Ferdinand Narcisse Jumeau est un homme politique français, né le à Boisville-la-Saint-Père (Eure-et-Loir) au hameau de QuémonvilleEt non le 20 mars 1821, comme l'indique par erreur le site du Sénat. et mort le à Nogent-le-Phaye (Eure-et-Loir).
Biographie
Famille et jeunesse Fils de Jean Pierre Jumeau (1793-1854), cultivateur à Boisville-la-Saint-Père, à Réclainville, puis à Nogent-le-Phaye, et d'Angélique Hyppollite Honorée Fichot (1800-1880). Ceux-ci, alors demeurant à Moinville, commune de Réclainville, acquièrent en 1843 une ferme à Nogent-le-Phaye et 85 hectaresActe de Maître Caperon, notaire à Orléans, des 14 et 23 octobre 1843..
Sa mère a pour sœur d'Aspasie Élisabeth Antoinette Judith Fichot (1799-1856), mariée avec Lubin Isambert (1796-1876), marchand tuilier à Gasville-Oisème, dont le frère aîné est le jurisconsulte et homme politique, fondateur de la Société française pour l'abolition de l'esclavage, François-André Isambert (1792-1857).
En 1835, il entre au collège de ChartresLivre d'or du collège et lycée de Chartres (1830-1902), archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 59 J 76 et y obtient les meilleurs prix : en 1837, il obtient le prix d'excellence et cinq prix ; en 1843, il reçoit notamment le prix d'honneur en dissertation françaisePalmarès du collège de Chartres, archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 59 J 77. Il poursuit ses études à Paris où il obtient une licence en droit, puis s'installe cultivateur à Nogent-le-Phaye, près de Chartres.
Fondateur du journal L'Union Agricole
Attaché aux progrès de l'agriculture, il suit pendant plus de dix ans les conférences de Georges Ville au Jardin des Plantes de Paris et ses expériences à Vincennes sur les engrais chimiques et écrit de nombreux articles sur ce sujetJournal L'Union agricole 2 novembre 1876 :"Ce que coûte présentement en Beauce la fumure d'un hectare de terre au moyen des moutons ou des vaches", article de Ferdinand Jumeau..
Au début de l’année 1858, les principaux cultivateurs d’Eure-et-Loir, reconnaissant l’utilité d’un organe pour représenter et défendre les intérêts agricoles du pays, l'engagent vivement à entreprendre la création d'un journal. Ferdinand Jumeau, dont le Journal de Chartres venait de lui refuser la publication d'un article, accepte de se dévouer à cette entreprise, mais comme il n’habite pas à Chartres, mais à Nogent-le-Phaye, et que, dans tous les cas, il ne lui est pas possible de suffire seul à la tâche, il s’assure le concours d'Alphonse Coudray (1831-1886). Ce journal appelé L'Union AgricoleÀ la Bibliothèque Nationale de France, seule la période du juin 1865 au 14 mars 1867 et les années 1878 et 1879 peuvent être consultées, car la collection y est en très mauvais état en raison d'un papier très fragile. Les Archives départementales d'Eure-et-Loir permettent en consultation les années 1871, 1872, 1873, 1874, 1876, 1877, 1878, 1879, 1884, 1886, 1888, 1890, 1891, 1892, 1894, 1895, 1896, 1897, 1898 et 1899., dont le premier numéro sort le , sera publié jusqu'en 1899 ; son tirage sera de 880 exemplaires en 1868, et, de en 1872.
De grandes personnalités d'Eure-et-Loir écrivent pour son journal : Paul Deschanel, Ferdinand Dugué, Émile Labiche, Pol Maunoury, Émile Millochau, Noël Parfait, Daniel Boutet, Gustave Isambert, Georges Fessard, l'abbé Calluet et Pierre Dreux-LingetL'Écho républicain de la Beauce et du Perche, 22 novembre 1967..
