L’âtre, ou foyer, est l'endroit où l'on fait le feu dans les maisons. Il est appelé par métonymie « cheminée » et le feu qui y est allumé est appelé « feu ouvert » ou parfois de manière ambiguë « feu de cheminée ».
Historiquement, le foyer (l'âtre, la cheminée) est le point central d'une habitation, dans la mesure où il procure la chaleur et permet de faire la cuisine.
En archéologie, trouver les traces d'un foyer permet généralement de déterminer nombre d'informations sur l'habitat et les habitudes des personnes vivant dans un lieu donné, en fonction de sa taille, de sa position dans l'espace par rapport aux limites de l’habitat et de son ancienneté (mesurées d'après la profondeur à laquelle il est découvert ou au carbone 14).
Définitions et vocabulaire L'âtre était la partie d'un plancher au droit d'une cheminée sur laquelle on faisait le feu; aussi la partie intérieure de la cheminée. On disait encore âtre d'un four, âtre relevé ou faux âtre - celui fait en briques ou formé d'une plaque de fonte élevée sur des tasseaux au-dessus du plancher.
On peut donc distinguer: L'âtre, le foyer, (la cheminée) - feu ouvert ou un fourneau en partie fermé qui communique avec un conduit vertical, très souvent adossé à un mur ou à plusieurs parois, aménagé dans un bâtiment en dur et souvent visible de l'extérieur en partie supérieure. Le conduit, construit en dur, qui véhicule et confine les fumées, la vapeur d'eau, les autres gaz de combustion, éventuellement toxiques, d'un quelconque foyer, ouvert ou fermé, brûlant, afin de les évacuer ou, plus rarement, de les traiter.
vignette|Foyer typique à Salem, aux États-Unis. Un foyer est constitué de divers éléments qu'on retrouve d'un foyer à l'autre.
Âtre : ouverture liée au conduit, dans laquelle on fait le feu. Contrecœur : paroi du fond du foyer, fabriquée en pierres, en briques ou en métal (appelée aussi bretagne dans ce cas). Ébrasements : les côtés du foyer à l'intérieur de l'âtre. Jambages : montants verticaux soutenant la plate-bande et déterminant la hauteur de l'âtre. Plate-bande : aussi appelée linteau, la plate-bande délimite la partie supérieure du foyer. Manteau : ouvrage de finition entourant le foyer (jambages et plate-bande). Accessoires de foyer
Chenets : pour soutenir les bûches et permettre à la cendre de tomber sans étouffer les braises. Pelle : pour ramasser la cendre et le bois non consumé. Tisonnier : permet de remuer les bûches pour favoriser la circulation de l'air et la combustion. Pinces : servent à attraper les bûches pour les déplacer. Soufflet : souffle la cendre pour ranimer les braises. Pare-étincelles : un grillage métallique placé devant le foyer ou des portes vitrées pour empêcher les étincelles de sortir du foyer et provoquer un incendie.
Histoire L'art de construire et d'entretenir des cheminées, par exemple par ramonage, apparaît avec la civilisation de la céramique, en particulier gallo-romaine. Il s'agit d'un art associé aux centres de domaines,villae ou "fundi", construits en pierre dure ou en briques, ou, à défaut, à des corporations techniques des principaux métiers du feu. Les maisons élémentaires en bois ou en matériaux locaux traditionnels n'ont souvent qu'un foyer ouvert au centre de la pièce à vivre avec un plafond troué.
La cheminée murale, associée aux vastes bâtiments en dur des îlots de pouvoir, ne réapparaît ou se développe véritablement en Europe occidentale qu'aux et . Sa progression est timide malgré la naissance d'une rente immobilière entre le et en Allemagne ou en France, incluant maisons-fortes et plus tard châteaux, son évolution est lente, au point que les belles cheminées restent exceptionnelles ou une marque aristocratique au Moyen Âge. Les îles méditerranéennes ne les connaissent véritablement dans leurs habitats communs qu'au , ainsi la Corse ou les Baléares.
