Carl Gustav Jung (Prononciation en allemand autrichien retranscrite selon la norme API.) est un médecin psychiatre suisse né le à Kesswil (canton de Thurgovie) et mort le à Küsnacht (canton de Zurich). Penseur influent et auteur prolifique, il est le fondateur de la psychologie analytique. Son œuvre, mêlant réflexions métapsychologiques et pratiques sur la cure analytique, est liée aux débuts de la psychanalyse : il est l'un des premiers disciples de Sigmund Freud, puis s'en sépare en raison de divergences théoriques et personnelles.

Jung a consacré sa vie à la pratique clinique ainsi qu'à l'élaboration de théories psychologiques, mais a aussi exploré d'autres domaines des humanités : depuis l'étude comparative des religions, la philosophie et la sociologie jusqu'à la critique de l'art et de la littérature. Pionnier de la psychologie des profondeurs, il souligne le lien existant entre la structure de la psyché (c'est-à-dire l'« âme », dans le vocabulaire jungien) et ses productions et manifestations culturelles. Il a introduit dans sa méthode des notions de sciences humaines puisées dans des champs de connaissance aussi divers que l'anthropologie, l'alchimie, l'étude des rêves, la mythologie et la religion, ce qui lui a permis d'appréhender la « réalité de l'âme ». Si Jung n'a pas été le premier à étudier les rêves, ses contributions dans ce domaine ont été déterminantes.

On lui doit également, entre autres, les concepts d'« inconscient collectif », d'« archétypes », d'« individuation », de « types psychologiques », de « complexe », d'« imagination active », de « déterminisme psychique » et de « synchronicité ».

Biographie Sources biographiques et Ma Vie Carl Gustav Jung a toujours refusé de rédiger lui-même l'intégralité de ses mémoires. Sa biographie dite « officielle » a été écrite en grande partie par Aniéla Jaffé, qui a obtenu de Jung qu'il lui confie des éléments de sa vie à partir de 1957, alors qu'il était âgé de . Il en a résulté l'ouvrage Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées (sous-titré « recueillis par Aniéla Jaffé » et publié en allemand en 1961 sous le titre 3.), dans lequel au moins quatre chapitres sont de la plume de Jung lui-même. Cette œuvre profondément personnelle a été dès lors acceptée comme son autobiographie officielle par ses proches collaborateurs. Elle est célèbre par les premiers mots avec lesquels Jung l'ouvre : 20.. C'est aussi précisément en raison de son caractère personnel que Jung n'a pas voulu la faire figurer dans la liste de ses œuvres complètes, explique Aniéla Jaffé, 13..

Tous les biographes de Jung insistent sur la difficulté de relier entre eux les événements de sa vie, d'autant que nombre de ses écrits, notamment sa volumineuse correspondance, sont encore inexploités681. Il existe en effet 5 tomes de correspondances, édités par Aniéla Jaffé et Gerhard Adler et intitulés Correspondance.. Plusieurs de ses collaboratrices ont publié des biographies, comme Marie-Louise von Franz (C. G. Jung son mythe en notre temps, 1972) et Barbara Hannah (Jung, sa vie et son œuvre, publié en français en 1989). D'autres auteurs, comme Charles Baudouin dans L'Œuvre de Jung et Henri F. Ellenberger dans le chapitre consacré à Jung de son Histoire de la découverte de l'inconscient675-763. Ellenberger en fait également un portrait physique et moral précis, 697-701., ont commenté son œuvre tout en faisant le parallèle avec les événements de sa vie. Leurs ouvrages contiennent des détails qui complètent les propos recueillis dans Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées. Ils mettent en perspective certains passages en les clarifiant et en les contextualisant.

Le travail de Deirdre Bair, traduit en français en 2007 sous le titre Jung. Une biographie, donne de nombreux détails et précisions ne figurant pas dans les ouvrages précédents. Deirdre Bair, qui n'appartient pas à une société jungienne, a en effet obtenu un accès quasi total aux archives familiales et a bénéficié de nombreux entretiens avec des personnes ayant rencontré JungChristian Gaillard, psychanalyste et ancien président de la SFPA, explique : , dans ..

