vignette|redresse=1.5|Inscription copte du vignette|redresse=1.5|L'écriture épigraphique médiévale est parfois difficile à déchiffrer (ici une inscription sur le pilier médian de la galerie occidentale du cloître de l'abbaye de Moissac dont la forme et l'enclavement des lettres permettent un gain de place). Cf .
L'épigraphie étudie les inscriptions gravées sur des matières dures ou réalisés en tesselles de mosaïques. Les matières dures en question sont la pierre (inscription lapidaire), l'argile, le plâtre, le métal., le verre, les os, l’ivoire, le bois, mais pas le papier ou le papyrus (papyrologie grecque et latine). Cette discipline connexe qui constitue un outil indispensable de l'histoire et de l'archéologie a pour objectif d'établir le contenu des textes, d'en proposer une retranscription, une traduction, une datation, et de les replacer dans leur contexte culturel et historique. Elle permet aussi d'identifier des faux archéologiques par l'étude des graphèmes, du ductus des lettres, et par celle des formes linguistiques employées dans ces inscriptions.
Étymologie Le terme d’épigraphie, désignant l’étude scientifique des inscriptions, provient du grec : épi-grapheîn, soit « écrire sur ». Ce terme issu du grec a pour miroir latin « in-scribere », bien que paradoxalement, pourtant, le nom donné aux inscriptions en latin ne soit pas « inscriptio » mais « titulus ».
Définition Une épigraphe (à ne pas confondre avec épigramme) est un texte de toute nature, réalisé par gravure, incision, estampage, moulage, sur support rigide, dont la taille peut aller :
d'un simple graphème (signe de propriété sur une coupe, timbre gravé sur une amphore par le marchand ayant expédié les denrées qui s'y trouvaient), à un long document (un traité juridique, une biographie, un règlement religieux, une œuvre littéraire ou une inscription funéraire extensive)
La plupart des documents épigraphiques sont courts, et ne contiennent qu'un ou quelques mots (un anthroponyme de propriétaire, de destinataire, un nom de divinité, de communauté politique, de lieu, etc.).
Les supports et les formes des graphèmes sont variés. Les matériaux les plus fréquemment employés sont durs, et durables :
la pierre (calcaire, grès, granite, marbre, etc.) sous forme de stèles ou de blocs architecturaux, de gemmes taillées (glyptique). le métal (bronze, plomb, or, argent, etc.), sous forme de plaques, de rouleaux, de diplômes, de sceaux ou d'objets métalliques non-monétaires (instrumentum, mobilier domestique, etc.). la paroi d'une formation rocheuse naturelle non mise en œuvre dans un édifice (à l'intérieur d'une grotte par exemple, on parlera alors d'inscription pariétale). la terre cuite sous forme de tablettes d'argile (laissée crue ou cuite par accident), sous forme de vase (céramique). le verre. l'os et l'ivoire. les stucs, plâtres, fresques et autres enduits à base de carbonate de calcium destinés à la décoration des édifices et souvent inscrits, graffités. la mosaïque (par agencement des tesselles pour former des textes). le bois archéologique (qui n'est pas un matériau durable, mais qui peut être conservé en raison d'un milieu anoxique / hypoxique, comme l'attestent les nombreuses tablettes sur bois découvertes en Égypte, à Pompéi, ou sur le site britannique de Vindolanda). La personne qui pratique cette science est un épigraphiste. Il est spécialisé dans l'étude, l'édition scientifique, la traduction et la publication des inscriptions anciennes, notamment dans des corpus spécialisés (par exemple, le Corpus Inscriptionum Latinarum ou les Inscriptiones Graecae) ou dans des revues d'épigraphie comme L'Année épigraphique).
