L'abbaye Notre-Dame de ClermontPlaquette de visite de l'abbaye, Bienvenue à l'Abbaye Notre-Dame de Clairmont, août 1994, mise à jour en août 2013, vendue sur place. (ou de Clairmont) est une ancienne abbaye cistercienne située à quatre kilomètres du bourg d’Olivet dans le département de la Mayenne. Elle a été fondée en 1150 par et fut longtemps la nécropole de la famille de LavalJean-René Ladurée, « Clairmont et sa fille, Fontaine-Daniel : deux fondations claravalliennes dans le Bas-Maine », Les cisterciens dans le Maine et dans l'Ouest au Moyen Âge, Ghislain Baury, Vincent Corriol, Emmanuel Johans et Laurent Maillet (dir.), Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, t. 120, n° 3, septembre 2013, p. 135-151.. Elle a été classée monument historique par arrêtés du (église et bâtiment des convers) et du (porterie), et le site complet est inscrit par arrêté du .

Il s'agit de la première fondation de l'ordre cistercien dans le Bas-Maine et la des 66 fondations directes de l'abbaye de Clairvaux.

Situation géographique L'abbaye est située à l'est de la commune d'Olivet, à quelques centaines de mètres de la ligne Paris-Brest.

Implantée au milieu des bois sur un point haut du lit du Vicoin, elle est entourée de trois étangs.

Description Bâtiments En 2014, divers bâtiments sont accessibles : la porterie, antique entrée au nord du site ; le bâtiment des Pères, qui abrite aujourd'hui la réception, une salle consacrée à des expositions et à l'histoire du lieu ; les communs qui sont en ruines ; le bâtiment des convers, dont la toiture a été protégée en 2013, comprenant un rez-de-chaussée avec cellier et réfectoire et, à l’étage, un dortoir sous charpente ; la vaste église romane bâtie en forme de croix latine. Les façades du bâtiment monastique à trois étages d’architecture classique datent du .

Église L'église est un spécimen remarquable du style apprécié par les premiers disciples de Bernard de Clairvaux. Ce dernier réprouvait le luxe et même la recherche artistique chers aux bénédictins, il ne voulait pas d'absides circulaires, ni de fastueux clochers, ni de chapiteaux sculptés.

L'église montre dans sa conception d'immenses proportions : avec ses 60 mètres de long, ses 18 mètres de large, elle couvre une superficie de plus de 1 200 mètres carrés, d'un tiers plus considérable que les deux corps de bâtiments affectés au logement des religieuxL'église était absolument disproportionnée avec les besoins de la communauté ; si nombreuse qu'on la suppose, elle pouvait tenir largement dans une partie du chœur et du transept.

Elle possède un transept de 36 mètres sur et trois nefs ; les quatre premières travées des collatéraux ont été supprimées au ; sur chacun des bras du transept s'ouvrent vers l'Est trois chapelles ou absidioles terminées comme le chœur par des murs droits. Les absidioles sont couvertes de voûtes en berceau brisé, en blocageCe sont les seules voûtes de l'édifice; les moines ont fait placer au sur la nef et le transept une fausse voûte en lattes et en plâtre que masque une belle charpente qui diminue l'élévation du vaisseau.. Les arcades de la nef sont en tiers-point et reposent sur de grosses piles rectangulaires sans chapiteaux, toutes les autres baies sont en plein-cintre.

Faite en forme de croix latine, cette église a un chevet carré, une nef accompagnée de bas côtés dans les deux tiers de sa longueur ; le mur oriental des deux bras du transept est ouvert de trois arcatures donnant entrée à six chapelles isolées, parallèles au chœur, à voûtes ogivales et terminées extérieurement par des pignons. Cette disposition des chapelles est particulière aux églises cisterciennes.

