vignette|upright=1|Quatre philosophes humanistes pensionnés par les Médicis : Marsile Ficin, Cristoforo Landino, Ange Politien et Démétrios Chalcondyle (fresque de Domenico Ghirlandaio).
L'humanisme est un mouvement de pensée européen pendant la Renaissance qui se caractérise par un retour aux textes antiques comme modèle de vie, d'écriture et de penséeUn tel mouvement avait déjà commencé au Moyen Âge, notamment avec les traductions latines du à partir du grec ou de l'arabe ; les auteurs latins étaient étudiés depuis plus longtemps encore dans les monastères. Le terme est formé sur le latin : au , l'humaniste, « l'humanista » s'occupe d'humanités, studia humanitatis en latin : il enseigne les langues, les littératures et les cultures latines et grecques. Plus largement, le terme humanitas est pris dans le sens cicéronien et représente « la culture qui, parachevant les qualités naturelles de l'Homme, le rend digne de ce nomD'après Cicéron, par exemple dans Pro Sexto Roscio Amerino, § 63, en 80 av. J.-C. : Magna est enim uis humanitatis… ». L'humanisme au sens d'étude littéraire et philologique de la culture antique côtoie ce sens élargi pendant toute la période et encore aujourd'hui dans l'historiographie.
C’est avec Pétrarque (1304-1374) que naît en Italie l'humanisme. Le poète commence par recueillir les inscriptions sur les vieilles pierres de Rome et poursuit dans les manuscrits sa quête des Anciens. Il retrouve ainsi des lettres de Cicéron, ressuscite un écrivain statufié par les écoles. Il s’illustre également en détectant un faux document au profit de son souverain. Lorenzo Valla (1407-1457), lui aussi traque la vérité historique, préconisant l’étude philologique des textes et le retour à la pureté classique. Parti d’Italie, le courant humaniste rayonne dans toute l’Europe.
Origine et développement Mouvement de pensée né en Italie au , il prend sa source dans l'essor de la culture laïque qui éclot à cette époque dans les cités italiennes. Touchant différents arts dès cette époque (peinture, sculpture, littérature), il évolue rapidement et touche également la philosophie et la religion par la suite.
Les prémices Le milieu initial où nait la culture humaniste est l'Italie septentrionale, où les cités-États engendrent un foisonnement culturel dû, en partie, à leur ouverture sur le monde et leurs rivalités.
Un milieu d'érudits férus d'Histoire et de poésie Le milieu des lettrés italiens connaît un foisonnement d'activités littéraires surtout historiques, pour partie dues à des érudits qui ne sont pas des professionnels. De nombreux notaires, scribes de chancellerie, juges, médecins, marchands, banquiers, se mettent à écrire des histoires de leurs cités, pour en vanter les mérites. Ces personnes écrivent aussi leurs vies, pour édifier leurs successeurs, et insèrent dans leurs récits des réflexions philosophiques et religieuses.
Florence connaît de nombreux prosateurs, tels Ricordano Malispini, Dino Compagni ou Filippo Villani le Jeune. Venise a Martino Canal ou Andrea Dandolo, Asti a Ogerio Alfieri, Padoue a Rolandino.
Plusieurs personnalités commencent également avant même le trecento à traduire de la poésie en langue vulgaire. Au sein de la cour de Palerme de Frédéric II, plusieurs poètes tentent de restituer l'amour courtois en un sicilien mêlé de latin et de dialectes provençaux. Au début du trecento, l'école du dolce stil novo chante également l'amour et la femme, en mêlant leurs textes de philosophie et de considérations morales. Composé principalement de Guido Cavalcanti, Guido Guinizzelli ou Cino da Pistoia, ils comptent Dante parmi leurs jeunes élèves.
En parallèle, un courant universitaire développe une forte tradition de rhétorique à partir des classiques latins de l'antiquité. La rhétorique est alors Ars dictaminis, à visée pratique (formation des juges, notaires, secrétaires administratifs…). Cette tradition rhétorique se combine avec la tradition poétique pour constituer un nouveau courant à partir d'une base commune : l'idée que la république romaine était la véritable ancêtre des cités italiennes, et que les républiques italiennes, se séparant de leur passé immédiat, se distinguaient du reste de l'Europe de culture féodale.
