vignette|Les Danois sur le point d'envahir l'Angleterre.Illustration d'Alexis Master, in Abbon de Fleury, Passio Sancti Edmundi, Regis Orientalium Anglorum et Martyris, vers 1130.
Les Vikings (, au pluriel ) sont des Scandinaves commerçants, pillards, pirates, guerriers et explorateurs ayant vécu au cours d’une période s’étendant du , communément nommée « âge des Vikings ». Ils sont souvent appelés Normands, étymologiquement « hommes du Nord », dans la bibliographie ancienne.
Le mot « Viking » Définition
Au sens large, le terme Viking désigne l’ensemble des Scandinaves de la période caractérisée par le phénomène viking (750-1050).
À l'origine un terme désignant une pratique, le mot tombe en désuétude à la fin du Moyen Âge, mais son emploi réapparait durant la Renaissance avec les traductions des sagas. Il est clairement réhabilité au et ne correspond dès lors qu'aux aventuriers scandinaves et à la période historique de l'âge des Vikings. Il devient dès lors un ethnonyme qui s'applique à tous les domaines.
Le terme de « Vikings » désignerait les Scandinaves, originaires des actuels Danemark et Norvège, et du Götaland (Suède du sud-ouest : Dalie, Bohuslän, Halland, Scanie), actifs essentiellement en mer du Nord et dans l'océan Atlantique. Des études récentes démontrent que les bandes vikings sont constituées d'ethnies très variées qui dépassent le cadre de la Scandinavie et intègrent des Francs, des Anglo-Saxons, des Irlandais, des Frisons et des Slaves. La définition du mot Viking reste donc liée à sa pratique et ne peut être simplement amalgamé aux Scandinaves. Pour cette raison, certains chercheurs francophones du début du préfèrent parler de « vikings » sans V majuscule, d'autres gardent la majuscule..
Le terme de Varègues désignerait les Vikings (au sens de Scandinaves) de Suède, actifs surtout en mer Baltique et en Europe de l'Est, dont la Rus' de Kiev, et opérant la route commerciale de la Volga et la route commerciale des Varègues aux Grecs.
En français, le terme est également employé, par extension, pour désigner les peuples germaniques de Scandinavie à partir de l'âge du fer romain au ..
Étymologie vignette|Détail du bateau de Nydam, château de Gottorf. Le mot viking est attesté en français au et désigne, au sens moderne du terme, un .. Son étymologie exacte n'est pas assurée.
Il est mentionné pour la première fois en vieux norrois (vieil islandais) sous la forme víking (mot féminin) dans l'expression fara í víkingu « partir en rapine, en maraude, en piraterie ». De ce mot dérive la forme masculine víkingr (-s, -ar) qui signifie , donc Geir T. Zoëga, A Concise Dictionary of Old Icelandic, Oxford University Press, 1910.. Le mot désigne donc initialement une pratique et non une appartenance géographique ou ethnique. L'usage l'a élargi à toutes personnes pratiquant la piraterie durant l'âge des Vikings.
Le mot víking apparaît tardivement en vieux norrois, ce qui laisse penser qu'il s'agit d'un emprunt à une autre langue, très certainement au vieil anglais, où le mot wīcing, qui signifie « pirate », est attesté dès le (et en vieux frison, sous la forme wī(t)sing). Effectivement, les utilisations connues les plus anciennes proviennent de textes anglo-saxons du , avec la mention de divers composés comme uuicingsceadan, uuicingseadae ou saewicingas, tous formés sur -wīcing-. Ils ont pour thème les activités maritimes et notamment la piraterie.
Une étymologie largement répandue mais erronée, en fait un dérivé du norrois vík , ayant aussi la signification originelle d'« endroit où la terre cède » (dérivé du verbe vikja « céder »), d'où, par extension, le sens de « baie », c'est-à-dire . (cf. les toponymes comme Reykjavik en Islande ou les plages de Plainvic et du Vicq en Cotentin, etc.).
