Adolf Ivar Arwidsson, né le à Padasjoki en Finlande et mort le à Vyborg dans l'Empire russe, est un journaliste politique, écrivain et historien finlandais. Dans ses actes politiques, Arwidsson se démarque par sa critique de la situation de la Finlande en tant que grand-duché sous la domination des tsars de Russie. En raison de ses publications, il est démis de ses fonctions de professeur à l'Académie de Turku, et doit émigrer en Suède, où il poursuit son action politique. Le mouvement national finnois considère Arwidsson comme un inspirateur et un précurseur de l'idée d'une Finlande indépendante.

Biographie

Adolf Ivar Arwidsson naît en 1781 fils d'un pasteur de Padasjoki, en Finlande méridionale. Plus tard, la famille déménage vers Laukaa, en Finlande centrale. Cette commune est fortement atteinte par les commotions dues à la guerre de Finlande en 1808-1809, et de cette époque date la position critique d'Arwidsson à l'égard de la Russie, à laquelle appartient alors la Finlande en tant que grand-duché autonome. Alors qu'il étudie au lycée de Porvoo, Arwidsson assiste en 1809 à la Diète de Porvoo, lors de laquelle les quatre classes de la Finlande (noblesse, clergé, bourgeoisie, paysannerie) jurent fidélité au tsar. À l'issue de ses études à l'Académie de Turku, il obtient en 1814 une maîtrise en philosophie. En 1817, il passe au même endroit une thèse de doctorat en histoire, et obtient ainsi un poste de maître de conférences. La langue maternelle d'Arwidsson est le suédois, langue dans laquelle il écrit tous ses travaux, mais il maîtrise aussi couramment le finnois.

Après sa thèse, Arwidsson fait un voyage d'un an en Suède, où il noue des liens avec des finnois exilés à Uppsala et à Stockholm. À son retour, Arwidsson, qui jusque-là s'est adonné à la poésie, passe à la publication de textes politiques, dont le ton acerbe et radical ne passe pas inaperçu même jusque dans la capitale impériale, Saint-Pétersbourg. En 1822, ces textes lui coûtent son poste et il se voit exclu de l'université. Arwidsson compromet ainsi la carrière qu'il aurait pu envisager dans son pays avec sa formation. En 1823, il émigre à Stockholm, où il obtient en 1825 la citoyenneté suédoise, ainsi qu'un poste de bibliothécaire à la bibliothèque royale.

En 1827, Arwidsson entreprend un voyage en Finlande à la recherche d'antiquités, mais il est immédiatement renvoyé en Suède par les autorités. Cette expérience conduit à une radicalisation encore plus marquée de ses travaux politiques, et par la suite, il prend part en Suède à plusieurs débats : il y présente la situation de la Finlande sous un aspect sombre, mais essaie en même temps de donner des impulsions pour que l’identité nationale finnoise se développe de manière positive. Outre son activité politique, Arwidsson effectue des travaux de recherche historique notables. En 1843, il est nommé directeur de la bibliothèque royale. La même année, il est également autorisé à revenir dans son pays natal. Mais ce n'est qu'en 1858 qu'il en profite pour faire le tour de la Finlande. Pendant ce voyage, Arwidsson contracte une pneumonie, et meurt le à Viipuri. Il est enterré à Laukaa, la ville de sa jeunesse. Sur sa tombe seront plus tard gravés les vers suivants d'Elias Lönnrot :

L'amour de son pays le fit s'exiler, avant de l'y ramenerDésormais, la terre qui était la sienne l'a fait sienne.

Œuvre politique

L'œuvre politique d'Arwidsson se concrétise avant tout à travers ses publications politiques, qui se divisent en deux phases. La première phase correspond à son temps passé à l'Académie de Turku en tant que maître de conférences, et la deuxième, marquée par une intense activité politique, suit son émigration en Suède, où Arwidsson prend part intensément aux débats sur la situation de sa patrie.

