Lhistoire du peuplement de la France commence au Paléolithique inférieur avec l'Homme de Tautavel, auquel succède l'Homme de Néandertal au Paléolithique moyen. Les premiers hommes modernes arrivent d'Afrique via le Proche-Orient au début du Paléolithique supérieur, remplaçant progressivement, entre environ avant le présent (AP), les populations néandertaliennes antérieures. Vers , les premiers agriculteurs européens, originaires d'Anatolie, arrivés par la Méditerranée puis par la vallée du Danube, s'installent sur le territoire actuel de la France, en y apportant l'agriculture : c'est le début du Néolithique. Ils supplantent en grande partie les chasseurs-cueilleurs du Mésolithique, Nous sommes tous des paysans d’Anatolie, Sciences et Avenir, 18 novembre 2021. À partir d'environ , un nouveau remplacement de population de grande ampleur a lieu avec l'arrivée de bergers nomades en provenance de la steppe pontique, issus de la culture Yamna et locuteurs de langues indo-européennes.
Vers le , les Celtes auraient investi le territoire depuis l'Est, à moins qu'ils aient déjà été présents à l'Âge du bronze à travers la culture des champs d'urnes. L'expansion de la culture de Hallstatt puis de La Tène leur est attribuée : c'est la naissance de la Gaule. Elle tombe sous domination romaine au cours d'une période allant du L'Empire romain accueille des peuples germaniques à partir du , et profitant du déclin de l'empire, d'autres Germains, notamment Francs, Alamans, Burgondes et Wisigoths, commencent à s'installer en Gaule sous juridiction romaine, avant d'imposer finalement leur domination sur le territoire au , avec toutefois un apport démographique minoritaire au Nord et très faible au Sud.
Aux , des communautés entières de Bretons insulaires émigrent en Armorique depuis les régions du Sud-Ouest de la Bretagne insulaire. Des populations de Vikings, principalement venues du Danemark, s'installent en Normandie au début du .
Aux , une immigration intra-européenne a lieu, principalement italienne, espagnole et portugaise. Après la Seconde Guerre mondiale, une immigration de populations d'origine extra-européenne se met en place, provenant en grande partie du second empire colonial. La population juive, présente depuis l'antiquité, connait un essor lorsque les juifs d'Afrique du Nord se réfugient en France lors de la décolonisation.
Premiers peuplements Paléolithique
Les plus anciens ossements fossiles humains connus en France sont ceux de l'Homme de Tautavel, datés de (Paléolithique inférieur), mis au jour à la caune de l'Arago, dans les Pyrénées-OrientalesHenry de Lumley, L'Homme de Tautavel il y a , Nouvelles perspectives pour l'histoire de l'humanité, Colloque au Collège de France, 3-4 juillet 2018, voir la vidéo en ligne. Ils sont généralement attribués à l'espèce Homo heidelbergensisS. Lebel, « Mobilité des hominidés et système technique d'exploitation des ressources au Paléolithique ancien : la Caune de l'Arago (France) », Canadian Journal of Archaeology, vol. 16, , 1992.
vignette|upright=1.3|Répartition de l'Homme de Néandertal, présence avérée :
L'Homme de Néandertal est connu notamment par les fossiles de Tourville-la-Rivière, en Normandie, datés d'environ .. Parmi les fossiles de Néandertaliens récents, il faut mentionner les squelettes de La Chapelle-aux-Saints (environ avant le présent (AP)), dont le bon état de conservation est lié à son inhumation dans une sépulture, l'une des plus anciennes connues en Europe et la plus ancienne en France, et ceux du Moustier et de La FerrassieHeim J.L. (1976) - Les Hommes fossiles de La Ferrassie, Paris, Masson.. Il y a également de nombreuses traces de l'homme de Néandertal en Charente et ses environs, d'environ AP à leur extinction.
Les premiers hommes modernes arrivent en Europe de l'Ouest au début du Paléolithique supérieur, remplaçant progressivement, entre environ AP, les populations néandertaliennes antérieures. La population européenne fluctue durant le Paléolithique supérieur en fonction des cycles climatiques, augmentant lors des brèves périodes de redoux et chutant lors des phases de froid les plus aigües. Le dernier maximum glaciaire, il y a environ , voit un quasi-dépeuplement du continent européen, en dehors des péninsules refuges que sont alors les péninsules Ibérique, Italique, et les Balkans. Lors du recul des glaciers, à partir de AP, l'Europe est repeuplée par des chasseurs-cueilleurs issus de ces péninsules. Les études paléogénomiques montrent que plusieurs groupes génétiquement distincts existaient à travers l'Europe au Paléolithique. En Europe occidentale, un groupe d'ascendance associé à la culture du Magdalénien du Paléolithique supérieur (environ 20 000 à 14 000 cal A.P., et appelé groupe d'ascendance « Magdalénien ») était prédominant pendant le dernier maximum glaciaire Luciana G. Simões, Rita Peyroteo-Stjerna, Mattias Jakobsson et al., Genomic ancestry and social dynamics of the last hunter-gatherers of Atlantic France, PNAS, 121 (10) e2310545121, 26 février 2024, doi.org/10.1073/pnas.2310545121. Une autre vague arrive vers AP depuis le sud-est de l'Europe The genetic history of Ice Age Europe, Howard Hughes Medical Institute, sciencedaily.com, 2 mai 2016.
Selon une estimation, la population aurait été multipliée par quatre entre AP, avec environ vers AP (soit moins de ), entre AP (soit environ , ou environ une centaine d'habitants pour un territoire ayant la taille d'un département français), et peut-être au Magdalénien (vers AP)Sophie Archambault de Beaune, « Comment vivaient nos ancêtres », L’origine des sociétés, Sciences humaines , décembre 2007-janvier-février 2008, . Selon une autre étude basée sur le Sud-Ouest de la France, lorsque les Homo sapiens ont remplacé les Néandertaliens, entre AP, la population aurait été multipliée par au moins dix.