C'est dans L'Union Agricole que Ferdinand Jumeau fait publier les lettres que son ami d'enfance, Narcisse-Anténor Leloup (1823-1869), dont il est le parrain de son fils, Charles Leloup (1858-1948), lui adresse de Nouvelle-Calédonie de 1863 à 1866 où il s'est installé en colon libre. Ces lettres qui ont été réunies dans un recueil publié en 2016Pionnier de Nouvelle-Calédonie 1863-1867, lettres de Nouvelle-Calédonie de Narcisse-Anténor Leloup à son ami Ferdinand Jumeau, éditions L'Harmattan, mai 2016, 245 pages. ont une valeur historique (création à l'initiative du gouverneur Charles Guillain d'une colonie agricole basée sur les idées de Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, témoignage très rare d'un colon de cette époque) et ethnographique.
En 1884, il s'y insurge contre le libre-échangisme imposé par le gouvernement aux agriculteurs français : "Pauvres villageois ! Les pays à blé ne peuvent soutenir la concurrence du blé américain ; la culture de la betterave périclite dans nos riches départements du Nord ; cette année-ci l'Allemagne a fabriqué de sucre de plus que la France qui était naguère la première productrice de sucre du monde. (...) C'est une belle théorie que celle du libre-échangisme, c'est une forme de fraternité inscrite et prescrite dans l'Evangile ; mais pratiquer le libre-échangisme avec des nations voisines armées et outillées jusqu'aux dents, c'est un rôle de dupe. Français, nous sommes les dupesJournal de Chartres, 3 février 1884."
Écrits
Articles Lecteur d'Adam Smith, de Jean de Sismondi, de Frédéric Bastiat, de Pierre-Joseph Proudhon et de MontesquieuLe Journal de Chartres, 29 octobre 1885., Ferdinand Jumeau a écrit de nombreux articles. Il est notamment l'auteur d'articles publiés dans des almanachs beaucerons (L'Astrologue de la Beauce et du PercheL'Astrologue de la Beauce et du Perche 1857, pages 65 à 80. Articles sur les agriculteurs célèbres, sur une statistique agricole, sur Franklin et le plâtrage du trèfle, sur Backwell et les animaux à viande, sur l'Allemand Shoubart, baron du Champ de Trèfle, sur l'utilité de la taupe, du moineau et du passereau et celui du Glaneur), et en 1856 et 1857, dans « Le Journal de Chartres » sur la vaine pâture, les moutons en BeauceLe Journal de Chartres, 31 août 1856. et la question de l'argent en agriculture.
Il est également l'auteur de l'article sur les animaux de basse-cour écrit à l'occasion du Concours Régional qui a eu lieu à Chartres du au Brochure "Compte-rendu général par divers membres choisis dans les quatre comices d'Eure-et-Loir", consultable à la médiathèque de Chartres..
S'intéressant à l'histoire, il adhère en 1869 à la Société archéologique d'Eure-et-Loir.
Voici le début d'un de ses textes paru dans l'Almanach « L'Astrologue de la Beauce et du Perche » de 1857 :
« Paysan, fils et petit-fils de paysan comme vous, mes amis, dès l'école du village j'ai souvent entendu parler d'Alexandre, d’Hannibal, de César, d'Attila et de tant d'autres illustres tacticiens ; en sortant du collège je connaissais les champs où fut Troie, et les moindres détails du défilé des Thermopyles, mais je ne savais point les champs paternels, ni le ruisseau qui les arrose, encore moins, connaissais-je la vie des grands cultivateurs qui nous ont précédés, l'existence des nourrisseurs du genre humain !
Si Dieu me prête vie et courage je vous écrirai un jour l'histoire de l'agriculture française ; je vous dirai la vie active, infatigable, résignée de ses hommes modestes, que la fortune et les honneurs ne devaient jamais atteindre, qui ont versé leurs sueurs sur les sillons que vos charrues labourent aujourd'hui, et vous ont légué les fruits de leurs labeurs et de leur longue expérience. Cette tâche hélas ! sera bien difficile, car où trouver la trace de nos devanciers ? Pas même sur leurs tombeaux ! Ils n'en ont point, leurs noms écrits sur une croix de bois à l'ombre du clocher du village sont disparus et mêlés comme leurs poussières ! »
Pamphlet
Ferdinand Jumeau est l'auteur d'un pamphlet intitulé « Guerre 1870-1871 - Sur les causes de nos malheurs »Chartres, imprimerie Durand 1871, 55 pages. Consultable à la médiathèque de Chartres sous la cote E.20.944., qu'il publie en plusieurs parties dans LUnion Agricole avant de le faire éditer, dans lequel il indique ce qu'il pense être les causes de la défaite de 1870 : « La corruption partant d'en haut, les défaillances physiques et morales, le manque d'instruction de nos officiers et de nos soldats, les rouages brisés de la centralisation, l'incapacité et l'impuissance déplorables des intendances, l'absence relative de patriotisme dans la nation, le peu de foi dans le succès. » et où il demande l'instauration de la République, une école gratuite et obligatoire de 7 à 14 ans, un service militaire obligatoire de 20 à 21 ou 22 ans, le droit pour tout Français d'avoir chez lui des armes et la décentralisation.