Des recherches étymologiques plus récentes, fondées sur des travaux préexistants, ont mis l'accent sur l'existence de la mesure nautique vika (« distance parcourue en mer par deux équipes ramant en alternance »), dont le radical vik- se retrouverait dans víking, mais aussi dans le vieil anglais wīcing, le vieux frison wītsing. Ces différents termes remonteraient tous à un proto-germanique de l'Ouest *wīkingō (« changement de rameur ») et *wīkingaR dérivant du premier et signifiant « homme ramant en alternance », ce qui se conçoit à l'époque où les navires circulant dans les mers du nord de l'Europe étaient des bateaux à rames, tels que celui de Nydam. Par la suite, des sens spécifiques se seraient développés dans les langues où ils se sont perpétués : expédition maritime, guerrier-marin, pirate.
Autres noms Les chroniques franques rédigées en latin utilisent plus fréquemment les termes Nor[t]manni « Normands »Flodoard, Annales, éd. Philippe Lauer Paris 1919., pirata « pirates »Richer, Histoire de son temps, éd. Jean Guadet Paris 1845., Dani « Danois » ou pagani « païens » pour désigner les Vikings. Jusqu'à une époque récente et encore aujourd'hui, certaines sources utilisent le terme Normand comme synonyme de Viking. Le terme Normand est lui-même un emprunt au francique Albert Dauzat, Jean Dubois, Henri Mitterand, Nouveau Dictionnaire étymologique et historique, Paris, Larousse, 1971, 497. ou au vieux norrois Jan de Vries, Altnordisches etymologisches Wörterbuch, 3. Aufl., Brill, Leyde, 1977., qui signifient tous les deux « homme du Nord ».
En irlandais, les textes parlent plus simplement d’« étrangers » (gall). Le toponyme Donegal ferait référence aux Vikings danois, c'est-à-dire les « étrangers noirs » et celui de Fingal aux Vikings norvégiens, c'est-à-dire les « étrangers blancs ». Mais cette distinction entre Vikings noirs et Vikings blancs empruntée à Lucien Musset serait la conséquence d'une mauvaise traduction, d'autant que cette distinction n'a pas de raison d'être, la proportion du type aux cheveux clairs étant à peu près semblable au Danemark et en Norvège. Donegal n'a donc probablement pas cette signification, mais celle de « forts des étrangers » dún an gall, « noir » se disant dub. De la même manière, Finegal ne vient pas de finn gall ou fionn gall (« étrangers (aux cheveux) blonds »), mais plutôt de fine gall (« tribu des étrangers »).
En Orient, ils sont appelés Rus ou Varègues. Chez les Arabes, les Madjus : bab el Madju désignant « la porte des païens » (détroit de Gibraltar)Larousse. Découvertes du monde , « l’aventure Viking », octobre 1978..
Selon Pierre Bauduin (2004), la connotation du terme viking serait plutôt positive dans les inscriptions runiques et négatives dans les poèmes scaldiques.
Contexte Géographique
De magnifiques paysages liés à des légendes fortes ont longtemps fixé les vikings sur leur territoire et en ont gêné l'émigration, par fierté. Le climat rude (froid, vents) empêchait toute agriculture et tout élevage de masse. Le pillage était donc leur seule possibilité d'obtenir des richesses (vols de nourriture et de bijoux, captures d'esclaves…). L'appauvrissement généré dans leurs pays frontaliers (pertes matérielles, morts, fuites…) les ont poussés plus loin en Europe du Sud et de l'Ouest (Gaule…)Voir sur universalis.fr..
Historique
L'historiographie traditionnelle appelle âge des Vikings ou ère viking la période qui va de 793 à 1066 de notre ère, et suit donc immédiatement l'âge de Vendel (540-793). Pendant cette période, le territoire des Vikings s'étend considérablement, guerriers et marchands scandinaves lancent des raids, d'abord côtiers, vers des monastères chrétiens, puis atteignent l'intérieur des terres en remontant les fleuves. Les raids et pillages atteignent non seulement une grande partie de l'Europe, des territoires russes à la Méditerranée, mais aussi le nord de l'Afrique et le nord-est de l'Amérique du Nord. Parmi les suites européennes durables de cette expansion, on compte, outre les conflits guerriers, une expansion des routes d'échanges commerciaux et culturels, et le développement de la féodalité.
