Le palais de la République (en allemand : Palast der Republik) est un bâtiment emblématique du centre de Berlin, capitale de l'Allemagne. Situé dans la partie orientale de la ville, alors capitale de l'ex-République démocratique allemande (RDA), il ouvre ses portes en 1976, après la démolition du château de Berlin. Ce palais abrite la Chambre du peuple (Volkskammer), le parlement est-allemand, tout en s'imposant comme un lieu culturel et de rencontre majeur. En , le Bundestag décide de sa destruction, un processus qui débute en et s’achève en . À son emplacement, le château de Berlin, fidèlement reconstruit, reprend sa place d'origine.
Localisation Le Palais de la République se dresse sur la Spreeinsel, au bord du bras nord de la Spree. Il occupe la partie nord du site de l'ancien Berliner Stadtschloss et de la Schloßplatz, rebaptisée « place Marx-Engels » (Marx-Engels-Platz) entre et .
Histoire entre 1950 et 1990
Destruction du château de Berlin
gauche|vignette|Le château de Berlin en 1920. Après la Seconde Guerre mondiale, le château de Berlin (Berliner Stadtschloss) se retrouve gravement endommagé. Sa reconstruction est d'abord envisagée, mais, honni par les communistes du secteur soviétique, qui le considèrent comme un symbole du royaume de Prusse, les nouvelles autorités de la République démocratique allemande, sous l'impulsion du Bureau politique du Comité central du SED présidé par Walter Ulbricht, ordonnent sa démolition en , malgré de nombreuses protestations internationales. En , l’espace dégagé est rebaptisé Marx-Engels-Platz et inclut le Lustgarten ainsi que la Schloßfreiheit et la Schloßplatz, l’ancienne « Place du Château ». Une tribune y est érigée pour les besoins du parti au pouvoir et du gouvernement, tandis que le reste de la zone demeure vide durant vingt-trois ans, servant de terrain pour des parades, des manifestations de masse et des défilés militaires.
Projet d'une « maison du peuple » Au milieu des années , le Comité central du SED envisage de maintenir cette place libre pour y ériger une tour centrale destinée au gouvernement.
Au début des années , ce projet est abandonné au profit d’un palais des congrès de faible hauteur. Toutefois, cette idée est rapidement écartée en raison de la priorité donnée à d’autres constructions, comme le bâtiment du Conseil d'État, la tour de télévision, le ministère des Affaires étrangères et la réorganisation de l’Alexanderplatz.
Au début des années , la République démocratique allemande entre dans une phase de renouveau. En , Erich Honecker succède à Walter Ulbricht, poussé par des pressions de l’URSS et les mauvais résultats économiques. L’écart avec la République fédérale d’Allemagne se creuse, tandis que les citoyens de la RDA expriment un besoin urgent de biens de consommation et de logementsMichel Dupuy, Les scientifiques et le politique : l'exemple de la question de la pollution atmosphérique en RDA (1949-1989), Natures Sciences Sociétés, 2004/3 (), à 336.. L’arrivée de Honecker, perçu comme un dirigeant modéré, s’accompagne d’une ouverture culturelle et d’un nouvel essor économique. La reconnaissance internationale de la RDA progresse, et sa souveraineté étatique est enfin affirmée. C’est dans ce contexte qu’Erich Honecker promet à la population de meilleures conditions de vie. Le gouvernement est-allemand estime alors que la RDA doit se doter d’une capitale digne d’une république socialiste forte, dotée d’une centralité politique et institutionnelle. Ils conçoivent une « maison du peuple », un édifice monumental qui abrite à la fois des fonctions sociales, culturelles et étatiques. Ce palais de la culture, par son ampleur, doit également témoigner de la reconnaissance internationale de la RDA.
Le lieu le plus adéquat est donc l’ancien site du château de Berlin. Ce choix s’explique par la présence, autour de la Marx-Engels-Platz, d’institutions majeures telles que le bâtiment du Conseil d’État, le ministère des Affaires étrangères et le siège du comité central du SED, formant ainsi un cadre institutionnel cohérent pour le projet.
Palais de la République
Conception et construction Le futur « Palais de la République » se destine à devenir un édifice combinant une maison de la culture et un palais d’État.
La planification se déroule en deux étapes. La première consiste en une étude de principe visant à évaluer la faisabilité d’un bâtiment « polyvalent » tel qu’exigé par le ministère de la Construction, tout en respectant un budget de . Ce projet prévoit un édifice comprenant une petite salle destinée à la Chambre du peuple, une grande salle de réception pour les congrès, les manifestations politiques, sportives et les conférences, ainsi que des foyers, des restaurants, un théâtre et, sur la façade ouest, une tribune d’honneur destinée aux défilés et marches politiques (qui ne sera jamais réalisée). Cette étude a également pour objectif de définir les grandes lignes de la conception architecturale et les données urbanistiques.
La seconde étape consiste à élaborer les plans d’exécution. L’étude de principe, menée en seulement six mois, de à , est confiée à une équipe de cinq architectes, parmi lesquels figurent Christian Schulz, Bruno Flierl, Werner Roesler et Wolf-Rüdiger Eisentraut, sous la direction de Heinz Graffunder.gauche|vignette|Construction du Palais en 1974.
