Brian Boru est le dix-huitième album d'Alan Stivell, paru le . Produit par Martin Meissonnier, artisan de la world music, Brian Boru est considéré par les spécialistes comme un chef-d'œuvre. Il renouvelle en effet la musique celtique en lui intégrant le flow du hip-hop et la rythmique electro.
Les traditionnels choisis sont représentatifs de la Celtie, connue pour son unité comme sa diversité, et les paroles écrites par Alan Stivell témoignent de l'époque, à savoir la pollution de l'air et l'incendie du palais du Parlement de Bretagne. L'ensemble conserve un même aspect mythique voir mystique.
L'accueil emballé des critiques s'accompagne d'un succès populaire avec la vente de plus de albums et d'une reconnaissance professionnelle par sa nomination aux Victoires de la musique 1996.
Caractéristiques de conception Thèmes et influences Ce CD est consacré à des standards de la musique celte qui m'ont hanté depuis l'enfance. Plusieurs étaient autrefois populaires des deux côtés de la Manche et furent importants dans mon background. Juste un peu de romantisme. vignette|Alan Stivell lors de la tournée Brian Boru en 1996 à La Baule (Bretagne) L'album, dédié à l'unificateur de l'Irlande, Brian Boru, fait le tour des musiques celtes, à travers des chants, musiques et danses traditionnels ou des compositions, arrangés par des sons actuels (). Pour Alan Stivell il représente aussi l'extraversion d'une introspection : ce disque tient compte de la résultante de toutes ses observations et de ses recherches antérieurs, en phase avec la tendance aux « métissages » des années 1990 pour ce chef de fil de la world music, tout en empruntant les chemins de l'exploration et de l'expérimentation. Il s'agit d'une musique « globale » comprenant sons ancestraux et contemporains où les instruments traditionnels les plus divers (bouzouki, bongos, ukulélé, flûtes irlandaises, fiddle, pipe bands) côtoient des instruments électriques et des influences « techno »..
Dans Télérama, Eliane Azoulay résume ainsi la diversité du contenu : Eliane Azoulay, Télérama, 16 septembre 1995.
Enregistrement vignette|80 mineurs gallois posent leurs voix sur la chanson dédiée à l'incendie du Parlement de Bretagne L'album est enregistré au studio d'Alan Stivell durant l'hiver 1994-95 ainsi qu'à Paris (Acousti), en Irlande (Dublin), en Écosse (Glasgow), au pays de Galles, avec des arrangements signés Stivell (sauf travaillé avec les musiciens Irlandais). La prise de son bénéficie de moyens de qualité. Il est produit par Martin Meissonnier, qu'Alan Stivell connaissait comme producteur de l'émission télé Mégamix et comme guitariste de rock. Avec lui, il effectue une étroite collaboration durant plusieurs moisAlan Stivell ou l'itinéraire d'un harper hero, , pour « un travail très complémentaire ».
vignette|redresse|gauche|Martin Meissonnier La pré-production a lieu dans le studio de l'artiste à Betton, en travaillant à partir des maquettes qu'il réalise sur l'Atari. Martin Meissonnier y installe son home studio et Erwan Le Marc'hadour son Mac pour le côté technique. Beaucoup de guitares et quelques harpes, enregistrées comme sons témoins dans le Pro Tools, puis reportées après édition sur le TASCAM DA-88, se sont retrouvées dans le mixage finalFranck Ernould, « Martin Meissonnier, l'homme aux mille visages », interview dans Home Studio Recording, n°38, février 1996, lire en ligne. Une grande partie de l'album a été enregistré « à la maison », le reste les ayant conduits en Irlande, en Écosse ou au Pays de Galles, où ils enregistrent 80 mineurs chantant en chœur sous un préau d'écoleMartin Meissonnier : .
Pour le côté artistique, Martin Meissonnier a effectué une recherche de sons pour que s'installe une cohérence du premier morceau au dernier du CD. Il a privilégié l'émotion qui se dégageait des prises, comme en témoigne Stivell : Alan Stivell appréciant l'aspect hypnotique du rythme, il a privilégié la tournure « groove » pour éviter des phrases rythmiques trop complexes. Le shuffle tout à fait spécifique des musiques est bien accentué.
Alan Stivell et Martin Meissonnier font appel à des musiciens de studio français réputés : Guy Delacroix (Jean-Jacques Goldman, Jean-Michel Jarre, directeur musical des Enfoirés), Jean-Jacques Hertz (direction artistique de la cérémonie des JO de 1993 avec Meissonnier), Marc Chantereau (Voyage), Xavier Desandre, François Ovide. Les musiciens traditionnels sont également nombreux, venus d’Écosse et d'Irlande.
Parutions et réception Le CD paraît en chez Disques Dreyfus et il est réédité en 2005 par Harmonia MundiBase de données de Dastum, dastumedia.bzh. Il est paru jusqu'au JaponHarpographie, édition pour le Japon. En France, il entre dans le « Top albums » le et il atteint la infodisc.fr : 35 000 albums sont vendus en trois mois. Il se vend à plus de exemplaires (disque d'or). Par ses innovations et ses sonorités qui « révolutionnent » la musique traditionnelle celtique, cet enregistrement retient l'attention du jury qui le nomine aux Victoires de la musique 1996Alan Stivell ou l'itinéraire d'un harper hero, . Mais, force du destin, c'est Dan Ar Braz avec l'album En concert de l'Héritage des Celtes qui remportera le prix. Portées par la world music, les musiques traditionnelles retrouvent une place importante en France et la Bretagne connaît un regain d'activité musicale.
