La silicose est une maladie pulmonaire provoquée par l'inhalation de particules de poussières de silice (silice cristalline) dans les mines Watts, W. F., D. R. Parker. « Quartz exposure trends in metal and nonmetal mining » Applied Occupational and Environmental Hygiene vol. 10, 12, 1995, , les carrières, les percements de tunnel ou les chantiers du bâtiment et des travaux publicsForest, J. et C. Tremblay. «Bilan de l'étude environnementale de l'exposition au quartz chez certains travailleurs du secteur BTP». Direction de santé publique, Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, Montréal, 2007 Chisholm, J. «Respirable Dust and Respirable Silica Concentrations from Construction Activities». Indoor and Built Environment., vol. 8, 2, 1999, (sablage, grenaillageFournier, C. Le décapage au jet d'abrasif. Commission de la santé et de la sécurité du travail du Québec, DC 200-16191(96-09), Québec. 1996, cassage, meulage ou sciage de bétons Linch, K. D. «Respirable Concrete Dust - Silicosis Hazard in the Construction Industry». Applied Occupational and Environmental Hygiene, vol. 17, 3, 2002, , mortiers, taille ou découpe de pierres siliceuses, brique... sur des chantiers où Charles Beaudry, Chantal Dion, Michel Gérin, Guy Perrault, Denis Bégin, Jérôme Lavoué Exposition des travailleurs de la construction à la silice cristalline Bilan et analyse de la littérature, IRSST, Études et recherches RAPPORT R-692 , 112 pages), les usines de confection des "jeans"Sablage des jean, voire les moulins à farine.
D'autres métiers sont aussi exposés à cette maladie professionnelle irréversible, tels que les porcelainiers, les prothésistes dentaires mais aussi les menuisiers cuisinistes. C'est la plus ancienne pneumopathie professionnelle décrite (). Le secteur de la démolition et de la réhabilitation des bâtiments ou infrastructures est également concerné. Certaines zones géographiques sont propices à des envols de poussières siliceuses (déserts, sols sableux labourés, aire d'envol d'hélicoptère ou d'élevage intensif sur de tels sols, etc.). Des techniques de génie végétal, culture sans labour et de stabilisation des sols peuvent souvent limiter ces risques.
Histoire vignette|Un mineur subissant des tests de capacité pulmonaire, au Black Lung Laboratory ("Laboratoire du poumon noir") de l'Hôpital régional des Appalaches à Beckley, en Virginie-Occidentale. Son rythme cardiaque est également surveillé alors qu'il marche sur un tapis roulant. Des échantillons de sang sont également prélevés à cette occasion. vignette|Dans l'industrie minière, certains patients ont été exposés très tôt, surtout s'ils travaillaient déjà enfants, au fond de la mine ou comme ici en surface à trier le charbon. Le taux de poussière dans l'air des ateliers pouvait être tel qu'il obscurcissait la lumière. Révolution industrielle Cette maladie s'est fait connaître à grande échelle au moment de la révolution industrielle avec l'avènement de l'exploitation du charbon.
Expansion du milieu des années 1920 La maladie a frappé notamment en France les mineurs de charbon et plus particulièrement à partir du milieu des années 1920, à l'époque de la plus forte immigration polonaise dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.
Les changements techniques et organisationnels transforment les mines en lieux particulièrement délétères pour la santé "Quand la silicose n'était pas une maladie professionnelle. Genèse de la réparation des pathologies respiratoires des mineurs en Belgique (1927-1940)" par Éric Geerkens, dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine, en 2009 , en raison de l’emploi de moyens mécaniques via des machines d'abattage minier lourdes (marteaux-piqueurs puis haveuses), sans que soit — dans un premier temps — recherchée la neutralisation des poussières, y compris dans l’évacuation des charbons. L'introduction de marteaux-piqueurs avait débuté avant la Première Guerre mondiale, mais son déploiement est permis au milieu des années 1920 par le dénoyage des mines du Nord et leur accès à l'électricité: il augmenta en particulier la quantité de poussière inhalée mais les effets ne furent perçus que des années plus tard, les marteaux étant encore sans injection d’eau.
L'organisation de l’exploitation s'effectue alors désormais via le système de "longues tailles cycliques", qui exposent tous les ouvriers à un courant continu de poussières, y compris ceux occupés durant le poste de remblayageEric GEERKENS La rationalisation dans l’industrie belge de l’Entre-deux-guerres (Histoire quantitative et développement de la Belgique.2e série, XXe siècle, t. III, vol.1A et 1B), Bruxelles, Palais des Académies, 2004, p.315-331, 728-769, 983-999. Revue d'histoire moderne et contemporaine 56-1, janvier-mars 2009..
Dans les écoles d’ingénieurs des Mines comme celle de Saint-Étienne, le propos sur les maladies professionnelles du mineur se limitent à parler de l’ankylostomiase, mais pas de la silicose. Les étudiants apprennent que les travaux aux rochers, en particulier pour les barrages, qui traversaient des quartz, rendaient phtisiques et que les ouvriers mouraient après un an au travail, mais n'en parlaient pas pour les mines de charbon.
