(27/28 - 92-94 ou 100) est le fils d', lui-même petit-fils d'Hérode roi de Judée.
L'empereur romain Claude le nomme roi de Chalcis en 48. Vers 53-54, il reçoit les anciennes tétrarchies de Philippe et de Lysanias, mais il est dépossédé du territoire de Chalcis. L'empereur romain Néron lui donne par la suite une partie de la Pérée et de la Galilée. Il aide les Romains à réprimer la Grande révolte juive de 66-70 jusqu'à la prise de Jérusalem et la destruction de son Temple (70). Pour le remercier, Vespasien lui octroie des territoires supplémentaires au nord de son royaume après la défaite des révoltés juifs. Toutefois, Agrippa ne joue qu'un rôle secondaire dans les événements de son règne. Il n'y assiste le plus souvent qu'en spectateur et ses tentatives d'influer sur le cours des événements demeurent infructueuses. Sa sœur Bérénice joue de fait le rôle de reine, en étant plus populaire que lui. Il est le dernier roi des dynasties hérodienne et hasmonéenne. Il est parfois aussi appelé . Le Talmud l'appelle le roi Yannaï.
Source Les écrits de Flavius Josèphe sont la source quasi-unique au sujet d'Agrippa. Mais il y a un problème, ce que raconte Josèphe dans son Autobiographie ne coïncide pas avec ce qu'il avait raconté auparavant dans la Guerre des Juifs. Les différences entre les deux récits portent aussi bien sur le fond que sur la chronologie. Une analyse de ce qu'il décrit fait ressortir que, pour des événements ayant eu lieu en à peu près , commençant juste avant qu'il soit nommé gouverneur de la Galilée, pas moins de six épisodes ont lieu dans un ordre différent. La Vita et la Guerre des Juifs se contredisent sur les noms propres ou sur l'identité de plusieurs personnages ainsi que sur la date et les circonstances de la mort de l'un d'entre-eux. .
Les historiens et exégètes sont d'accord pour dire que ce qui provoque l'écriture de sa biographie par Flavius Josèphe est la publication par Justus de Tibériade de son Histoire de la guerre juive, qui a probablement pour but de contrer différentes assertions qui proposaient une histoire très différente de ce qu'il avait publié dans sa Guerre des Juifs. Il y attaque longuement Justus, alors qu'il ne l'avait même pas mentionné dans sa Guerre écrite vingt ans auparavant. De plus, 85 % de son Autobiographie sont consacrés aux 6 à de sa vie où, pendant la Grande révolte juive, il a été le gouverneur de la Galilée désigné par les révoltés de Jérusalem (fin 66 - c. juin 67). Le livre de Justus sur , de même qu'aucun auteur chrétien n'en cite le moindre extrait. Mis à part les attaques contre Justus, la question qui occupe le plus de place dans sa Vita concerne Philippe de Bathyra, certains de ses parents, les actes des habitants de la Batanée et Gamala. Il est étonnant qu'une place aussi importante leur soit consacrée. Philippe de Bathyra est un chef des « babyloniens » de Batanée et un ami d'AgrippaFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 3 (29-31).. Il est aussi l'instructeur de son armée et un de ses généraux ou souvent son commandant en chef, note .. Pour Shaye J. D. Cohen, Sur tous ces points, Josèphe donne dans sa Vita une version différente de ce qu'il avait écrit dans la Guerre des Juifs et souvent les contradictions sont très importantes. Or au moment de la révolte et de ces faits controversés, Agrippa était le roi de la Galilée et de la Batanée avec la ville fortifiée de Gamala.
Justus de Tibériade contestait aussi la version des événements ayant eu lieu lors du siège de Jérusalem donnée par Josèphe. Toutefois, comme ce dernier ne consacre qu'une phrase pour réfuter ce qu'avait écrit Justus à ce propos (Vita 358), il est impossible de savoir sur quoi portait les contestations.
