L'Union économique et monétaire de l'Union européenne (plus communément appelé UEM ou , l'UME) est l'ensemble des politiques des États membres de l'Union européenne (UE) mis en œuvre à partir de en vue de rapprocher leurs économies. La mise en œuvre des dispositions de la politique économique et monétaire s'est traduite par un processus en trois étapes. L'objectif principal de la réglementation UEM est de compléter le marché unique européen par une monnaie unique et une grande stabilité des prix.
La mise en place rapide d'une monnaie commune était une des conditions fixées par le président français François Mitterrand en 1989 pour son acceptation de la réunification allemande.
Les 27 États membres de l'UE ont jusqu'à présent mis en œuvre l'accord sur l'UEM de façon variable. Jusqu'à présent, 21 des 27 États membres de l'Union ont adopté la monnaie unique, l'euro, formant ainsi la zone euro : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, la Croatie, l'Espagne, l'Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, l'Irlande, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, le Portugal, la Slovaquie et la Slovénie. Ces 21 États membres coordonnent leurs politiques économiques et financières au sein de l'Eurogroupe. Parmi les six autres États membres, quatre États sont tenus de faire de même dès qu'ils rempliront les critères de convergence fixés. Les deux autres États membres de l'UE lors de la création de l'euro – le Danemark et la Suède – ont, de jure ou de facto, un opt-out concernant l'obligation d'adopter l'euro. Ces six États membres de l'UE, qui ne font pas encore partie à la zone euro, mettent en œuvre la réglementation de l'UEM à des degrés variables et coordonnent des domaines spécifiques de leurs politiques économiques et monétaires avec les 21 États de la zone euro.
Depuis 2010 et la crise de la dette publique grecque, le débat concernant l'éventuelle sortie de la Grèce de l'UEM afin de limiter la contagion est apparu. Cependant, le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) ne donne pas d'indication sur le retrait d'un État de l'UEM. Un retrait de l'UEM n'est possible que dans le cadre de l' du Traité sur l'Union européenne (TUE) ou par un accord prenant la forme d'un protocole additionnel à négocier et à intégrer dans le TFUE. Un tel protocole devrait cependant être ratifié par tous les États membres.
Histoire
vignette|180px|Jacques Delors (1988). Les premières démarches concrètes en vue de la création d'une union économique et monétaire en Europe remontent au traité de Rome de 1957 instituant la Communauté économique européenne. Le traité prévoyait notamment la création d'un marché commun européen. Cependant, l'intérêt politique pour une union monétaire était limité car les accords de Bretton Woods étaient encore en vigueur. Avec la fin des accords de Bretton Woods, les États européens vont rechercher à maintenir une certaine stabilité des taux de change entre leurs monnaies respectives. À cette fin, ils instituent le , par l'accord de Bâle, le serpent monétaire européen qui vise à limiter les fluctuations des taux de change entre le deutsche Mark, le franc, le florin, la couronne danoise et le franc belge. Cependant, il est apparu que l'existence de plusieurs monnaies faussait la concurrence entre les entreprises des États participants au serpent monétaire européen et, par conséquent, la création d’une union économique et monétaire fut décidée par certains États membres.
En 1979 fut lancé le système monétaire européen qui comportait trois points : la création d’un étalon, l’ECU (European Currency Unit), défini sur la base d’un panier de monnaies, les banques centrales nationales doivent maintenir le taux de change de leur monnaie autour d’un taux pivot défini par rapport à l’ECU ; et la coopération monétaire entre les banques centrales qui doivent se soutenir afin de garantir la stabilité des taux de change.
Cependant, jusqu'à la fin des années 1980, l'établissement d'une union monétaire restait controversée. Un comité présidé par Jacques Delors fut chargé, par le Conseil européen de , d'étudier les étapes devant mener à l'établissement de l'UEM. En , le rapport Delors est publié et définit trois étapes successives pour parvenir à la fixité définitive des taux de change puis la création d’une monnaie unique.
En , le Conseil européen décida de lancer la première étape de mise en place de l'UEM. Cette étape consiste en l'abolition de toutes les limitations existantes concernant le mouvement des capitaux. Pour réaliser les deuxième et troisième phases, il a été nécessaire de modifier le traité instituant la Communauté européenne afin de mettre en place la structure institutionnelle requise. À cette fin, le Conseil européen des 8 et 9 décembre 1989 décide de convoquer une conférence intergouvernementale sur l'UEM. Elle s'est tenue en 1991, en même temps que la conférence intergouvernementale sur l'union politique. Les négociations ont abouti au traité sur l'Union européenne qui a été approuvé en et signé à Maastricht le . Toutefois, en raison de la lenteur du processus de ratification, le traité n'est entré en vigueur que le . Afin de permettre une certaine harmonie nécessaire à l’union monétaire, des critères de convergence ont été définis pour intégrer l'union monétaire.
