vignette|Régions contrôlées par les forces kurdes en Syrie avant l'Offensive au Nord-Ouest de la Syrie du . vignette|À Suruç, enfants réfugiés de Kobané, 2014.
Le Rojava (« l'Ouest » en kurde), également appelé Kurdistan occidental () ou Kurdistan syrien (), est un terme employé pour désigner des régions du nord et du nord-est de la Syrie où vivent notamment des populations kurdes. Entre 2012 et 2026, une partie de ces territoires a été administrée par l’Administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie (AANES) () (), une administration autonome de facto dont l'autorité s'est exercée sur des territoires majoritairement peuplés d'Arabes et comprenant une forte minorité kurde....
Constituée dans le contexte de la guerre civile syrienne, cette administration a exercé une autonomie de facto dans plusieurs zones du nord et du nord-est syrien. Son territoire et ses institutions ont varié au cours du conflit, notamment après les opérations militaires turques de 2018 et de 2019, puis à la suite des évolutions politiques et militaires intervenues après la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024.
Depuis 2012, peu de temps après le début de la guerre civile syrienne, une partie du Kurdistan syrien passe sous le contrôle de milices kurdes. En , des représentants kurdes, arabes, assyriens et d'autres minorités forment un premier gouvernement de facto dans la région sous le nom d’Administration transitoire intérimaire.
Le , des représentants kurdes de Syrie proclament la Fédération démocratique du nord de la Syrie dans les zones contrôlées, comprenant notamment les trois « cantons » kurdes d'Afrine, de Kobané et de la Djézireh, dans ce qui était jusqu'à présent une zone d’« administration autonome ». Cette entité est également dénommée Fédération démocratique du Rojava-Syrie du Nord. Dans sa constitution de , son nom officiel devient Système fédéral démocratique de Syrie du Nord (, ). Cette déclaration a été faite à Rmeilane par le Parti de l'union démocratique (PYD) en présence d'autres partis kurdes, arabes et assyriens.
Le , à la suite d'une opération militaire turque, l'enclave d'Afrine passe sous le contrôle de la Turquie et de forces de l'Armée nationale syrienne soutenues par cette dernière. En , l'entité prend le nom d’Administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie, dont la superficie est réduite une seconde fois à l'issue de l'intervention turque d'.
À partir de début 2026, l'offensive contre les Forces démocratiques syriennes lancée par le gouvernement d'Ahmed al-Charaa fait perdre à l'AANES la majorité du territoire tenu auparavant.
Les textes institutionnels de l'administration autonome mettent en avant une politique laïque, fondée sur des principes démocratiques, une forme de socialisme démocratique, l'égalité des sexes et l'écologie. La mise en œuvre de ces principes a fait l'objet d'appréciations divergentes ; certaines sources rapportent un soutien limité de tribus arabes locales et le recours à la contrainte dans certaines zones..
En 2026, l’AANES perd une partie importante des territoires qu’elle administrait à la suite des affrontements avec les forces du gouvernement syrien de transition et des accords conclus avec Damas. Le , Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), annonce à Qameshli que l’intégration des institutions civiles, militaires, administratives et sécuritaires de l’administration autonome au sein de l’État syrien est achevée... Selon RFI, cette intégration concerne les structures civiles et militaires de l’administration du nord-est syrien.. Cette annonce marque la fin de l'administration autonome en tant qu'entité distincte.
Histoire Origines Le terme est employé par certains mouvements nationalistes kurdes pour désigner une zone géographique, historiquement peuplée par les Kurdes, et incluse dans l’État syrien par les autorités françaises après la Première Guerre mondiale.
En effet, par l'accord franco-turc du la France avait annexé à la Syrie, placée sous son mandat, les provinces kurdes de la Djézireh et de Kurd-Dagh..
