Ursus arctos arctos, l’Ours brun d’Eurasie, mais plus communément appelé Ours brun d’Europe ou encore Ours brun d’Europe et de Sibérie occidentale, est la sous-espèce type de l’Ours brun (Ursus arctos), un mammifère carnivore de la famille des Ursidés. Décrite pour la première fois par Carl von Linné en 1758, elle englobe aujourd'hui, au sein de la plupart des classifications de référence, de nombreuses anciennes sous-espèces et populations régionales.

De gabarit intermédiaire par rapport aux autres sous-espèces d'ours bruns, il présente d'importantes variations morphologiques, pondérales et de coloration selon les régions et les saisons : les individus méridionaux sont généralement plus modestes tandis que les populations nordiques et orientales atteignent des masses corporelles bien plus élevées. Principalement omnivore à forte dominante végétarienne, son régime alimentaire s'adapte aux disponibilités locales (baies, racines, insectes, charognes ou ongulés).

Autrefois répandu sur la quasi-totalité du continent eurasien, ses effectifs et son aire de répartition ont fortement régressé sous la pression anthropique et la fragmentation de ses habitats, entraînant sa disparition d'une grande partie de l'Europe occidentale. Ses populations les plus abondantes subsistent aujourd'hui en Russie, dans le nord de l'Europe (Baltoscandie) ainsi que dans la chaîne des Carpates et les Balkans, tandis que des noyaux relictuels ou réintroduits subsistent péniblement dans les massifs d'Europe du Sud et de l'Ouest (Pyrénées, Cordillère Cantabrique, Apennins). Classé globalement en « Préoccupation mineure » à l'échelle de l'espèce par l'UICN, l'ours brun d'Eurasie bénéficie de mesures de protection strictes en Europe en raison de la vulnérabilité critique de ses populations locales isolées.

Dénominations Nom scientifique valide : Ursus arctos arctos (Linneaus, 1758) selon et mis à jour par Ellerman & Morrison-Scott, 1951 selon ; Synonymes :

Nom normalisé anglais : Eurasian brown bear ; Nom vulgaire recommandé en français : Ours brun d’Eurasie ; Nom vulgaire typique en français : Ours brun d’Europe ; Autres noms vulgaires :

Noms vernaculaires : Ours brun, Ours.

Taxonomie Cette sous-espèce est la sous-espèce type de l’Ours brun (Ursus arctos), décrite pour la première fois dans le taxonomie moderne par Carl von Linné dans la dixième édition de son Systema naturae en 1758. Sa localité-type correspond aux () été restreinte par Thomas (1911a) au ().

Au cours du temps, un grand nombre de spécimens seront décrits : des spécimens en fonction de leur forme ou de leur couleur, comme c’est le cas de l’Ours blanc terrestre et de l’Ours Noir par Gmlin en 1888, le Grand et le Petit Ours par Nilsson, mais surtout des spécimens en fonction de leur zone géographique avec l’Ours des Alpes ou l’Ours des Pyrénées. En 1865 John Edwards Gray organise les variétés de l’Ours d’Eurasie (alors considérée comme l’espèce Ursus arctos) de la manière suivante :

Tout ces spécimens seront petit à petit supprimés, et au milieu du XXème siècle le nom Ursus arctos arctos ne sera défini qu’en 1951 avec pour synonymes les noms décrits précédemment .

Dans l’inconscient collectif, cette sous-espèce d’ours brun est considérée comme étant exclusive au continent européen, d’où le nom typique d’ « Ours brun d’Europe », mais des spécimens asiatiques décrits ont été rattachés à la suite à ce taxon, c’est le cas d’Ursus arctos aureus provenant de l’extrême-orient russe, ou encore l’Ours de Gobi décrit dans les années 90 . Certains auteurs continuent de défendre la position de différentes populations d’ours bruns d’Eurasie, comme étant des sous-espèces distinctes, en particulier l’Ours brun Marcicain et l’Ours de Gobi, mais ces taxons restent des synonymes d’U. a. arctos dans la quasi-totalité des bases de données de références, à commencer par , c’était déjà le cas dans le . Ces deux populations sont notamment « en danger critique » (CR) selon l’UICN.