Ce nouveau courant, dit « pré-humaniste ou proto-humaniste » par les historiens, apparait à la fin du autour de la figure du juge Lovato Lovati à Padoue et du grammairien Giovanni del Virgilio à Bologne, il se poursuit avec Albertino Mussato au début du .
La place de Dante vignette|Portrait de Dante par Sandro Botticelli Au sein d'un milieu où les travaux intellectuels en langue vulgaire se multiplient, Dante Alighieri est le premier . Sans avoir été l'unique personne à travailler en ce but, le poète florentin est celui qui accomplit une révolution majeure, notamment avec la Divine Comédie.
Commençant une carrière politique importante, il voit sa vie basculer en 1301 lorsque le parti gibelin prend le pouvoir et l'exile en tant que Guelfe. Durant les vingt années suivantes, jusqu'à sa mort, il erre de cité en cité, de protecteur en protecteur. C'est durant cette période qu'il écrit l'essentiel de son œuvre, avec laquelle il espère fonder une langue pure qui souderait les cités italiennes entre elles. Cette utopie, qu'il partage avec plusieurs lettrés, se base sur le fait que les peuples italiens disposent d'une culture commune, qu'une langue pure doit permettre de diffuser pleinement. Cette œuvre a un impact immense dès sa diffusion. .
Dante est pleinement un humaniste à la fois par le rapprochement entre son état personnel et la condition de l'homme en général, mais aussi par les intonations lyriques, pathétiques, puissantes imprégnant son œuvre.
Le développement de l'humanisme au Trecento et Quattrocento Après les fondateurs du mouvement que sont Pétrarque et Boccace, de nombreux savants étudient les auteurs anciens d'une nouvelle manière, proprement humaniste. Critique philologique et contextualisation des auteurs démarquent fortement ce mouvement intellectuel des renaissances médiévales précédentes. Une autre nouveauté est la naissance d'un enseignement du grec et de l'hébreu en Europe.
Pétrarque et Boccace vignette|Boccace ayant une vision de Pétrarque. Miniature de 1467 dans De casibus virorum illustrium de Boccace. Glasgow, . Les deux hommes, malgré des parcours différents, sont les archétypes de l'humaniste de la Renaissance. Brillants manipulateurs de la langue vulgaire autant que du latin, chercheurs inlassables de textes anciens qu'ils exhument et diffusent, ils écrivent des textes en touchant à de nombreux genres : conte, histoire, philosophie, biographie, géographie. Mais ni Pétrarque ni Boccace ne seront reclus, ils sont partie prenante de la vie publique de leurs cités. Les deux, enfin, sont des passerelles entre la culture classique et le message chrétien. Très connus et célébrés de leur vivant, ils appuient de nombreux autres savants humanistes, diffusant leur savoir et leur méthode.
Les autres humanistes des s Si le centre le plus notable de l'humanisme à cette époque est Florence, avec notamment Coluccio Salutati, chancelier créant la première chaire de grec dans la cité, il n'est pas le seul. Tout d'abord, les humanistes se déplacent beaucoup d'une ville à l'autre, et de nombreuses principautés cherchent à s'attacher les services de ces savants. Ainsi, de nombreux papes du comme Nicolas V, Pie II ou Sixte IV cherchent à attirer de grands noms dans l'Université romaine, tels Laurent Valla, Théodore de Gaza, Argyropoulos.
Caractéristiques intellectuelles de la Renaissance Critiques des textes La nouveauté radicale commune à tous ces savants n'est pas de rechercher, exhumer et diffuser des textes antiques, de telles entreprises ayant été menées à bien lors de l'époque carolingienne ou au . Mais bel et bien la critique que ces savants portent à ces textes. Ils sont conscients des deux décalages propres aux textes qu'ils lisent issus de l'antiquité : le contexte et la déformation dues aux copies. Ils s'efforcent ainsi tout autant de retrouver par la recherche philologique le texte initial dans sa plus grande justesse, que de retrouver le contexte dans lequel il a été rédigé, pour en comprendre le sens originel.
