Une zone tampon () est une zone située entre deux entités géographiques ou biogéographiques (ex. : pays, milieu naturel ou artificialisé), qui lie et/ou sépare les deux entités. Le sens de l'expression varie selon la fonction et le type de zone tampon, ou la raison pour laquelle il existe une séparation ou un lien. Elle peut être temporaire (ex : cordon sanitaire) ou plus durable.
Dans le domaine de l'environnement (et de la trame verte et bleue en particulier), il peut par exemple s'agir d'une ceinture verte urbaine, d'une lisière faisant l'objet d'un projet de conservation. Alors que plus généralement en aménagement, il peut s'agir de certaines zones de servitudes restrictives.
Les objectifs d'une zone tampon peuvent être mis en place pour soutenir la protection de l'environnement, pour protéger des zones résidentielles et d'activités commerciales (contre le risque industriel ou certains risques naturels tels que le risque d'inondation qui peut justifier l'établissement de zonages inconstructibles).
Dans le monde, certaines zones tampons ont donné lieu à une « mise en réserve » de vastes espaces inhabités ou non cultivés, devenus eux-mêmes remarquables dans de nombreuses régions de plus en plus développées et fréquentées.
Urbanisme Une zone tampon désigne un terrain ou un plan d’eau utilisé pour distinguer l'usage d'un terrain d’un autre, par exemple afin de contrer ou d’enrayer le bruit, la lumière ou d’autres aspects nuisibles.
Environnement
C'est une zone située à l'interface (« écotone ») entre deux milieux ou habitats naturels ou habitats d'espèces.
La conservation de la nature utilise des zones tampons pour améliorer la protection des zones relevant de la restauration, protection et gestion de la biodiversité (ex aires protégées au sens Natura 2000 ou UICN du terme et en particulier les catégories V ou VI de l'UICNA-Z des zones d'importance pour la biodiversité : les zones tampons).
La zone tampon d'une aire protégée peut être située à sa périphérie. Elle peut aussi servir de zone de connexion biologique et raccorder (connexion biologique) plusieurs aires protégées, ou raccorder des éléments différents au sein ou à la périphérie interne d'une même zone protégée, augmentant ainsi leur dynamique et la productivité de l'effort de conservation.
Le terme de « zone tampon » a gagné en popularité dans le domaine de la conservation du patrimoine naturel et culturel par son utilisation par l'UNESCO dans la Convention sur le patrimoine mondial, où il
Dans le domaine agrienvironnemental, la loi impose en France plusieurs types de bandes enherbées pour protéger le réseau hydrographique d'apports excessifs de nitrates, phosphates et pesticides à partir des zones cultivées, ainsi que pour protéger les berges de l'érosion et l'eau d'une turbidité anormale.
La zone riparienne tampon (les anglophones parlent de « riparian buffer ») désigne l'ensemble de zones enherbées, zones humides et ripisylves le long de cours d'eau, à l'image des milieux qui se forment spontanément dans la nature. Cetensemble mixte présente les performances les plus élevées en matière de restauration et protection des sols, des berges, des nappes phréatiques et des eaux superficielles, et qui peuvent aussi constituer des éléments importants de réseaux écologiques de type trame verte et bleue pour la biodiversité.
Ripisylves et bandes enherbées en zones tampons de protection de l'eau et des sols
thumb|280px|L'intérêt et l'efficacité pour la restauration, protection et gestion de la qualité de l'eau des cours d'eau par des zones tampons associant bandes enherbées et ripisylves a été largement démontré aux États-Unis par l'expérience de "Bear Creek" (Story County, Iowa, désignée le programme national d'expérimentation aux États-Unis). La zone tampon "multi-espèces" est constituée - sur de long - de plantations "filtrantes" sur large avec 4 à 5 rangs d'arbres d'essences pionnières à croissance rapide (peupliers, érable argenté, saules et frênes rouges)) plantés le plus près du cours d'eau, puis deux rangées d'arbustes, et d'une bande enherbée de large entre la ripisylve et les champs agricoles. Des zones humides à vocation de lagunage naturel y sont intégrées. Ce secteur a été choisi pour l'expérience parce qu'il s'était fortement dégradé dans les années 1980-1990. thumb|280px|Autre exemple de zones tampons intégrant bandes enherbées et zones humides, également aux États-Unis thumb|280px|Le système racinaire très dense et fin de Panicum virgatum contribue à fixer le sol et à y améliorer les interactions sol-racines-microbes ainsi que la circulation verticale de l'eau et son épuration. Cette plante a été expérimentalement réintroduite, avec succès, dans les zones tampons de la Bear Creek thumb|
Sans zones tampons, le cours d'eau est directement exposé au lessivage des engrais et de certains biocides toxiques, ainsi qu'à l'érosion des sols.
