Arthur Alix Ghislain Grumiaux, né le à Villers-Perwin, près de Charleroi (Belgique), et mort le à Bruxelles, est un violoniste virtuose et pédagogue belge.

Professionnel à dix-huit ans, il a fait rayonner l'art du violon belge à l'échelle internationale, dans le sillage de ses prédécesseurs Henry Vieuxtemps et Eugène YsaÿeCommuniqué de presse lié à l'arrivée du Fonds Arthur Grumiaux à la Bibliothèque royale de Belgique, 13 décembre 2021.. Arthur Grumiaux était célèbre pour son jeu pur, sobre et intense, ainsi que pour sa volonté de fidélité aux intentions des compositeurs.

Biographie Enfance et formation musicale (1921-1939)

Une famille maternelle mélomane Arthur Grumiaux nait le à Villers-Perwin, village situé au nord de la ville de Charleroi, en Belgique. Il est l'unique enfant de Marie-Ghislaine Fichefet (1894-1980), qu'on appelle Juliette, et de Jean-Baptiste Grumiaux (1894-1954). Le couple de ses parents est fragile : son père est rarement présent, et sa mère travaille beaucoup pour subvenir aux besoins d'Arthur. Dans ce cadre, le petit garçon est rapidement élevé chez ses grands-parents, à Fleurus, ville située à une dizaine de kilomètres de son village natal.

Vers l'âge de cinq ans, Arthur Grumiaux reçoit ses premiers cours de violon et de piano de son grand-père Jean-Baptiste Fichefet (1871-1961), qui se fait appeler JosephTrois jours avec Arthur Grumiaux : une archive de 1965 ( partie), 13min, émission radio de France Musique, publiée le 22 mars 2021, disponible sur www.francemusique.fr, consultée le 26 janvier 2022.. Musicien retraité du Régiment des Chasseurs à pied" Les Concerts du Conservatoire ", Gazette de Charleroi, 1er mars 1936, p. 2., Joseph Fichefet possède un magasin de musique à Fleurus, où il enseigne plusieurs instruments. C'est d'ailleurs lors de ces cours privés que le grand-père aurait remarqué les talents précoces de son petit-fils pour la musique : Des élèves viennent prendre leurs leçons chez moi. Ils ont observé que l'enfant les accompagnait en jouant de deux morceaux de bois, qui figuraient le violon et l'archet. Il faisait exactement les gestes indiqués. Bien plus : une fausse note l'énervait jusqu'à l'irritation. Alors, je lui ai acheté un violon, - un vrai, parce qu'il avait dédaigneusement jeté celui que lui avait offert saint Nicolas... Et voilà ! ... Il travaille deux heures par jour, - pour s'amuser. Chez les Fichefet, la musique est une histoire de famille. Joseph Fichefet a tenu à fournir à ses enfants et petits-enfants une certaine éducation musicale. Ainsi, son fils, Joseph Fichefet (1892-?), clarinettiste et saxophoniste, obtient le Grand Premier Prix du Conservatoire de Bruxelles en 1910, puis fait carrière à Paris. Deux des trois filles du grand-père Fichefet sont également musiciennes. Catherine, la tante d'Arthur, et Mathilde Fichefet (surnommée « Ida »), sa marraine, gagnent leur vie en donnant des leçons et en assurant, le soir, l’accompagnement musical de films muets projetés au cinéma de Charleroi. La presse de l'époque relate cette hérédité musicale : Le plus curieux de l’histoire, c’est la constance de l’hérédité de l’instinct musical dans la famille Fichefet. Son arbre généalogique […] révèle, depuis plus de deux siècles, la continuité de ce don merveilleux, les pères formant les fils ou petits-fils […] C’est ainsi que M. Fichefet […] est un musicien renommé. Il a formé ce petit-fils en qui la gloire de famille semble bien devoir s’épanouir un jour avec grand éclat.Ajoutons en finissant qu'Arthur Grumiaux, musicien virtuose déjà célèbre dans notre pays, est issu d'une famille de musiciens. Son oncle M. Joseph Fichefet, fils de M. J.-B. Fichefet précédemment cité, lauréat du Conservatoire royal de Bruxelles en 1910 […] ; musicien averti il est actuellement chef d'un fameux orchestre parisien. Son grand-père a fait depuis longtemps ses preuves ; J.-B. Baude, grand-père de M. J.-B. Fichefet, se distingua comme chef de musique et fut un fin violoniste ; enfin M. Joseph Baudé-Bonaventure, père de J.-B. Baudé (1753-1806) était également un artiste musicien renommé.Enfant prodige, Arthur Grumiaux se produit pour la première fois en concert à cinq ans et demi, à Fleurus. Malgré son très jeune âge, la presse loue d'ores et déjà son grand talent : C'est qu'Arthur Grumiaux est déjà un musicien pour de bon. Il nous a donné, lundi, […] une audition qui lui a valu un triomphe. Ce « bambino » a réellement l'instinct du rythme et de la mesure et déjà, dans les morceaux qu'il joue accompagné au piano par sa tante, Mlle Fichefet, se révèle un sentiment très vif. […] Nous lui souhaitons une belle carrière, que promettent ses dons exceptionnels.Un article de la Gazette de Charleroi daté du fait déjà état des capacités hors normes d'Arthur Grumiaux : « On ne couvrit pas de fleurs le virtuose, mais on lui offrit un grand sachet de pralines, au milieu des applaudissements sans fin des auditeurs.. »

