Georges Carpentier, né à Liévin le et mort dans le de Paris. le , est le premier boxeur professionnel français à devenir champion du monde de boxe anglaise.

Pugiliste précoce, Carpentier combat dans de nombreuses catégories. Champion de France professionnel à de multiples reprises, il s'impose avant la Première Guerre mondiale comme le champion d'Europe des poids lourds. Sergent aviateur pendant la Grande Guerre, il est blessé avant de réintégrer la vie civile. Il découvre alors le rugby à XV où il évolue au poste d'ailier.

À son retour sur les rings en 1919, « le grand Georges » marque l'histoire du sport français en rayonnant hors des frontières. Éblouissant de son art en Grande-Bretagne et aux États-Unis, il est célébré comme le symbole d'une France sportivement puissante. Sa victoire par KO contre Battling Levinsky le à Jersey City aux États-Unis lui permet de conquérir le titre de champion du monde. Son combat perdu au courage contre Jack Dempsey l'année suivante renforce sa légende et lui offre une notoriété mondiale. Cette défaite marque le déclin de son exceptionnelle carrière, ponctuée par la perte de ses titres au profit de Battling Siki sur un controversé bien qu'incontestable revers face au Sénégalais.

S'il prouve sur la fin de sa carrière qu'il reste un champion hors du commun, notamment lors de sa défaite pleine de panache face à Gene Tunney, Carpentier doit mettre un terme à sa carrière en 1926. Devenu une ancienne gloire, sa notoriété en fait toujours une figure de la boxe en France. Nommé ambassadeur du sport français à l'étranger après la Seconde Guerre mondiale à laquelle il participe dans l'armée de l'air, le Liévinois meurt d'une crise cardiaque en 1975. Une décennie après sa mort, la grande salle de basket-ball du arrondissement de Paris est renommée en son nom Halle Georges-Carpentier. Il demeure un des meilleurs boxeurs français avec Marcel Cerdan.

Outre son talent pugilistique hors norme, la carrière de Georges Carpentier se distingue également par le statut de célébrité, voire de « star », qu'il a acquis au fil des ansSylvain Ville, cité dans la bibliographie.

Biographie Jeunesse Georges Benoit Carpentier naît le à Liévin. Il est le fils de Benoit Carpentier, ouvrier mineur, et de Gélina Lepot.. Benjamin d'une famille de cinq enfants, il est élevé dans un coron de Lens. La famille, aux moyens limités, vit modestement. Très jeune, Georges devient saute ruisseau (commissionnaire) chez un notaire100 familles du Pas-de-Calais 1790-2000, cité dans la bibliographie. Selon une légende, il est repéré par François Descamps, professeur de gymnastique, en 1904, alors qu'il se bagarre avec un garçon de son âge lors d'une ducasse ou dans une cour d'école.. L'entraîneur, également président de la société de gymnastique de la Maison du peuple à Lens, remarque son agilité, et l'invite à venir dans sa salle. En fait, le jeune homme a très tôt le goût des exercices physiques et fréquente la salle de gymnastique du professeur Descamps. Il y montre des talents d'acrobate et de contorsionniste mais fait des progrès encore plus rapides en boxe. Comme il le dira lui-même dans Ma vie de Boxeur, il semble « avoir été mis au monde pour boxer». Descamps, qui restera son entraîneur, son conseiller et un ami pendant toute sa carrière de boxeur, demande à pouvoir veiller sur lui toute la journée : Georges quitte son emploi et quelques mois plus tard s'avère prêt pour la compétition. D'une manière générale, il se distingue des autres boxeurs par le fait qu'il n'a jamais eu une activité professionnelle parallèle à celle de boxeur professionnel.

