Paul-Louis Courier de Méré, né le à Paris et mort assassiné le près de Véretz, est un écrivain français.
Biographie Origine Né clandestinement, et sous un nom d’emprunt, le samedi , rue du Mail, à Paris, Paul-Louis Courier est le fils de Louise-Élisabeth de Montdeville et de Jean-Paul Courier, lui-même riche bourgeois de Paris, érudit et familier du droit, propriétaire du fief de MéréLa famille Courier de Méré est une importante famille de Touraine. Voir Pierre-Marie Dioudonnat, Le Simili-Nobiliaire-Français, éd. Sédopols, 2012, p. 240., qui avait été victime, en 1764, du duc d’Olonne, seigneur prodigue et ruiné de la famille des Montmorency-Luxembourg, dont il était le lieutenant des chasses, le créancier et l’amant de la femme ; celui-ci avait tenté de la faire assassiner...
Ses parents se marient le puis obtiennent, le suivant, un acte de réformation de son acte de baptême pour le légitimer.. Le ménage Courier s’installe en Touraine, d’abord dans la vallée de l’IndreOù Balzac situera Le Lys dans la vallée., puis à Cinq-Mars-la-Pile, près de Langeais. En 1784, il quitte la Touraine pour Paris, afin de permettre à Paul-Louis d’y entreprendre des études propres à lui ouvrir la carrière des armes. vignette|gauche|Plaque commémorative. Le père de Paul-Louis, qui est attiré très tôt par la littérature grecque, l’incite à entreprendre l’étude des mathématiques, qu’il apprend à partir de l’âge de quinze ans auprès de Jean-François Callet et de Jean-Baptiste Labey, professeur à l’École militaire de Paris, sans pour autant pouvoir se soustraire à la séduction opérée sur lui par les écrivains antiques ; les livres grecs ne le quittaient pas. S’étant donc livré par goût à l’étude de la langue grecque, il suit, de pair avec celle des mathématiques, les leçons de Vauvilliers, ami de son père, helléniste réputé et professeur au Collège royal, place de la Sorbonne, à quelques minutes de chez ses parents.De 1785 à 1791, Paul-Louis Courier demeure 11 rue de l'Estrapade..
Révolution française Le , il est admis sur concours en qualité d’élève sous-lieutenant à l’École de l'artillerie de Châlons-sur-Marne. Le cours y est interrompu jusqu’en octobre, devant l’avancée de l’armée prussienne, et les élèves sont employés à la garde des portes de la ville, où ont été placées quelques pièces de canon. Élève peu appliqué, peu habitué à la discipline de l’école, il en sort avec le grade de lieutenant, le de l’année suivante.. La défection des chefs militaires d’origine aristocratique aurait pu favoriser sa carrière. Après être allé embrasser ses parents, il rejoint sa compagnie, en garnison à Thionville.
Mais Paul-Louis Courier déteste la guerre et plus encore ceux qui la conduisent. De plus, il n’a pas ce feu républicain que les commissaires du gouvernement récompensent avec libéralité. Il passe son temps libre à lire dans les abbayes et les bibliothèques : , écrit-il à sa mère..
Au printemps 1794, il quitte Thionville pour l’armée de la Moselle, qu’il joint au camp de Blieskastel. Après l’occupation de Trèves (), il sert au grand parc de l’armée et il est chargé d’organiser un atelier pour la réparation des armes, installé dans un monastère désaffecté. Dès , il prend part au blocus de Mayence. Plus tard, il écrira : . Il quitte Mayence à la fin de l’hiver avec l’autorisation d’un commissaire de la République en mission et rentre en France. On évoque à tort la mort de son père comme raison de son départ ; sa piété filiale l’aurait fait voler auprès de sa mère malade et désespérée. En réalité, son père était toujours vivant et il avait reçu l’assurance du commissaire d’obtenir une nouvelle nomination : il fut affecté à Albi, où il arriva à l’automne 1795 pour présider à la réception des boulets fournis à l’État par les forges du Tarn et de l’Ariège.
