Le grec moderne (en grec : / (neo)ellinikí glóssa « langue grecque (moderne) », ou simplement / (néa) elliniká) est la langue maternelle de de locuteurs, dont en Grèce, où il est langue officielle, comme à Chypre. Il existe aussi des minorités de langue grecque en Albanie et en Turquie.
Le grec moderne est également appelé romaïque () ou roméique. Cette appellation en vigueur jusqu’au tend à disparaître.
Il fait partie de la branche hellénique des langues indo-européennes.
Histoire Le grec moderne dérive de la koinè, elle-même héritière directe du grec ancien. La koinè alexandrine, langue de communication utilisée par Alexandre le Grand et ses successeurs dans les colonies qu'ils fondèrent, subit des évolutions qui peuvent être classées en quatre grandes périodes : Une période macédonienne et romaine (de la mort d'Alexandre en 323 à 642 ) : le grec commun se simplifie en perdant le duel et en négligeant le mode optatif mais sans trop différer de l'attique ; une période mal documentée (du ) au cours de laquelle le vocabulaire grec est influencé par le latin vulgaire ; la langue subit la loi de l'analogie dans la première déclinaison et simplifie la conjugaison des verbes. Henri Tonnet date de cette époque la naissance du grec moderne et note sa remarquable proximité avec le grec parlé aujourd'hui : La période du grec médiéval (du à la chute de Constantinople en 1453) : le grec ancien cesse d'être utilisé à l'écrit, le vocabulaire s'enrichit et le processus de réfection analogique modifie sensiblement la conjugaison des verbes. La période de l'occupation turque (du à 1821) : cent ans après la chute de Constantinople, le grec parlé en Grèce ottomane et en Asie mineure se caractérise par une multitude de dialectes, un très petit nombre d'emprunts aux langues des occupants (italien ou turc) et de nombreuses créations néo-helléniques. Au coexistent trois formes du grec : le grec archaïque des ecclésiastiques et des lettrés, des koinès régionales à Constantinople, Smyrne, dans le Pont, le Péloponnèse et l'Heptanèse, et des dialectes limités à certains territoires comme le griko ou le tsakonien. Cependant, tous ces parlers grecs se caractérisent par une unité, permettant l'intercompréhension des locuteurs. En 1821, les emprunts à la langue ottomane et au vénitien abondent. C'est à cette époque que se pose la question de la langue et la recherche d'une langue authentiquement nationale par plusieurs réformateurs lettrés comme Dimitrios Photiadis ou Katardzis, ainsi qu'Iosipos Misiodax, Grigorios Konstantas et Adamantios Koraïs.
Au cours de sa longue histoire, la langue grecque a subi un grand nombre de transformations phonétiques (comme l'iotacisme, la psilose, la disparition des oppositions de quantité vocalique, la spirantisation des anciennes aspirées, le passage d'un accent de hauteur à un accent d'intensité ou encore l'amuïssement de certains phonèmes, comme [n], en finale), ainsi que des transformations lexicales (nombreux emprunts aux langues modernes) et grammaticales (simplification de la flexion nominale, de la conjugaison). Le grec moderne aurait également développé certaines caractéristiques, partagées avec les langues environnantes, qui découlent de sa situation dans l'union linguistique balkanique.
On peut illustrer cette évolution par un court extrait de la République de Platon.
Français Grec ancien Grec moderne J'étais descendu hier au Pirée avec Glaucon, fils d'Ariston, pour prier la déesse et voir, en même temps, de quelle manière on célébrerait la fête qui avait lieu pour la première fois. La pompe des habitants du lieu me parut belle, encore que non moins distinguée fût celle que les Thraces conduisaient.[] []
La langue actuelle est une variante dite « grec mixte » ou « μεικτή δημοτική » ; il s'agit en fait d'un compromis stabilisé entre la langue populaire, c'est-à-dire « démotique », et la katharévousa, la langue dite « purifiée » qui avait été élaborée à l'époque des Lumières sur le modèle de l'attique, d'une part pour renouer avec le prestigieux passé de la Grèce antique (on souhaitait en effacer les stigmates, c'est-à-dire la masse des emprunts issus des diverses langues, notamment le turc et l'italien, des nouveaux maîtres du monde grec depuis la chute de Constantinople), d'autre part pour exprimer la modernité, ce que le grec démotique, langue de paysans et de pêcheurs, ne savait pas faire. Elle fut la langue officielle de l'État grec depuis sa proclamation en 1822 jusqu'en 1975, coexistant en diglossie avec la langue démotique, privilégiée dans l'expression spontanée et dans la littérature. Cette coexistence, qui ne fut pas toujours pacifique, aboutit à la langue standard actuelle, qui est presque complètement démotisée dans sa morpho-syntaxe, à quelques survivances près dans le registre soutenu, mais qui a emprunté à la katharévousa (c'est-à-dire, en définitive, au grec ancien) un énorme fonds lexical propre à exprimer toutes les nuances requises dans la vie intellectuelle, sans avoir oblitéré les différentes strates lexicales que chaque époque (Empire byzantin, Empire ottoman et républiques maritimes italiennes, Venise et Gênes surtout) a laissées en héritage. La question orthographique (emploi du système monotonique ou polytonique) s'est soldée en 1982 à l'avantage du système le plus simple dans l'usage officiel, qui domine largement aujourd'hui, sans être absolument hégémonique.