Difficultés de datation Pour dater précisément les faits, les historiens sont souvent aidés par les monnaies et les inscriptions épigraphiques. Pour les monarques, elles sont très souvent datées en années de règne depuis leur accession au pouvoir parfois aux côtés d'autres repères chronologiques. Mais Agrippa qui a reçu des territoires à quatre reprises a utilisé plusieurs ères pour dater ses monnaies ainsi que ses inscriptions. Le débat se poursuit entre historiens pour savoir s'il a utilisé deux ou trois ères différentes et à quel moment celles-ci commencent, note .. Pour Simon Claude Mimouni, Agrippa Selon lui, la première ère commence avec l'attribution du royaume de Chalcis en 49 et la deuxième en 54 lors de l'attribution de l'ancienne tétrarchie de Philippe. Une troisième ère qui commence en 61 ne serait utilisée que pour les monnaies. Cette ère de 61 est la seule qui soit à peu près consensuelle, mais les historiens se divisent pour savoir quel événement la déclenche. Pour Mimouni, ce serait en 61 qu'Agrippa , alors que pour la plupart des critiques ce don a eu lieu au cours de la première année de règne de Néron ou l'année suivante, comme semble l'indiquer Flavius Josèphe. Pour Christian-Georges Schwentzel, ce que marque l'ère de 61 c'est Ce dernier et Thérèse Frankfort s'accordent pour dire qu'Agrippa n'a utilisé que deux ères, mais divergent sur le début de la première. Pour Frankfort la première ère commence avec le don de Chalcis, alors que pour Schwentzel, elle commence en 55/56, avec Les critiques qui estiment que la première ère d'Agrippa commence avec le don de Chalcis (49) s'appuient notamment sur certaines de ses monnaies où figurent les bustes de Vespasien et de Titus datées des , années de règne d'Agrippa et même année pour Titus. Puisque Vespasien meurt en 79 et Titus en 81, ces monnaies sont parfaitement compatibles avec l'existence d'une ère de Chalcis, en revanche si elles étaient datées de l'ère qui commence en 55/56, il serait inexplicable que les bustes de ces empereurs figurent sur des monnaies frappées en 82-86. Toutefois, Schwentzel qui défend l'indication de Photios de Constantinople pour dater la mort d'Agrippa, fait remarquer que dans ce cas la dernière monnaie d'Agrippa qui est datée de sa année remonterait à l'année 83/84. Une remarque peu opérante pour les critiques qui soutiennent qu'Agrippa est mort en 92-94, mais qui montre comment le débat sur la date de sa mort rejailli sur la chronologie de ce roi, sur le fait de savoir s'il existe une ère de Chalcis. et si Agrippa était roi de ce territoire comme le dit Flavius Josèphe ou s'il en était seulement le tétarque comme le soutiennent les critiques qui rejettent l'existence de cette ère.
Le fait qu'Agrippa a utilisé plusieurs ères et les divergences entre les différents critiques qui en résultent,
Biographie
Origines ou (tria nomina: Marcus Julius Agrippa Lester L. Grabbe, Judaïsm from Cyrus to Hadrian, , Fortress Press, Minneapolis, 1992, ., comme son père) est né en 27/28 Rajak, Tessa (1996), "Iulius Agrippa (2) , Marcus", in Hornblower, Simon, Oxford Classical Dictionary, Oxford: Oxford University Press. et descend des dynasties hérodienne et hasmonéenneChristian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, 268., par son père et par sa mère CyprosChristian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, 225.Christian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, 47.. Celle-ci est une fille de Phasaël et de Salampsio, une des filles d'Hérode et de Mariamne l'Hasmonéenne. Dans les sources juives il est appelé , alors que son père est appelé .
Le père d' est un petit-fils d'Hérode le Grand et de Mariamne l'Hasmonéenne Mason, Charles Peter (1867), Agrippa, , in Smith, William, Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, 1, Boston: Little, Brown and Company, 77–78.. Agrippa a trois sœurs plus jeunes que lui, Bérénice (née vers 28), Mariamne (née vers 34) et Drusilla (née vers 38)Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, , § 11.. Un frère, Drusus est mort alors qu'il n'était qu'un enfantFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 4, (132)..