Le domaine de l’épigraphie se distingue de l’étude des textes transmis par la tradition manuscrite (ecdotique, codicologie, philologie, etc.) et de l’étude des papyrus, appelée la papyrologie. Les documents épigraphiques se distinguent aussi des monnaies et médailles (étudiés par les numismates), et des monuments ou bas-reliefs dépourvus d'écritures publiques et privées, appelés monuments anépigraphes, qui relèvent plus généralement de l'archéologie et de l'histoire de l'art. Enfin, l'étude des formes des écritures manuscrites anciennes, généralement réalisées à l’encre, relève quant à elle d'un domaine distinct appelé « paléographie », et concerne plus précisément les documents sur supports périssables et tendres, ne requérant pas l'emploi de la gravure mécanique dans la matière dure.
Applications L'épigraphie est un outil incontournable de l'histoire et de l'archéologie car elle permet d'ajouter aux documents anciens un grand nombre de textes modestes, issus du répertoire funéraire, de l'architecture monumentale, des pratiques comptables privées ou publiques des sociétés anciennes.
La diversité et la quantité des épigraphes permet de documenter la nomenclature et l'origine sociale des individus, l'onomastique, le statut juridique, les échanges économiques et les opérations administratives au sein d'une société donnée. Elle permet aussi d'étudier un certain nombre de pratiques d'occupation de l'espace public par l'écriture, d'étudier les documents normatifs exposés dans les espaces communautaires, informant tantôt les pratiques religieuses, calendaires, les procédures politiques et judiciaires, dont les tenants et aboutissants sont fréquemment portés sur stèle dans le cadre des « civilisations de l'épigraphie », notamment celles de l'Antiquité, qui ont laissé plusieurs centaines de milliers d'inscriptions en langue grecque et latine.
Histoire
Pendant l'Antiquité La curiosité pour les inscriptions est ancienne, sans doute aussi vieille que la pratique même des inscriptions. Certains auteurs de l’Antiquité se sont attachés à mentionner le contenu des inscriptions qu’ils pouvaient parfois lire, soit toujours en place, soit brisées à terre, en relatent le texte et en tirent des informations.
Le voyageur Pausanias, auteur de la Description de la Grèce au , décrit ainsi des dizaines d'inscriptions grecques antiques au détour de la description de nombreux édifices, sanctuaires, villes. Il transcrit notamment de nombreuses dédicaces, signatures d'architectes et de sculpteurs présents sur les monuments. Un autre exemple célèbre est celui d'un géographe grec demeuré anonyme, qui, dans son récit, relate son voyage à Carthage et indique avoir lu une inscription dans le temple de Ba’al qui racontait le célèbre Périple d'Hannon. Ce voyage, réalisé à l'époque archaïque ou classique, était raconté par un bref texte grec inscrit, censé être la traduction d'une inscription adjacente en langue punique, située aussi dans le temple de Ba'al à Carthage. L’inscription originale demeure perdue et n'est relatée que par ce texte anonyme lui-même parvenu à nous par un unique manuscrit, le Palatinus græcus 398, manuscrit byzantin du dernier quart du (texte de 101 lignes, fol. 55r-56r).
D’autres exemples existent : Pline l’Ancien, lui aussi voyageur passionné et descripteur des lieux traversés, donne dans son ouvrage, Histoire naturelle, la liste des peuples vaincus par Auguste tels qu'ils furent gravés sur le trophée des Alpes à la Turbie. L’inscription existe d'ailleurs toujours, conforme à ce que Pline avait rapporté.
Les préoccupations des auteurs antiques sont rarement historiques, les inscriptions mentionnées sont en général sommairement décrites ou simplement évoquées dans la mesure où elles donnent l’origine d’une construction ou une dédicace d’œuvre.
Au Moyen Âge Au Moyen Âge, de nombreux récits de voyages, qu’on appelle couramment des « itinéraires », mentionnent et citent des inscriptions croisées ici et là pour servir de repères aux pèlerins en route pour un lieu saint. A Rome, certains de ces pèlerins réalisent à la fin du Moyen Âge les premières copies d’inscription latines croisées lors de leur périple, en concentrant leur attention sur les exemplaires les plus monumentaux, présentant les graphies les plus belles, issues de l'alphabet latin monumental de l'époque impériale.
