vignette|Renards sacrés et kami Inari shinto, un torii, une tō (pagode de pierre) et des figurines bouddhistes ensemble au Jōgyō-ji de Kamakura.

Le , aussi appelé , terme qui a cependant une connotation négative d'abâtardissement et de caractère aléatoireTeeuwen et Rambelli, 2002, ., désigne le syncrétisme du bouddhisme et du culte des divinités shintō qui est la religion du Japon jusqu'à l'ère Meiji. Quand le bouddhisme est introduit depuis la Chine à la fin de la période Asuka (), plutôt que de rejeter le vieux système de croyances, les Japonais tentent de le concilier avec le nouveau, en supposant que les deux sont vrais. En conséquence, les sont attachés aux kamis des et réciproquement, et consacrés à la fois aux kamis et à Bouddha. La religion native et le bouddhisme venu de l'étranger ne se fondent jamais vraiment mais restent cependant intimement liés dès l'origine jusqu'à nos jours, et toujours en interaction. La profondeur de l'influence du bouddhisme sur les croyances religieuses natives se remarque par exemple dans le fait qu'une grande partie du vocabulaire conceptuel shintō et même les types des sanctuaires shintō contemporains, avec une importante salle de culte et des images religieuses, sont eux-mêmes d'origine bouddhiqueVoir par exemple l'article Architecture shinto... Une séparation du bouddhisme et du shintoïsme (shinbutsu bunri) a été instaurée à la fin du , sous l'ère Meiji, mais, à bien des égards, le mélange des deux se poursuit.

Le terme shinbutsu shūgō lui-même est inventé à l'époque moderne () afin de désigner la fusion des kamis et des bouddhas en général, par opposition à des courants spécifiques au sein du bouddhisme qui font de même, par exemple le shintō Ryōbu et le shintō SannōInoue, 2004, ..

Assimilation du bouddhisme Débat sur la nature du shinto Il n'y a pas d'accord entre les spécialistes quant à l'étendue exacte de la fusion entre les deux religions.

Selon certains chercheurs, par exemple Hirai Naofusa au Japon et Joseph Kitagawa aux États-Unis, le shintoïsme, qui est la religion indigène du Japon, a existé en tant que telle de façon continue depuis la préhistoire et se compose de tous les rituels et croyances japonaises particulièrement façonnés par l'histoire du Japon de la Préhistoire à nos jours. Le terme « shinto » lui-même est inventé au afin de différencier la religion locale plus ou moins organisée du bouddhisme importéKitagawa, 1987, ..

Le point de vue opposé appartient à l'historien japonais Toshio Kuroda (et ses partisans) qui, dans un article célèbre (« Le shintō dans l'histoire de la religion japonaise », publié en anglais en 1981), fait valoir que le shintō comme religion indépendante naît seulement à l'époque moderne après avoir émergé au Moyen Âge comme une ramification du bouddhismeBreen et Teeuwen, 2000, .Rambelli, 2001.. Le principal argument de Kuroda est que le shintō en tant que religion distincte est une invention des idéologues nationalistes japonais de l'ère Meiji (voir le paragraphe Les deux religions après l'ordre de séparation ci-dessous). Il montre comment la formalisation par l'État des rituels kamis et le classement par l'État des sanctuaires shintō au cours de l'époque de Heian ne sont pas des manifestations de l'émergence du shintō comme religion indépendante, mais un effort pour expliquer les croyances locales en termes bouddhistes. Il dit aussi que, s'il est vrai que les deux caractères pour « shinto » apparaissent très tôt dans les documents historiques, par exemple dans le Nihon Shoki, cela ne signifie pas que le shintō d'aujourd'hui existait déjà en tant que religion parce les caractères étaient à l'origine utilisés comme nom pour désigner le taoïsme ou même la religion en général. En effet selon Kuroda, de nombreuses caractéristiques du shinto, par exemple le culte des miroirs et des épées ou la structure même du Ise-jingū (le site le plus saint et le plus important du shinto) sont typiques du taoïsme. Le terme « shinto » dans les anciens textes ne fait donc pas nécessairement référence à quelque chose d'uniquement japonais.