Immigration kurde vers la Syrie De grands groupes de Kurdes ont quitté la Turquie tout au long de la première moitié du (notamment entre les deux guerres mondiales), période au cours de laquelle la politique d'assimilation turque envers sa population kurde était à son apogée.. En référence à cela, l'expert en études kurdes Jordi Tejel indique. :
Jusqu'au début du , le gouvernorat d'Al-Hasakah (alors appelé province de Jazira) était une zone essentiellement réservée aux pâturages sous le contrôle des nomades et semi-sédentaires Shammar et Tayy, tribus arabesAlgun, S., 2011. Sectarianism in the Syrian Jazira : Communauté, terre et violence dans les mémoires de la Première Guerre mondiale et du Mandat français (1915-1939). Thèse de doctorat. Université d'Utrecht, Pays-Bas, p. 18. Consulté le 8 décembre 2019.. Ces premières vagues de migration kurde sont arrivées avec la construction de la partie Alep-Bagdad du chemin de fer Berlin-Bagdad. Le général français Maurice AbadieBNF : https://data.bnf.fr/12505112/maurice_abadie/, qui a supervisé l'occupation française de la Syrie, a fait des observations sur l'histoire de la colonisation kurde en Syrie et sur la région à l'ouest de l'Euphrate :
Les populations kurdes occupent aujourd'hui, le long de la frontière turque, trois zones distinctes correspondant aux régions d'Afrine, de Kobané et de Qamichli., raison pour laquelle certains auteurs préfèrent parler de « régions kurdes de Syrie » plutôt que d'un « Kurdistan syrien » unifié.
En 1962, environ 20 % des Kurdes de Syrie sont privés de la citoyenneté syrienne à la suite d'un recensement controversé..
Pendant la guerre civile syrienne
Prise de contrôle des régions kurdes par le PYD En 2011, les premières manifestations contre Bachar el-Assad dans le Kurdistan syrien éclatent le à Qamichli, Amouda et Hassaké. Les protestataires réclament alors la « citoyenneté » et la « liberté ». Le gouvernement syrien évite dans un premier temps la confrontation directe avec les Kurdes, et l'armée s'abstient de tirer à balles réelles dans les villes où ils sont majoritaires. Le , Bachar el-Assad promulgue un . La mesure concerne . Le gouvernement tolère également l'ouverture par le PYD de trois centres culturels à Alep, Qamichli et Malikiyeh, ainsi que de quatre écoles en langue kurde.
Les manifestations se poursuivent cependant. Le , Mechaal Tamo, un important responsable politique kurde engagé dans la révolution syrienne, fondateur du , est assassiné à Qamichli... Le lendemain, assistent à ses funérailles. Les forces de sécurité syriennes tirent et tuent deux personnes.
Le principal parti kurde, le Parti de l'union démocratique (PYD), mouvement proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), adopte une position ambivalente entre le régime et l'opposition. En quelques mois, le régime libère la moitié des du PYD emprisonnés. Le président du PYD, Salih Muslim, réapparaît également publiquement alors qu'il était auparavant recherché par les autorités. Le , il participe à Damas à une réunion d'opposants tolérée par le régime. Il devient également vice-président du Comité national pour le changement démocratique, une structure distincte du Conseil national syrien (CNS), qui demande le démantèlement de l'appareil répressif sans exiger le départ du président Assad. D'autres formations kurdes rejoignent en revanche le CNS.
Avant même de proclamer son autonomie, l'administration kurde émergente exerce certaines prérogatives relevant d'un contrôle de fait, par exemple la création de plaques d'immatriculation distinctes des plaques syriennes..
En , la bataille d'Alep débute. L'armée arabe syrienne retire alors une partie de ses forces du Kurdistan syrien pour renforcer ses troupes à Alep. Les forces loyalistes maintiennent des garnisons dans les villes de Qamichli et de Hassaké, tandis que les miliciens du PYD prennent, sans affrontement armé, le contrôle d'Afrine le , de Kobané le et de plusieurs autres localités... La région passe alors sous le contrôle du PYD et de sa branche armée, les YPG, qui écartent les partis du Conseil national kurde (CNK) liés à Barzani et proches du Conseil national syrien, dont les dirigeants s'exilent au Kurdistan irakien..
