LAMX-30 est un char de combat qui a équipé l'armée française pendant plus de trente ans. À partir de 1966, il a été construit à , versions dérivées comprises. La moitié de la production a été exportée. ont été utilisés pour développer d'autres systèmes d'armes sur châssis blindés, tels le char de dépannage AMX-30D, l'automoteur d'artillerie de AUF1, le char de défense antiaérienne Roland temps clair (avec radar de veille seul) et tous temps (doté d'un radar de tir en plus du radar de veille) ou le véhicule de lancement du missile Pluton, jusqu'au retrait complet de ce dernier en 1993.
Historique
Le résultat de trois échecs et d'un succès
Le projet AMX-30 arrive dans l'industrie d'armement française après un succès et trois échecs. Le succès est le char léger AMX-13 qui donne naissance à une série d'engins blindés dont la production se prolonge jusqu'en 1976 et dont les derniers exemplaires ont cessé le service dans les années 1990-2000.Les échecs sont les trois chars lourds développés par l'industrie d'armement française après la guerre, entre 1945 et 1960 qui connaissent un développement et un service très limités, l'ARL-44, l'AMX-50 et un prototype de char de Batignolles-Châtillon.
Des projets internationaux ambitieux mais aux résultats limités En 1953, l'UEO crée le groupe de travail FINBEL, nommé d'après les pays adhérents : la France, l'Italie, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg.. Il a pour mission de rédiger un cahier des charges pour un nouveau char moyen afin de remplacer leurs chars de conception américaine et britannique et remplir le rôle de MBT ( : char de combat principal). En 1956, l'Allemagne de l'Ouest rejoint le groupe de travail, le transformant en FINABEL (l'ajout du « A » pour « Allemagne » en français). Le , à Colomb-Béchar un accord bilatéral a été conclu entre la France et l'Allemagne pour construire un char en commun selon les spécifications de FINABEL.. Le projet est appelé Europa-Panzer pour indiquer sa nature européenne commune et la participation des experts de tous les pays dans le processus de conception.
Les spécifications FINABEL 3A5 décrivent un char de combat léger et mobile, avec une limite de masse à , compromis entre la capacité du blindage et la vitesse du char.
Lors d'une conférence à Bonn le , les ingénieurs français et allemands complètent le cahier des charges de ce char.. : une largeur maximale de ; une hauteur de ; un canon de calibre ; un moteur à essence refroidi par air ; une suspension à barre de torsion avec amortisseurs hydrauliques ; un rapport puissance-poids d'au moins () / tonne ; une autonomie d'au moins ..
L'institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis commence alors les études. Les Italiens annoncent en qu'ils veulent se joindre au projet bien qu'ils ne possèdent aucun bureau d'études pour participer à sa conception.
Le à Paris, les ministres français et allemand de la Défense conviennent de produire deux prototypes séparément.
L'année suivante, le projet subit un premier revers. Les accords de Paris, conclus en 1955 et relatifs au réarmement de l'Allemagne, prévoient qu'elle peut bénéficier de l'arme nucléaire à condition qu'elle soit développée dans un pays tiers. La France et l’Allemagne de l’Ouest signent donc le protocole de Colomb-Béchar le , auquel se joint l'Italie par l'accord du , pour étudier en commun le développement d'une arme nucléaire. Mais, le , de Gaulle décide de refuser à l'Allemagne de l'Ouest et à l'Italie l'accès à la bombe atomique, officiellement pour ne pas froisser les États-Unis et la Grande-Bretagne, officieusement pour garantir l'indépendance nucléaire française.. En représailles, l'Allemagne se désintéresse du projet de char commun.