Toujours selon ce point de vue, l'apparition du shintō comme religion autonome est progressive et commence à se manifester déjà avec le shintō Yoshida de Yoshida Kanetomo. Le terme « shinto » commence à être utilisé avec une signification actuelle de culte des kamis seulement plus tard au cours de l'époque d'Edo.. À la même époque, les théoriciens du Kokugaku comme Motoori Norinaga essayent de le séparer du bouddhisme intellectuel, préparant le terrain à partir de la scission définitive de la restauration de Meiji.

Selon le premier point de vue, les deux religions sont déjà formées et indépendantes au moment de leur première rencontre et par la suite coexistent simplement, n'entretenant que des échanges non essentiels. Selon la seconde hypothèse, le bouddhisme lorsqu'il rencontre les croyances locales aux kamis japonais, produit effectivement le shintoïsme d'aujourd'huiSueki, 2007, .Kuroda, 1981, ...

Processus d'assimilation La fusion du bouddhisme avec le culte local des kamis commence dès l'arrivée du premier au Japon comme l'indique la phrase de Mononobe no Okoshi :

En d'autres termes, Mononobe voit le Bouddha comme un autre kami, et non pas comme un dieu étranger, peut-être d'une nature différente du sien. Les kamis étrangers sont appelés ou , et sont compris comme étant plus ou moins semblables aux kamis locaux. Au départ donc, le conflit entre les deux religions est de nature politique et non religieuse puisqu'il s'agit d'une lutte entre le progressif clan Soga qui veut une perspective plus internationale du pays, et le conservateur clan Mononobe qui veut le contraire.

Le bouddhisme n'est pas passif dans le processus d'assimilation mais est lui-même prêt à assimiler et à être assimilé. Au moment où il arrive au Japon, il est déjà syncrétique, après avoir adapté et s'être fusionné avec d'autres religions et cultures en Inde, en Chine et dans la péninsule coréenne. Citation : . Par exemple, alors qu'il est en Inde il a déjà absorbé les divinités hindoues comme Brahma (Bonten en japonais) et Indra (Taishakuten). Quand il arrive au Japon, il a déjà une disposition à produire les dieux combinatoires que les Japonais appellent . La recherche des origines d'un kami dans les écritures bouddhistes est considérée comme allant de soi.

Toutefois, si les moines ne doutent pas de l'existence des kamis, ils les considèrent certainement inférieurs à leur bouddhas.. Les dieux hindous ont déjà été traités de manière analogue : ils sont considérés comme non éclairés et prisonniers du saṃsāra. Les prétentions à la supériorité des bouddhistes rencontrent des résistances et les moines essayent de les surmonter en intégrant délibérément les kamis dans leur système. Pour ce faire, plusieurs stratégies sont développées et mises en œuvre. Le processus de fusion est généralement divisé en trois étapesMark Teeuwen, 2000, ..

La première articulation de la différence entre les idées religieuses japonaises et le bouddhisme ainsi que le premier effort pour concilier les deux sont attribués au prince Shōtoku (574-622), et les premiers signes que les différences entre les deux visions du monde commencent à devenir manifestes aux Japonais en général apparaissent à l'époque de l'empereur Temmu (673-686). En conséquence, l'une des premières tentatives pour concilier le shintō et le bouddhisme a lieu au cours du au cours de l'époque de Nara par la fondation des , c'est-à-dire « sanctuaires-temples », complexes comprenant à la fois un sanctuaire et un templeSatō Makoto..