Proclamation d'autonomie vignette|Emblème de l'Administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie. En 2012, le retrait d'une partie des troupes du régime de Assad vers Alep et Damas permet le développement de l'autonomie kurde dans les villes d'Afrine, Kobané et Al-Hasaka.
Depuis le , le Kurdistan syrien dispose de sa propre administration autonome. L’annonce a été faite par le Parti de l'union démocratique (PYD), proche sur le plan idéologique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).. Le PYD se donne pour objectif de gérer les questions « politiques, militaires, économiques et de sécurité dans la région et en Syrie »..
Cette annonce a été faite unilatéralement par le PYD sans l’accord explicite du Conseil national kurde, qui lui reproche « d’aller dans la mauvaise direction ». Le PYD, pour sa part, reproche à l’opposition syrienne non islamiste de n’avoir rien fait pour défendre les localités kurdes attaquées depuis le printemps par des groupes djihadistes comme l’État islamique, le Front al-Nosra, et des formations salafistes comme Ahrar al-Cham.
Le , le Parti de l'union démocratique proclame une constitution du Rojava.
L'enclave de Kobané En automne 2014, l'État islamique conquiert les régions syriennes entourant Kobané et marche sur la ville. Une partie de la population fuit en Turquie, tandis que les combattants kurdes défendent la ville.
La résistance kurde fait de Kobané un symbole majeur dans la lutte contre l'EI. La coalition internationale anti-EI concentre ses frappes sur les forces de l'EI engagées dans cette bataille (voir Opérations aériennes de la coalition internationale en Syrie), suscitant un large soutien de l'opinion publique occidentale envers les combattants kurdesLes valeurs des combattants de Kobané sont les nôtres, Gérard Chaliand, Patrice Franceschi, Bernard Kouchner, lemonde.fr, 5 janvier 2015..
En , les combattants de l'EI sont repoussés de la ville en ruine, mais les combats se poursuivent dans la région environnante. En juin de la même année, le blocus du canton de Kobané est rompu après la victoire des YPG à la bataille de Tall Abyad.
À la suite de la prise de Tall Abyad, et hormis le poste-frontière de Qamichli tenu par les Forces armées syriennes, les YPG contrôlent alors une grande partie de la frontière turco-syrienne entre le fleuve Euphrate et la frontière irakienne.
En décembre, un Conseil démocratique syrien est formé dans le RojavaSyrie: retrait de Haytham Manna de la présidence de l'alliance kurdo-arabe, AFP, 5 avril 2016..
Proclamation d'une région fédérale 250px|vignette|Zones sous contrôle kurde, 2014. 250px|vignette|Zones sous contrôle kurde, 2015. 250px|vignette|Zones sous contrôle kurde, 2016. Le , à Rmeilane, le PYD et des factions arabes et assyriennes annoncent la création d'une région fédérale dans le nord de la Syrie. Cette annonce est rejetée par le régime syrien, l'opposition syrienne, les États-Unis et la Turquie.Les Kurdes de Syrie espèrent toujours gagner leur autonomie, RFI, 17 mars 2016.Syrie: les Kurdes se prononcent pour le fédéralisme, romandie.com, 16 mars 2016.Syrie: les Kurdes défendent à Moscou leur projet fédéral, liberation.fr, 21 mars 2016.. La Russie avait proposé une solution fédérale le Moscou évoque une solution fédérale en Syrie, OLJ avec Reuters, 29 février 2016.Syrie: la Russie propose une solution fédérale, Le Figaro, 29 février 2016..
Le , , co-président avec Îlham Ehmed du Conseil démocratique syrien, démissionne et critique la proclamation de la région fédérale.