Le Grand Prix automobile de France (officiellement appelé Grand Prix de l'ACF jusqu'en 1967 à sa cinquante-troisième édition) est une course automobile sur circuit créée en 1906. Il a figuré au calendrier du championnat du monde de Formule 1 de 1950 à 2008 sur sept circuits différents, exception faite de l'année 1955 où l'épreuve a été annulée à la suite du drame des 24 Heures du Mans. L'épreuve s'est déroulée sur le circuit de Nevers Magny-Cours de 1991 à 2008, avant d'être retirée du calendrier pour une période de dix ans.

Le Grand Prix fait son retour lors de la saison 2018 le 24 juin 2018 sur le circuit Paul-Ricard qui a déjà accueilli l'épreuve à quatorze reprises entre 1971 et 1990. La manche française, doyenne des Grand Prix (puisque le premier fut couru en 1906 au Mans), redevient alors un des Grands Prix les plus anciens du championnat, en compagnie de ceux de Grande-Bretagne, de Monaco, d'Italie et de Belgique, eux aussi disputés lors de la saison inaugurale de la Formule 1 en 1950. Michael Schumacher y détient un record de huit victoires.

Historique

Courses sur routes publiques thumb|right|alt= phographie de la grille de départ du Grand Prix de France.|Grille de départ du Grand Prix de France 1906.

Créé en 1906 (neuvième édition dite de l'ACF), le Grand Prix de France est un des doyens des Grands Prix automobiles et la première épreuve automobile d'envergure nationale à porter le nom de Grand Prix. À la suite des accidents qui marquèrent la course automobile Paris-Madrid en 1903, l'Automobile Club de France et les autorités imposent la tenue d'épreuves sur circuit fermé. En 1905 est organisée la dernière Coupe automobile Gordon Bennett car l'ACF décide de ne plus participer à cette épreuve (où chaque nation était représentée par trois voitures), estimant que la France ne possédait pas une chance de vaincre proportionnelle à l'importance de son industrie automobile de l'époqueJournal des débats politiques et littéraires, 3 juillet 1914, , .. Le Mans fait rapidement acte de candidature et la ville qui a vu naître la première voiture commercialisée (Amédée Bollée) reçoit, le , trente-deux voitures pour le Grand Prix automobile de France 1906, sur un circuit de constitué presque uniquement de lignes droites. Contrairement aux courses de ville à ville, le secteur routier utilisé pour la course est fermé à la circulation. Pour contourner certains villages, les organisateurs mettent en place des déviations en bois. De plus, on goudronne « à chaud » le revêtement qui forme des escarbilles brûlantes arrivant à s'immiscer jusque derrière les lunettes spéciales des pilotes. Le Hongrois Ferenc Szisz remporte cette course longue de 12 heures sur une Renault. Les travaux coûtent fort cher et le bilan financier est catastrophique. L'année suivante, la longueur du circuit est réduite de moitié. On délocalise ainsi les éditions 1907 et 1908 sur le petit circuit de Dieppe, nettement moins coûteux.

Originellement officiellement dénommé Grand prix de l'ACF, l'appellation « Grand Prix de France » est employée par l'ACSO pour l'édition 1911.

La course de 1913 est remportée par Georges Boillot sur un circuit de 31,6 km près d'Amiens. Cinq personnes sont tuées pendant les essais et le weekend de course. L'épreuve de 1914, sur un circuit de 37,6 km près de Lyon, est une bataille âprement disputée entre les Peugeot françaises et les Mercedes allemandes.

En raison de la Première Guerre mondiale et aux dégâts infligés à la France, le Grand Prix ne réapparaît qu'en 1921, remporté par l'Américain Jimmy Murphy sur le circuit du Mans. Bugatti fait ses débuts lors la course de 1922 sur un circuit routier public de 13 km près de Strasbourg proche du siège de Bugatti à Molsheim. Cette course est un duel entre Bugatti et Fiat, vainqueur avec Felice Nazzaro. La course de 1923 près de Tours est remportée par le Britannique Henry Segrave sur Sunbeam, la dernière voiture britannique à remporter un Grand Prix officiel jusqu'à Stirling Moss sur Vanwall au Grand Prix Britannique de 1957. La course de 1924 se déroule à Lyon, sur une variante raccourcie du circuit utilisé en 1914. La Bugatti Type 35 et l'Alfa Romeo P2 y débutent.

