vignette|droite|De Figuris Veneris, par Paul Avril (1906). La sexualité de groupe, nommée familièrement « partie fine » ou « partouze », désigne un ensemble de conduites sexuelles et sociales qui incluent des pratiques sexuelles, des types de relations, des émotions et des significations impliquant simultanément plus de deux individus. Il s'agit généralement de rencontres passagères, qui ne comportent pas nécessairement d'actes de pénétration, parfois dénommées « mélangisme », « échangisme », etc. En revanche, le « polyamour » n'implique pas en lui-même la pratique de la sexualité de groupe.
Enfin ces différentes relations peuvent avoir lieu en privé sans impliquer la présence de tiers, ou bien en public dans des établissements commerciaux spécialisés dans le tourisme sexuel et dédiés à ces pratiques qu'il s'agisse d'établissement de bains ou de saunas, de dancings, de boîtes de nuit et de clubs de vacances.
La sexualité de groupe parait intemporelle, des scènes explicites apparaissant à toutes époques : les rituels de Komos et Bacchus pendant l'AntiquitéPascal Quignard, Le Sexe et l'Effroi., la représentation de certains bains médiévauxJacques Rossiaud, La Prostitution médiévale, Flammarion, 1992Jean Verdon, L'Amour au Moyen Âge, Perrin, 2006., les écrits libertins et leurs illustrations au , les différents témoignages sur les « bordels » jusqu'au milieu du . En France, en ce début de , l'échangisme demeure une pratique rareDans l'étude de 2006 menée par Nathalie Bajos et alii (publiée en 2008), 0,6 % des femmes et 2,2 % des hommes déclarent « avoir eu des rapports sexuels dans des lieux échangistes ».
Dans un groupe, chacun peut assouvir des fantasmes, à distance comme l'exhibitionnisme et le voyeurisme, en allant jusqu'aux attouchements, caresses, masturbations, baisers et, bien entendu, la pénétration. Ce comportement concerne aujourd'hui des individus de toutes conditions socialesvoir le reportage de Daniel Karlin, cf. supra. ou orientations sexuelles et peut s'associer à d'autres pratiques, qu'elles soient plus ou moins communément admises (BDSM). Souvent présenté comme attenante à la libération sexuelle, une grande part de la sexualité de groupe est perçue de façon erronée, selon certains féministes, surtout comme une tentative de réaction pour perpétuer le pouvoir masculin dans la société contemporaineDaniel Weltzer-Lang, 1998, La « planète échangiste » à travers ses petites annonces, in Panoramique. Le cœur, le sexe et toi et moi….
Les espaces de rencontre Un monde discret, plus vraiment secret Malgré des assouplissements juridiques récents qui rendent difficiles les « descentes de la Mondaine »Jean-Marc Beylo, sociologue, a constaté que le code pénal de 1994 en dissociant prostitution et débauche permet l'investissement dans des clubs dont les gérants ne sont plus potentiellement des proxénètes., les rencontres sexuelles en groupe intègrent un tabou, frôlent l'illégalité (exhibitionnisme ou polygamie), et leurs pratiques restent amplement contestées — y compris dans le champ psychiatrique (« paraphilie »). C'est pourquoi les rencontres ont encore lieu dans des espaces privés et discrets. Les « bars à hôtesses » ne convenant généralement plus, les moments de rencontre ont lieu chez des particuliers, dans des chambres d'hôtel, des véhicules spacieux, dans des extérieurs peu fréquentés (plages, boisLe bois de Boulogne est, dès le début du , un lieu propice aux aventures sexuelles. et autres sites isolés servant aussi à la « drague » pour les gays, les « frangins et frangines ») ou, le plus généralement, dans des clubs spécialisés.
Proliférant depuis la fin des années 1960, le club dit « libertin » (souvent encore appelé club échangiste) est un établissement « privé » totalement conçu pour la sexualité de groupe. Beaucoup de clubs montrent une relative distance par rapport aux pratiques sexuelles minoritaires : interdiction aux hommes seuls (soirées couples), port obligatoire d'une jupe pour les femmes…
Un champ libertaire, libéral et commercial Si la sexualité de groupe était associée à une relative discrétion avant le milieu des années 1990, une véritable mode s'est instituée : on a « créé le besoin »Depuis Baise moi de Virginie Despentes publié en 1994 à Ma boîte à fantasme. La reine des nuits parisiennes révèle… de Denise Lascène (1997), l'image de ce milieu bascule du nihilisme noir d’une punk droguée vers une ambiance festive et débridée s’adaptant aux élites.. Le sexe devient un commerce comme les autres, certains sex shop remplacent leur devanture noire par une vitrine exposant ouvertement des dessous sexy, les revues (y compris les revues dites « féminines ») abordent sans complexe le sujet qui s’accompagne de tout un équipement (sex toys) pris sous l’angle de l’achat plus que de l’analyse : le sexe se confond avec l’outillage et la performance des pratiquants (chirurgie esthétique, mensuration), de leur nombre, et de la nature excentrique des pratiquesLa revue Les Inrockuptibles dans le numéro spécial « sexe » de donne une liste impressionnante d’objets, de lieux, d’œuvres d’art, de films, de photographies, de comportements, etc. qu‘il « faut connaitre »..