Le problème est cependant évoqué en 1938, quand furent importées du Canada les premières pelles chargeuses, qui obligent à doper le rendement par périodes, en recourant à plusieurs marteaux-perforateurs à la fois, sans disposer d'affûts pour pousser sur les perforateurs et à utiliser les amorces à retard. Cette technologie exigeait alors deux hommes par marteau-perforateur, un pour l'épauler et l’autre pour pousser, tous deux se retrouvant le nez sur toute la poussière.
La Conférence internationale du Travail de 1934 à Genève a pour ordre du jour l’élargissement de la liste des maladies donnant droit à la réparation, dont la silicose, mais les délégués patronaux français, belges et luxembourgeois s'y sont heurtés au délégué patronal anglais « bien décidé à mettre à la charge des industries belges une maladie que les industriels anglais doivent déjà réparer ». Résultat l’incertitude scientifique est à nouveau réaffirmée, la Belgique accepte de réaliser une nouvelle enquête scientifique mais pas la France. Face aux résultats de son enquête montrant une silicose bien plus dévastatrice qu'attendu, la Fédéchar, qui fédère les patrons belges du charbon forme en une commission chargée de la prévention technique, qui débouche en 1944 sur la création de l’Institut d’Hygiène des Mines à Hasselt.
En 1943, un ingénieur constate dans les mines du Valenciennois que la plupart des mineurs étaient malades ou invalides après avoir fait quatre ou cinq années de ces travaux de rochers et que c'est seulement vers 1947 qu'est déployée l’autre innovation technique, le marteau à injection d’eau fonctionnant convenablement, les "Atlas". Après-guerre
La France fut le dernier pays au monde — avec l’Iran — à reconnaître la silicose comme maladie professionnelle, par la loi du , puis l’ordonnance du qui assure des droits à la réparation, époque à laquelle on commença à enquêter sur les moyens de lutte contre les poussières employés à l’étranger, notamment en Angleterre, en humidifiant les poussières pour qu'elles retombent. Une "étude sur les accidents du travail dans les mines de houille et de lignite" réalisée en 1947 par Auguste Lecœur, conservée au Centre historique minier de Lewarde a montré que , tandis que Les pertes de personnel sans possibilités de récupération (tués et invalides permanents) . Selon l'étude, face à "Etude sur les accidents du travail dans les mines de houille et de lignite", réalisée en 1947 par Auguste Lecœur, conservée au Cette étude se trouve au Centre historique minier de Lewarde citée par Evelyne Desbois dans "La silicose : un malheureux concours de circonstances".
Un voyage en Angleterre, auquel participent Léon Delfosse et Auguste Lecœur permet alors de cerner les moyens de lutte contre la silicose, comme l’injection d’eau, qui est déployée en 1947 dans le Valenciennois et dans cinq fronts de taille à Oignies, dans le Pas-de-Calais, avec des moyens d'abord insuffisants, faute d'électricité et de tuyauterie pour amener l’eau, selon le témoignage de Léon Delfosse, directeur-adjoint des Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-CalaisTémoignage de Léon Delfosse, directeur-adjoint des Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais, cité pare Evelyne Desbois, Yves Janneau et Bruno Mattei, dans "La foi des charbonniers : les mineurs dans la bataille du charbon, 1945-1947" en 1986 aux éditions de la Maison des sciences de l'homme.
La loi de 1945 fut ainsi tardive mais aussi insuffisante, car la prévention est pratiquement inexistante les premières années, alors que le besoin était urgentEvelyne Desbois, Yves Janneau et Bruno Mattei, "La foi des charbonniers : les mineurs dans la bataille du charbon, 1945-1947" en 1986 aux éditions de la Maison des sciences de l'homme . La recherche de performances dans l'abattage minier au moment des graves pénuries d'électricité et de charbon qui frappent l'Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale justifie l'urgence de la bataille du charbon, mais contribue aussi à la crainte d'une extension des dégâts futurs de la silicose et les syndicats font alors pression pour l'adoption du statut du mineur, adopté en 1946, qui prend acte de cette maladie en offrant des contreparties.
Lors de cette bataille du charbon de l'après-guerre en Europe, avec le salaire au rendement, certains mineurs de fonds très motivés alors que la maladie est encore une notion juridique nouvelle requérant une démarche médicale et procédurière, "affaire de contentieux", quand les thérapies sont encore dérisoires.
Les charbonnages de France créés par la nationalisation de 1946, mettent cependant sur pied un véritable service médical, en plus de la création du comité central d’entreprise et des comités de puits permettant d'associer les mineurs à la gestion de l’entreprise. Jusque-là, les médecins des mines ne procédaient qu'aux examens sanitaires d’embauche et de contrôle de l’absentéisme. Les dépistages systématiques de la silicose ne débutent qu'en 1946 avec la nationalisation et le statut du mineur créé par le secrétaire d'État au charbon Auguste Lecœur. Avec l’organisation de la Sécurité sociale minière en 1946 le nombre des médecins du travail a presque doublé.
Auparavant existaient les caisses de secours (CS), des organismes en théorie indépendants, mais l’indépendance des médecins restait inégale d'un site à l'autre, le patronat étant représenté au conseil d’administration de ces CS et parfois les infirmeries communes à la compagnie et à la CS. Les praticiens pouvaient travailler à la fois pour une compagnie, une CS, et avoir une clientèle privée. Les « chambres » de consultation offrant une consultation gratuite pour les pathologies les plus sérieuses ont existé jusque dans les années 1950, époque à laquelle les dispensaires se sont généralisés dans tout le bassin minier.