Premiers circuits permanents et autres circuits routiers publics

En 1925 fut construit le premier autodrome permanent de France, appelé Autodrome de Linas-Montlhéry, situé à 32 km au sud de Paris. Le circuit de 12,3 km comprenait un talus de béton à 51 degrés, un parcours sur route en asphalte et des installations modernes, y compris des garages et des tribunes. Les Français ont été invités à construire un circuit de course après la construction de Brooklands en Angleterre en 1907 et Indianapolis aux États-Unis en 1908 a incité d'autres nations à construire des circuits de course, et après la Première Guerre mondiale, Monza en Italie et Stiges-Terramar en Espagne fut également ouvert en 1923, suivi de Montlhéry, puis de Miramas au sud, puis du Nürburgring en Allemagne en 1927. Il fut le premier à remporter le Grand Prix de l'ACF en 1925 dans le cadre du premier championnat du monde des constructeurs, les premiers Grands Prix ont été regroupés pour former un championnat. Le circuit a attiré des foules énormes et ils ont été témoins de la vue spectaculaire des voitures rapides qui couraient sur le parcours abrupt des banking et de l'asphalte de Montlhéry, qui avait de nombreux virages rapides et était situé dans une forêt. La première course à Montlhéry a été marquée par l'accident mortel d'Antonio Ascari dans une Alfa P2. Miramas, un autre autodrome permanent achevé en 1926, a accueilli la course cette année-là. Cette course a vu seulement 3 Bugatti se présenter à la course gagnée par le Français Jules Goux, qui avait gagné l'Indianapolis 500 en 1913.

La course de 1927 à Montlhéry a été remportée par le Français Robert Benoist dans un Delage. 1929 a vu un bref retour au Mans, qui a été remporté par William Grover-Williams dans une Bugatti; c'était l'homme qui avait remporté le tout premier Grand Prix de Monaco plus tôt dans l'année. Le Grand Prix de France de 1930 à Pau fut l'un des Grands Prix français les plus mémorables de la période d'avant la Seconde Guerre mondiale. Cette course, qui s'est déroulée en septembre sur un circuit routier public triangulaire de 15,8 km à quelques kilomètres de l'actuelle piste de Pau, a vu un célèbre Blower Bentley disputer la course avec le Britannique Tim Birkin au volant. Les Bentley avaient dominé les 24 Heures du Mans, mais ce souffleur Bentley avait ses phares et garde-boue enlevés, car ils n'étaient pas nécessaires pour cette course; en lui donnant l'apparence d'une voiture à roues ouvertes. La Bentley a bien performé - sur ce circuit très rapide qui convenait en fait à la puissante Bentley, Birkin passait les stands à 130 miles par heure (très rapide pour l'époque), et dépassait voiture après voiture - à la stupéfaction de la foule. Mais malheureusement, il a terminé au Français Phillippe Etancelin dans une Bugatti.

Montlhéry fera également partie de la deuxième ère du championnat du Grand Prix, le Championnat d'Europe quand il débutera en 1931. D'autres circuits routiers publics à proximité de villes comme Le Mans, Saint-Gaudens ont également accueilli le Grand Prix de France, comme le rapide circuit de Reims-Gueux, situé près de Reims. Mais de 1933 à 1937, Montlhéry devint le seul hôte de l'événement. Le Grand Prix de France de 1934 marque le retour de Mercedes-Benz au Grand Prix après 20 ans, avec une toute nouvelle voiture, équipe, direction et pilotes, dirigée par Alfred Neubauer. 1934 était l'année où les Flèches d'Argent ont fait leurs débuts (un effort lourdement financé par le Troisième Reich d'Hitler), avec Auto Union ayant déjà lancé sa puissante voiture de Type A à moteur central pour une course à AVUS en Allemagne. Bien que le pilote monégasque Louis Chiron ait gagné dans une Alfa, les Flèches d'Argent ont dominé la course. Les voitures allemandes de haute technologie semblaient flotter sur les bancs de béton à Montlhery où toutes les autres voitures semblaient visiblement affectées par la surface de béton. Les chicanes ont été placées à certains endroits sur le circuit à très grande vitesse dans un effort des Français pour ralentir les voitures allemandes très rapides pour la course de 1935, mais cet effort n'a pas abouti puisque la superstar de Mercedes Rudolf Caracciola a gagné cette année.

