Otto Christian Heinrich von Waetjen ou Waetien, Wäjten selon , né le à Düsseldorf et mort le à Munich, est un peintre figuratif allemand, parisien et par les thèmes qu'il peint et par l'attachement à ses souvenirs de jeunesseBerliner Tageblatt, , soir du 6 mars 1929.. Il appartient à cette d'intellectuels qui ont fait émerger l'art moderne dans la République de Weimar et dont l'œuvre avant-gardiste a été durablement anéantie par le nazisme.

Son œuvre, sans se départir d'une tendance post-impressionniste et fauviste, est un florilège d'influences, à commencer par celle de Marie Laurencin, qui fut sa femme de 1914 à 1921. Il montre un réel talent qui ose superposer des techniques différentes maîtrisées avec excellence et dans un esprit créatif en forme de synthèse des courants artistiques de ses prestigieux amis. Il était lié à Braque, Le Douanier, Pascin, Lebasque et Bonnard.

Son œuvre, rare, est recherchée des nombreux amateurs de ces artistes persécutés par le régime politique qui sévissait en Allemagne.

Biographie L'héritage maternel (1881-1904) vignette|Portrait de sa mère un an avant sa naissance peint par Kaulbach. vignette|redresse|gauche|Son père. Le père d'Otto von Waetjen, , est le cinquième fils de , lui-même héritier de l'armateur brémois . Ses fonctions de conseiller d'État lui ont valu d'être anobli et de pouvoir transmettre le titre de Freiherr de , qui est un fief de complaisance.

La mère d'Otto von Waetjen, Clara Vautier, est la fille du peintre suisse Benjamin Vautier. Elle a dix huit ans quand elle épouse un mari de onze ans son aîné et dix neuf quand elle tombe enceinte d'Otto. Suivront Élisabeth Louise (1884–1966), dite Lilli, Paul Clément (1886–1947), qui deviendra historien de l'art, Gerda Agnes (1886-?), cantatrice, Hans Hermann (1905–1922), qui mourra à l'âge de dix sept ans.

Devenu étudiant, Otto interrompt des études d'ingénieur au bout d'une année pour s'inscrire en 1901 à l'Académie des beaux-arts de Munich. Il y suit les cours de Heinrich Knirr. De 1902 à 1903, il étudie la peinture à Savièse auprès de son oncle maternel .

L'aventure de l'art moderne Dômier (1905-1909)

En , Otto von Waetjen rejoint le Paris cosmopolite des arts et des amours que célébrera Franz HesselF. Hessel, Pariser Romanze. Papiere eines Verschollenen., E. Rowohlt, Berlin, 1920, 139 p.rééd. post. , Coll. Lilienfeldiana, vol. XV, Éditions Lilienfeld, Düsseldorf, 2012 rééd. Lindhardt og Ringhof, Copenhague, 2017 , 142 p.. Il s'inscrit à l'Académie Humbert. Dilettante fortuné, il tient table d'hôte pour ses compatriotes tous les dimanches midi au Bar Royal. Au son déjà présent du jazz, il fait la bombe avec un Wilhelm Uhde, son aîné qui, à trente ans passé, se lance dans le commerce de l'artW. Uhde, De Bismarck à Picasso, , Linteau, Paris, 2002 ..

Deux ans plus tard, il s'installe 65 rue de Douai, non loin du Montmartre de Max Jacob et Pablo Picasso. Il y mène une vie libre qui n'est pas exempte d'aventures fémininesA. Flechtheim, « Zehn Jahre Kunsthändler », in Der Querschnitt, Vol. II, , Galerie Alfred Flechtheim, Düsseldorf, 1922 . Il devient un « dômier ». Au café de Montparnasse, il croise Alfred Henry Maurer et Patrick BruceM. Hartley, « A propos du Dôme etc. », in Der Querschnitt, Vol. II, , Galerie Alfred Flechtheim, Düsseldorf, 1922 . C'est le quartier général des artistes américains et allemandsF. Fels, « Montparnasse », Der Querschnitt, Vol. IV, , Galerie Alfred Flechtheim, Düsseldorf, avril 1924 .. Il y fréquente le critique Adolphe Basler, qui lui achète une Maternité, , ex membre du , le taciturne Ernst MatthesR. Grossmann, « Errinerungen an Ernst Matthes », in Der Querschnitt, Vol. XV, n°. 5-6, , Galerie Alfred Flechtheim, Düsseldorf, 1922 ., le viennois Carl Moll.