Premières années Fils de Johann Paul Achilles Jung et d'Emilie Preiswerk, Carl Gustav Jung naît en 1875, à Kesswil, en Suisse alémaniqueSelon Henri F. Ellenberger, la nationalité de Jung a été pour beaucoup dans sa reconnaissance internationale ; de plus, , 675., au sein d'une famille chrétienne protestante.. Son grand-père maternel, Samuel Preiswerk, professeur d'hébreu et pasteur, est une personnalité importante de Bâle. Celui-ci devient, à partir de 1859, président du clergé de l'église catholique réformée en tant qu'antistes occupant ainsi le rôle de directeur du système scolaire de la ville. D'après Deirdre Bair, Samuel Preiswerk est également un des précurseurs du sionisme, question qu'il débat avec ses contemporains et à propos de laquelle il s'exprime dans le magazine Das Morgenland qu'il crée et publie à Bâle.. Son grand-père paternel, Karl Gustav Jung, natif de Mannheim, en Allemagne, est médecin. et Johann Jung, son père, est pasteur.. Jung explique dans Ma Vie que cette double filiation prestigieuse éclaire son attrait à la fois pour la théologie et pour la médecine, et qu'elle a modelé sa pensée. Il y voit la raison de sa passion pour l'introspection et de l'existence de ses deux personnalités. Très tôt en effet, Jung sent en lui deux attitudes qui cohabitent, qu'il nomme « personnalité » et « personnalité ». Sa mère, férue de spiritisme, est la première à parler de cet état dissocié de conscience. Plus tard, Jung, dans son autobiographie, décrit la personnalité comme , , identifiée à son père, et la comme inconsciente, Cette dualité entraîne des répercussions sur de nombreux aspects de la vie de Jung, expliquant son comportement dans ses relations avec les femmes ou avec ses collègues masculins par la suite22. ainsi que son intérêt pour le paranormal.

Dans Ma Vie, Jung parle de son . Il se plaît à rappeler qu'il remonterait par parenté à Goethe ; son grand-père paternel et homonyme, Karl Gustav Jung, affirme en effet être le fils illégitime du poète allemand. Chirurgien d'avant-garde, franc-maçon, ce grand-père a été recteur de l'université de Bâle et titulaire d'une chaire d'anatomie. Il a aussi été le fondateur d'un établissement pour les enfants handicapés mentaux, la « Fondation de l'espérance » (), en 1857. Très moderne, il a écrit un article préfigurant la psychothérapie, en y parlant de la 27.. Le père de Carl Gustav, Paul Jung, se consacre, quant à lui, au ministère et devient pasteur de campagne et aumônier de l'hôpital psychiatrique de Friedmatt, à Bâle.

Sa mère Emilie, née Preiswerk, est originaire de Nürtingen et appartient à une fratrie de douze enfants. Elle descend de protestants français établis en Allemagne après la révocation de l'édit de Nantes. C'est une femme passionnée d'occultisme, ce qui explique l'intérêt de Carl Gustav pour ces phénomènes au cours de sa carrière. Deirdre Bair rapporte plusieurs épisodes étranges vécus par Jung auprès de sa mère, qui se passionne pour les tables tournantes et pour le dialogue avec l'Au-delà. Jeune homme, Carl Gustav participe lui-même à des séances de spiritisme. Il fera du spiritisme le sujet de sa thèse de médecine et, devenu psychiatre, sera même l'initiateur de plusieurs séances30-32..

Enfance et adolescence vignette|Portrait de Goethe, dont Jung est un grand lecteur et dont une légende familiale dit qu'il serait l'arrière-petit-fils du côté paternel.