Premiers articles politiques

Arwidsson subit ses premières influences au lycée, par les cours des philosophes allemands Schelling et Hegel, ainsi que par le romantisme de la société suédoise. Il commence sa carrière d'écrivain en composant des poèmes patriotiques. Certains de ses poèmes sont publiés dans des journaux suédois, mais du point de vue artistique, ils ne sont que des pastiches et ne présentent guère de valeur. Ceci renforcera l'estime portée à ses écrits politiques.

thumb|Adolf Ivar Arwidsson commence son activité politique comme maître de conférences à l'Académie de Turku

Au début de son action politique, les thèmes relevant de la politique intérieure finlandaise sont pratiquement absents du débat public, notamment parce qu'ils sont considérés comme particulièrement problématiques du point de vue des autorités. Le plus grand journal du pays, l'officieux Åbo Allmänna Tidning (devenu en 1820 le Finlands Allmänna Tidning), rédigé en suédois, rapporte les événements politiques étrangers en général sous forme de traductions de la presse étrangère, sans prendre de position. Le journal Turun Wiikko-Sanomat, écrit en finnois et fondé en 1820 par Reinhold von Becker, ose des prises de position politiques d'esprit libéral, mais en se limitant exclusivement aux événements étrangers. Les journaux suédois, largement lus en Finlande, donnent un aperçu des questions de politique intérieure, qui sont à beaucoup d'égards semblables à celles de la Finlande. Et c'est bien pour cela que le pouvoir russe instaure la première censure de la presse en Finlande, en interdisant l'importation de certains journaux suédois.

thumb|left|150px|Le général et comte Johan Fredrik Aminoff, homme politique (1756–1842)

Arwidsson est entré en contact, pendant son séjour en Suède, avec l'active vie politique de Stockholm. C'est aussi là qu'il fait connaissance avec le politicien finlandais influent Johan Fredrik Aminoff, qui contribuera à façonner ses vues politiques, après son retour à Turku. En 1819 paraît dans l'Åbo Allmänna Tidning un article du Daniel Myreen, une éclatante louange du nouvel état de la Finlande sous la domination du tsar russe. Arwidsson veut répliquer à cet article, le premier à apporter un avis sur la politique intérieure dans un journal finlandais. Ne trouvant pas de support approprié en Finlande, il réussit à publier un article en trois parties dans un petit journal suédois, le Nya Extra Posten, grâce à ses contacts avec le critique littéraire suédois Lorenzo Hammarsköld.

L'article, intitulé « Lettres d'un Suédois en voyage en Finlande », est publié anonymement et la paternité d'Arwidsson ne sera pas découverte pendant son séjour à Turku. Arwidsson y critique de manière acerbe les agissements de la Diète de Porvoo de 1809, en particulier son acceptation de la dissolution temporaire de l'armée finlandaise. Sa cible privilégiée est le Sénat finlandais, dont il considère les membres comme des ignorants sans carrure politique. De bons administrateurs peut-être, mais de piètres législateurs. Arwidsson porte également une attention particulière à la question concrète de la politique monétaire, et critique en détail les inconvénients suscités par la coexistence des monnaies de deux États (la Suède et la Russie). Sur le plan économique, il dénonce les tentatives de limitation du commerce traditionnel avec la Suède.

La critique d'Arwidsson n'est en fait pas nouvelle, et correspond à des vues exprimées par de nombreuses personnalités dans leurs correspondances privées. Mais c'est la première fois que ces opinions sont publiées, procédé blâmé par les personnes-mêmes qui partagent en réalité les opinions d'Arwidsson. Après la parution de la dernière partie de l’article, les éditions concernées de Nya Extra Posten sont saisies par les autorités suédoises, l'éditeur Johan Imnelius est accusé de diffamation d'un État étranger, et à l'issue d'un procès public qui attire une grande attention, il est condamné à six mois de prison. Cependant, de nombreux exemplaires arrivent à circuler en Finlande.