Contrairement aux peuples germaniques de l'Europe plus méridionale, ils sont restés païens jusqu'à la première moitié du . C'est l'une des raisons pour lesquelles il se dégage des textes européens du Moyen Âge (principalement du ), une image négative de leur action, réduite à des actes de piraterie et de pillage, caractérisés par la violence de leurs raids et leur barbarie « païenne. » L'immense majorité des auteurs de ces textes sont en effet des clercs issus des milieux monastiques, or les cibles des pillages étaient les monastères. Cependant on comprend mieux maintenant que ces pillages leur permettaient d'obtenir par la force des richesses qu'ils convertissaient (en faisant fondre l'or) en moyen de paiement pour acquérir des armes sur les marchés d'Europe (épées franques) ou des produits de luxe sur les marchés d'Orient.
La documentation plus contemporaine, principalement issue de récentes fouilles archéologiques, a permis de nuancer leur image négative et elle insiste plutôt sur l'aspect positif de leur action dans de nombreux cas, car ils furent aussi de grands marins, explorateurs, marchands et guerriers qui atteignirent les côtes atlantiques de l'Europe, la Méditerranée, l’Afrique du Nord, l'Orient et même l'Amérique (Vinland), tout en établissant parfois au passage des comptoirs commerciaux et des colonies comme sur les îles Féroé, les Orcades, l'Islande, le Groenland, etc. Ils fondèrent des États nouveaux et originaux en Normandie et en Russie. On considère qu'ils furent les artisans de la deuxième mondialisation, la première ayant été romaine. Leur assimilation rapide dans les pays colonisés procède d'un choix politique délibéré qui a conduit à leur acculturation en quelques décennies.
L'âge viking prit fin à la suite de l'affirmation en Scandinavie de pouvoirs monarchiques centralisateurs et de leur conversion au christianisme.
Diaspora viking
Invasions vikings
L'origine des raids repose sur plusieurs facteurs. Tout d'abord un ensemble de facteurs internes au monde scandinave poussent les vikings à se déplacer, comme le climat rude. Les notions de surpopulation, véhiculée par des auteurs médiévaux comme Jordanès, peinent à être démontrés par l'archéologie moderne. De même, le manque de terre arable évoqué par Adam de Brême semble erroné car l'archéologie démontre une intensification de l'exploitation des sols, l'introduction de nouvelles cultures et outils. Il est toutefois probable que la culture polygame provoque des tensions internes car plusieurs jeunes gens sont dès lors dépourvus d'héritage.
Un ensemble de facteurs externes entre en second compte dans la proportion élevée de raids à partir du . En effet, les échanges et le commerce s'accentuent particulièrement entre la Scandinavie et le reste de l'Europe durant le . L'intensification des raids coïncide également avec l'instabilité au sein de l'Empire carolingien. Ces raids reposent donc sur la capacité des navigateurs scandinaves à s'adapter à la situation et à saisir des opportunités d'enrichissement.
Colonisation des îles Féroé et de l'Islande
L'histoire pré-scandinave des îles Féroé est méconnue. Les îles deviennent une étape importante de l'expansion territoriale au et l'essentiel de son histoire provient de la Saga des Féroïens dont la valeur historique est discutée. Le premier viking à y régner serait Grímr Kamban. La saga prétend qu'il fuit la tyrannie d'Harald Ier, mais il est en réalité plus probable que les vikings s'y installent à cause du renversement de force qui s'observe sous le règne d'Alfred le Grand. Le nom partiellement celtique (Kamban étant gaélique) permet de supposer qu'il provient des îles Hébrides (sous autorité viking depuis le ) et non directement de la Scandinavie comme le supposaient les premières études. Des analyses ADN modernes confirment cette piste.