Pour l'Express, « 1995 voit enfin une reconnaissance de ces musiciens - Stivell sort également un nouvel album - dont la recherche est fondée sur la connaissance profonde de la musique bretonne et le métissage des sons et des instruments. Inspirées de mélodies ou de thèmes traditionnels gallois, écossais, irlandais ou armoricains, leurs créations ou relectures sont le reflet de sensibilités hybrides. » Dans l'émission Taratata sur France 2, l'album est présenté au cours d'une interview d'Alan Stivell en compagnie de Jim Kerr de Simple Minds.
Articles journalistiques Le disque bénéficie globalement d'un accueil remarqué de la part du public et de la critique, française et internationale. Ainsi, dans Télérama, Eliane Azoulay écrit : Quant à Emmanuelle Debaussart de Rock & Folk, elle salue ainsi Let the Plinn et le travail accompli : Emmanuelle Debaussart, Rock & Folk , octobre 1995 Et pour le journal L'Humanité, Fabrice Lanfranchi, « Alan Stivell: le monde entre dans ses cordes », L'Humanité, 9 septembre 1996 Dans Le Nouvel Observateur, Bernard Géniès affirme : Bernard Géniès, Le Nouvel Observateur, , 30 novembre 1995 RFI note sur son site le commentaire suivant : « La presse est dithyrambique et reconnaît là un des meilleurs disques du musicien breton. »Biographie Alan Stivell, site rfimusique.com, novembre 2010 Didier Le Goff écrit dans la revue Ethnotempos que « 1 Douar et Back to Breizh faisaient suite à un pur chef-d’œuvre, Brian Boru »Didier Le Goff, Chroniques d'albums sur le site Rythmes-croisés, même qualificatif employé par Jean-Louis Brossard, directeur des Trans musicales et Ronan Gorgiard dans le livre L'étonnante scène musicale bretonne.
Les intentions du musicien sont saluées par la presse britannique, qui ira jusqu'à classer Brian Boru comme l'un des plus beaux disques de musique celtique de l'année. Aux États-Unis, concernant Let The Plinn, Richard Klecka déclare dans son « Music Reviews » : Jo Morrison insiste sur la performance de maintenir une unité tout en explorant un large éventail de styles contemporains : Alan Stivell ou l'itinéraire d'un harper hero, .
La critique de Bruce Eder, publiée sur le site AllMusic, est élogieuse, emballé par les nouveaux sons celtiques : Bruce Eder, Review "Brian Boru", AllMusic. Mike McLatchey, spécialiste de la musique progressive, considère que .
Deux ans de tournée gauche|vignette|Le Festival interceltique en 1995 vignette|upright|Alan Stivell le 16 août 1996 à Guingamp.
La tournée démarre par le Zénith de Paris le et se termine deux ans après par des concerts à l'Ouest des États-Unis et au Québec. Un grand concert rassemblant une partie des invités de l'album dont le chœur gallois Côr y Brythoniaid, un pipe band, Tannas, a lieu dans le cadre du Festival interceltique de Lorient 1995. En novembre, la tournée passe par les Transmusicales à Rennes, devant 6 000 personnes au Liberté, avec une affiche axée « sono mondiale » ce soir-là (, , Radio Tarifa) et Daft Punk le samedi. Le Paris and District Pipe Band est présent sur deux dates, au festival de la Saint-Loup à Guingamp (avec The Scottish Gas Pipe Band) puis à La Courneuve à Paris pour la Fête de l'Humanité. La tournée française de l'été 1996 se conclut par un grand concert devant 60 000 personnes à la Fête de l'Humanité, avec en invités la Kevrenn Brest Sant Mark et Idir pour un duo.
Caractéristiques artistiques Description des chansons vignette|Brian Boru's March, mélodie traditionnelle irlandaise qui aurait été jouée pour les funérailles du roi Brian Boru et qui sert de base à la chanson. Brian Boru Pour le titre qui donne celui du disque, Stivell remercie Roisin Ni Mhianain pour l'idée du poème de Caitlín Maude, poète, actrice et chanteuse traditionnelle irlandaise (1941-1982) Caitlín Maude, antiwarsongs.org. À travers Brian Boru, figure guerrière à la fois historique et mythique, Alan Stivell salue l'unité irlandaise et rêve de celle des Celtes. Le message humaniste prône la transmutation de « l'énergie de guerre en énergie de paix »Paroles de Brian Boru, Culture & Celtie, dossier consacré à l'artiste. Son texte contient « Pour ce faire, j'ai parfois utilisé (et on peut considérer ça comme une licence poétique) un ou deux mots en Gaélique médiéval (Bith = monde). » "Brian Boru" sur le forum d'Alan Stivell. Máire Breatnach accompagne Stivell afin d'alterner le breton et le gaélique. La phrase A de la musique est une adaptation de Brian Boru's March, les phrases B et C sont des compositions. Parmi les instruments de cette geste historico-musicale : la harpe celtique bien sûr, mais aussi le pib-ilin de Ronan Browne, les guitares électriques ou la batterie de Mokhtar Samba Jo Morrison, chronique pour le magazine Rambles, consulté sur rambles.net le 29 mars 2014.
vignette|redresse|Joueurs de carnyx du chaudron de Gundestrup détournés dans le clip de Let the Plinn