Le manifeste de Brunswick est un texte marquant de l'histoire de la Révolution française (1789-1799). Il est publié le au nom du duc de Brunswick, commandant de l'armée prussienne au cours de la guerre commencée en avril 1792 entre la France révolutionnaire d'une part, l'Autriche et la Prusse, d'autre part.
Ce texte intervient dans une période de crise politique de la monarchie constitutionnelle établie en 1791 : alors que les armées françaises subissent revers sur revers, le 20 juin, le palais des Tuileries, résidence de Louis XVI et de sa famille, a été envahi par les sans-culottes parisiens, qui ont obligé le roi à mettre un bonnet phrygien et à rendre hommage à la nation. En juillet, la situation se tend encore : le 11 juillet, l'Assemblée législative proclame la Patrie en danger et un grand nombre de citoyens s'engagent ensuite dans les rangs des volontaires nationaux.
Un texte est alors élaboré, principalement par des émigrés, notamment le comte Axel de Fersen, ami de la reine Marie-Antoinette, à l'état-major de l'armée prussienne dans le but d'intimider les révolutionnaires parisiens et de protéger le roi et sa famille.
Ce manifesteTexte du manifeste de Brunswick. rend
Le manifeste manque complètement son objectif : il a pour effet de radicaliser un peu plus les révolutionnaires (les sans-culottes et le club des Jacobins), ce qui aboutira le 10 août 1792 au renversement de Louis XVI et à son emprisonnement, en attendant son procès et sa condamnation à mort en janvier 1793.
Contexte
Aperçu de la Révolution française de 1789 à juillet 1792 1789 9 juillet : les états généraux deviennent l'Assemblée nationale constituante 14 juillet : prise de la Bastille. Début de l'émigration (notamment du comte d'Artois, frère de Louis XVI). Création de la Garde nationale et de la Commune de Paris 6 octobre : la famille royale est ramenée de Versailles à Paris (au palais des Tuileries)
1791 20 et 21 juin : la tentative de fuite de la famille royale, rattrapée à Varennes (département de la Meuse), provoque une rupture entre les partisans de la révolution et le roi, qui est cependant maintenu sur le trône par les modérés (Bailly, La Fayette, Barnave, etc.) octobre : entrée en vigueur de la nouvelle constitution et début de l'Assemblée nationale législative sous l'égide des feuillants (modérés)
La guerre et la crise de 1792 23 mars : début du ministère girondin (partisan de la guerre) 20 avril : la France déclare la guerre « au roi de Bohême et de Hongrie », c'est-à-dire au chef de la maison d'Autriche, qui est aussi empereur (mais l'empire n'est pas concerné par la déclaration de guerre) ; le roi de Prusse entre en guerre au côté de l'Autriche fin avril : défaite française aux Pays-Bas autrichiens et massacre du général Dillon par ses soldats (29 avril) 13 juin : renvoi par Louis XVI des ministres girondins 15 juin : appel de l'Assemblée aux volontaires pour « former des bataillons » qui doivent venir renforcer les troupes de ligne (les soldats de métier de l'armée royale) 20 juin : invasion des Tuileries par les sans-culottes parisiens : le roi subit la manifestation avec courage, acceptant quelques humiliations, mais refusant de rappeler les ministres girondins 11 juillet : proclamation de la Patrie en danger juillet : départ pour Paris d'un bataillon de volontaires de Marseille, porteurs du Chant de Guerre pour l'Armée du Rhin (créé le 26 avril 1792 à Strasbourg), et d'un bataillon de volontaires de Brest 30 juillet : affrontements sérieux entre les volontaires marseillais et les gardes nationaux parisiens du bataillon des Filles-Saint-Thomas, chargés de la protection du roi
Personnalités impliquées le duc de Brunswick : Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick-Wolfenbüttel (1735-1806) l'empereur : depuis le à la tête du Saint-Empire romain germanique, François II (1768-1835) est aussi le chef de la maison d'Autriche, et à ce titre il est roi de Bohême et roi de Hongrie ; le roi de Prusse : depuis la mort de Frédéric II (1786), le roi de Prusse est son neveu, Frédéric-Guillaume II (1744-1797). Marie-Antoinette (1755-1793) : fille de Marie-Thérèse d'Autriche et de l'empereur François , la reine de France est la tante de François II.
Le manifeste Élaboration du texte Ce texte émane d'émigrés ayant fui la Révolution : inspiré par Axel de Fersen., il est rédigé par Geoffroy de Limon... et l'ancien secrétaire de Mirabeau, Pellenc.. Louis XVI, au courant de son élaboration, envoie Jacques Mallet du Pan pour participer à sa rédaction tout en en limitant la portée et le ton : les responsables de la Révolution et les populations ne devaient pas être menacés de représailles..
On ignore si le duc, issu d’une famille de princes éclairés et considéré comme un prince tempéré, a réellement signé le manifeste. Il n'a par la suite jamais affirmé ne pas en être l'auteur.
L'hypothèse la plus probable, mais sans preuves certaines, est qu'il aurait été conseillé par les émigrés quant au ton à tenir.
Extraits
Dans ce texte les forces contre-révolutionnaires coalisées menacent Paris d’une « exécution militaire et une subversion totale » s’il était fait « la moindre violence, le moindre outrage à LL. MM. le roi et la reine ». Pour les dirigeants de la coalition contre la Révolution en France, la Révolution ne serait pas souhaitée par la Nation qui n’adhèrerait pas aux nouvelles institutions, le peuple de France ne reconnaîtrait pour autorité que la sanior pars du royaume et la monarchie devrait être restaurée. En définitive, le manifeste révèle la perception que les rédacteurs avaient du décalage entre la menée du processus révolutionnaire et l'adhésion réelle du peuple de France à ce processus.
Publication et diffusion Proclamé à Coblence, capitale de l'émigration, le manifeste est publié le dans Le Moniteur.
Le manifeste est donc connu à Paris au début du mois d'août.
Conséquences
Les exigences de l'empereur et du roi de Prusse ne sont pas respectées par les intéressés. Très dur à l’égard des révolutionnaires, le manifeste entraîna sans doute la prise des Tuileries et l'emprisonnement de la famille royale..
Il entraînera directement l'assaut sur les Tuileries le . Louis XVI et sa famille se réfugient alors dans un premier temps à l'Assemblée nationale, qui décrète immédiatement la déchéance du pouvoir exécutif du roi, puis son incarcération à la prison du Temple en attente de son procès qui se tiendra en et .
Entre ces événements, les troupes françaises battent les coalisés lors de la bataille de Valmy le , ce qui marque un succès décisif pour la Révolution. Par ailleurs, le manifeste est présenté par les auteurs des tueries comme une justification ou une explication des massacres de Septembre.
Alors que le bruit courait que la famille royale allait s'enfuir, le , le commandant des Fédérés du Finistère écrivait : Cité par J.-C. Martin, La Révolution française, 1789-99, une histoire socio-politique, Paris, Belin, 2004..
Le manifeste de Brunswick dans la culture Le film de Jean Renoir, La Marseillaise (1938), fait une large place au manifeste de Brunswick, à l'origine directe de la prise du palais des Tuileries le , le bataillon des Marseillais y ayant pris une part importante.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie et sources . . . . .
Articles connexes Déclaration de Pillnitz Déclaration de guerre de la France au roi de Bohême et de Hongrie Axel de Fersen Jacques Mallet du Pan Antoine de Rivarol
Liens externes
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