vignette|Une « académie » célèbre : Charon passant les ombres, de Pierre Subleyras (Musée du Louvre).

Dans l'enseignement du dessin selon les méthodes académiques françaises, l'élève avancé s'exerce au dessin par la représentation d'un modèle posant nu. Par métonymie, ce genre de dessin s'appelle académie.

Justification du dessin de nu

La nudité n'allant pas, dans les sociétés européennes, sans une certaine réprobation, principalement en ce qui concerne les parties du corps qui sont des caractères sexuels primaires ou secondaires, il fallait une justification pour le dessin de nuNoté à la fin du par .. Pour Roger de Piles, le nu n'est pas une fin en soi, mais une étape de la formation de l'artiste et de l'exécution de la peinture ; il s'agit de, . Allant plus en profondeur, l'artiste doit connaître l'anatomie, pour comprendre le mouvement des os et des muscles qui donnent forme à ce que l'on voit du corps ; c'est pourquoi le dessin de nu est-il aussi appelé « anatomie ».

La référence à l'Antique et la valorisation esthétique de la statuaire grecque et romaine rendaient aussi la nudité acceptable, voire nécessaire, pour les personnages mythologiques, allégoriques ou religieux. Même dans la religion chrétienne, certains sujets la justifient ou l'exigent, comme le baptême et la crucifixion du Christ, le martyre de saint Sébastien, etc. L'artiste devait donc être capable de représenter des figures nues.

Après une éclipse à la fin du , l'académie, désormais plus souvent appelée « dessin de modèle vivant », connaît au début du un renouveau, tant dans l'enseignement des beaux-arts que dans la pratique amateur. Enseignants et pratiquants soulignent l'apport de cet apprentissage à la sensibilité artistique et à la précision .

Histoire

Le dessin de nu est considéré comme l'aboutissement de l'apprentissage artistique dès le , en Italie ; traduit en français cite Alberti 1435 (traduction disponible en ligne sur Gallica.

Les séances de dessin de modèle furent institués par l'article IV des statuts de l'Académie royale de peinture et de sculpture (plus tard Académie des beaux-arts) dès sa création en 1648. Les peintres et sculpteurs de l'Académie élisaient en leur sein douze « Anciens » chargés d'ouvrir le cours et de mettre le modèle en position. L'article XIII prévoyait la présentation d'une « académie » comme morceau réception à l'Académie.

Après cent cinquante ans d'exercice, les connaisseurs apprécient pour lui-même cet ouvrage qui n'a d'autre but que de montrer le talent de son auteur. .

L'apprentissage artistique commençait, pour les peintres, par la copie de dessins. Il se poursuivait avec les études de détails « d'après la bosse » (des modèles sculptés de mains, des moulages de bustes antiques, etc.), avant de passer au dessin de statues entières, et aux exercices de l'écorché. Lorsque l'élève avait acquis suffisamment de maîtrise, il passait au dessin de modèle vivant, d'abord en dessin linéaire, puis en représentant les valeurs. Il abordait ensuite les dessins d'animaux (principalement, le cheval), les drapés, et, dans l'atelier d'un maître, l'étude de la couleur.

Dans l'enseignement académique de l'Ancien régime, le modèle nu est exclusivement masculin. Les statuts de l'Académie, en effet, prennent soin d'affirmer que les cours ne sont pas le prétexte de contacts à fins de relations sexuelles (l'homosexualité n'étant pas supposée exister). Les rares femmes élèves sont exclues des cours de dessin d'après modèle nu. Elles seront admises à ceux de l'Académie Julian en 1880 et en 1897 à ceux de l'École des Beaux-Arts.

À certaines époques, les artistes produisent des ouvrages érotiques, souvent basés sur un nu féminin offert au regard des spectateurs, implicitement hommesVoir ; traduit en français .. Cependant, le dessin d'académie d'après un modèle de sexe féminin à l'École des Beaux-Arts ne date que du début du .

Critiques des « académies »

Dès 1765, Diderot critique l'exercice du dessin de modèle : Voir une critique similaire, avec une description, dans ..