Enfant introverti et solitaire, Jung est très tôt témoin de scènes violentes ou macabres, en rapport avec le métier de pasteur exercé par son père. Il raconte par exemple avoir été fasciné par le sang s'écoulant de cadavres de noyés. Sa mère dépressive fait des séjours fréquents et prolongés en maison de repos, ce qui nourrit la culpabilité de l'enfant et ébranle sa confiance envers le sexe féminin. Souvent livré à lui-même, Carl Gustav est de fait éduqué par ses servantes. Il , explique Deirdre Bair44.. Le jeune Jung se passionne pour les romans de chevalerie, les traités de théologie et surtout les textes fondateurs de la religion catholique et de la littérature que contient la bibliothèque paternelle. À l'âge de quatre ans, il apprend le latin, dont il se plaît par la suite, durant sa scolarité, à parsemer ses devoirs.

Son attitude renfermée lui vaut d'être stigmatisé comme un (selon le mot de son ami d'enfance Albert Oeri), mais elle lui permet de se concentrer sur sa vie intérieure. Ses rêves à cette époque ont souvent des contenus macabres ou sexuels. Le rêve dit du « phallus » notamment, première confrontation pour lui avec le complexe du Soi, est pour Jung 143..

Son enfance est marquée par une peur des églises et des curés en soutane, consécutive à une chute dans une église au cours de laquelle il s'était blessé au menton. Assimilant sa blessure à une punition pour sa curiosité, il amalgame ce souvenir négatif à dit-il dans Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées30.. Bagarreur et agressif, il est constamment puni par ses professeurs, parfois injustement : il garde le souvenir traumatisant d'avoir été accusé à tort d'avoir copié une composition d'allemand. Ses camarades de classe le surnomment, en raison de sa vaste culture personnelle, le .

Son père est ensuite affecté comme aumônier à la clinique psychiatrique universitaire de Bâle. Carl Gustav découvre alors secrètement les lectures de son père sur les maladies mentales. Il est sujet, à cette époque, à de nombreuses syncopes inexpliquées qui perturbent sa vie quotidienne, au point que son père l'envoie chez son frère, Ernst Jung. Carl Gustav Jung raconte que, ayant entendu ses parents parler de son cas et de son incurabilité, il réussit, par la seule force de sa volonté, à surmonter une autre crise. Cet épisode l'initie à la notion de névrose51.. Dès lors, il intensifie ses lectures et montre un profond intérêt pour les essais de philosophes comme Hartmann, Nietzsche (notamment Ainsi parlait Zarathoustra), mais aussi pour le sociologue Bachofen, ainsi que pour Goethe qu'il admire. Il lit également Schopenhauer et Kant, Hölderlin et les légendes du Graal qu'il connaît par cœur. , explique Deirdre Bair63..

De cette époque, il garde une certaine déception quant à la manière dont son père aborde le sujet de la foi. Un rêve déterminant témoigne alors de sa relation au religieux : il voit Dieu déféquer sur une église. Cette image le marque à vie et explique, selon lui, sa recherche d'une spiritualité fondée avant tout sur l'homme dans son entier. Pourtant, pour son entourage, il va de soi que Carl Gustav Jung sera un jour ministre du culte. Mais, en raison des problèmes financiers de ses parents, il décide, dit-il, de s'orienter vers la médecine, décision renforcée par le décès brutal de son père (cancer), le , qui l'intronise de fait responsable de la famille80-92..

vignette|291x291px|L'université de Bâle, où Jung était étudiant entre 1895 et 1900.

Études et rencontres formatrices Jung s'inscrit en 1895 à la faculté de médecine de l'université de Bâle où il étudie durant les deux premières années l'anatomie et la physiologie, deux matières qui ont pour lui un attrait particulier. Mais l'anthropologie et surtout l'archéologie l'intéressent encore davantageCharles Baudouin parle du goût de Jung pour l'archaïque, passion qui influença son œuvre, 10.. Stimulé par le milieu universitaire, l'étudiant introverti s'épanouit progressivement. Cependant sa famille, faute de moyens, le presse d'abandonner la médecine et de se tourner vers un métier plus rapidement rémunérateur. Pour ne pas renoncer à son ambition, Jung contracte alors un accord avec son oncle Ernst Jung : celui-ci lui prête de l'argent à intervalles réguliers jusqu'à l'obtention du titre universitaire de docteur en médecine.