Le sexe, censé être gratuit au même titre que l’on est théoriquement libre de disposer de son corps, est devenu un mode de consommation où les règles de l’accumulation, les lois du in et du out s’instaurent. Finalement, la sexualité de groupe s’avère indissociable de son temps, ce glissement ayant été traité par Michel Houellebecq dans Extension du domaine de la lutte et, surtout, dans Les Particules élémentaires. L’exemple qu’il prend au Cap d’Agde est devenu éloquent. L’ensemble aménagé dans les années 1970 comme une vaste plage naturisteLa plage est connue pour le photographe David Hamilton et les nombreuses célébrités qui la fréquentent, surtout dans les années 1980. s’est amplement détourné pour devenir le « premier site libertin d’Europe » avec des campings ou hôtels « pour couples » qui mélangent naturisme et « non-conformisme », les plages devenant en soirée des lieux de rencontre (voir par ex. le film Les Textiles de Franck Landron. À défaut de comprendre la question du naturisme, le film pose au moins celle de la sexualité en groupe, et plus particulièrement de l'exhibitionnisme et du voyeurisme pratiqués au Cap d’Agde.). Cependant, depuis une dizaine d‘années, la présence policière interdit l'accès aux dunes et contraint les pratiquants à limiter leurs activités à l’intérieur des clubs et autres commerces du sexe.
Internet : un outil de médiation sexuelle ? Tout d’abord limitée à des cercles d’amis qui se communiquaient des adresses par le bouche-à-oreille ou à quelques amateurs lisant les petites annonces ou les revues spécialisées, la démocratisation des nouveaux outils de communication (dès l’arrivée du « Minitel rose ») favorise la pratique des rencontres intimes chez des particuliers ou dans des « soirées privées »Sans pour autant réduire les publications papier ou l’activité des clubs qui, tous deux, se multiplient également.. Pris dans un sens très large (exhibitionnisme et voyeurisme virtuel impliquant de facto plus de deux individus), la sexualité de groupe peut s’étendre à la simple diffusion d'images sur internet (webcam). Les serveurs internet peuvent ainsi apparaître comme un premier sas initiatique, aisément franchissable, vers une sexualité de groupe ; surtout si l’on considère que certains de ces sites définissent précisément les « fantasmes » de leurs membres et font la publicité des clubs.
Cependant, si beaucoup d’auteurs veulent régulièrement voir une montée en puissance du phénomène, les réalités statistiques ne montrent pas d’évolutions notoires à long termeLes différentes « Enquêtes sur la sexualité en France » menées depuis une trentaine d’années n‘ont pas montré d‘évolution significative en ce domaine.. Toutefois, le développement du numérique et de la mobilité a permis la création de réseaux sociaux libertins qui ont favorisé le développement de soirées privées, organisées par des particuliers voire des organisateurs professionnels, entraînant un lent déclin des clubs libertins.
Vers une typologie de la sexualité en groupe Nommer la sexualité de groupe Si l’on évoquait ouvertement dans les années 1970 en France la notion de libération sexuelle et de « couple moderne », qui sous-entendait l’admission des relations extra-conjugales et même d’échangisme, ce vocabulaire va rapidement disparaître. Aussi, les termes désignant les formes de sexualité hors-couple ont rapidement tendance à passer en désuétude : les orgies, les partouzes ou les parties carrées sembleraient déplacées ; d‘autres pratiques ont été au contraire remises à la mode par les LGBT et quelques auteurs « branchés » (Michel Houellebecq, Catherine Millet) : ce sont respectivement le mélangisme, le voyeurisme et les gang bangs.
L’échangisme tient une place à part car il reste en usage bien qu’il ne désigne plus une permutation des femmes entre deux couples mais s’élargit à toutes les formes de sexualité de groupe. Les plus jeunes adeptes de la sexualité de groupe se désignent d’ailleurs rarement comme des « échangistes » (surtout s’ils ne sont pas en couple) mais préfèrent les termes de « libertins », « coquins », ou tout simplement « joueurs » voire « ouverts » — les plus fouillés revendiquant des ancrages à l’hédonisme et aux esthètes.
Des pratiques très variées Il est toujours un peu ridicule d’enfermer un ensemble d’individus dans des pratiques délimitées : rares sont en effet les formes de sexualité strictement définies, bien des « jeux » font d’ailleurs appel à l’imagination qui, en ce domaine, connait peu de limites. Ces différentes pratiques peuvent être brièvement décrites : échangisme : permutation de partenaires entre couples (souvent hétérosexuels) ; mélangisme : attouchements sans pénétration en dehors du couple « régulier » ; côte-à-côtisme : couples à proximité, se regardant mais sans attouchement ; triolisme : couple accompagné d’une troisième personne (homme ou femme) ; candaulisme : observation de son partenaire en coït avec une tierce personne.
Moins fréquemment on peut aussi observer : gang bang : plusieurs individus autour d’un (souvent des hommes et une femme) ; bukkake : multiples éjaculations sur un individu (souvent le visage d'une femme).
Orgie et sexualité de groupe
L'être humain cherche le plus possible à combiner différents plaisirs dans une même situation : les activités érotiquesSerge Wunsch, thèse de doctorat sur le comportement sexuel EPHE-Sorbonne, Paris, 2007. avec des mets fins, de la musique, une décoration recherchée, des senteurs et une ambiance raffinée pour démultiplier les plaisirs et fournir une sensation de plénitude hédoniquePhilippe Brenot, Serge Wunsch, Neurobiology of pleasure, Sexologies, 13(50):17-27, 2004.. Dans cet ordre d’idées, les orgies de l’antiquité combinaient toutes les modalités possibles du plaisirCatherine Salles, Les Bas-fonds de l'Antiquité, Petite Bibliothèque Payot, 2004..
Cette recherche totale de tous les plaisirs, l'orgie, se retrouve dans quasiment toutes les époques de l'histoireBurgo Partridge, A History of Orgies, éd. Prion, 2002..
Des nouveaux « libertins » ? Une part d’ombre