Premiers prototypes communs Les prototypes français sont développés et produits par l'Atelier de construction d'Issy-les-Moulineaux, sous la direction du général Joseph Molinié, de la Direction des études et fabrications d'armements (DEFA devenue Direction technique des armements terrestres), et de l'ingénieur en chef de l'AMX Heissler. Le premier prototype est achevé en et testé en ., le deuxième, avec un télémètre amélioré et un train de roulement de meilleure qualité, en . Ces premiers véhicules ont une tourelle très arrondie, dans une imitation délibérée du T-54 soviétique. Ils sont équipés des moteurs à essence fabriqués par la . D'autres prototypes, avec une amélioration de la tourelle en fonte lisse, sont fabriqués entre 1961 et 1963.
Les prototypes allemands sont réalisés par deux équipes, une équipe A composée de Porsche, Maschinenbau Kiel, Luther & Jordan et et une équipe B composée par , Rheinstahl-Hanomag et Henschel. Des maquettes en bois sont réalisées en 1959, tandis que les deux premiers prototypes terminés par l'équipe A sont achevés en 1961..
Fin des accords franco-allemands L'intention de la France de quitter l'organisation militaire de l'OTAN provoque une rupture entre la France et l'Allemagne de l'Ouest. La République Fédérale se détermine alors pour l'achat de matériel américain pour favoriser une nouvelle normalisation de l' d'utiliser des moteurs Diesel polycarburants.. Le ministre allemand de la Défense Franz Josef Strauß commence à s'opposer au projet commun de char. En , la commission de la défense du Bundestag allemand décide d'adopter un char de production purement nationale. En réponse, le même mois, le gouvernement français prend une décision identique..
Entre août et , des essais comparatifs sont néanmoins maintenus à Mailly-le-Camp, Meppen, Bourges et Satory entre cinq prototypes français d'un char désormais connu sous le nom d'AMX-30 et cinq prototypes allemands, en présence de délégations néerlandaise, belge, italienne et américaine.. Les essais indiquent que le modèle de char allemand, qui obtient son nom de Leopard le , présente une meilleure mobilité et une meilleure accélération. Le gouvernement français prend pour prétexte qu'il ne peut se permettre de décider l'acquisition d'un nouveau char avant 1965, tandis que les Allemands refusent d'adopter le canon de franco-allemand, et lui préfèrent le canon Royal Ordnance L7. En effet, à l'automne 1962, ils ont déjà ordonné l'achat de , malgré le fait que Rheinmetall ne puisse produire un type de munitions communes d'une qualité suffisante.. Des suggestions pour construire un char mixte, en combinant la tourelle française avec le châssis allemand, échouent. En conséquence, le programme est annulé, les Français et les Allemands adoptent définitivement leurs deux chars distincts..
Premiers prototypes AMX-30 Les prototypes de l'AMX-30 pèsent avec une largeur de comparable au Panzer 61 suisse, et une hauteur de comparable au modèle soviétique T-55. Contrairement à l'AMX-50, l'AMX-30 dispose d'une tourelle conventionnelle, car les tourelles oscillantes ne peuvent garantir l'étanchéité à l'eau lors des franchissements et aux poussières radioactives en cas d'attaque nucléaire. Elles souffrent également d'une plus grande faiblesse balistique au niveau de la jupe et de la tourelle. À l'origine, les deux premiers prototypes sont propulsés par un moteur à allumage commandé de (), nommé SOFAM 12 GS.Plus tard, un moteur Diesel polycarburant, développé par Hispano-Suiza est adopté.. Les sept prototypes de l'AMX-30 en sont alors équipés. Deux autres prototypes, censés être des véhicules de préproduction, sont livrés en . Outre le moteur, le blindage et la tourelle sont modifiés. Les armements reçoivent un nouveau masque qui est à nouveau modifié sur les véhicules de série.. Les premières versions produites de l'AMX-30B, nommées ainsi pour les distinguer des prototypes AMX-30A, sont achevés en ..
Production La production de l'AMX-30 a lieu à l'atelier de construction de Roanne, qui dès 1970 se consacre à 45 % à la production de véhicules neufs..
Cette usine de fabrication lourde a été construite pendant la Première Guerre mondiale pour produire des obus d'artillerie, mais à partir de 1952 l'usine a commencé à produire des véhicules de combat blindés dont et ses variantes.