Comme c'était fréquent pour les enfants des rois clients, le jeune Agrippa est élevé à la cour impérialeMireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les Juifs, éd. Picard, 2009, .. Il était donc bien connu de l'empereur Claude. Il a seize-dix sept ans et se trouve à Rome lorsque son père meurt brusquement vers 44Christian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, 240.Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, . , § 2, (360)., peut-être empoisonné par le légat de Syrie Marsus. Il est alors jugé trop jeune pour lui succéder et l'empereur Claude nomme Cuspius Fadus comme procurateur de JudéeChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, 2011, Paris, .. La Palestine redevient une province romaine mais procuratorienne et entre dans la juridiction du gouverneur de Syrie.
La nomination des prêtres et le contrôle du Temple de Jérusalem reviennent alors à son oncle Hérode de Chalcis. C'est également ce dernier qui devient l’intermédiaire privilégié entre les Juifs et les Romains jusqu'à sa propre mortChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, éd. Pygmalion, 2011, ..
La disparition du royaume de Judée
Dans l'entourage de Claude Après la mort de son père, Agrippa continue à vivre à Rome dans l'entourage de Claude. Comme son père, il joue le rôle d'intercesseur en faveur des JuifsChristian-Georges Schwentzel, Juifs et nabatéens: Les monarchies ethniques du Proche-Orient hellénistique et romain, Presses Universitaires de Rennes, 2013, Rennes (France), . et exerce son influence pour eux en plusieurs occasions. En 45, . Cette intercession permet aux Juifs de conserver la garde de ce vêtement
Sous les gouvernorats de Tibère Alexandre (46 - 48)Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, 264. et de Cumanus (48 - 52), plusieurs émeutes et affrontements violents, durement réprimés par les Romains, se produisent en Judée, Samarie et Galilée. À deux reprises l'empereur Claude doit se prononcer directement pour rendre un arbitrage. À chaque fois, l'empereur consulte Agrippa qui réside à Rome et suit ses conseilsChristian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, 2011, Paris, ..
Roi Agrippa doit attendre la mort de son oncle Hérode (48)Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, . pour lui succéder comme roi de Chalcis. du Liban un an plus tard (49). Il reçoit aussi l'administration du Temple de Jérusalem et le pouvoir de désigner les grand-prêtres détenu auparavant par Hérode de ChalcisChristian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, . avec le titre dépimélète (administrateur).
En 53-54, il restitue ce territoire qui sera donné quelques années plus tard par Néron à Aristobule, neveu d'Agrippa, qui deviendra donc roi de Chalcis comme l'avait été son père alors qu'il est aussi roi de Petite Arménie depuis 54Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, , 252.. En échange du territoire de Chalcis, Agrippa reçoit, à peu près au même momentLes dates précises de règne d'Agrippa sont l'objet de débats, car il a utilisé plusieurs ères sur ses monnaies et sur ses inscriptions. Cette question en débat depuis plusieurs décennies n'est toujours pas résolue. Simon Claude Mimouni situe ce début de règne en 54 ( . Jean-Pierre Lémonon le place en 53-54 et Christian-Georges Schwentzel opte pour 55-56 (). les anciennes tétrarchies de Philippe (la Batanée, la Trachonitide, l'Auranitide), plus les tétrarchies de Lysanias et de Varus.
Dans les Antiquités judaïques (, , 4, (158)), Flavius Josèphe indique que Agrippa reçoit une partie de la Pérée et de la Galilée: les villes de Tibériade et Tarichée en Galilée et la ville de . Toutefois, certains critiques font coïncider cet accroissement de territoires avec une des ère des monnaies d'Agrippa qui commencerait en 61. C'est notamment le cas de Simon Claude Mimouni. Jean-Pierre Lémonon fait toutefois remarquer que cela contredit
Bérénice et les mariages de ses sœurs