Italie En , il est nommé au quartier général de Rennes comme chef de l’état-major de l’artillerie de l’aile gauche de l’armée d’Angleterre. Il visite la côte qui doit être fortifiée, et commence à apprendre la langue de Shakespeare. En novembre, il est nommé à l’armée d’Italie commandée par le général Championnet. Il arrive à Rome en . En février, il fait sommation aux habitants enfermés dans la citadelle de Civitavecchia de se rendre. La chance lui évitera d’être tué, contrairement à l’ordonnance qui l’accompagne.
Il y courut un risque plus grand encore en septembre, lorsqu’à leur tour les Français abandonnent la cité papaleCe jour-là, s’étant enfermé comme de coutume dans la bibliothèque du Vatican, il y resta tard et n’en sortit qu’à nuit close. Cette circonstance eût été favorable à sa sûreté, si, passant devant la lampe d’une madone, son uniforme ne l’eût trahi. Assailli par le cri de : Morte al Giacobino, il eût été infailliblement massacré, quand un coup de feu dirigé sur lui, au lieu de l’atteindre, frappa une vieille femme à ses côtés. Profitant de cet accident pour s’éloigner, il gagne son logement ; son ami Chiaramonte le conduit en sécurité, au château Saint-Ange où s’étaient réfugiés les Français.. Rapatrié avec ses compagnons d’armes à Marseille puis Paris, il arrive dans la capitale presque mourant à la fin d’octobre. Il passe sa longue convalescence à la direction de l’artillerie à Paris. Il est ensuite présenté à tous les hellénistes de la capitale comme leur égal. Le , il arrive à Strasbourg, au d’artillerie à pied.
Il entretient une correspondance active avec les hellénistes parisiens D’Ansse de Villoison, Clavier et d’autres savants français et allemands. Pendant ce temps, ses anciens camarades de l’École de Châlons, Duroc et Marmont veillent à son avancement.
Le , il est nommé chef d’escadron au d’artillerie à cheval. À la mi-, il arrive en Italie, à Plaisance. Le , il reçoit la Légion d’honneur. Le , il est nommé chef d’état-major de l’artillerie de l’armée de Naples. Il frôle la mort à plusieurs reprises, car les Calabrais insurgés mènent une guérilla impitoyable aux Français. Il écrit à Guillaume de Sainte-Croix, brillant helléniste :
Le , il charge, à la tête de sa brigade, le corps autrichien à la bataille de Castelfranco, commandée par le général Gouvion Saint-Cyr. Fait notable, il n’a ni éperons ni étriers, sous le prétexte que les Grecs anciens n’en avaient pas. Le , il est envoyé au corps d’armée du général Reynier, à Naples. Le , il est cité sur le champ de bataille après la victoire remportée sur les insurgés calabrais.
Révulsé par l’esprit d’arrivisme des autres officiers, il côtoie encore la mort plusieurs fois, assiste aux horreurs de la guerre, pillages, massacres, viols… Il en ressort écœuré et ne s’intéresse plus guère qu’aux Grecs. Il traduit notamment Xénophon et ses traités sur la cavalerie. Puis de Naples il court à Rome, qu’il quitte pour Florence, Brescia et Milan, explorant les bibliothèques et devisant avec les érudits, sans souci des devoirs de sa charge d’officier, et négligeant qu’il a ordre de rejoindre sans retard l’Armée d’Italie.
Aussi, arrivé à Vérone, sa destination, en , est-il mis aux arrêts sans appointements. Appelé le suivant à Livourne, en qualité de sous-chef d’état-major d’artillerie, las de demander inutilement un congé, il se résout à envoyer sa démission au ministre de la guerre le . Celle-ci est acceptée le . À peine de retour à Paris, il sollicite sa réintégration, et heureux de l’avoir obtenue officieusement, il part en toute hâte, sans prendre la peine d’acheter le cheval indispensable pour avoir une quelconque utilité sur le champ de bataille. Arrivé à Vienne, Il fait donc campagne à pied à la bataille de Wagram (5-).