En Orient, certains érudits et sages de la tradition soufi sont réputés avoir les premiers déchiffré les hiéroglyphes. Cela pourrait être le cas de Dhul-Nun al-Misri (786-859) même si aucun de ses écrits ne nous est cependant parvenuJohn Esposito, The Oxford Dictionary of Islam, Oxford University Press 2003. Ibn Wahshiyya (), par la suite, dans son Kitab Shawq al-Mustaham, discute de plusieurs alphabets anciens dont les hiéroglyphes égyptiens.
Le premier érudit médiéval à recopier, en Occident, en grand nombre des inscriptions fut Cyriaque d'Ancône (1391-1452), un marchand, antiquaire et humaniste italien, voyageur et épigraphiste grâce auquel nous sont parvenues des copies de nombreuses inscriptions grecques et latines perdues par la suite. Parfois appelé le « père de l'archéologie »Edward W. Bodnar, Later travels, avec Clive Foss - Harvard University Press, 2003. (Cyriaque d'Ancône était l'enregistreur le plus entreprenant et le plus prolifique des antiquités grecques et romaines, en particulier des inscriptions, au XVe siècle, et l'exactitude générale de ses archives lui permet d'être appelé le père fondateur de l'archéologie classique moderne..), il est le premier « savant » à redécouvrir et décrire des sites grecs antiques prestigieux tels que Delphes, l'acropole d'Athènes, le Parthénon, Apollonia d'Illyrie, Butrint, Érétrie ou Nicopolis d'Épire; en 1440, il fit l'ascension de la grande pyramide jusqu'au sommet et rapporta la nouvelle de l'existence de ce monument et des hiéroglyphes égyptiens en EuropeLudwig Friedlãnder, Mœurs romaines du règne d'Auguste a la fin des Antonins, Reinvoald, 1867 (). Cyriaque d'Ancône se croyait investi d'une mission : sauver les antiquités, condamnées à disparaître. La première inscription recopiée par Cyriaque fut celle qui se trouvait sur l'arc de Trajan, à l'entrée du port d'Ancône, au début des années 1420. Lors de son séjour à Rome en , il étudia les monuments antiques et copia nombre d'inscriptions.. Cyriaque tenait un journal détaillé, en latin, de ses pérégrinations, les Commentaria, dans lequel il faisait parfois des croquis des monuments qu'il voyait (par exemple Sainte-Sophie de Constantinople) et transcrivait les inscriptions qu'il pouvait déchiffrer. Durant ses nombreuses visites en Grèce, il essaya de dessiner et recopier le plus d'antiquités et d'inscriptions possibles.
À la Renaissance et à l'époque moderne
Retour en force de l'Antiquité Lors de la Renaissance et dans le sillage de la redécouverte du monde antique, on commence à porter un intérêt non plus topographique ou pratique aux inscriptions mais réellement scientifique, à les constituer comme source d’histoire. On appelle alors souvent les inscriptions des « tables », en latin tabellae. La redécouverte de l’Antiquité, du monde antique, déclenche une véritable passion chez les artistes, peintres, sculpteurs, qui glissent régulièrement dans leurs tableaux des représentations d’inscriptions antiques, parfois légèrement modifiées. Les tout premiers recueils d’inscriptions apparaissent au , par exemple celui de Désiderio Spreti, de Amplitudine, Eversione Et Restauratione Urbis Ravennae, publié en 1489, qui comporte quelques textes d’inscriptions découvertes à Ravenne, qui était une des bases de la marine militaire romaine sous l’empire. Ces premiers recueils sont d’une fidélité relative, comportent parfois des faux grossiers, et n’ont souvent qu’une portée très locale, se contentant de mentionner les inscriptions d’une ville, ou d’un village.
Valorisation des inscriptions comme source d'histoire au