Josep Tapiró i Baró est un peintre espagnol né à Reus, le et mort à Tanger le . Il est connu pour ses aquarelles représentant des portraits des habitants de Tanger. Il étudie le dessin et la peinture en compagnie de son ami d'enfance Mariano Fortuny à Barcelone sous la direction de Domingo Soberano. Les deux amis complètent ensuite leur formation à l'Académie royale des beaux-arts de San Fernando de Madrid. Grâce à de nombreux voyages à travers l’Europe entre 1863 et 1870, il consolide son style, fortement influencé par son ami. Ils voyagent ensemble au Maroc pour la première fois en 1871, et à la suite de cet événement décisif dans la vie des deux artistes, Tapiró décide de s’installer à Tanger, en 1876, où il restera, pendant presque quarante ans, jusqu’à sa mort en 1913.
Biographie Premières années à Reus et formation
Josep Tapiró i Baró est un peintre espagnol né à ReusRue San Pedro Alcántara nous dit Francisco Gras y Elías dans Hijos ilustres de Reus de 1899 ; et Antonio García Gracia ajoute « au numéro 8 » dans son Article monographique du Mauritania de 1941, mais ses faits peuvent être anecdotiques., ville de Catalogne, en 1836. Depuis son enfance, il désire devenir peintre. Dans sa jeunesse, Tapiró perçoit le métier de peintre comme une vocation et une sensibilité artistique qui tend vers l’élévation, vers le bien et la beauté. À cette époque, le métier d'artiste se choisissait par vocation, comme un idéal, un sacerdoce spirituel de générosité, sans aspect héroïque. Il étudie le dessin et la peinture en compagnie de son ami d'enfance Mariano Fortuny d'abord à Reus en 1849 sous la direction de le peintre local Domenec Soberano (1825 - 1909) puis à l'École des beaux-arts de Barcelone en 1852 sous la direction du portraitiste Vicente Rodes (1791-1858) et du professeur Claudi Lorenzale (1815-1889), mais aussi Agustín Rigalt y Pablo Milá FontanalsD'après l'Article sur Josep Tapiró i Baró de enciclopedia.cat. Les deux amis complètent ensuite leur formation à l'École des Beaux-Arts de Madrid, sous la direction de Federico de Madrazo qui est alors le portraitiste de la cour.
Voyages en Europe et premiers travaux
Devant leur succès national probant, les deux amis tentent l'aventure de conquérir Rome, grande illusion des jeunes de l’époque. En 1858, avec peu de moyens, ils se rendent ensemble en Italie où ils retrouvent la communauté d'artistes espagnols vivant et travaillant là-bas, ils partagent un atelier avec les peintres Moragas et Assagrot. Ils se lient d'amitié avec le peintre orientaliste José Villegas y Cordero. Les œuvres de ces années là, durant lesquelles il consolida son style, sont marquées par l'influence de Fortuny. En 1860, Tapiró retourne à l'académie de Madrazo à Madrid, il y expose une aquarelle de Reus qui plaît beaucoup. Lui et Antoni Cuyas Movira décorent la façade du Conseil Général de Barcelone, avec le thème du retour des soldats catalans de la guerre hispano-marocaine. L'écrivain Celso Gomis, l'un des pionniers de l'ethnographie catalane, présente Tapiró dans quelques cercles artistiques et littéraires. Le peintre est qualifié alors d'« ennemi des expositions, au tempérament solitaire et timide »D'après Francisco Pompey, dans El Orientalismo de José Tapiró, Africa (1958), .. En 1871, il voyage à Grenade avec Fortuny et sa famille, d'où ils partirent pour le Maroc.