Édition du Åbo Morgonblad

thumbnail=Åbo Morgonblad issue 1 thumb.png|left|Le premier numéro () du journal Åbo Morgonblad, édité par Arwidsson pendant peu de temps

Avant même la publication de son article, Arwidsson a déjà demandé le l'autorisation de publier son propre journal sous le titre Åbo Morgonblad. L'autorisation lui est accordée le , et le premier journal politique de Finlande, hebdomadaire, paraît le . Le seul rédacteur régulier, outre Arwidsson, est le jeune juriste Gustaf Idman-Idestam, qui se charge principalement des rubriques économiques et scientifiques, tandis qu'Arwidsson se charge des thèmes politiques et nationaux.

Les messages politiques d'Arwidsson concernent une Finlande envisagée comme État, avec son peuple et ses citoyens. Des amis d'Arwidsson, appartenant au cercle de la revue culturelle Mnemosyne, inspiré par les idées des Lumières, considèrent le nationalisme et l'État comme des thèmes largement dissociés. Ardwisson, au contraire, établit un lien très clair entre l'esprit national d'un peuple et son existence en tant qu'État. Il considère comme expression suprême de la nationalité la langue commune, héritage commun de la nation, suivant en cela les influences de Johann Gottlieb Fichte, de Christian Molbech et surtout d'Ernst Moritz Arndt. Il dénonce le fait que la population ne puisse pas faire usage de sa langue maternelle, en particulier face aux tribunaux, et exige la création d'une chaire de finnois à l'Université.

Dans un de ses articles traitant de la nature de l'État, Arwidsson dresse un tableau de l’État transcendant l’individu, mais formant cependant avec le peuple un organisme vivant, soumis à un développement incessant. La loi doit être suivie inconditionnellement par l'individu, mais en même temps, la critique de la loi et les efforts pour l'améliorer sont non seulement justifiés, mais représentent un devoir pour le citoyen. Dans la pratique, Arwidsson en déduit entre autres le devoir de transparence de l'administration et la liberté de la presse. Dans le domaine social, il milite pour une plus grande perméabilité des frontières entre statuts sociaux.

Arwidsson présente une critique directe de l'activité des autorités finlandaises, tout d'abord en publiant des documents extraits d'actes judiciaires ou administratifs, souvent pimentés par des commentaires. Il dénonce avec véhémence le fait que ces agissements soient cachés par les lois en vigueur sur la liberté de la presse. En , il en arrive à un conflit direct avec un membre du sénat finlandais, Carl Johan Walleen, qui ne partage aucunement la position d'Arwidsson, et qui le convoque auprès de lui et le menace, à la suite de quoi Arwidsson publie immédiatement une réplique détaillée à cette conversation.

L'activité de l'Åbo Morgonblad coïncide avec une période de climat politique tendu. Le tsar Alexandre s'est progressivement éloigné de la politique libérale des années précédentes pour adopter la politique conservatrice de la Sainte-Alliance. En 1819, des turbulences estudiantines ont déjà eu lieu à Turku à propos des sanctions disciplinaires de l'université, et en 1821, quelques conflits surviennent, en soi d'importance mineure, mais qui, dans le cadre de l'évolution générale de la situation, augmentent la nervosité des détenteurs de l’autorité. Dans ce climat, Arwidsson est accusé d'employer dans son numéro du un style plutôt romantique à l'égard des évènements, qu'il qualifie de « temps bénis de tempête ». Alors que ces termes se rapportent en fait à la conjoncture européenne, ils sont considérés comme potentiellement séditieux. À l'initiative du sénateur Walleen et sur proposition du Secrétaire d'État aux affaires finlandaises à Saint-Pétersbourg, Robert Heinrich Rehbinder, le tsar décrète le la fermeture de l'Åbo Morgonblad. Le décret est notifié à Arwidsson le . Le et dernier numéro paraît le lendemain, et doit déjà être distribué sous le manteau aux abonnés.

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