Évolution Les plus anciens fossiles proviennent de Zhoukoudian, en Chine, et remontent à environ 500 000 ans. Les analyses de l'ADNmt montrent que durant les glaciations du Pléistocène, les températures en Europe étaient trop rigoureuses pour l'ours brun, à l'exception de trois refuges : la Russie, l'Espagne et les Balkans. Une étude plus récente a néanmoins révélé que l'ours brun était également présent en France et en Belgique lors du dernier maximum glaciaire, indiquant qu'il n'était pas strictement confiné aux zones refuges méridionales.

Les recherches actuelles ont permis de retracer l'origine de la sous-espèce. L'espèce à laquelle elle appartient est apparue il y a plus de 500 000 ans, et l'ours brun d'Eurasie s'en est séparé il y a environ 850 000 ans, avec une branche établie en Europe de l'Ouest et une autre en Russie, en Europe de l'Est et en Asie. Grâce aux analyses de l'ADN mitochondrial, les chercheurs ont mis en évidence une séparation de la population européenne en deux clades : l'un dans la péninsule Ibérique et les Balkans, l'autre en Russie.

Une population présente en Scandinavie regroupe des individus issus des lignées occidentale et orientale. L'analyse de l'ADNmt de la population méridionale montre que celle-ci provient vraisemblablement des Pyrénées, dans le Sud de la France et en Espagne, et de la cordillère Cantabrique, Espagne. Les ours issus de ces populations ont colonisé le sud de la Scandinavie après la dernière glaciation. Les populations septentrionales trouvent quant à elles leur origine dans la population finno-russe : leurs ancêtres ont probablement survécu à la glaciation dans les zones libres de glace à l'ouest des monts Oural, avant de se disperser en Europe du Nord

Phylogénie et évolution La phylogénie des clades mitochondriaux et des sous-espèces d'Ours brun (Ursus arctos) fondée sur les études phylogéographiques et mitogénomiques mondiales (notamment Matsuhashi et al., 2001, Calvignac et al., 2008, Hirata et al., 2013 et Lan et al., 2017) révèle que les populations européennes d'Ours brun ne forment pas un ensemble génétique monolithique. Le taxon y est scindée en deux grandes lignées divergentes : d'une part, les populations d'Europe occidentale et méridionale (Péninsule Ibérique, Italie, Balkans méridionaux) rattachées au Clade 1 (ou Clade V) ; d'autre part, les populations d'Europe septentrionale et orientale qui s'intègrent au Clade 3a1. Ce dernier regroupe également les ours de Sibérie, de Sakhaline et d'Alaska occidental, témoignant d'une expansion postglaciaire commune à travers le nord de l'Eurasie et la Béringie. Cette division profonde au sein de l'Europe explique la complexité de l'attribution sous-spécifique de la forme nominale Ursus arctos arctos, traditionnellement utilisée pour décrire l'ensemble des ours du continent européen malgré cette hétérogénéité matrilinéaire marquée :

Description 180x180px|vignette|gauche|Crâne d’un ours brun d’Eurasie vignette|droite|Ours brun dans son pelage d’Hiver foncé, au zoo de Bad Mergentheim en Allemagne. L’ours brun d’Eurasie est un ours avec des dimensions modestes, mais dont on observe une grande variabilité selon le sexe, l’âge, la saison, la disponibilité de la nourriture etc… Chez les populations d’Europe méridionales, les individus mesure 0,90 à 1,20 mètre au garrot et font 1,70 à 2 mètres debout, le poids de forme d’un mâle est de 80 et 230 kg, et celui de la femelle 70 à 170 kg . Ceux d’Europe du Nord sont sensiblement plus grands Le plus gros spécimen trouvé était un mâle de 2 m43 de long pour un poids 480 kg dans le District fédéral de l'Oural, en Russie. Il peut y avoir une corrélation entre la faible consommation de viandes et une taille plus réduite chez des population d’ours dont les végétaux constituent une part importante de leur régime alimentaire, comme en Turquie.