Une première mutation considérable se place entre 1570 et 1640 avec l'installation du bâti en dur généralisé. Si la cheminée se banalise comme solution technique, l'impact de l'habitat est encore plus grand sur le parcellaire et le paysage. L'architecture rurale est surtout marquée par les croissances quasi-continues de l'habitat paysan de 1720-1730 jusqu'aux années 1830-1850, cette évolution ne règle le délicat problème du chauffage pour les plus modestes qu'avec la généralisation du poêle ou fourneau en fonte grise, parfois relié à la cheminée après 1780.
Préhistoire Depuis que les hommes ont maîtrisé le feu, ils se sont naturellement réunis autour de petits foyers, en plein air ou sous des abris sommaires, laissant les grottes profondes aux rituels chtoniens.
Antiquité Pendant l'Antiquité, les Grecs utilisaient un brasero mobile (nommé / ) rempli de braises ardentes. Les Romains utilisaient aussi un brasero et, dans les édifices publics ou les riches demeures, un chauffage central par hypocauste.
Puis, pendant la période gallo-romaine, les braseros, source de fumées gênantes, furent abandonnés. La chambre de l'hypocauste fut remplacée par des conduits situés dans le plancher et menant, à partir du four adossé au mur, dans les conduits en tuile situés dans le mur. Peu à peu les habitations furent construites avec une disposition des cheminées qui tenait compte de la structure du bâtiment. Elles sont souvent sur les pignons ou les murs de refend préservant la bâtisse du feu, avec une souche dépassant du toit, une disposition tenant compte des vents dominants pour ne pas refouler la fumée. Suivant le système constructif lié au pays il est fait une mise en système des conduits à fumée depuis le foyer : les conduits sont séparés ou se rejoignent avec une sorte de siphon à un conduit commun. Les cheminées sont placées dans une organisation étudiée des pièces comme le montre le logis seigneurial. En France, les premières cheminées attestées archéologiquement apparaissent à la période gallo-romaine (domus des Bouquets à Périgueux (visibles aujourd'hui dans le musée du site), atelier de potier à la Boissière-École, Chartres) et non à la période médiévale comme on l'a longtemps cru.
Moyen Âge vignette|Abbaye du Mont-Saint-Michel. Âtre du Scriptorium, 1225. La cheminée était au cœur de la vie traditionnelle un lieu de convivialité : cuisine à l'âtre, chauffage. La cheminée est la base du fumoir qui permit de conserver les aliments. Au Moyen Âge dans les demeures bourgeoises la cheminée est autant un local qu'un ustensile aménageant un local, un espace « ouvert » dans une salle. Les déplacements y sont possibles. La cheminée construite comporte des niches dont une niche à sel pour conserver ce produit luxueux. La salle de la maison rurale était dite « chambre à feu », les notaires y commençaient leurs inventaires.
Notons que les premiers recensements pratiques de population sont effectués dans les paroisses par le clergé et les fonctionnaires d'état ou de seigneuries qui dénombrent les feux, c'est-à-dire les foyers fiscaux propriétaires de biens ou de richesses et non les demeures avec des cheminées. Ces feux ou foyers correspondent à nos foyers familiaux imposables et un feu correspond le plus souvent à une moyenne de cinq, bien plus rarement dix personnes. On dénombre ainsi par exemple à Troyes au . Même s'ils peuvent dénoter la richesse d'une ville ou d'une contrée, ceux-ci ne sont pas des recensements démographiques. Il va de soi que les viles abris ou masures des pauvres misérables, insolvables ou endettés ne sont pas comptées.
Les cheminées du début du Moyen Âge sont rares et énormes, tenant presque toute la largeur des salles. On y mettait des bancs pour s’asseoir dessous et les pieds dans un panier en vannerie. Elles étaient dotées d'une simple hotte pyramidale suspendue au-dessus du foyer, puis on les munit d’un chambranle porté sur deux montants appelés jambages ou pieds-droits et d’une frise supportant une tablette horizontale. Pendant l’été, on garnissait l’âtre de verdure. Dans les régions tempérées, la brièveté des jours et les rigueurs de l'hiver faisaient se réunir les communautés villageoises à l'occasion de « veillées », soirées autour d'un feu de bois chez des habitants notables. Les veillées ont toutefois préexisté la plupart du temps à la généralisation des cheminées, la veillée ou "réunion à la veillée" s'explique par l'économie des moyens d'éclairage et accessoirement de chauffage, et non pas la présence impérative d'une cheminée.