Le Conservatoire de Charleroi À cinq ans, parallèlement à une scolarité traditionnelle à l'Institut Episcopal Saint Victor de Fleurus, le jeune garçon entre au Conservatoire de Charleroi. Il y étudie le violon et le piano avec Fernand Quinet, alors directeur de l'établissement. Le petit Grumiaux suit également des cours de solfège.

Le petit Fleurusien excelle tant dans la pratique du violon que du piano, et dès 1928, à peine un an après son entrée au Conservatoire, il est considéré comme un virtuose des deux instruments : « Exécution sensationnelle par Arthur Grumiaux, âgé de 7 ans, virtuose du piano et du violon […] ». La même année, il réussit l'épreuve de fin d'année de piano et de violon avec la plus grande distinction et reçoit une mention de solfègeXAM, « La brillante manifestation en l'honneur d'un jeune prodige de Fleurus », Journal de Charleroi, 29 juillet 1935, p. 3. Pour une photographie d'Arthur Grumiaux entouré de son grand-père et de quelques membres des autorités ce jour-là, voir le Journal de Charleroi du 30 juillet 1935, p. 3.. L'année suivante, les distinctions s'enchainent : mention avec distinction au cours de solfège moyen, mention de piano, mention de violon, toutes deux avec grande distinction. En , le petit Grumiaux se voit accorder, pour le violon, une première mention avec distinction. Quelques jours plus tard, pour le piano, il reçoit la première mention avec distinction et félicitations du jury. En 1932, lorsqu'il quitte le Conservatoire de Charleroi, le violoniste reçoit le premier prix de violon avec la plus grande distinction (classe de M. Béthume), la première mention de piano (classe de M. Delvigne) avec les félicitations du jury (Ernest Closson, Mathieu Crickboom, Alfred Dubois, Marcel Maas et M. A. Henry)"Conservatoire de musique de Charleroi - Classe de musique de chambre", Gazette de Charleroi, 27 juin 1932, p. 2. le premier prix avec la plus grande distinction pour la lecture à vue, la transposition et le solfège (classe de M. Henry). Cela incite la ville de Charleroi à lui décerner la « médaille de la Ville », décernée pour la première fois.