L’ours a un une fourrure dont la couleur principale est le brun, mais celui possède de nombreuses nuances qui là encore dépendant de nombreux facteurs individuels et saisonniers. Le pelage d’Hiver peut être d’un brun très clair proche du beige, celui d’été peut en revanche être plus foncé proche du noir. Certaines populations présentent des particularités remarquables, environ 20 % des individus observés dans la population Turque présentent des taches blanches ou crème bien visibles au niveau du cou ou des épaules. Des cas d'albinisme ont également été observés.

Le crâne de l'ours brun d'Eurasie se caractérise par une forme allongée, compacte et relativement étroite sur sa face dorsale . L'orbite oculaire est incomplète, l'arcade osseuse ne se refermant pas totalement sur les côtés. Contrairement à de nombreux autres carnivores, ses os du nez ne sont pas directement articulés avec le maxillaire sur les flancs, et sa crête sagittale externe demeure courte et peu proéminente. La mandibule présente quant à elle une apophyse coronoïde très développée, offrant une large surface d'insertion pour des muscles masticateurs puissants adaptés au broyage végétal. L'articulation de la mâchoire s'insère dans une cavité glénoïde profonde délimitée vers l'arrière par un robuste processus rétroarticulaire, ce qui assure une forte stabilité mécanique lors de la mastication d'aliments les plus coriaces. La zone auditive présente une bulle tympanique réduite et nettement aplatie.

Répartition

L'ours brun était autrefois présent sur la majeure partie de l'Eurasie, contrastant avec son aire de répartition actuelle plus restreinte. Ses habitats comprenaient les prairies, les landes à végétation clairsemée et les zones humides. Mais il a disparu d’u. Certain nombre de pays d’Europe de l’Ouest.

À l'échelle mondiale, la population la plus importante se trouve à l'est de l'Oural, au cœur des vastes forêts de Sibérie ; des effectifs plus réduits subsistent également dans certaines régions d'Asie centrale.

En Europe

vignette|droite|Répartition des populations d’Ours brun d’Europe En Europe, la plus grande population réside en Russie, où les effectifs ont augmenté après avoir atteint un seuil historiquement bas dû à une chasse intensive. Les effectifs en Baltoscandie progressent également, bien que lentement. On compte près de 3 000 ours en Suède, 2 000 en Finlande, 1 400 en Estonie et une centaine en Norvège.

D'importantes populations subsistent aussi en Roumanie avec environ 13 000 individus, en Slovaquie avec environ 2 500 individus, en Bosnie-Herzégovine, en Croatie avec 1 200 individus, en Slovénie avec 1 100 individus, en Macédoine du Nord, en Bulgarie, en Pologne, en Turquie avec environ 4 000 individus et en Géorgie.

Des populations réduites mais notables vivent en Grèce avec environ 870 individus, en Albanie, en Serbie et au Monténégro. En 2005, la population en Ukraine était estimée à 200 individus, répartis au sein de deux métapopulations distinctes : celle des Carpates avec plus de 5 000 individus, ainsi que celle des monts Dinariques et du Pinde avec environ 3 000 individus.

Une population restreinte mais en croissance avec au moins 70 individus est établie dans les Pyrénées, à la frontière franco-espagnole, après avoir frôlé l'extinction. Deux sous-populations sont également recensées dans la Cordillère Cantabrique en Espagne avec environ 250 individus. En Italie, l’Ours brun Marsicain compte une centaine de ses représentants dans les Abruzzes, le Haut-Adige et le Trentin. Des individus franchissent ponctuellement la frontière vers la Suisse, pays qui ne compte plus de population indigène depuis l'abattage du dernier spécimen dans les Grisons en 1904.

Écologie et comportement vignette|droite|Oursons de 14 mois à proximité du village de Stari Kot, en Slovénie. Alimentation