Cependant, la méthode persista, faute de meilleurs exercices pour enseigner le dessin du corps humain, son anatomie, ses proportions et leur « raccourci » du fait de la perspective. La copie de dessins ou de photographies ne présente pas les mêmes difficultés, et les humains sont beaucoup plus sensibles aux variations de forme et de proportion quand il s'agit de corps humain que pour n'importe quel autre sujet. Cependant, si l'« académie » de l'enseignement classique recherchait une beauté idéale et n'hésitait pas à corriger les proportions pour s'approcher de celles mesurées sur les statues antiques, le dessin de nu d'après nature moderne cherche plutôt une représentation plus fidèle de la diversité des individus.

La photographie et l'« académie »

Au la conformité à la nature, plus que la beauté des proportions selon le canon antique, a servi de critère pour l'évaluation des œuvres d'art. La photographie, inventée en 1839, vient remplacer et perfectionner des appareils existants pour produire un dessin irréprochable de ce point de vue et respectant avec exactitude les principes de la perspective conique, comme le perspectographe, un cadre tendu de fils formant quadrillage, dit aussi « Portillon de Dürer », le cadre de gaze de la méthode Cavé ou bien la chambre claire de Wollaston.

Certains artistes vont l'utiliser pour leurs études, comme le sculpteur CarabinCarabin sur le site du musée d'Orsay.

Cet appareillage, par une conséquence inévitable, permet d'éviter l'entraînement du regard qui était un des objets principaux du dessin d'après le modèle nu. Il remet donc en cause sa place dans l'enseignement artistique. La photographie oblige aussi artistes et professeurs à redéfinir la nature de leur compétence. Ils concluent généralement que, bien que la photographie puisse servir d'instrument technique, comme les dispositifs qui l'ont précédée, le savoir de l'artiste consiste en le choix du sujet ; en l'organisation du sujet et de la lumière dans le cadre, et cette partie, commune aux photographes et aux peintres, sera en effet enseignée dans les écoles de photographie, à l'époque où celle-ci sera considérée comme un art et une compétence à part entière avec son système d'enseignementL'École nationale de photographie et de cinématographie est créée en 1926 en France, donnant lieu à de nombreuses productions photographiques qui ont tout le caractère d'« académies » ; en une interprétation pas nécessairement exacte de ce que l'on voit, qui comprend des synthèses, des rapprochements, des élisions, des exagérations.

Comme le conclut Lecoq en 1879 En écrivant , Lecoq se réfère sans doute à l'infinité de traités sur les beaux-arts qui constatent, depuis les Conversations sur la connoissance de la peinture de 1677, que l'art ne consiste pas exactement dans l'imitation de la nature, bien que l'existence même de ces traités montre que la question s'est alors posée.

Le dessin d'après modèle vivant reste donc une des méthodes d'enseignement artistique majeures dans l'art occidental.

Lecoq et la mémoire visuelle

Au milieu du , Horace Lecoq de Boisbaudran, remarquant que le dessin est un exercice de mémoire, puisqu'on ne regarde jamais ensemble le modèle et le dessin, propose d'exercer spécifiquement la mémoire visuelle. Pour Lecoq, l'exercice de la mémoire visuelle est indispensable, non seulement au dessin des animaux, qui ne savent pas poser, mais encore à la représentation des hommes et des femmes, dans la mesure où, comme le dit Diderot, le mouvement des muscles est différent dans la pose figée et dans l'action. À la dernière étape de sa méthode, l'artiste dessine d'après le modèle nu, mais celui-ci n'est pas « mannequiné » par un professeur ; il exécute réellement une action, et l'artiste est capable de se souvenir de sa forme précise.

Cependant, Lecoq enseigne à la « petite école », qui deviendra celle des Arts décoratifs, et malgré l'interpellation de Viollet-le-Duc : , sa méthode n'est pas reprise à l'École des beaux-arts, dont la réforme en 1863Lire n'affecte pas le dessin de modèle.

Références Bibliographie

sources modernes

Sylvain Bédard, Les académies dans l'art français du XVIIe siècle (1630-1720), thèse sous la direction d'Antoine Schnapper, Université Paris IV Sorbonne, 1999. .

Emmanuelle Brugerolles (dir.), L'Académie mise à nu. L'École du modèle à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture, cat. exp. Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts, -, Paris, Beaux-Arts de Paris, 2009.

classiques

; voir aussi « Modèle », .

Articles connexes Nu (genre artistique) Modèle (art) Nudité

Notes

Peinture et sculpture Catégorie:Arts graphiques