Le Conservatoire de Bruxelles En , après cinq ans passés au Conservatoire de Charleroi, Arthur Grumiaux entre au Conservatoire royal de Bruxelles afin d'y achever sa formation musicale« Nos artistes », Gazette de Charleroi, 15 décembre 1936, p. 3.. Entre 1932 et 1933, il y étudie l'harmonie dans la classe de Henry Sarly. L'année suivante, il est admis aux cours d'harmonie (division supérieure) et de violon de Fernand Quinet et d'Alfred Dubois, un élève d'Eugène Ysaÿe. Bien que ses dons pour le piano et le violon ne soient plus à démontrer, le petit Grumiaux doit choisir un seul instrument. C'est son grand-père, Joseph Fichefet, qui prend la décision selon l'argument suivant : « Il y a plus de pianistes que de violonistes ». Dubois et Grumiaux dépasseront le stade de maître et d'élève et développeront une forte amitié, se produisant également en concert ensemble, dès 1935" Concerts symphoniques populaires ", Gazette de Charleroi, 7 novembre 1935, p. 3.

Le , à l'occasion de l'annuel banquet des anciens officiers et sous-officiers de l'armée belge, Arthur Grumiaux se produit dans le Concerto pour violon en mi majeur de Bach et au piano dans une valse de Chopin" Le banquet des anciens officiers et sous-officiers de l'Armée ", La Nation belge, 12 décembre 1933, p. 2.. C'est l'une des dernières représentations officielles du musicien en tant que violoniste et pianiste.

Toutefois, Arthur Grumiaux a continué officieusement sa pratique du piano, accompagnant ses élèves au piano et jouant de l'instrument en privé, notamment avec son amie et partenaire Clara Haskil. Il a même accepté de jouer dans un même concert le Concerto pour violon et le Concerto pour piano de Beethoven. En 1961, il enregistre, pour Philips, un disque dont il assure les parties de piano et de violon : « Mozart, Brahms / Arthur Grumiaux – Les sonates pour piano et violon ». Dès , le magazine mensuel Connaissance des arts souligne ce tour de force : C'est sans doute la première fois au monde qu'un artiste illustre et de la renommée d'Arthur Grumiaux tente… et réussit cette expérience : enregistrer à lui seul la partie de piano et la partie de violon des sonates […].

L'année 1935 marque plusieurs évènements importants dans la carrière professionnelle d'Arthur Grumiaux. Cette année-là, à quatorze ans, il décroche ses premiers prix : premier prix de violon avec grande distinction et premier prix de musique de chambre avec distinction. Il se classe également second au cours supérieur d'harmonie. À la suite de ces nombreux succès, la ville de Fleurus organise, le samedi , une manifestation en son honneur, mobilisant trois sociétés de musique et formant un cortège composé du bourgmestre, de deux échevins, d'un notaire, d'un secrétaire communal et du commissaire de police. Le cortège traverse alors « de nombreuses artères de la ville, le prodige recevant partout un accueil sympathique ». Il s'ensuit une soirée à l'hôtel de ville, où les autorités, Arthur Grumiaux et son grand-père prennent successivement la parole. Le jeune violoniste reçoit, en gage de l'estime des autorités, un archet de valeur et des fleurs. Le , Grumiaux effectue son premier passage à la radio (Radio Catholique Belge) avec un récital pour violon comprenant la Romance pour violon et orchestre en fa majeur de Beethoven et le Rondo capriccioso de Saint-Saëns« Fransche uitzending 484 M », Het Handelsblad, 9 octobre 1935, p. 6.. Le , en collaboration avec la Société des instruments à vents, il donne un concert à la Maison des Arts de Bruxelles, où il interprète la Sonate en ré mineur d'Eugène YsaÿeP. T., " Compositeurs et interprètes belges ", Le Soir, 14 décembre 1935, p. 4.. Le lendemain, Arthur Grumiaux se fait entendre à la Radio Catholique Belge dans le Prélude de Lohengrin de Wagner et dans le d'Henri Vieuxtemps aux côtés du Grand Orchestre symphonique de l'INR, dirigé par Franz André"Programme du mercredi 4 décembre 1935 - Bruxelles - INR FRANCAIS", La Dernière Heure, 4 décembre 1935, p. 6..