Ayant définitivement quitté l’armée, il passe en Suisse puis regagne l’Italie, où il découvre, dans la bibliothèque Laurentienne de Florence, un exemplaire complet du roman Daphnis et Chloé, de Longus, roman jusque-là traduit avec une lacune prétendument « érotique ». Il en donne une nouvelle édition calquée sur la traduction de l’évêque Amyot, en .. Il s’attire de sérieux ennuis, accusé par les bibliothécaires d’avoir maculé d’encre la page comportant la lacune. Il encourt une non moins méchante affaire, en faisant, sans autorisation du préfet, imprimer à Rome une lettre adressée à son libraire Renouard, dans laquelle il lui rapporte des circonstances de sa querelle avec le bibliothécaire de Florence, il signor Del Furia, qui l’a accusé d’avoir sciemment taché le manuscrit de Longus. Aussi a-t-il deux ministres à ses trousses, mais l’Empereur pour lequel il n’a nulle admiration., sur ce qu’on lui dit d’un officier retiré à Rome, qui faisait du grec, ordonne qu’on le laisse tranquille.
Enfin, le ministre de la guerre, le général Clarke, le fait rechercher pour s’enquérir de ce qu’il est devenu après Wagram. Il réussit à convaincre le général Gassendi, directeur général de l’artillerie, qu’il a pensé que sa réintégration dans l’armée n’avait pas été officielle.
Retour à Paris De retour à Paris, au début de , il renoue avec Étienne Clavier, trouve Herminie, dite Minette, l’aînée des deux filles de ce dernier, âgée de dix-sept ans, fort jolie et, le , l’épouse, à l’âge de 42 ans, à la mairie de l’ancien . Ils auront deux fils, Paul (le ) et Louis (le ). Ayant conservé une propriété en Touraine, à Luynes, il achète la forêt de Larçay, en .
L’année suivante, il adresse aux deux assemblées de parlementaires à Paris une pétition : la Pétition aux deux chambres. Dans ce premier pamphlet politique, il proteste contre des arrestations arbitraires survenues en début d’année à Luynes. Pendant deux ou trois ans, il se demande s’il va s’installer à Paris ou en Touraine avec son épouse. Finalement, le couple opte pour la Touraine et achète, en , une ferme à Véretz : la Chavonnière.
Politique Après cette installation, il entre dans l’opposition à la Restauration de manière de plus en plus affirmée. Jugé par Stendhal comme , le plus vif intérêt s’attacha à Courier dès qu’il parutAussi avait-il tout ce qu’il faut pour se rendre populaire : une grande liberté d’opinion, une originalité piquante dans les formes du style, il faut dire aussi cette audace satirique qui fait jouir les petits de l’humiliation des grands, surtout cet art de rendre la vérité accessible à tous, simple, et, comme il disait, vulgaire et villageoise.. Le refus de sa candidature à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, en , lui donne l’occasion d’écrire son premier pamphlet, Lettre à Messieurs de l’Académie. Son talent dans le persiflage le rend célèbre, mais lui coûte deux mois de prison, où il se rend de sa volonté, fin . Là, il reçoit la visite de Béranger ; Stendhal lui fait remettre une copie dédicacée de son Histoire de la peinture en Italie..
Il n’est absolument pas bonapartiste ; ses pamphlets Conversation chez la . et Conseils à un colonel donnent une idée de son point de vue sur Bonaparte et la discipline militaire en général. Pas de discipline, pas de gloire. C’est après la chute de l’Empire, qu’il commence la publication de ses autres pamphlets. Trop individualiste pour appartenir à un parti, son opposition ne concerne que lui mais, dans cette période d’oppression étouffante, il est tout de suite remarqué. À la différence des libéraux, Courier fait preuve d’un intérêt permanent pour la question sociale. La misère le scandalise et il estime que le travail, surtout celui de la terre, la terre devenue propriété de celui qui en vit, est un accès à la dignité humaine. Pour lui, le partage de la terre est un puissant moteur économique. Il est sensible aux idées des physiocrates, mais n’est jamais indifférent au sort des hommes que broient les contraintes économiques. Cependant, il n’a pas senti monter la question ouvrière, qui commencera à se poser sous la monarchie de Juillet, engendrant d’importants conflits sociaux.