Il y raconte cette anecdote : « Non loin de chez moi, un braconnier fieffé passait en police correctionnelle pour la dixième fois peut-être. Le Président le reconnaissant :- C'est encore vous, un tel ! Quand cesserez-vous donc de prendre des cailles en temps prohibé par la Loi ? L'autre répond avec aplomb : - Lorsque vous cesserez de les manger, mon Président... ».
Fonctions publiques
Membre du conseil général d'Eure-et-Loir Républicain, il est élu en 1868 membre du conseil Général d'Eure-et-Loir dans le canton de Chartres-Sud.
Membre de la commission de contrôle des réclamations à la suite de l'occupation prussienne de 1870 et 1871 Le , il est nommé par le préfet d'Eure-et-Loir, membre, pour le canton de Chartres-sud, de la commission chargée de vérifier l'exactitude des réclamations produites à l'enquête ouverte à l'effet de constater les charges résultant de l'occupation du territoire par les troupes allemandesRecueil des actes administratifs de la Préfecture d'Eure-et-Loir, année 1871, numéro 7..
Sénateur d'Eure-et-Loir Appuyé par le Comité Agricole de Chartres, il est élu, en même temps qu'Émile Labiche (501 voix), en , sénateur d'Eure-et-Loir, recueillant 418 voix, l'emportant sur le sénateur sortant Jacques Delacroix qui recueille 269 voix. Dans une lettre publiée aussitôt après son élection, il appelle à l'union des paysans : "Nous sommes vingt-cinq millions de paysans ; nous sommes le nombre puissant par le suffrage universel ; unissons-nous, entendons-nous en faisant valoir les intérêts et les droits de l'agriculture, nous aurons rendu service à la République et à la PatrieLettre de Ferdinand Jumeau, en date, à Nogent-le-Phaye, du 26 janvier 1885, publiée dans Le Bien Public (Union bourguignonne) du 31 janvier 1885, p.1."
Au Sénat, il siège à gauche et participe à quelques débats, prononçant notamment un discours sur les droits douaniers du maïsJournal La République française, 26 octobre 1885, page 3..
Décès et testament
Il meurt d'un cancer de l'estomacL'Événement, 26 octobre 1885, p.1 à son domicile de Nogent-le-Phaye, place du Tertre, le , après quelques mois de mandat sénatorial seulement et pour lequel Pierre Dreux lui succédera.
Dans son testament olographe du , il lègue notamment 500 francs au bureau de bienfaisance de Nogent-le-Phaye et la même somme aux deux filles de son ami Coudray, directeur de l'''Union AgricoleActe de dépôt du testament de M. Jumeau, reçu par Maître Maintrieu, notaire à Chartres, le 26 octobre 1885. Archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2 E 9 933.. Le règlement de sa succession révèle un important patrimoine évalué à plus de , comprenant notamment plus de 46 hectares de terre à Nogent-le-Phaye, Sours, Coltainville, Boisville-la-Saint-Père et Chartres.
Obsèques
Ses obsèques ont lieu le lundi à Nogent-le-PhayeLe Journal de Chartres, 29 octobre 1885., en présence notamment du sénateur Émile Labiche, d'Alphonse Coudray, directeur de lUnion agricole et des quatre députés d'Eure-et-Loir. Des allocutions sont prononcées par Pierre Roussille, du Comice agricole de Chartres, Alphonse Coudray et Charles Lemarié, son camarade de collège, maire de Montlandon (Eure-et-Loir).
Émile Lelong, président du Comice agricole de Chartres, publiera un article lui rendant hommage dans le Journal de Chartres du .
Descendance