Voyage au Maroc avec Mariano Fortuny
En 1871, Josep Tapiró entreprend son premier voyage au Maroc en compagnie de Mariano Fortuny et du peintre espagnol Bernardo Ferrandiz y Badenes. Georges Clairin, autre peintre orientaliste, les rejoint à Tanger et les quatre peintres, voyageant à cheval, visitent ensemble Tétouan, dans un Maroc vivant une époque trouble. Ce voyage décisif affecte beaucoup les âmes romantiques et exaltées des deux jeunes artistes, qui trouvent dans ce pays, dans ces rues et ses habitants, leur idéal pictural, comme en témoignent les notes prises par Fortuny durant le séjourD'après l'article, « El Orientalismo de José Tapiró », de Francisco Pompey, revue Africa. Madrid, 1958, . Ils désirent mener à bien une autre approche, plus profonde et décisive, une représentation véridique, sans préjugés de ce pays. Les deux entrent en contact avec le Maroc pendant la période de la guerre de 1859-1860. Cette guerre semble avoir forgé leur vision du Maroc, tant pour Tapiró que pour Fortuny. La guerre signifiait pour eux la découverte d'un monde merveilleux ainsi qu'un moyen pour s'approcher de ce monde. Le conflit est devenu pour eux un prétexte, et ils percevaient leur voyage comme un engagement vital. Fortuny et Tapiró ont su, par leur art, transcender la guerre et donner un point de vue différent sur peuple marocain, de même que plus tard le peintre Mariano Bertuchi.
Installation et œuvres à Tanger Enthousiasmé par la lumière et les couleurs du Maroc, Josep Tapiró s'adonne rapidement au genre « orientaliste » qui deviendra très vite son sujet de prédilection. Il peint de nombreuses huiles et aquarelles aux couleurs éclatantes représentant des portraits ou des scènes de genre typiquement marocaines. Pourtant, son style particulier est très différent de ce qu’on assimile aujourd’hui à l’orientalisme. Il s’établit au Maroc pour peindre la société maghrébine, et non un rêve idéalisé que d’autres disciples de Fortuny ont recréé sans prendre la peine de quitter l’Europe.
Il se rend à Tanger deux ans après la mort de son ami Fortuny, faisant partie d’une délégation diplomatique. Là-bas il transforme un ancien théâtre du quartier juif de la Fuente Nueva en atelier-musée de style mauresque dans lequel il rassemble une collection d'objets orientaux, d’antiquités et de ses propres œuvres. Il trouvera presque toujours son inspiration dans cette ville au tempérament ouvert, avec sa particularité de cohabitation paisible de plusieurs cultures qui enrichissait sans doute l'aspect visuel de ses rues. vignette|gauche|Josep Tapiró i Baró, Portrait de Santon vignette|droite|Josep Tapiró i Baró, Portrait d'un Marocain Dans le dernier tiers du siècle, la ville de Tanger vécut une transformation décisive qui la mena au début du à se donner des statuts spéciaux, en marge des protectorats espagnols et français. Elle devint une enclave internationale, un des ports les plus importants de la Méditerranée. Sa situation stratégique dans le détroit de Gibraltar, notamment à partir de la construction du canal de Suez, fit d'elle une escale habituelle des grandes voies de navigation. Grâce à sa situation géographique entre deux mers et deux continents, et aux circonstances politiques internationales, elle devint une ville importante. Auprès de la colonie occidentale très nombreuse, la ville comptait aussi une importante communauté juive, qui participait activement au développement financier de la région. Cette ville ouverte et accessible attira de nombreux visiteurs, dont des artistes et des intellectuels notables comme Degas, De Amicis, Iturrino ou encore Matisse. Dans le Tanger de la fin du , on pouvait à la fois contempler des scènes dignes d'époques révolues à côté de grands navires marchands moderne, et de résidences style Art nouveau, et les dernières nouveautés de Paris. Pendant une partie du la ville avait atteint une situation de privilège qui lui valut un grand essor, dans tous les domaines de l'activité humaine.
Tapiró bénéficia de cette ambiance cosmopolite et pluriculturelle pour vendre une partie importante de son œuvre. La colonie occidentale et la communauté juive furent ses principaux clients à Tanger. Il eut également la visite de personnages illustres et hauts dignitaires marocains dans son atelier, comme le duc Almodovar del Río, ministre d'État et Président de la Conférence internationale d'AlgésirasD'après l'article « Tapiró y la Conferencia de Algeciras » de Tomás Garcia Figueras, revue Sevilla, du 8 mars 1961, Hermanoteca ABC de Sevilla..