Reims, Rouen et Charade

Le Grand Prix de France revient sur le circuit de Reims-Gueux en 1938 et 1939 au cours desquels les Flèches d'Argent poursuivent leur domination. Pour l'occasion, les lignes droites du circuit sont élargies et ses installations modernisées.

En raison de la Seconde Guerre mondiale la course n'est pas courue entre 1940 et 1946.

Le Grand Prix fait son retour en 1947 sur le circuit de Parilly près de Lyon. Les années suivantes, le Grand Prix se tient à Reims-Gueux, où un autre constructeur, Alfa Romeo, domine l'événement pendant quatre ans. En 1950, première année du championnat du monde de Formule 1, la course est remportée par l'Argentin Juan Manuel Fangio, qui remporte également la course de l'année suivante. Cette manche reste la plus longue course de Formule 1 en termes de distance parcourue (hors 500 miles d'Indianapolis), totalisant .

En 1952, le Grand Prix de France a lieu pour la première fois sur le circuit de Rouen-Les-Essarts, un circuit principalement composé de virages à grande vitesse.

En 1953, la course revient à Reims, où le circuit, composé à l'origine de trois lignes droites (avec quelques légers replis) et de trois virages lents, a été modifié afin de contourner la ville de Gueux, ce qui le rend encore plus rapide. Reims compte maintenant deux lignes droites, deux virages très rapides et deux virages lents. Cette course est devenue un classique, avec un duel opposant Fangio dans une Maserati et le Britannique Mike Hawthorn dans une Ferrari, ce dernier finissant par l'emporter.

1954 marque le retour de Mercedes sur les courses de haut niveau dirigée par Alfred Neubauer, vingt ans après leur premier retour en Grand Prix en France. Après deux victoires pour l'équipe Maserati cette année-là à Buenos Aires et Spa, Fangio pilote alors pour la marque de Stuttgart. Avec son coéquipier Karl Kling, ils dominent la course de bout en bout avec leurs W196. Ce n'était pas une victoire populaire - Mercedes, un constructeur automobile allemand, avait gagné sur le sol français - seulement neuf ans après la fin de l'occupation allemande de la France.

En 1955, le Grand Prix est annulé à cause de la catastrophe du Mans. La marque Mercedes se retire de toutes les courses à la fin de cette année.

La course revient à Reims en 1956, puis à Rouen-Les-Essarts (rallongé) en 1957, et de nouveau à Reims de 1958 à 1961, puis en 1963 et pour la dernière fois en 1966. La course de 1958 est marquée par l'accident mortel de l'Italien Luigi Musso, au volant d'une Ferrari. C'est aussi la dernière course de F1 de Fangio. Hawthorn, qui comme beaucoup d'autres pilotes à l'époque tenait Fangio en très haute estime, est sur le point de lui prendre un tour dans le dernier tour sur la ligne des stands, il ralentit et laisse Fangio (au volant d'une Maserati désuète) franchir la ligne devant lui pour que le respecté pilote argentin complète la course. Hawthorn gagne et Fangio terminera quatrième.

Rouen-Les-Essarts accueille à nouveau le Grand Prix en 1962 et 1964. L'Américain Dan Gurney remporte ces deux épreuves, une avec Porsche et une autre avec Brabham.

En 1965, la course se déroule sur le circuit de Charade, long de , dans les collines entourant la ville natale de Michelin, Clermont-Ferrand. Contrairement aux longues lignes droites qui constituaient le circuit de Reims-Gueux et les courbes rapides qui composaient le circuit de Rouen, Charade était connu comme un mini-Nürburgring et était sinueux et très exigeant.