Renaissance de la harpe celtique est le troisième album d'Alan Stivell et son deuxième album instrumental, paru en , en France et dans le monde par Philips. Il est la concrétisation du travail effectué avec son père Georges Cochevelou, le créateur de la première nouvelle harpe celtique, depuis les années 1950.

Cet aboutissement est salué à travers le monde, notamment outre-Atlantique, et inspire les musiciens dans la poursuite de ce chemin et les artistes par cet univers onirique. L'album reçoit le prix de l'académie Charles-Cros en France et il est nommé aux Grammy Awards aux États-Unis.

En ouverture, il choisit de présenter la légende bretonne de la ville engloutie Ys, puis, il joue deux complaintes bretonnes historiques et tragiques appelées des gwerzioù (Marv Pontkalleg et Eliz Iza), entrecoupées par l'arrangement d'anciens morceaux gallois pour harpe. L'autre grande partie de l'album reprend des thèmes traditionnels gaéliques (irlandais, écossais, mannois).

Histoire Contexte Dans les années 1950, lorsque des jeunes filles parisiennes souhaitent apprendre la harpe celtique, elles se rassemblent dans le groupe culturel Telenn Bleimor. Mariannig Larc'hantec, qui rejoint le groupe en 1960, décrit dans son livre autobiographique leur démarche d'apprentissage. Bien qu'Alan Stivell soit « le premier à faire résonner cet instrument en dehors des rassemblements druidiques » et que ses disques sont les principaux du marché, leurs bases de travail étaient quasi inexistantes, en considérant à l'époque qu'Alan Stivell « ne peut représenter notre modèle étant donné le peu d'antériorité qu'il a par rapport à nous ». Elle considère sa démarche musicale et professionnelle comme différente mais complémentaire : . Alan Stivell l'instrument Michel Malherbe et Amaury Rosa de Poullois, Les musiques de l'humanité, Critérion, 2012, 410 p., extrait en ligne.

Origine

L’héroïne de cet album instrumental, c’est la harpe celtique, cet instrument à cordes plus fragile et cristallin que la guitare. Jeu d’arpèges ondoyant ou bien, de façon moins maniéré, plus vive, picking inspiré de la guitare folk américaine, les possibilités sont particulièrement intéressantes. Dans leur majorité, les morceaux sont, évidemment, arrangés du répertoire celtique transmis durant plusieurs siècles. En 1973, Yann Brekilien juge ainsi le travail effectué : Yann Brekilien, Alan Stivell ou le Folk celtique, 1973

Parutions et réception

Impact populaire L'album, deuxième 33 tours de l'artiste, paraît fin 1971. Le , Alan Stivell présente son disque à la librairie Coop Breizh au Centre Élysées Bretagne à Paris. Le disque trouve le succès surtout par le bouche à oreille. La radio choisit de diffuser son 45 tours qui sort presque simultanément, contenant Pop Plinn et The Wind of Keltia, morceaux-illustrations de l'un de ses objectifs ; la fusion rock/musique bretonne. , observera le journal Télérama, De l’écrin au joyau… « Renaissance de la Harpe Celtique ». Environ disques de ce 45 tours sont vendus au JaponMaryvonne Cadiou, « Le site Harpographie : Stivell, un delenn », ABP, 6 février 2008. En 1973 l'album dépasse les exemplaires en France, des ventes supérieures à celles de groupes internationaux à l'époque (« Deep Purple, Pink Floyd, Alice Cooper, The Osmonds »« Alan Stivell : Le pape du pop celte », Salut les copains, septembre 1973, p.94). Renaissance de la harpe celtique est à ce jour le disque le plus vendu dans le monde pour un enregistrement consacré à cet instrumentBenoît Fauchet, Alan Stivell, un demi-siècle au service de la harpe celtique (MAGAZINE), AFP, 26 novembre 2003Béatrice Brasseur, Fleur La Haye et Bénédicte Badereau, Harpe celtique : L'onde de choc, L'Express, 12 juillet 2004.

Renaissance de la Harpe Celtique est l'un des albums d'Alan Stivell le plus célèbre à l'international. A posteriori, Alan Stivell remarque que Sa musique – comme sortie du temps de par le réemploi de la harpe celtique et de son répertoire – en fait encore de nos jours un disque jugé incontournable par les admirateurs du « barde ». Dans son étude de la musique bretonne, Christina Roden écrit en anglais que cet album est « une fantaisie luxuriante et mystique qui a pris par surprise le monde et en fin de compte, par la tempête »Christina Roden, Exploring other Celtic destinations, chapitre « Alan Stivell and the Breton Harp », Irish Traditional Music Archive, consultable sur www.rootsworld.com. Nora Joan Clark, dans son livre consacré à l'histoire de la harpe irlandaise, écrit qu'Alan Stivell a « réalisé un album révolutionnaire »Nora Joan Clark, The Story of the Irish Harp: Its History and Influence, North Creek Press, 2003, 192 p., p. 166.

Impact médiatique

L'album est salué par la presse spécialisée anglaise et est récompensé par le Grand Prix International du Disque de l'Académie Charles-Cros en France en 1972. Selon Alan Stivell, . Il est nommé aux Grammy Awards le aux États-Unis dans la catégorie "Best Ethnic or Traditional Folk Recording" , .