L'église, régulièrement orientée, occupe le côté nord d'un vaste quadrilatère ; les dortoirs, la salle capitulaire, les sacristies sont à l'est, en communication avec le transept de l'église ; les réfectoires, les salles communes, les cuisines, les bâtiments réservés à l'abbé ou au prieur et aux hôtes, occupent le côté du midi ; enfin les vastes servitudes ferment à l'ouest le quatrième côté de la cour intérieure, dont les cloîtres régnaient le long des deux bâtiments claustraux.

Le chœur et le mur occidental du transept avaient deux rangs de fenêtres superposées. Extérieurement, la façade du couchant a sa porte à trois voussures surmontée d'une fenêtre étroite et élancée, encadrée de contreforts à plusieurs ressauts ; deux autres contreforts moins élevés montent des deux côtés jusqu'à la naissance des rampants. Les matériaux employés sont le schiste pour la maçonnerie proprement dite, le granit pour les ouvertures, les contreforts et, à l'intérieur, les piliers de l'intertransept et les montants des arcades des bas côtés. Aucun travail de sculpture, sauf quelques moulures arrondies à la façade. Les cintres des fenêtres sont en briques et façonnées pour cet emploi. La pierre blanche n'a été employée que pour les ogives des basses nefs et de l'entrée des six chapelles du transept.

Les communs, qui formaient le côté ouest du quadrilatère, laissant entre leur extrémité nord et l'église un passage fermé d'un portail. Les magasins destinés à loger les provisions de toute nature n'ont d'ouvertures que sur le dehors, sauf par un couloir voûté en ogive. Ce sont trois belles salles voûtées, de la largeur du bâtiment avec colonnes médianes. La première, de 10 mètres de long, n'a qu'une colonne au centre ; la seconde, de 15 mètres, a deux colonnes ; la troisième, séparée des deux autres par le couloir, a 20 mètres et trois colonnes. Les voûtes ont 5 mètres de hauteur. Outre les portes romanes et les fenêtres de même style, évasées en dehors comme en dedans, de ces magasins, la salle du nord a deux petites entrées très élevées mais qui ne peuvent livrer passage qu'à une seule personne et qui donnent sur le placitre de l'église ; elle pouvait servir à la fois d'asile aux passants et de lieu de distribution des aumônes. D'immenses greniers régnaient dans toute la longueur de ce bâtiment.

Bâtiments conventuels Les bâtiments conventuels ne nous parlent plus de la vie et des habitudes des moines du , mais de celles de leurs successeurs du et du qui les ont fait construire. Les mœurs sont changées. L'appartement du prieur est luxueux, richement lambrissé ; les cellules des moines sont devenues des chambres spacieuses ayant leurs jours sur la campagne au lieu de ne regarder que la clôture ; les salles communes n'ont ni la sévérité ni la beauté antiques. Le cloître aboutit au porche de sortie et dessert à la fois les appartements du prieur et des hôtes et, par un couloir, le bâtiment réservé aux religieux.

Le bâtiment affecté aux religieux, autrefois en communication avec l'église par un escalier en bois, est l'œuvre des frères Jean et Michel Langlois qui y travaillaient en 1650.

Abbatiale L'abbatiale, construite au peut-être pour l'un des premiers commendataires, ne consiste qu'en un corps de logis ayant façade au midi, flanqué au nord d'un avant-corps et aux deux extrémités de tours. Il y avait aussi une petite chapelle intérieure. Sur la porte, l'ogive en contrecourbe encadre un écusson sommé d'une crosse abbatiale et chargé d'un chevron et de trois roses.

Histoire Fondation par la famille de Laval , dans une charte de 1152, se porte en effet comme fondateur de Clermont ; mais il y a deux difficultés sur le synchronisme de cette pièce : l'indiction II qu'on assigne à l'année 1152 est fausse ; Pierre, abbé de Buzay au diocèse de Nantes, qui figure comme témoin, était déjà remplacé en 1150.

Le texte de la charteOn ne le possède qu'en copie., n'en semble pas moins véridique, seulement il faut y voir non l'arrivée des disciples de Bernard de Clairvaux, car ils avaient déjà leur abbé et le lieu avait été nommé par eux Clermont, mais la reconnaissance de leur établissement.