+Essai d'estimation de la population de la France dans les périodes préhistoriquesPériode préhistoriquedeàPopulation selon une sélection des gisements préhistoriquesselon l’Atlas archéologique universelPopulation selon une sélection des gisements préhistoriquesselon la « Préhistoire française »Paléolithique inférieur (dates avant le présent)MoustérienAurignacien et GravettienSolutréenMagdalénienMésolithique(dates )-9 700-5 200Néolithique-5 200-2 200
Les populations européennes de l'époque de Cro-Magnon (Gravettien) n'ont participé qu'à la marge au patrimoine génétique des populations européennes actuelles. Depuis le début de l’Holocène, la France et l’Europe occidentale et centrale en général, sont habitées par un groupe génétiquement distinct de chasseurs-cueilleurs, dénommés dans la littérature scientifique chasseurs-cueilleurs occidentaux (WHG), les ancêtres des WHG étant des populations associées à la culture épigravettienne. Les groupes précédents ont ainsi été largement remplacés par ce groupe WHG, sauf dans la péninsule ibérique et dans une certaine mesure dans le sud-ouest de la France. Les chasseurs-cueilleurs occidentaux sont reconnus comme une composante ancestrale distincte contribuant à l'ascendance de la plupart des Européens modernes.
Néolithique vignette|redresse=1.3|Expansion néolithique de la culture de la céramique cardiale et de la culture rubanée en Europe d'après l'archéologie
Comme dans le reste de l'Europe, les premiers fermiers néolithiques présents sur le territoire français sont une population très homogène venue d'Anatolie. On observe deux grands courants de néolithisation, le courant danubien (culture rubanée) et le courant méditerranéen (culture de la céramique cardiale), qui sont en réalité le fait d'une seule et unique population colonisatrice issue d'une seule et même source commune qui a conquis la majeure partie de l'Europe, avec un mélange limité avec les chasseurs-cueilleurs rencontrés sur le chemin, jusqu'à son arrivée sur les côtes atlantiques.. Au Néolithique moyen (-4800 à -3500), ces deux courants de néolithisation se rejoignent au centre de la France I. Lazaridis, D. Fernandes, N. Rohland, S. Mallick, K. Stewardson, S. Alpaslan, N. Patterson, R. Pinhasi, D. Reich, « Genome-wide data on 34 ancient Anatolians identifies the founding population of the European Neolithic ». ASHG 2015 abstract. Conférence du I. Mathieson et al., « Eight thousand years of natural selection in Europe », 2015, lignes 48 à 65, .
Dans cette diffusion démique du Néolithique, le territoire de la France d'aujourd'hui offre une situation différente par rapport à d'autres régions d'Europe. La proportion d'ascendance chasseurs-cueilleurs y est la plus élevée dans l'ensemble tant pour le courant méditerranéen que pour le courant danubien... Ainsi, en moyenne les premiers fermiers du sud-ouest de l'Europe ont plus d'ascendance chasseur-cueilleur (18,5 % en moyenne) que les premiers fermiers d’Europe centrale (7 % en moyenne). Dans la zone méditerranéenne, c'est dans le sud de la France que l'on trouve les plus fortes proportions d'ascendance chasseur-cueilleurAna Arzelier, Maïté Rivollat, Harmony De Belvalet et al., Neolithic genomic data from Southern France showcase intensified interactions with hunter-gatherer communities, iScience, 19 octobre 2022, doi.org/10.1016/j.isci.2022.105387. Pour le courant méditerranéen, les études génétiques suggèrent un récent événement de mélange local entre les populations de chasseurs-cueilleurs et les agriculteurs néolithiques. Il n'est pas exclu que ce mélange ait pu se produire dans la péninsule italienne. Néanmoins, il y a probablement eu plusieurs phases de mélange génétique au cours du temps. Pour le courant danubien, les individus du néolithique moyen situés immédiatement à l'ouest du Rhin montrent également une proportion plus élevée de la composante d'ascendance chasseurs cueilleurs que les individus analysés sur les sites de la culture rubanée à l'est du Rhin. Ces différences pourraient expliquer les particularités de certains faciès archéologiques locaux.
L'arrivée des colons venus de l'Asie mineure via les côtes méditerranéennes et la vallée du Danube importe la révolution néolithique qui créé une forte croissance démographique, de nombreuses cultures très variées selon les régions et qui amène en quelques milliers d'années les premières formes d'inégalités socialesLa révolution néolithique en France, Sous la direction de Jean-Paul Demoule (Inrap), Coédition La Découverte - Inrap, Paris, 2007. Au Néolithique moyen, on observe, comme ailleurs en Europe, une augmentation dans la population de l'ascendance liés aux chasseurs-cueilleurs du mésolithique..
Selon Jacques Dupâquier, l’essor de la population sur le territoire français commence au début du Néolithique, vers Au milieu du , les populations pratiquent l’agriculture et l’élevage sur l’ensemble du territoire. Au début du , la population atteindrait le million d'habitants. En , il y aurait au moins quatre millions d’habitants sur l'actuel territoire de la FranceOuvrage collectif sous la direction de Jacques Dupâquier, Histoire de la population française, Paris, PUF, , 1988.
La question des Basques vignette|Distribution de l'haplogroupe R1b-M269
Du fait de la particularité linguistique de la langue basque, des linguistes ont supposé que celle-ci pouvait être un isolat, et que les populations vivant dans le territoire du Pays basque pourraient être caractérisées par une certaine continuité génétique depuis le Mésolithique.