C'est lui qui, accueillant un autre compatriote débutant dans le commerce de l'art arrivé en 1906, l'héritier Alfred Flechtheim, fait rencontrer celui-ci Wilhelm UhdeA. Flechtheim, « Wilhelm Uhde zum 50. Geburstage », Der Querschnitt, Vol. IV, , Galerie Alfred Flechtheim, Düsseldorf, avril 1924 .. Ils découvrent ensemble dans l'atelier que ce dernier loue dans un monastère aux environs des Invalides, les premiers tableaux cubistes de Georges Braque et Pablo Picasso à côté de ceux du Douanier. L'aristocrate entraîne les deux hommes pour une nuit blanche dans les cabarets de Montmartre, Au Lapin Agile, Le Grelot, Le Bar Royal, Le PalmyreA. Flechtheim, « Wilhelm Uhde zum 50. Geburstage », Der Querschnitt, Vol. IV, , Galerie Alfred Flechtheim, Düsseldorf, avril 1924 .. Avec Nils von Dardel, Jules Pascin, , Ernst Matthes, Rodolphe Lévy, ils se joignent à « la bande à Picasso ». Les nuits se terminent couchés dans le gazon.

En , sa sœur Gerda, qui est cantatrice, épouse le sculpteur Hermann Haller. Les jeunes mariés le rejoignent à Paris. Les mois d'été se passent ensemble dans la maison familiale du Cap Ferret.

Sonderbund (1910-1912) En 1910, Otto von Waetjen retourne à Düsseldorf, où, loin du Munich estudiantin et du Berlin populaire, règne le conservatisme et l'académisme. Comme Rudolf Bosselt et Fritz Helmuth Ehmcke, artistes marqués par l'Art nouveau, mais aussi Otto Sohn-Rethel, Ernst te Peerdt, Christian Rohlfs, il rejoint d'autres artistes modernes rhénans, Walter Ophey, Julius Bretz, Max Clarenbach, August Deusser, Wilhelm Schmurr, pour fonder la Contre ligueInternationale Kunstausstellung des Sonderbundes Westdeutscher Kunstfreunde und Künstler zu Cöln, , Dumont Schauberg, Cologne, 1912., en allemand Sonderbund, groupe créée sous ce nom dès .

En 1911, le marchand d'art Alfred Flechtheim organise une exposition qui les fait découvrir aux Allemands. L'opération est renouvelée l'année suivante à Cologne.

En 1912, peu après la mort de son père, Otto von Waetjen revient à Paris, où il prend un appartement 31 rue Campagne-Première, à Montparnasse. Il jouit désormais d'une rente de quarante mil marks or, soit cinquante mil francs or.

Marie (1913-1914)

De nouveau parisien, Otto von Waetjen retrouve son cousin Thankmar von Münchhausen, l'éditeur de Rainer Maria Rilke, dans le cercle des artistes allemands qui ont adopté Paris et ont leurs habitudes au café du Dôme, Hans PurrmannDer Querschnitt, Vol. XV, n°. 5-6, , Galerie Alfred Flechtheim, Düsseldorf, 1922., , Rudolf Levy, trois élèves de Matisse, les graveurs Ernesto de Fiori, Wilhelm Lehmbruck, F. Kuetgens, « Edwin Suermondt – Heinrich Nauen », in Aachener Kunstblätter, n° 22, , Association des musées d'Aix-la-Chapelle, Aix-la-Chapelle, 1961.…

Il y rencontre un collègue d'Alfred Flechtheim, lequel à Noël 1913 ouvrira sa propre galerie à Düsseldorf, en face de celle d'Eduard Schulte, Pierre Roché. Celui-ci, libertin connu ultérieurement sous le pseudonyme de Henri Pierre Roché, le présente à Marie Laurencin. En 1913, celle-ci choisit pour être son amant de l'été, en remplacement de Thankmar von Münchhausen, Otto von Waetjen.