L'inclusion dans un sanctuaire d'objets religieux bouddhistes vient de l'idée que les kamis sont des êtres perdus qui ont besoin de la libération par la puissance du bouddhisme. Les kamis sont alors supposés être soumis au karma et à la réincarnation comme le sont les êtres humains, et les anciennes légendes bouddhiques racontent comment la tâche d'aider les kamis qui souffrent relève de l'action des moines errants. Au cours de ses pérégrinations, quelque kami local apparaît en rêve au moine et lui parle de ses problèmes. Afin d'améliorer le karma du kami au moyen de rites et de lectures de sutras, le moine construit un temple à côté du sanctuaire déjà existant du kami. De tels regroupements sont créés dès le , par exemple à Usa, Kyūshū où le kami Hachiman est vénéré avec Miroku Bosatsu (Maitreya). La construction de temples auprès de sanctuaires entraîne la création de complexes « temple-sanctuaire », qui accélère effectivement le processus de fusion des deux religions. En conséquence de cette création, de nombreux sanctuaires qui jusqu'alors étaient des sites en plein air conformément à la tradition, deviennent des regroupements de bâtiments à la façon bouddhiste..

À la fin du même siècle, dans ce qui est considéré comme la deuxième étape de la fusion, le kami Hachiman est déclaré divinité-protectrice du dharma et un peu plus tard, bodhisattva lui-même. Des sanctuaires qui lui sont consacrés commencent à être construits dans les temples (appelés « temple-sanctuaire »), marquant une importante étape en avant dans le processus de fusion des cultes des kamis et des cultes bouddhistes. Quand est construit le Grand Bouddha du Tōdai-ji à Nara, dans l'enceinte du temple, est également érigé un sanctuaire pour Hachiman, selon la légende à cause d'un souhait exprimé par le kami lui-même. Hachiman considère cet hommage comme une récompense pour avoir aidé son temple à trouver les mines d'or et de cuivre dont sont issus les métaux dont est faite la grande statue. Après cela, tous les temples du pays adoptent un kami tutélaire (.

Théorie Honji suijaku

La troisième et dernière étape de la fusion a lieu au avec le développement de la théorie selon laquelle les kamis japonais sont des émanations de bouddhas, de bodhisattvas ou de devas qui se mêlent aux êtres humains pour les conduire sur la voie bouddhiste. Cette théorie est la clef de voûte de l'ensemble de l'édifice shinbutsu shūgō et donc le fondement de la religion japonaise pendant de nombreux siècles. À cause de cela, la plupart des kamis se transforment d'esprits potentiellement dangereux, qui doivent être améliorés par contact avec la loi bouddhique, en émanations locales de bouddhas et de bodhisattvas qui possèdent une sagesse qui leur est propre. Les bouddhas et les kamis sont désormais d'indissociables jumeaux.

Mais le statut de kami change radicalement selon la secte. À une extrémité se trouvent les penseurs de la secte shingon shintō Ryōbu, qui considèrent les kamis et les bouddhas équivalents en puissance et en dignitéScheid, Shinto im Mittelalter.. Cependant, tous les kamis ne sont pas des émanations de certains bouddhas. Quelques-uns, souvent appelés , généralement dangereux et en colère, n'ont pas d'équivalents bouddhistes. Ce sont des créatures appelées tengu ou des animaux possédant des pouvoirs magiques comme le renard ou le tanuki. Même ces « vrais kamis » impies et inférieurs attirent l'attention des penseurs du shintō Ryōbu ce qui a abouti à des théories où ils sont déclarés être des manifestations de Dainichi Nyorai et d'Amaterasu.

À l'extrême opposé se trouvent les sectes amidistes Jōdo (Jōdo shū ; Jōdo shinshū), qui renoncent plus ou moins aux kamis. Ce n'est cependant pas parce qu'ils n'existent pas, mais plutôt parce qu'ils ne sont pas les égaux des bouddhas et que leur culte ne peut donc que leur être inférieur. L'opinion générale entre les deux est favorable aux kamis mais, en fin de compte, les considère inférieurs.

Shinbutsu kakuri