Carrière de boxeur Débuts (1907-1911) vignette|Carpentier en 1914. Le jeune Carpentier est doté d'un talent pugilistique hors normes, si bien que son entraîneur arrête rapidement de le mettre en face d'autres jeunes gensPhilippe Ramet, « Georges Carpentier », dans Cent ans de vie dans la région, Tome 1 : 1900-1914, éditions La Voix du Nord, 1998, pages 30-31... Le talentueux jeune garçon commence son parcours de boxeur en pratiquant la boxe française. Il s'entraîne avec des adultes, et les bat. Le , il dispute son premier combat officiel à l'âge de douze ans face au caporal Legrand malgré la différence de poids entre le sien, et celui du militaire, . En 1907, à l'âge de treize ans, il est champion de France junior de cette disciplineRégent Bolduc, « La Savate, un sport dans l'histoire », ID magazine, , .. Le , il est champion du monde amateur de boxe française.

Voyant les dispositions de son élève et l'ascension de la boxe anglaise, Deschamps convainc son élève et ses parents de se mettre à ce sport l'année suivante. Le , Carpentier dispute son premier combat de boxe anglaise au café de Paris de Maisons-Laffitte face au jockey Ed Salmon. Le jeune homme est déclaré vainqueur à la suite de la disqualification de son adversaire pour un uppercut un peu bas et reçoit une bourse de . La presse parle du jeune homme en termes élogieux : « Le gosse Carpentier fut étonnant, rapide comme un éclair et courageux comme un jeune lion ». Lors de la revanche à la fin du mois, Carpentier va au tapis à de multiples reprises à partir de la treizième reprise et fait preuve de courage avant que son coin arrête le combat pour le protéger dans le dix-huitième round.

Toujours à quinze ans, après avoir perfectionné son jeu de jambes et sa technique, Descamps ayant fait venir à Lens Dixie Kid, champion du monde des poids légers pour l'entrainer, Carpentier commence à se construire une musculature pour encaisser les chocs des coups de l'adversaire dans de longs combats. L’adolescent enchaîne les combats hebdomadaires. Une annonce publiée dans le quotidien régional L'Écho du Nord, le , propose à tout boxeur régional de moins de de l'affronter, en boxe anglaise ou en boxe française. Après avoir été battu par Georges Gloria d'un direct au cœur, le boxeur nordiste enchaîne les victoires dans sa région aux devants de Achalme, Cheveau, Auguste Relinger ou encore Emile Wetinck. Le , Carpentier brigue le titre de champion de France des poids coqs détenu par Paul Til dans un combat en quinze reprise de deux minutes. L'agilité, la souplesse et l'esquive du jeune Georges lui permettent de faire face à la force de son adversaire et d'obtenir un match nul. La revanche deux mois plus tard ne laisse pas de place à la décision arbitrale, Carpentier s'imposant de belle manière en envoyant au tapis son adversaire au septième round d'un crochet au menton.

Le récent champion de France enchaîne les knock-out face à Louis Achille à Liévin, à Hubert Baelen à Lille, à Fernand Cuny sur la plage de Cabourg.. Métamorphosé physiquement, étoffé, l'athlète français enchaîne les succès au Wonderland, battant successivement les Britanniques Percy Wilson, Jim Campbell, George Randall et Jack Daniels. Sa progression n'est arrêtée que par Henri Piet au Cirque de Paris en par une décision arbitrale. Elle se poursuit face à Young Nipper, au Belge Harry Staessens, Henri Marchand, Jack Meekins ou encore Henri Marchand. En , le pugiliste dispute son quarante-quatrième combat, domine l'Américain Frank Loughrey et reçoit une bourse de mille francs. Il se place alors en tant qu'un prétendant au titre de champion de France.

Champion de France et d'Europe (1911-1913) vignette|gauche|alt=Portrait en noir et blanc d'un boxeur en garde, légèrement penché vers l'avant, sans gant, son poing droit fermé et sa main gauche ouverte.|Portrait de Georges Carpentier dans La Vie au grand air en . Le , Georges Carpentier devient champion de France des poids mi-moyens à seulement dix-sept ans en battant le champion en titre Robert Eustache au Cirque de Paris.. En seizième round, les seconds de son adversaire jettent l'éponge. Le récent champion de France doit faire ses preuves face à des Britanniques pour pouvoir disputer le titre de champion d'Europe face à Young Josephs.. Le Liévinois confirme son statut deux semaines plus tard en impressionnant lors du gala du National Sporting-Club face au Britannique Jack Goldswain qu'il met hors-combat en quatre reprises.. En , le jeune boxeur, affaibli par la maladie, bat de justesse le Britannique Arthur Evernden aux points à Cabourg avant d'être battu sur abandon par Dixie Kid à Trouville-sur-Mer une semaine plus tard...