En 1990, la plantation expérimentale d'une ripisylve et de zones enherbées multispécifiques (multi-species riparian buffer strip ou MSRBS) le long d'un segment dégradé de la Bear Creek (dans le centre de l'Iowa, sur un bassin d'environ de long et étroit (3- de large), drainant et irriguant de terres agricoles consacrée à la culture du maïs et du soja, et — en bordure de cours d'eau — de zones de pâturage intensif qui contribuaient à dégrader les bergesR.C. Schultz, J.P. Colletti, T.M. Isenart, W.W. Simpkins, C.W. Mize et M.L. Thompson, Design and placement of a multi-species riparian buffer strip system ; Iowa State University, Ames, USA (Résumé), voir photo ci-contre) a fait l'objet de plus de 15 ans d'études de ses impacts, par des scientifiques de l'université d'État de l'Iowa et des spécialistes en agroécologie (du Leopold Center for Sustainable Agriculture). Il s'agissait notamment de mesurer ses impacts en matière d'atténuation de la pollution diffuse provenant du bassin versant.
Ils ont démontré que cette zone tampon a cumulé de nombreux intérêts : elle a contribué à bloquer jusqu'à 90 % des sédiments qui arrivaient dans la rivière via le ruissellement. Des études utilisant des pluies artificielles (à 3 reprises) appliquées sur des zones agricoles dénudées de de large jouxtant une zone tampon enherbée (Panicum virgatum dominant) de de large ou de de largeur de zone mixte (enherbée-ligneuses) ont montré que la bande enherbée de Panicum a piégé 70 % des sédiments y entrant, alors que la zone ligneuse et enherbée en piégeait plus de 92 %. De manière générale, les zones tampons ont conservé 93 % du sable et des particules limoneuses apportées par l'eau de ruissellement, et 52 % des particules d'argile. Lors d'une simulation de 2h de fortes précipitations (, la bande tampon enherbée a capté 64 % de l'azote total, 61 % des nitrates (NO), 72 % du phosphore total et 44 % des ions phosphates (PO). La zone tampon mixte a été encore plus performante (avec la captation de 80 % de l'azote total, 92 % des nitrates, 93 % du phosphore et 85 % des phosphates). Lors d'une simulation de très fortes précipitations () pendant une heure, la bande enherbée a capté 50 % de l'azote, 41 % des nitrates, 46 % du phosphore et 28 % des phosphates, respectivement, alors que la bande tampon mixte a capté 73 % de l'azote, 68 % des nitrates, 81 % du phosphore et 35 % des phosphates y entrant. La bande enherbée a efficacement piégé les sédiments les plus grossiers et les nutriments liés aux matières sédimentables, mais c'est la bande mixte enherbée et arborée qui a le plus efficacement piégé l'argile et les nutriments solubles.Attention, ces chiffres ne sont pas transposables directement pour les sols tropicaux ou européens (les poacées européennes enfoncent moins profondément leurs racines, mais des roseaux, iris et d'autres espèces se montrent également très performants). ; elle contribue à la dénitrificationA.Denton Johnson, J.N.Nelson, T.M.Isenhart, R.C.Schultz, Denitrification and Dissolved Organic Carbon under a Riparian Buffer. Iowa State UniversityJ.L. Nelson, D.M. Haake, R.C. Schultz, T.M. Isenhart, W.W. Simpkins Soil denitrification and microbial biomass under riparian pastures, forests and cropland in NE Missouri ; Iowa State University (Résumé) Cette référence sans date et avec un url sans correspondance, n'apparaît pas dans les recherches sur internet. Proposition de remplacement : Nelson , J. L. (2003). Denitrification in riparian soils in three northeast Missouri watersheds, Master's thesis. Iowa State University ; Todd Reif Anderson (2013). Denitrification in riparian zones and other saturated soils of a Northeastern agricultural landscape, doctorate thesis, Cornell University. des sols et a bloqué ou absorbé environ 80 % des apports en azote et phosphore (apportés par les eaux de ruissellement qui eutrophisaient avant cela la rivière) ; elle a permis de multiplier par 5 le nombre d'oiseaux accueillis (par rapport à un champ ou à une zone intensivement pâturée) ; elle a permis de multiplier par 5 fois la vitesse d'infiltration des pluies vers la nappe (par rapport à un champ cultivé ou à une pâture intensive) ; elle a permis d'épurer jusqu'à 90 % de nitrates avant qu'ils n'atteignent les eaux souterraines. On a aussi montré à cette occasion que le COT (Carbone organique total) n'était pas un bon prédicteur de la capacité de dénitrification du sol (qui varie selon la profondeur et d'autres paramètres que le carbone), mais que cependant, les sédiments sableux sont moins efficaces quant à la dénitrification que ceux qui sont plus riches en matière organique et que l'humidité du sol augmente la dénitrification ; elle a permis de diminuer l'érosion des berges de 80 % (par rapport aux champs ou pâture intensive) ; elle a permis de doubler la respiration du sol par rapport au sols agricoles voisins. Le sol était le plus activement "vivant" là où la densité en racines était la plus élevée, sous les peupliers et bandes enherbées de PoaceaeA. Tufekcioglu, J.W. Raich, T.M. Isenhart et R.C. Schultz., Fine root dynamics, coarse root biomass, root distribution, and soil respiration in a multispecies riparian buffer in Central Iowa, USA ; Iowa State University, Ames, IA 50011, USA Agroforestry Systems 44:163-174, 1999 (Résumé)) (pouvant être endomyccorhyzées par le mycélium de Neotyphodium coenophialum) ;