Ces moments de la sociabilité ont été retranscrits plus tard par la littérature traditionaliste car ces moments forts permettaient l'échange de nouvelles, l'évocation de contes, pendant que s'effectuaient des travaux de bricolage ou des travaux d'aiguille, avec une poêlée de châtaignes grillées mangées dans certaines régions. Et en ce qui concerne l'image du père Noël entrant dans les maisons par la cheminée, un aspect économique et fortement commercial s'est ajouté à l'aspect social pour sa résurrection au .
Au , les cheminées atteignent leur largeur maximale, leur âtre se taille en arc et la forme de la hotte s’arrondit légèrement. Le tirage étant mauvais, les fumées se répandaient dans toute la pièce.
Époque moderne et contemporaine vignette|Cheminée dessinée par Hans Holbein le Jeune, début . vignette|redresse=1.5|« Cheminée à la française » dans le Cabinet du grand dauphin du château de Versailles. Les accessoires de foyer (grilles de feu dans le foyer, chenets…) s'accordent au reste en adoptant le bronze doré qui remplace le fer forgé. Le revêtement en pierre du sol devant l'âtre permet de protéger le parquet des escarbilles. À la fin du en France apparurent des grandes glaces au dessus des cheminées (telles que celle dans le Grand Salon du Château de Marly) grâce l'invention des glaces coulées. Cette technique fut industrialisée à partir de 1695 dans la Manufacture de Saint-Gobain, ce qui permit d'obtenir des miroirs de grande taille, sans parcloses.. Cette technique trouva un emploi particulier dans les cheminées de glace, sans retable, d'où le développement du modèle de la « cheminée à la française » (connue aussi sous l'appellation « à la Royale » ou « à la Mansart ») caractérisé par un âtre à bordure moulurée, surmonté d'un trumeau habillé d'un miroir jusqu'à la hauteur de la corniche. Ce modèle que seuls les gens aisés pouvaient s'offrir, donna naissance à toute une série d'objets en bronze doré (pendule et candélabres formant garniture de cheminée sur la tablette, appliques avec bras de lumière de part et d'autre du miroir) Alastair Laing, « Die Entwicklung des “Cheminée à la française” und seiner Dekoration », dans Vergoldete Bronzen : die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, éd. par Hans Ottomeyer et Peter Pröschel, 2 vol., Munich, 1986, t. II, p. 443-458, 449.
À la fin du on améliora leur rendement. On put donc considérablement diminuer la largeur et la hauteur des âtres. La cheminée se généralisa comme un élément de luxe (le Château de Chambord en possède 365). En 1783, des subdélégués font remarquer lors d'enquêtes sur la consommation du bois que les habitants aisés des villes ne se contentent plus d'une cheminée unique dans leur logement mais en utilisent dans plusieurs appartements (partie d'étage ou étages complets attribués à une personne, à un type de séjour dans un immeuble), augmentant d'autant les besoins en bois de chauffage, ce qui contribuait à la déforestation, suscitant le problème dans la construction de se procurer des pièces massives de charpente. De plus le rendement était toujours faible, ce qui amena l’usage du calorifère.
Puis au s'étendit (depuis l'Angleterre) l'usage du charbon de terre, la houille, en remplacement du bois comme combustible. Cela fit passer l’équipement de la maison de l'âtre ouvert au fourneau successeur du luxueux « potager » des grandes demeures par l'introduction des plaques de fonte vers 1850 et au poêle fermé brûlant du charbon avec évacuation des gaz et vapeurs nocives vers la cheminée refermée par un tuyau.