Redécouverte de la philosophie grecque : Platon vignette|gauche|Gémiste Pléthon par Benozzo Gozzoli, 1459-1461. Par ailleurs, un enseignement de la langue grecque se développe dans de nombreuses cités. Rendu possible par l'exode de nombreux savants byzantins avant et surtout après la conquête turque de l'Empire byzantin, il permet de redécouvrir de nombreux auteurs anciens à partir des textes d'origine. Le premier d'entre eux est Platon, dont la philosophie se dissémine à travers l'Europe. Thucydide, Xénophon, Hérodote, Ptolémée, Strabon, Aristophane, Eschyle se font aussi connaître, notamment grâce à leur traduction en latin.
Avant sa relecture dans le texte, au Moyen Âge, Platon est encore assez peu connu. Il revient en Europe notamment avec Giovanni Aurispa, qui ramène dans les années 1430 à Florence les œuvres complètes en grec du philosophe achetées à Constantinople. Peu après, le savant byzantin Gémiste Pléthon vient en Italie et diffuse la pensée platonicienne. Une controverse entre partisans de la philosophie d'Aristote et de Platon voit alors le jour. Cosme l'Ancien soutient l'étude de Platon en soutenant Marsile Ficin et en fondant ce qui allait devenir l'"Académie platonicienne de Florence". Ficin traduit progressivement en latin une grande partie de l'œuvre de Platon.
L'humanisme au Le rôle de l'imprimerie en Europe La Renaissance n'a pas dépendu de l'imprimerie pour apparaitre et exister. De grands humanistes de la Renaissance italienne, comme Pétrarque, sont morts avant l'invention de l'imprimerie. Les découvertes majeures des textes classiques étaient déjà faites : dans les universités italiennes, la studia humanitatis était en place. De même, dans les universités d'Europe, le mouvement intellectuel de la Renaissance était déjà en cours.
Cependant, sans avoir un rôle soudain, l'imprimerie va jouer un rôle clé dans la diffusion des idées humanistes, en accélérant fortement le processus parti de l'Italie vers l'Europe du Nord. La Renaissance italienne s'est déroulée en trois ou quatre générations. Grâce à l'imprimerie, la Renaissance des autres pays d'Europe s'effectue en moins de deux générations.
Diffusion et prix L'imprimerie permet une augmentation considérable du nombre d'ouvrages. Ainsi, la première édition de la Bible de Gutenberg (1455) est estimée avoir été tirée, selon les historiens, entre 70 exemplaires (54 sur papier et 16 sur vélin) et 270 exemplaires (240 sur papier et 30 sur vélin), puis le tirage pour une seule édition augmente progressivement jusqu'à mille.
Au , à Venise, le tirage de mille exemplaires devient la norme habituelle pour les titres dont on espère une vente ordinaire. Les « best sellers », dont on espère une vente à l'échelle européenne, peuvent être tirés jusqu'à quatre ou cinq mille exemplaires. En 1520, à Wittemberg, le manifeste de Martin Luther, À la noblesse chrétienne de la nation allemande, est tirée à quatre mille exemplaire. À cela s'ajoutent les éventuelles ré-éditions et contrefaçons qui peuvent être faites par d'autres imprimeurs concurrents (absence de copyright à cette époque, jusqu'à l'apparition du privilège).
D'abord chers, les livres deviennent accessibles à moindre coût. Les premiers ouvrages imprimés (incunables) pouvaient valoir entre 2 et 8 ducats par volume, un professeur d'université de modeste réputation, gagnait entre 50 et 100 ducats par an, les plus fameux jusqu'à 200 ducats et plus. Aux débuts de l'imprimerie, seuls les princes, les nobles et les riches bourgeois dotés d'un revenu annuel de plusieurs milliers de ducats pouvaient s'acheter facilement des livres.