Le , le Bureau politique du Comité central du SED adopte le projet et donne officiellement au bâtiment le nom de « Palais de la République » (Palast der Republik). Après l'adhésion de la Chambre du peuple à la décision, la direction régionale du SED de Berlin approuve le projet le , suivie par la Chambre des députés de Berlin le . Le public est informé trois jours plus tard. Le maître d'ouvrage du bâtiment, pour lequel aucun appel d'offres n’a été lancé, est la direction de l'État et du Parti de la RDA. Le IXème congrès du SED, prévu pour , doit déjà se tenir dans le nouveau bâtiment, ce qui pousse la direction du parti à insister pour que le bâtiment représentatif soit achevé à temps.
Les travaux de construction de ce bâtiment résolument moderne, sous la direction de l'architecte principal Heinz Graffunder, assisté de Karl-Ernst Swora, Wolf-Rüdiger Eisentraut, Günter Kunert, Manfred Prasser et Heinz Aust, commencent avec la pose de la première pierre par Erich Honecker le . Le gros œuvre est achevé le , et le palais est finalement inauguré le . Les coûts de construction officiels restent inconnus. Les rapports officiels de la RDA mentionnent un montant de , mais selon une liste interne du ministre de la Construction, Wolfgang Junker, les coûts réels s’élèvent à environ . D’autres estimations évoquent même . La construction du Palais repose sur le concept de « maison du peuple », défendu par la mouvance socialiste du . Les maisons de la culture, notamment dans les premières années de l'URSS, symbolisent le nouveau pouvoir. En Allemagne, ce sont principalement les organisations syndicales qui érigeaient de tels édifices. En Allemagne de l'Est, la mission des « maisons de la culture » ou « palais de la culture » devient un principe central dans la théorie architecturale, visant à créer des espaces consacrés à la fois à la culture et à la politique, au service de la population.
Aménagements La division du bâtiment en deux parties distinctes, l’une culturelle et l’autre politique, se reflète clairement dans son architecture. D’un côté, on y crée un espace où siège le parlement de la RDA, la Chambre du peuple. De l’autre, le palais devient un centre culturel polyvalent, avec des théâtres, un bowling et un total de 13 établissements gastronomiques. En plus de ces installations, la Grande Salle et d’autres espaces permettent d’accueillir des fêtes, des célébrations nationales et des congrès, notamment ceux du SED. Le palais abrite également un tunnel de 2,35 mètres de large et 43 mètres de long, reliant le bâtiment aux anciennes écuries du château (Alter Marstall) de l’autre côté de la rue. Ce tunnel permettait aux employés du palais d’accéder à leurs bureaux et servait également de route d’évasion pour les hauts responsables de la RDA en cas d’urgence.
Le bâtiment, de forme rectangulaire (longueur : , largeur : , hauteur : ), comprend cinq niveaux hors-sol. Sa hauteur est alignée avec celle des anciennes écuries du château (Alter Marstall) et du Staatsratsgebäude (ancien « bâtiment du Conseil d'État »), voisins.
Le Palais de la République servait à la fois de siège pour le parlement est-allemand et de lieu de culture et de rencontre. Fidèle à sa vocation de « maison du peuple », il était entièrement ouvert au public, tous les jours, de 10 heures à minuit.
Le « Foyer » L'accès au Palais de la République se fait par l'entrée principale, située sous l'emblème des armoiries de la RDA, et mène à un vaste hall central, appelé le « Foyer ». Revêtu de sols en marbre blanc importé de Suède, il abrite une grande lampe surnommée la « Fleur de verre » (Gläserne Blume) et un plafond orné de . Ce hall constitue la pièce la plus célèbre du bâtiment. En raison du grand nombre de lampes, le bâtiment reçoit le surnom de Erichs Lampenladen (La boutique de luminaires d’Erich) dans le langage populaire, ainsi que par la , en référence à Erich Honecker, le chef d'État et du parti. Le hall se divise en deux niveaux, chacun décoré de peintures grand format réalisées par 16 artistes est-allemands de renom (tels que Willi Sitte, Walter Womacka, Wolfgang Mattheuer, Bernhard Heisig, etc.), sur le thème « Les communistes ont-ils le droit de rêver ? ».
La « Grande salle » Le Palais de la République dispose d’un vaste espace d’exposition, appelé « Grande salle » (Großer Saal), dont l'agencement peut être modulé. Cet auditorium peut accueillir jusqu'à , et des murs mobiles permettent de réduire l’espace de selon les besoins de l'événement. Des concerts de musique classique y sont organisés, ainsi que des concerts de rock dans les années , avec la participation d'artistes nationaux et internationaux tels qu'Udo Lindenberg, Harry Belafonte, Mireille Mathieu, Carlos Santana, Helga Hahnemann, James Last, etc.
Une illustration de l’utilisation de cette salle est la « journée du Parti socialiste unifié d'Allemagne », le parti communiste est-allemand, qui s’y déroule tous les cinq ans. Par le nombre de représentants présents, cet événement justifie la taille de la salle.
Partie politique vignette|La salle plénière abritant le parlement. Une partie du bâtiment sert de siège à la Chambre du peuple (Volkskammer), le parlement de la République démocratique allemande, qui se réunit deux à quatre fois par an en session plénière dans une grande salle des séances.
La salle plénière de la Chambre du peuple compte , dont au parterre pour les députés et la présidence, et au balcon pour les invités. Chaque siège de député est équipé d'une tablette écritoire, d’une prise pour langue étrangère, d'un microphone et d’un haut-parleur de conférence. Des six salles de conférence situées de part et d’autre de l’hémicycle, divisibles de manière flexible, permettent aux groupes parlementaires et aux commissions de disposer de douze espaces en tout. Les foyers extérieurs du troisième étage peuvent également être utilisés comme salles de conférence.