En , avec les jeunes artistes précédemment exclus de l'exposition annuelle de la Sécession berlinoise par Paul Cassirer, commissaire en 1913, il participe à Berlin à la première exposition de la Sécession libreKatalog der ersten Ausstellung des freien Secession, Maison des expositions du Cours des Princes électeurs S.A., Berlin, 1914.. Le peintre impressionniste Max Liebermann, âgé de soixante six ans, en prend la présidence. L'acte est celui de la naissance de l'expressionnisme en tant que mouvement indépendantD. Schubert, « Anmerkungen zur ersten Ausstellung der Freien Secession in Berlin, April 1914. », in Jahrbuch der Berliner Museen NF, Vol. LII, , Mann Gebr., Berlin, 2010 ..

Sa liaison avec Marie Laurencin est pour Otto von Waetjen plus qu'un amour de vacances. Celle-ci va avoir trente ans et mène depuis plus de dix ans une relation saphique secrète avec Yvonne Chastel, qui vient d'épouser Jean-Joseph CrottiB. Meyer-Stabley, Marie Laurencin, , Pygmalion, Paris, 2011, .. N'ayant pas réussi à renouer avec le complaisant Pierre Roché, c'est le baron que de son côté elle épouse, le .

Exil espagnol Le choix antimilitariste (1914-1915) La guerre déclenchée pendant leur voyage de noces, Otto von Waetjen refuse de prendre les armes contre le pays de sa femme et de ses amis. Il est passible d'incarcération, tant en France comme citoyen ennemi qu'en Allemagne comme déserteur. Au cours d'un interminable exil forcé en Espagne, pays neutre, son couple va rapidement se déliter, elle le trompant avec des aventures de passage, masculines ou féminines, lui se perdant dans l'alcoolE.L. Kahn, « Marie Laurencin : une femme inadaptée », in Feminist history of art, , , Aldershot (Hampshire), 2003 , qu'il a mauvais. Plein de grâce et d'attention quand il est sobre, dans les moments d'ivresse, comme le faisait Guillaume Apollinaire, il bat sa compagne.

Il ne peint pas, le marché de l'art étant interrompu par le gel des transferts de fonds, mais fréquente avec sa femme les artistes de passage. En novembre 1914, il est à Madrid de ce groupe dénoncé par la presse conformiste comme des « anarchistes » qui réunit au autour de Diego Rivera la tertulia de Ramon Gomez de la Serna, Alfonso Reyes et Jesus Acevado, puis Tsugouharu Foujita et Kawashima Rüchiro, Jacques Lipchitz et María Blanchard, enfin les orphistes Sonia et Robert Delaunay.

Au printemps 1915, le couple s'installe à Malaga, villa Carmen, avenue de la Rosaleda, puis villa Bella Vista, avenue Jorge de Silvela. Les Waetjen y reçoivent la visite d'un agent en service commandé par les services secrets de l'A III b, Hanns Heinz Ewers, qui avait été l'amant de Marie Laurencin durant les vacances 1911 et qui le redevient le temps de son séjour.

Barcelone Dada (1916-1917) Le couple rejoint début avril 1916 à Barcelone, qui est alors une petite ville, le groupe Dada qu'Albert Gleizes et sa femme Juliette Roche ont reconstitué autour de la galerie de Joseph DalmauV. de la Fuente, Dada à Barcelone, Éditions des Albères.. Ils y trouvent Serge Charchoune, Ricciotto Canudo de passage lors d'une permission, Chana Orloff, Olga Sacharoff et son mari Otho Lloyd, Valentine de Saint-Point. En juillet, arrivent Gabriële Buffet et le mari de celle-ci, Francis Picabia. Otto von Wätjen laisse complaisamment sa femme passer l'août avec Nicole Groult, amante de celle-ci venue pour un mois de ParisB. Meyer Stabley, Marie Laurencin, , Pygmalion, Paris, 2011, ..

En , il assiste avec sa femme à la représentation de Parade donnée au Grand théâtre du Liceu de Barcelone. Ont fait le déplacement Pablo Picasso, qui refuse de parler à tout Allemand, la rayonniste Nathalie Gontcharova et son mari Michel Larionov, Gertrude Stein et sa compagne Alice B. Toklas, qui au contraire se montrent aimables.

Madrid (1918-1919) Au début de , les Waetjen s'installent pour un an et huit mois à Madrid dans une maison que leur prête Cécile de Madrazo, jeune parente de , rue Philippe IV, en face du Prado. Il peint Nuit espagnole. Deux jeunes dames au jardin., chaste scène du lesbianisme de sa femme et de Cécile de Madrazo dans un décor évoquant Le Douanier.

L'avant garde allemande Retour et divorce (1920-1921)