La deuxième phase de l'UEM a commencé le par la mise en place de l'Institut monétaire européen (IME). À cette date, le Comité des gouverneurs a été dissous. L'existence temporaire de l'IME reflétait le degré d'intégration dans le domaine monétaire au sein de la Communauté. L'IME n'assumait pas la responsabilité de la conduite de la politique monétaire dans l'Union européenne — qui demeurait la prérogative des autorités nationales — et il n'était pas habilité à effectuer des interventions de change. En décembre 1995, le Conseil européen a décidé que le nom de l'unité monétaire européenne devant être introduite au début de la troisième phase serait « euro », et a confirmé que la troisième phase de l'UEM débuterait le . En décembre 1996, l'IME a adressé au Conseil européen un rapport qui fut la base d'une résolution du Conseil européen sur les principes et les principales caractéristiques du nouveau mécanisme de taux de change (MCE II), qui a été adopté en juin 1997. Afin de compléter et de préciser les dispositions du traité relatives à l'UEM, le Conseil européen a adopté, en juin 1997, le pacte de stabilité et de croissance visant à assurer la discipline budgétaire dans le contexte de l'UEM. Finalement, le , le Conseil de l'Union européenne — réuni au niveau des chefs d'État ou de gouvernement — a décidé à l'unanimité que onze États membres (la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne, la France, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Autriche, le Portugal et la Finlande) remplissaient les conditions nécessaires pour l'adoption de la monnaie unique, le .
Le , les gouvernements des onze États membres participants ont nommé le président, le vice-président et les quatre autres membres du directoire de la BCE. Leurs nominations, qui ont pris effet à compter du , ont marqué la mise en place de la BCE et la liquidation de l'IMEArticle 123 (ex-article 109 L) du TCE.
Le , la troisième et dernière phase de l'UEM est entrée en vigueur avec la fixation irrévocable des taux de change des monnaies des onze États membres participants dès le début à l'union monétaire et la mise en œuvre d'une politique monétaire unique sous la responsabilité de la BCE. L'euro est introduit en 1999 dans la zone euro (pour les marchés financiers), puis en 2002 comme monnaie fiduciaire.
Depuis la création de l'euro, il y a eu cinq élargissements : la Grèce est entrée dans la troisième phase de l'UEM le , la Slovénie depuis le , Chypre et Malte adoptent l'euro le , la Slovaquie le , l'Estonie le , la Lettonie le , la Lituanie le , la Croatie le et la Bulgarie le .
États membres de l’UEM Les États membres de l'UEM sont les États membres de l'Union européenne ; cependant l'emploi du terme est parfois limité pour ne désigner que les participants à la troisième phase de l'UEM, c'est-à-dire les États qui ont adopté l'euro (21 États en 2026). Il s'agit de l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, la Croatie, l'Espagne, l'Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, l'Irlande, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, le Portugal, la Slovaquie et la Slovénie.
En 2026, six États membres n'ont toujours pas adopté l'euro. L'un d'entre eux, le Danemark, bénéficie d'une dérogation car il a refusé, dès le début, de s'engager à participer à l'UEM. Les cinq autres États membres sont obligés d'adopter l'euro dès qu'ils répondront aux critères de convergence. Un de ces critères est appelé le mécanisme de change européen II (MCE II) qui couple la monnaie de l’État membre en question à l'euro pendant deux ans. La Suède répondait aux critères économiques d'adoption de l'euro avant la crise financière mondiale débutant en 2007 mais elle se maintient intentionnellement hors des critères de convergence depuis en ne participant pas au MCE II, car un référendum, organisé le , a refusé l'adoption de la monnaie unique. Cette pratique, bien que contraire à l'esprit du traité, est tolérée par la Commission européenne car la Suède a rejoint l'Union alors que la mise en place de la troisième phase de l'UEM, bien que déjà décidée, n'était pas encore en vigueur. La Suède a, dans une certaine mesure, un « opt-out informel ».
Critères de convergence
Afin de participer à l'UEM, les États membres doivent se conformer à certaines règles qui ont pour but d'assurer une certaine uniformité et stabilité de la situation économique et financière. Les critères de convergence de l'Union européenne ont leur base légale à l' du TFUE.
Les critères sont les suivants : la stabilité des prix : le taux d'inflation d'un État membre donné ne doit pas dépasser de plus de 1,5 point celui des trois États membres présentant les meilleurs résultats en matière de stabilité des prix. la viabilité des finances publiques : la dette publiqueIl s'agit de l'ensemble des emprunts contractés par l'État et l'ensemble des administrations publiques, dont les organismes de sécurité sociale. doit être inférieure à 60 % du PIB et le déficit publicC'est-à-dire l'État et la sécurité sociale. annuel doit être inférieur à 3 % du PIBCes critères peuvent ne pas être exactement vérifiés si l'écart est faible et en cours de résorption.. le taux de change : l’État doit avoir participé pendant deux ans, sans dévaluation, au MCE II. Cette mesure est obsolète pour les États membres de la zone euro. le taux d'intérêt à long terme : les taux ne doivent pas dépasser de plus de 2 % ceux des trois États membres présentant les meilleurs résultats en matière de stabilité des prix.
La Commission européenne et la Banque centrale européenne vérifient au moins tous les deux ans si les États membres qui n'ont pas encore adopté l'euro respectent les critères de convergence. Une fois qu'un État respecte les critères de convergence, il peut demander à participer à la phase finale de l'UEM. La Commission fera ensuite une recommandation, d'autres critères tels que l'intégration des marchés, la balance courante et les coûts salariaux unitaires dans le pays sont prises en compte. Cette recommandation de la Commission est soumise à débat au sein du Conseil européen et du Parlement européen. Par la suite, le Conseil ECOFIN statue à la majorité qualifiée (seuls les États membres ayant adopté l'euro votent dans ce cas) sur la recommandation. Jusqu'à présent, les décisions du Conseil ECOFIN ont toujours été dans le sens de la recommandation de la Commission.
Délimitation de la zone euro
L'expression zone euro désigne, au sens strict, les vingt-et-un États qui ont adopté l'euro comme monnaie. Par conséquent, l'expression zone euro est, dans ce cas, synonyme de la troisième phase de l'UEM (donc l'UEM au sens strict).