Sa fin d'année 1911 est marquée par un voyage hors du continent, en Grande-Bretagne. Le Nordiste a déjà une réputation du fait des combattants britanniques battus dans la capitale française mais les Britanniques souhaitent le voir de leurs yeux. D'abord opposé à Sid Burns, Carpentier le met plusieurs fois au tapis et s'impose aux points. Le , il rencontre le champion d'Angleterre Young Josephs à Londres pour le titre de champion d'Europe des poids welters. Pour ce combat, Carpentier doit se faire maigrir considérablement, pesée qu'il juge être son ennemi le plus sérieux à cette époque. Apprécié par le public britannique qui aime sa figure douce, son attitude modeste et ses gestes spontanés, Carpentier domine son adversaire avec de rapides crochets et uppercuts du droit. Après que le Lensois a envoyé son adversaire au tapis à trois reprises dans la dixième reprise, le coin adverse s'avoue vaincu et met fin au combat.

Le , Carpentier affronte Harry Lewis, boxeur américain expérimenté de grand talent, ancien champion du monde, au Cirque de Paris. Dans une bataille de vingt rounds, le Français s'impose à la décision en maîtrisant la fin de combat face à un adversaire fatigué par les multiples échanges des rounds précédents.. Après le combat, le magazine L'Auto juge que . Ce combat offre également au boxeur nordiste une petite fortune : .

Le titre européen des poids moyens tombe dans son escarcelle le à Monte-Carlo... Dans les premiers échanges, les paris tendent vers une victoire du Français. Celle-ci intervient dès le deuxième round, Jim Sullivan est mis KO par une rapide droite au menton et un uppercut du gauche avant qu'il ne s'effondre en croix. Le Français continue de montrer son talent au Cirque de Paris un mois plus tard devant les conseillers municipaux parisiens.. Le Nordiste obtient un succès mérité aux dépens du valeureux boxeur américain George Gunther, les deux hommes se livrant un sublime combat.

Le , Carpentier affronte l'Américain Willie Lewis au Cirque de Paris. Dans la huitième reprise, le Français est mis au tapis mais se relève. S'il termine les quatre dernières reprises groggy, il remporte tout de même la victoire aux points. Le boxeur jouit d'une notoriété nationale et de bourses importantes pour l'époque qui lui permettent d'acheter une maison pour ses parents, une automobile pour son confort tout en conservant un peu plus de cent mille francs..

En , le champion français est opposé aux meilleurs boxeurs de la catégorie des poids moyens. Il s'incline face à Frank Klaus par disqualification à la suite de l'entrée sur le ring de son entraîneur Deschamps pour se plaindre d'un coup bas dans l'avant-dernière reprise d'un combat prévu en vingt rounds.. Le champion, saignant abondamment du visage, est alors en difficulté et son entraîneur sauve son honneur en s'introduisant sur le ring. Les spectateurs, croyant que Deschamps est devenu fou, se sont précipités sur le ring pour expulser l'entraîneur, mais alors qu'il est passé par-dessus les cordes, l'homme de coin jette l'éponge. Son combat suivant, le dernier de l'année 1912, est une nouvelle défaite. Opposé à l'Américain Billy Papke, Carpentier s'incline au début de la dix-huitième reprise après avoir été sévèrement coupé au-dessus de l’œil droit dans le round précédent... Manquant de puissance, guère à l'aise dans la catégorie des moyens, le jeune homme prend quelques semaines de repos après ces deux grands échecs. Le Lensois remonte sur les rings le face au populaire boxeur tricolore Marcel Moreau qu'il domine nettement pour conclure le combat en huit rounds.