Légende Quant à l'intervention de Bernard de Clairvaux en personne, non seulement rien ne la démontre mais tout ce qu'en disent Antoine Le Corvaisier de Courteilles, premier auteur de cette légendeLa légende indique que Bernard de Clairvaux, « lorsqu'il vient à Laval, probablement vers 1147, en prêchant la deuxième Croisade obtient de un fonds, des bois, des pâturages pour la création d'une colonie de son ordre, qui aboutira plus tard à construire l'Abbaye de Clermont »., et Charles Maucourt de Bourjolly, est manifestement faux.

Clermont donne deux évêques à l'église de Rennes : Philippe, son premier abbé, est sacré évêque de cette ville en 1178 ; il rebâtit le chœur de sa cathédrale et meurt le . Herbert, aussi abbé de ce monastère, est élevé sur le même siège en 1181 et l'occupa jusqu'à sa mort en .

Guy de Laval le consacra à Dieu et à la Sainte-Vierge, pour obtenir le salut de son âme, celui de son père et de ses ancêtres et pour la guérison de son frère qui était gravement maladeotum sit omnibus Ecclesiae fidelibus quod ego Guido Lavall. consensu matris charissinue Emmae et ira tris mei Hamonis dedi Deo omnipotent! ac genitrici Marix locum qui dicitur Clarusmons ad constituendam abbatiam secundum ordincm Cislerciensem pro salute anima; mere, patris mei et predecessorum ineorum, pro salute fratris mei Hamonis gravi infirmitalc corpons laborantis, in presentia Domini Vuilg. Ep'. Cœnom. anno ab Incarn. Doinini. Le , le premier abbé Philippe signe une charte de fondation avec en présence de Guillaume de Passavant, évêque du Mans.

ajouta à ses premières libéralités, spécialement à l'occasion de la mort de sa nièce Mathilde, en présence d'Henri de Marcy, abbé de Clairvaux (1177-1181).

ratifia tout ce qui avait été fait avant lui et fut, lui aussi, bienfaiteur de l'abbaye que le pape approuva par bulle datée d'Anagni, 1201.

Abbaye-fille L'abbaye put, dès 1197, envoyer une colonie dans les landes de la Herperie, où Juhel III de Mayenne voulait d'abord établir le monastère qu'il transféra à Fontaine-Daniel. En 1204, l'abbaye de Clermont fonde son unique abbaye-fille : l'abbaye de Fontaine-Daniel, située à une trentaine de kilomètres.

Quelques années après (1207), l'abbaye de Clermont recevait de et d' le domaine du Breil-Benoît, à la lisière de la forêt du Pertre, et y fondait peut-être un établissement religieux, ou au moins une grange avec une chapelle qui subsistait encore au commencement du .

Le baron de Laval avait autorisé d'avance toutes les libéralités que feraient aux cisterciens de Clermont ses vassaux. Beaucoup répondirent à cette invitationGuillaume de Mayenne donna (1195, circa) la métairie des Touches, pour la pitance générale des moines à la fête de saint Clément, jour anniversaire de la mort de son père. Les Saint-Berthevin, proches voisins de l'abbaye, furent généreux entre tous : Gesbert donne le fief de Saint-Étienne et du Douet-Gesbert, 1185 ; Guérin, la grange de la Gaudinière, 1188 ; Hubert, le droit d'usage dans la forêt de Bourgon, 1203..

En 1248Abbé Angot, Dictionnaire de la Mayenne, II, p. 432., un accord entre Emma de Laval et les moines de l'abbaye de Clermont indique que la forêt de Frageu comprend « les bois de Misedon, des Hayes, de Mautaillé, du Rage, des Fertés et des Essarts ». L’accord rajoute enfin que les moines possèdent les deux « bois des Plaisses et de la Baulnière ».

Libéralités A plus forte raison, les successeurs de , qui choisirent bientôt leur sépulture dans l'église abbatiale, imitèrent-ils leur ancêtre.