L'usine de Roanne est responsable de l'assemblage final, la plupart des composants sont produits ailleurs : le groupe motopropulseur par l'atelier de construction de Limoges, la tourelle par l'atelier de construction de Tarbes, le canon par l'atelier de construction de Bourges, le tourelleau et la mitrailleuse en superstructure par la Manufacture d'armes de Saint-Étienne, l'optique par les ateliers de construction de Puteaux (APX).
Ces entreprises sous la direction de l'État emploient de nombreux sous traitants. Au cours de la vie de l'AMX-30, elles sont finalement concentrées autour d'un même ensemble industriel GIAT.
À partir de 1966, 10 AMX-30 sont assemblés par mois. Ultérieurement, les usines existantes augmentent leur potentiel de production et de nouvelles usines commencent à fabriquer des composants. La production mensuelle passe à ..
En , la production est de nouveau réduite à dix par mois..
Les derniers ont été commandés en 1989 par Chypre et les dernières nouvelles variantes de véhicules, un lot de , en 1994 par la France..
La production totale de l'AMX-30 et de ses variantes s'élève à ..
Caractéristiques de l'AMX-30B Description générale Conçu par les Ateliers de construction d'Issy-les-Moulineaux (AMX), l'AMX-30 est un assemblage d'acier moulé et corroyé. Sa tourelle est moulée d'une seule pièce. Sa caisse est en plaques d'acier soudées. Elle est séparée en trois compartiments, le compartiment de conduite à l'avant, le compartiment de combat au milieu, et celui du moteur à l'arrière..
Équipage et équipement L'équipage se compose de quatre hommes. Le pilote est assis à l'avant gauche du châssis et les trois autres membres de l'équipage (le chef de char et le tireur à droite, le radio chargeur à gauche) sont installés dans la tourelle.
Le conducteur est assis à l'avant gauche du véhicule et dispose d'une trappe de blindage qui s'ouvre à gauche et de trois périscopes. Le périscope central, en fonction du modèle de char peut être remplacé par un dispositif d'intensification de lumière Thomson-CSF TH 9478 ou SOPELEM OB-16A. Le système est binoculaire pour la lumière infrarouge de nuit et monoculaire pour la conduite de jour. Le système infra-rouge a un champ de vision de 35° alors que le système de jour a un champ de vision de 24°.
Les trois autres membres d'équipage sont assis dans la tourelle, le chef de char et le tireur à droite et le chargeur / opérateur radio à gauche.
Le chef de char dispose :
d'un tourelleau TOP 7 avec dix épiscopes pour une vision à 360° et d'une trappe blindée d'une seule pièce qui s'ouvre vers l'arrière. Le tourelleau est contre-rotatif et permet ainsi la rotation de la tourelle alors que le système de visée reste en cible ; d'un épiscope SOPELEM M270 à l'avant du tourelleau d'un grossissement de 10 qui permet au chef de char de localiser et d'identifier des objectifs pour amener le canon en cible. Celui-ci comprend une protection blindée et une vitre épaisse derrière laquelle il y a un prisme, mobile en élévation et réfléchissant l'image du terrain vers le système de visée de jour M 267 ou la lunette de vision nocturne OB-23A (grossissement x4, champ de vision 9°) ; d'une mitrailleuse de 7,62 ANF 1 couplée à un projecteur infra-rouge PH-9A. Le prisme peut être aussi utilisé pour la visée du canon coaxial de auquel cas, la tête du prisme est contrôlée électriquement par l'orientation donnée au canon ; d'un télémètre à coïncidence SOPELEM M208 avec un grossissement de 6 et une portée de 600 à ; d'un projecteur infrarouge SOPELEM PH-8-B monté sur le côté gauche de la tourelle et coaxial avec l'armement principal. Il a une portée maximum de dans le mode lumière blanche et de dans le mode infrarouge.