Zone géographique vignette|Thucydide, Histoire, trad. [en grec moderne] de Elefthérios Vénizélos, Oxford, Oxford University Press, T. 1 (de 2), 1939. (E. V. est un de plus importants hommes politiques de la Grèce moderne.) Cette langue est parlée en Grèce, à Chypre, et au sud de l'Albanie. En Turquie, la question est sensible pour des raisons politiques et en raison du fort nationalisme : des Turcs, dont le nombre est impossible à évaluer, seraient bilingues grec/turc : il s'agit le plus souvent de Micrasiates convertis à l'islam au moment de la « grande Catastrophe » de 1923 pour échapper aux échanges de populations obligatoires entre la Grèce et la Turquie et pouvoir rester dans leurs foyers. Les derniers chiffres des statistiques remontent à 1965, où le recensement mentionnait ou locuteurs du grec. On en rencontre encore le long des côtes de la Turquie, ainsi qu'à Istanbul et dans les îles Imbros et Ténédos où l'« ethnie » grecque est évaluée à , mais le nombre de locuteurs du grec dans la sphère privée est probablement bien supérieur. De même, en Grèce continentale, un grand nombre de Grecs savent parler le turc, mais il n'y a pas de statistiques, et le sujet semble aussi tabou qu'en Turquie. Hors du patriarcat de Constantinople, l'alphabet grec moderne est interdit en Turquie, où le grec peut toutefois s'écrire avec l'alphabet latin, dans un cadre cultuel et culturel à caractère privé et non officiel, ni politique ou revendicatif, car l'État turc laïc n'admet officiellement que la langue turque et l'alphabet latin.
Historiquement, les deux langues se sont côtoyées durant plus de cinq siècles et bien avant la chute de Constantinople en 1453 : une partie du vocabulaire et des mots de la langue turque (par exemple dans le domaine maritime et dans celui de la halieutique) sont issus du grec médiéval : une partie de ce vocabulaire passé en turc n'est plus utilisée en grec moderne (comme dans le cas du « chinchard », en turc du grec médiéval « à petites croix », mais en grec moderne). La situation est symétrique pour le turc dont une partie du lexique est passée en grec moderne, même si depuis le l'académie fait des efforts notoires de « ré-hellénisation » de la langue (par exemple, en remplaçant , du turc , « auberge », par « pandochée », et aussi tous les noms de lieux hérités de la Grèce ottomane par leurs noms antiques, comme au Pirée où les ports de Türkliman et de Paşaliman sont redevenus respectivement Mounychie ou Microlimano et Zéa).
La langue grecque est également présente en Cyrénaïque, dans l'est de la Libye, où une partie des descendants de Grecs convertis à l'Islam (localement appelés Gritlis), toujours présents dans la région à la fin du , la pratiquent encoreAdam Benkato, « The Arabic Dialect of Benghazi, Libya: Historical and Comparative Notes », Journal of Arabic Linguistics, (2014), p. 57-102. V. . dans un cadre strictement familial (jusqu'en 2011, le régime Kadhafi interdisait l'utilisation et l'apprentissage des langues autres que l'arabe).
En Syrie et au Liban aussi, où jadis une partie de la population parlait grec, surtout parmi les chrétiens orthodoxes (avant 1960), la langue a pratiquement disparu car les systèmes éducatifs des deux pays, très centralisés, mirent l'accent sur la langue arabe, facteur identitaire après la fin du mandat français en Syrie et au Liban, en 1943, et avec les vagues de nationalisme arabe des années 1950 et 1960. L'héritage grec survit uniquement dans la religion orthodoxe, elle-même en voie de diminution par l'émigration, à la suite des crises, violences et guerres du . En Égypte, avant 1956 (crise du canal de Suez), il y avait à Alexandrie un important groupe de locuteurs du grec qui, dans cette ville, était encore la cinquième langue après l'arabe, le français, l'anglais et l'italien. De nos jours, les quelques centaines de Grecs qui y vivent sont le plus souvent des commerçants ou des hommes d'affaires récemment installés, sans liens avec la très ancienne diaspora grecque d'avant 1956, entre-temps émigrée.
Enfin, on trouve d'importantes diasporas de quelques centaines de milliers de Grecs à New York, Chicago, San Francisco, Melbourne, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni : les Grecs dits « micrasiates » chassés des pays musulmans sont nombreux parmi ces émigrésSite Bibliomonde. et, à Londres, les Grecs chypriotes en représentent une bonne part. Avec la disparition des anciennes générations, les descendants des diasporas s'intègrent aux populations locales, abandonnent le grec (mais gardent sur plusieurs générations l'appartenance à l'orthodoxie) et passent aux langues locales. Cependant, depuis la crise économique en Grèce, surtout après 2010, de nouveaux migrants grecs viennent s'ajouter aux anciens.
Écriture et prononciation thumb|200px|Signalisation routière en grec moderne avec transcription en alphabet latin à Naxos.
Le grec moderne s’écrit avec un alphabet de vingt-quatre lettres, hérité du début de la période archaïque (). Chaque lettre correspondait à l’origine à un son différent (bien qu'avec des ambiguïtés concernant principalement les voyelles), mais en grec moderne, la prononciation a largement évolué, et plusieurs lettres ou groupes de lettres se prononcent de la même manière. Ainsi, entendre un mot n’est souvent pas suffisant pour pouvoir l’écrire : par exemple, il existe six graphèmes pour le phonème en raison du iotacisme survenu entre les Le tableau ci-dessous donne la prononciation des lettres. L’accent aigu sur une lettre marque l’accent tonique du mot.
Le grec moderne suit des règles de sandhi internes et externes, qui consistent en assimilations progressives et régressives. Par exemple, un final voit son point d'articulation s'adapter à la consonne initiale du mot qui suit (il passe à devant une consonne labiale et devant une vélaire ; à la fin de certains mots-outils, comme , , , il s'amuït devant une consonne continue ; il voise une consonne occlusive sourde qui le suit ( ) et peut empêcher une sonore de se spirantiser.
Lettres simples