En 1875, il peint El huerto de las manzanas de oro et El gaitero árabe, deux de ses œuvres les plus célèbres. De 1876 à sa mort en 1913, il y entreprend une longue carrière couronnée de succès. Francisco Gras y Elias l'appelle dans son Hijos Ilustres de Reus « empereur de l'aquarelle », ce qui montre la reconnaissance artistique de ses pairs. Sa fécondité fut extraordinaire, traitant des thèmes de scènes populaires, de types de femmes maures et de Marocains. Son plaisir esthétique mêlé à sa curiosité historique lui permirent de donner une image respectueuse de ce monde inconnu et admiré.
Pendant toutes ces années sa peinture reflète fidèlement et avec préciosité des scènes africaines de l'époque, le qualifiant comme un maître dans l'art de l'aquarelle. Il immortalisa pendant 40 ans le Maroc précolonial, avec ses traditions spectaculaires et ses particularités ethniques et culturelles, comme outil de connaissance du Maroc.
Reconnaissance à l'étranger vignette|droite|Josep Tapiró i Baró, Le Santon Darcaguey Les aquarelles de Tapiró furent très cotées sur le marché artistique international en particulier sur le marché anglo-saxon, où le goût pour la technique de l'aquarelle avait une longue tradition. Les membres de la famille royale et autres personnages illustres britanniques possèdent 25 aquarelles de Tapiró. Il vendait ses œuvres à travers plusieurs marchands, et les exposait régulièrement à Barcelone, Madrid, Londres et d'autres villes européennes. Ses tableaux, orientalistes ou de genre, étaient aussi appréciés par des collectionneurs américains fortunés. Mais son plus grand succès fut durant les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix du , lorsqu'il reçut plusieurs prix internationaux : la mention d'honneur de l'exposition de Barcelone de 1866 pour La llegada de los dos poetas al noveno foso, inspiré par la Divine Comédie et acquis par la Députacion provinciale de Barcelone ainsi que l'aquarelle La epoca de las Vendimias qui attira beaucoup l'attention, ou encore la même année la médaille de troisième classe de l'Exposition nationale des beaux-arts, a tout juste 20 ans pour El amor y el pueblo à Londres, qui fut ensuite acquise par le gouvernement de doña Isabel II. Il reçoit également le diplôme d'honneur de l'exposition Espagnole de Londres en 1889, la médaille d'argent à l'Exposition universelle de Paris de 1889 et en 1893, Tapiró remporte la médaille d'or de l'Exposition universelle de Chicago. Son succès à cette période, tout comme son ami Fortuny est européen, et ils réalisent plusieurs expositions à Rome, Paris, Londres, Berlin, Vienne, et Madrid, bien qu'il eût aussi des expositions à Saint-Pétersbourg, Montréal et Norwich ou aux États-Unis, comme dans la célèbre galerie de avenue du multimillionnaire Vanderbilt, où se trouvaient 5 aquarelles marocaines de TapiróD'après la préface du Catàleg de l'exposició Visions del Al-Maghrib : pintors catalans vuitcentistes, de Jordi À. Carbonell. Barcelone, Institut Català de la Mediterrània, Lunwerg, 2001. Pendant presque quarante ans qu'il vécut au Maroc, il ne perdit jamais contact avec son pays et avec l'Europe. Il réalisa de nombreux voyages et de temps en temps il passait une période dans sa ville natale de Reus, où il fut toujours considéré comme un personnage illustre. En 1907, il séjourna à Madrid pendant quelques mois, où il essaya sans succès de vendre sa collection et sa production d'atelier de Tanger au musée municipal. Mais cet échec fut compensé par sa nomination comme membre d'honneur du Círculo de Bellas Artes de Madrid et par l'exposition monographique que lui consacra le Centro de Lectura de sa ville natale.