Le magazine Rolling Stone le gratifie de cinq étoiles. Yann Brekilien a estimé quYs méritait d'être Aux États-Unis, le journaliste Bruce Eder déclare sur le site AllMusic que

Impact artistique vignette|upright|gauche|Telenn Strink (« harpe de cristal ») réalisée en 1987 par Léo Goas d'après les plans de Stivell. Cet album demeurera le disque de harpe le plus vendu dans le monde. De nombreux musiciens du monde entier ont témoigné du plaisir ressenti ou du déclic musical en entendant cette musique celtique jouée à la harpe : les harpistes canadiens Loreena McKennitt et Charles de Lint, les Australiens Robert Hart et Louisa John-Krol, la Russe Anastasia Papisova, les Américaines Jo Morrison et , l'Italien Vincenzo Zitello, le Norvégien Kristian Nordeide, les musiciens new-yorkais et Ben Kettlewell, les harpistes bretons Myrdhin, Gwenaël Kerléo, Dominig Bouchaud, Kristen Noguès, Nolwenn Arzel, Gwenola Roparz, Violaine Mayor, les harpistes français Armelle Gourlaouën, Florence Jamain, Anne-Marie Jean, Catherine Letray, Christophe Pampuch, le président des harpes Camac Jakez François, la franco-tunisienne Eve McTelenn... La harpiste bretonne Cécile Corbel déclare avoir choisi le sous-titre « Renaissance » pour son troisième album Songbook car Nicolas Roberti, « Cécile Corbel. « Pour tout vous avouer, je suis plutôt optimiste » », unidivers.fr, juillet 2011À noter que les deux premiers titres de son album Renaissance sont Brian Boru et The King of the Fairies..

Cette œuvre majeure influence même les cinéastes et les écrivains. Durant toute sa vie, le cinéaste Alejandro Jodorowsky écoute uniquement cet album qui le met en transe. En 1973, dans Breizh, le poète Xavier Grall fit une confidence :

Dans le guide World music, Philippe Krümm et Jean-Pierre Rasle considèrent que « cet album au succès international a aidé à présenter la musique traditionnelle Bretonne - au même titre qu'Irlandaise, Galloise et Écossaise - à un public mondial et susciter l'intérêt par la suite pour la matière moins accessible. »Simon Broughton, Mark Ellingham, Richard Trillo, World Music: Africa, Europe and the Middle East, Rough Guides, 1999, « Stivell and folk-rock », p. 104, extrait en ligne Les mythes qu'il contient ont été popularisés, notamment ceux qui concernent la Bretagne, jusqu'alors peu connus. Par exemple, dans son livre Nanotechnology for a Sustainable World, le professeur australien Thomas Faunce dit avoir découvert la légende de la ville d'Ys en s'intéressant à la musique d'Alan Stivell. Cela l'a incité à étudier l'importance des mythes apocalyptiques similaires répandus dans d'autres culturesThomas Faunce, Nanotechnology for a Sustainable World, Edward Elgar Publishing, 2012, 217 p, p. 52-53.

Caractéristiques artistiques Analyse musicale Jacques Vassal note que Jacques Vassal, La Chanson bretonne,1981, p.110.. La première face puise une grande partie de sa source dans la tradition bretonne, agrémentée d'une composition d'Alan Stivell, Ys (dédiée à Jef Le Penven). La seconde face est occupée par une suite appelée « Gaeltacht », un petit voyage autour des îles Britanniques, de l'Écosse à l'Irlande en passant par Man et les Hébrides. Une porte ouverte sur l’univers des contes et légendes à travers ces emprunts de onze thèmes différents imbriqués dans un ensemble cohérent, qui progresse vers un « finale tourbillonnant » de slip-jigs irlandaises. La musique new age qui apparaît aussi à peu près à cette époque se nourrira de musique folklorique, au point que la frontière entre les deux est parfois très poreuse. Alan Stivell se fera le chantre du mélange des cultures, des époques et des genres. La « brume antédiluvienne » qui entoure le son participe à son charme intemporel.

Description des morceaux thumb|upright|Une de ses nouvelles harpes celtiques électriques, des prototypes poursuivant le travail débuté par son père. Le morceau Ys, qui ouvre l'album, est le seul à avoir été composé presque entièrement par Stivell. Il révèle une atmosphère « magique », évoquant la légende de la ville d'Ys, capitale du royaume de Cornouaille en Armorique au , engloutie par la mer. Divisé en plusieurs petites parties, la composition / improvisation (sauf les emprunts aux thèmes traditionnels Gwerz Kér-Ys et Cuan Bhéil Innse, en hommage à Jef Le Penven) est rythmée par le flux et le reflux de l'océan. Stivell commente : Textes du disque, pochette sur Harographie.fr Sur le plan musical, il joue avec la multitude d'harmoniques de sa harpe bardique et affirme avoir adapté le picking de la guitare américaine , notamment lors de l'évocation de la course du cheval dans l'eau. Cette interprétation, oscillant entre force, paroxysme et mélancolie, épopée et rêverie, auxquelles participent de discrètes percussions ou les flûtes, renforcés à la fin par le violoncelle. Finalement, comme dans la légende, c'est le bruit seul de l'océan qui demeure. En l'écoutant, le critique musical Marco du site Forces Parallèles ressent la harpe « surgir des flots », comme une apparition divine et « s'approcher progressivement du rivage »Marco, Musiques celtiques, chronique de l'album. Dans son livre sur les légendes celtes, Stivell approfondie en introduction son choix : « Ys, la rebelle, dont on disait que, lorsqu'elle resurgirait, Paris serait alors submergé. Et je rêvais, gamin, d'une grande vague celtique engloutissant Paris, comme je rêvais d'une cité de l'espace - à l'instar de la Station spatiale internationale (ISS). »