antiquités de Rome Les Antiquités de Rome est un recueil de trente-deux sonnets édité en 1558, alternant sonnets en décasyllabes et en alexandrinsCe recueil, publié en 1558, au retour de du Bellay en France, après un séjour de quatre ans à Rome, comprend 32 sonnets en décasyllabes et en alexandrins, dont voici la liste.. Ce recueil est une méditation sur la grandeur de Rome et sur sa chuteDu Bellay - les Antiquités de Rome - Partie 1 (Livre Audio) - Poésies.. Il se nourrit du mythe de la Gigantomachie. Du Bellay annonce déjà avec ce recueil le lyrisme romantique. En sa qualité d'humaniste, il reste l'héritier de Virgile, Horace, Lucain, tous poètes de la Ville Éternelle. Notons aussi, en plus du thème des ruines, un tableau pittoresque qui saisit l'évolution de Rome dans ses détails..

Postérité et culture populaire En 1578, une partie des odes de du Bellay est mise en musique par le compositeur Antoine de Bertrand.

En 1894, la ville d'Ancenis (entre Nantes et Angers) fait ériger une statue réalisée par le sculpteur Adolphe Léonfanti : elle représente le poète en costume du , tenant à la main un exemplaire de son recueil Les Regrets ; dans les années 1960, elle est installée sur une rive de la Loire, face à Liréancenis.fr: La statue de Joachim du Bellay.

En 1934, son nom est donné au collège des jeunes filles d'Angers qui devient le collège Joachim-du-Bellay, puis l'actuel lycée Joachim-du-Bellay.

La ville de Liré inaugure en 1947 une statue représentant le poète assis et méditant, œuvre du sculpteur Alfred Benon. Les Archives nationales commémorent en 1949 le quatre centième anniversaire de son ouvrage La Défense et illustration de la langue française. En 1958, un timbre postal de 12 francs, surtaxé 4 francs, vert est émis dans la série « Célébrités ». Il porte le Catalogue Yvert et Tellier, Tome 1. En 1960, à l'occasion du quatre centième anniversaire de sa mort, une commémoration avec conférence et récitations de ses textes a lieu devant les ruines du château de la Turmelière. Une école de la ville du Lude, dans la Sarthe, porte également son nom..

Le film Heureux qui comme Ulysse, réalisé en 1969 par Henri Colpi et dernier film de Fernandel, rend hommage au sonnet de Joachim du Bellay en dépeignant une vieille amitié entre un ouvrier de ferme et un cheval nommé Ulysse. La chanson-thème du film est interprétée par Georges Brassens, sur le texte de Joachim du Bellay et une musique de Georges Delerue.

En 2007, le chanteur Ridan reprend un extrait des Regrets de Joachim du Bellay. L'artiste le travaille à sa façon dans sa chanson Ulysse.